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Poésie contemporaine
inconnu1 : L'Étranger
 Publié le 15/02/21  -  12 commentaires  -  1286 caractères  -  219 lectures    Autres textes du même auteur

À tous les Platini, Montand, Henri Troyat, Zidane. Mais aussi à la famille maternelle de ma femme qui a fui le franquisme.


L'Étranger



À vos balcons, de vos fenêtres,
Sur vos documents et vos lettres,
Quand vous me croisez dans la rue,
La mère tire au bras sa fille,
Quand je titube et je vacille,
Le teint crayeux de cochenille.
Vous me fuyez comme un intrus.

J’ai vaincu l’exil et la faim
Que draine un exode sans fin
Dans les alentours d’Erevan.
Le front bas des filles bafouées,
Le sein blanc des femmes tatouées
Dans le fouillis des caravanes.

J’ai connu des faubourgs sordides
Où flotte une vapeur fétide
Qui s’accroche aux morceaux de bois.
Des étés, les chaleurs cruelles
Qui capitonnent les ruelles,
Des hivers où les écrouelles
Font comme un plat de petits pois.

J’ai rompu mes os dans vos mines,
Broyé mes mains sur des machines
Aux blancs cristaux de Baccarat.
J’ai bien souvent courbé le dos,
Sous le sarcasme et les fardeaux
Pour vos gages de scélérat.

Croyez ! Tout ceci n’est pas vain.
Dans moins de trente ans, presque vingt,
Mes enfants seront écrivains,
Sportifs, généraux, agrégés.
Ils porteront vos étendards
Chevaliers de lettre et de l’art,
En clamant à qui veut savoir
« Mon père était un étranger ».


 
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   socque   
2/2/2021
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J'aime bien le dynamisme de ce texte qui ne craint pas de plonger dans le sordide (
Des hivers où les écrouelles
Font comme un plat de petits pois
fallait oser !) pour que l'espoir final jaillisse plus haut. Beaucoup d'énergie, bon rythme, bel angle pour parler positivement d'un sujet où on peut facilement tomber dans le larmoyant.

Un bon poème pour moi, solide, à la fois ancré dans le réel et ample dans son expression. Et les rimes ont de l'allure ! Erevan/caravanes, la classe.

   Gemini   
4/2/2021
 a aimé ce texte 
Un peu
J'ai lu ce texte comme une diatribe sur le pays d'accueil.

Que doit-on penser de : 'Vous me fuyez comme un intrus", "vos mines", vos gages de scélérat", vos étendards" ?
Est-ce le genre d'insertion réussie ? N'est-ce pas plutôt une amertume sur la mauvaise réception de la France (mesurée à l'aune d'un mérite ressenti par les souffrances plus d'ailleurs que d'ici) ? Ou n'est-ce pas, au fond, de l'aigreur incurable ?

Le fait de vouvoyer, dans un ensemble, le lecteur, et ce faisant le désigner symboliquement coupable de la situation n'est pas, à mon avis, du meilleur goût. En retour, un esprit simple pourrait faire de même en mettant tous les étrangers dans le même panier.

Personnellement, je n'ai pas de mines (et donc, n'exploite personne) et je ne me reconnais pas dans celui qui fuirait l'étranger comme un intrus (par contre, j'aime bien mon étendard). En quoi me sentirai-je coupable ? J’ai une certaine honnêteté intellectuelle pour reconnaître mes erreurs, mais pas jusqu’à ce point. Désolé.

Si le sujet mérite de l'attention, je regrette donc l'angle de vue, la façon de s'y prendre pour le traiter.
Il y a quand même trois strophes pour étaler la tragédie de l’exilé, avec quelques poncifs tout de même (la dureté des étés chauds), pour arriver à cette strophe finale, où la fierté du narrateur préfigure des gages d’avenir, plus pour lui que pour ses enfants, en s’appuyant sur la réussite d’illustres prédécesseurs. L'intégration se ferait donc avec un temps de retard...

Je suis conscient que c’est le genre de commentaire qui pourrait fortifier l’auteur dans son idée. Quand on est mal reçu, on peut l’être de partout…
Mais, je l’affirme en toute sincérité, aucune idée malsaine derrière ces mots. C’est pas le genre de la maison.

Dommage de n’avoir pas fait un parallèle avec ceux restés au pays ou ceux qui se sont intégrés avec simplicité, et qui ont trouvé une réussite par eux-mêmes sans attendre que leur postérité s’en occupe.

   inconnu1   
15/2/2021
http://www.oniris.be/forum/explication-pour-l-2tranger-t28963s0.html#forumpost401200

Pour éviter trop de polémiques sur le thème, je vous propose une petite explication de texte.

   papipoete   
15/2/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
bonjour inconnu
...vous commencez à être connu !
Nous avons tous fait un écart, devant cette femme assise par terre, un bébé au bras par un froid glacial, alors que nous grelottions sous notre fausse fourrure ! si, si on s'est écarté ou bien à la rigueur avons posé une piécette dans sa gamelle, et poursuivi notre chemin.
Ils sont venus, ils sont tous là après que les infos nous apprirent qu'un nouveau peuple se sauvait... Ils on tout connu, surtout la misère et chez nous, sans un mot de français, ils deviendront ouvrier, " poubellier ", mais aussi INSTITUTEUR, MEDECIN, EDUCATEUR, sans que leurs parents souvent illettrés, ne puissent jamais les aider...
NB " l'on ne peut accueillir toute la misère du monde ", mais comment rester de marbre, d'autres leur jetant des pierres...devant ces gens qui ne viennent pas séjourner au Ritz, ou griller du blé à Deauville !
Eternel débat que celui de l'accueil des immigrés, mais personnellement quand aux urgences de l'hôpital, un interne basané , et roulant les R s'approche pour soulager mon corps meurtri, je songe " vous avez bien fait de venir ! "
Nous avons vu hier ce reportage sur cette milice anti-émigrés, dotée d'hélicoptère, de drones et surtout chaudement vêtue, partir à l'assaut des Alpes pour refouler ces " hordes " d'envahisseurs, en guenilles dont bien des doigts, bien des orteils, des bout de nez étaient noirs de gelures...
Aujourd'hui, nous pouvons demander à tel érudit " quel fut votre cursus ? les villes écrasées sous les bombes, les chemins infestés de brigands, des rivières à traverser à pied, la FRANCE ! et puis les taudis, la mendicité, et sur un coin de table avec le poste qui gueulait plus fort que le père et marmaille, des livres que l'on nous avait prêtés, l'école, la grande école...et je suis MONSIEUR ce jour d'hui !
J'aime particulièrement la dernière strophe, dont la réalité future est déjà actuelle, avec Mamadou dont le Bescherelle trône sur la toile cirée encombrée de boite de conserve...
un texte fort, dont le début fera certainement hurler quelque réfractaire ?

   Anje   
15/2/2021
 a aimé ce texte 
Bien
Exceptés ces deux vers rimant en "ou-ées", les octosyllabes sont ici bien mesurés et s'enchainent sur une cadence vive qui donne au poème un souffle d'allégresse.
Les longueurs inégales des strophes font un joli mariage entre sizains et septains mais le huitain final aurait (c'est juste une idée personnelle) mérité de n'être que de sept vers, le vers ultime restant isolé "comme un intrus" ou comme un cri.

Combien de pères, ici ou ailleurs, ont trimé dur pour offrir à leurs enfants un ciel plus bleu que le leur ? Est-on étranger quand on vient d'un autre pays, quand on n'est pas du même clocher, quand on est différent ?
Merci de cette lecture qui m'invite à la réflexion.

   Lariviere   
15/2/2021
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour,

Un texte qui parle avec lucidité et sans arrière pensée de ce qu'est l'immigration au sens humain.

J'ai trouvé la forme rythmée, sans grand défaut...

Sur le fond, je ne peux qu'aprouver :

"J’ai rompu mes os dans vos mines,
Broyé mes mains sur des machines"

Je trouve la fin très positive, car effectivement leurs enfants, sans rancoeur, mais en travaillant plus que tous les autres, ont réussi leurs vies et sont devenus pour certains de véritables portes drapeaux de la nation... on pourrait d'ailleurs discuter de cette fabrique "d'assimilés" qu'est la république dans sa perversion, mais vous avez décidé de rester gentil et c'est tout à votre honneur.

Le vers de fin est parfait.

Bonne continuation

   Edgard   
15/2/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
C’est un poème fort, la lecture est fluide, les mots sont choisis avec art, ils sont puissants. Alors, le lecteur n’est pas indifférent.
Le thème est évidemment polémique. Et partisan. Mais c’est un poème engagé, donc forcément le fond occupe autant que la forme.
La forme est bien en accord avec le thème. Ces vers relativement courts sont percutants. On lit ça d’un trait. On frise parfois l’outrance, on adhère parfois pleinement à ce tableau, à sa violence et au propos…
L’histoire en conte de bien pires, en vérité.
Un moment pas innocent de lecture.
Merci.

   Quidonc   
15/2/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour inconnu1

Votre texte ma rappelle, dans un tout autre registre, le sketch du regretté Fernand Reynaud; le Douanier. Ce douanier qui se targuait de ne pas aimer les étrangers qui mangeaient le pain des français. Mais le fameux étranger était le boulanger du village.

J’ai rompu mes os dans vos mines,
Broyé mes mains sur des machines
Aux blancs cristaux de Baccarat.
J’ai bien souvent courbé le dos,
Sous le sarcasme et les fardeaux
Pour vos gages de scélérat.

Réquisitoire pour tous les "douaniers" que nous sommes.

Merci pour ce partage

   Robot   
15/2/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai retrouvé dans le texte ce dont, dans la famille on parlait trés peu: l'arrivée de mon grand-père Italien en Suisse d'abord puis en France.
En tout cas, ces propos que vous prêtez à votre Etranger, je ne crois pas qu'ils étaient exprimés publiquement à l'époque de l'entre deux guerre est dans l'immédiat aprés guerre et même jusqu'aux années 60. Si on se plaignait, celà devait demeurer dans la sphère privée. Le but étant que les enfants grâce à l'école de la République puissent connaître un meilleur sort que leurs aînés.

Je pense que dans la période actuelle ces paroles sont plus d'actualité car, et je m'en félicite, les immigrés, les fils d'immigrés plutôt, osent prendre la parole pour dire ce que leurs parents ont vécu.

Bien sûr ont pourrait prendre les paroles de votre étranger comme étant un rien bravache, mais on ne peut nier l'apport de leur travail, de leur culture, de leurs efforts et de leur participation passée et actuelle dans notre société.

   Donaldo75   
15/2/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour inconnu1,

J’applaudis ce poème pour le fond que je trouve rassurant en ces temps où beaucoup se renferment sur eux-mêmes. Et je te félicite pour la forme qui reste sobre, véhicule les images et les symboles dans des faits et une forme de narration universelle où le « je » représente le « nous » car nous sommes tous l’étranger d’un autre et nous sommes tous issus du même sillon. Que dire de plus ? Rien d’autre que bravo !

Don

   Tony37   
21/2/2021
Bel écrit. La politique en poésie n'est pas ma tasse de thé, mais c'est bien tourné. Sur le sujet, on peut se demander pourquoi venir subir tant de misères. Même si ailleurs c'est pire, pourquoi se plaindre du mieux ? Je reconnais que les plaintes parviennent à émouvoir le lecteur, c'est dit-on la meilleure stratégie. La plus difficile étant celle de faire sourire.

   inconnu1   
24/2/2021


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