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Poésie classique
LeChevalier : Rencontre
 Publié le 24/09/26  -  10 commentaires  -  1270 caractères  -  108 lectures    Autres textes du même auteur


Rencontre



Un poème vaut mieux que toutes les photos.
Il est tôt, il fait frais ; au-delà des vantaux
Il tombe une eau placide…
Été ? Plutôt automne, extrait des vieux romans.
Pendant que l’homme hésite et joue aux arguments,
La vie ose et décide.

N’oubliez pas ma voix, n’oubliez pas mes yeux –
Gardez-les en mémoire, en signe précieux
De cette matinée,
De ce nuage où le soleil déjà sourit,
Ainsi que des moments, si brefs, que nous offrit
La folle Destinée.

De quoi parlâmes-nous ? Qu’importe, je m’en fous.
Il eût été navrant d’aller comme deux fous
De couleurs opposées ;
Et bien qu’au sérieux nous fîmes un affront,
Nos routes, cher ami, sur cet échiquier rond
Se sont au moins croisées.

Dans des réflexions plus graves enfouis,
Tournaient le dos Philippe Auguste et Saint Louis,
Monarques équanimes –
Vains monuments de gloire en proie à l’air impur !
Que notre échange, drôle ou docte, roule sur
Des vers, des vers, des rimes.


 
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   Lebarde   
8/9/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
"Rencontre"?
C'est "La vie (qui)ose et décide." et celle ci est bien improbable:
En "Été ? Plutôt automne", par une fraiche matinée par hasard, "nos routes" " se sont au moins croisées," "sur cet échiquier rond". ( joli trouvaille)

Pour se dire quoi? "qu'importe je m'en fous", mais surtout "N’oubliez pas ma voix, n’oubliez pas mes yeux –"

J'aime bien le sujet, la légèreté, presque frivole et désinvolte du propos, jusqu'aux derniers vers dans lesquels je m'égare un peu, l'écriture subtilement délicate et élégante.

J'aime bien aussi la poésie de ces strophes de six vers hétérométriques constituées de deux tercets harmonieusement rythmés, d'une forme classique rigoureuse et maitrisée.

J'aime moins ,pour ne pas dire pas du tout , l'enjambement, probablement voulu pour mettre en valeur? le dernier vers , (en avait il besoin?) qui crée une rupture brutale, inutile et désagréable dans le rythme.

De la belle poésie qui me convient bien.

En EL

   Cristale   
16/9/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Belle rencontre que la lecture de ces vers fêtant l'évènement de deux destins qui se sont croisés.
Techniquement, règne un parfum de versificateur aguerri.

L'instant du partage, fût-il bref, semble laisser son empreinte indélébile dans l'esprit du narrateur, et la deuxième strophe, surtout son premier vers qui dégage une grande force poétique, m'agrée particulièrement.

La troisième strophe, moins solennelle, témoigne d’un bel esprit de camaraderie dans son discours vif et franc.
J'aime beaucoup l'allusion à l'échiquier rond et ses deux fous de couleurs opposées. Ceci est d'une grande subtilité.

J'ai failli croire à une erreur syntaxique sur le premier vers de la dernière strophe (ce qui m'étonnait vu la qualité de l'ensemble) : "Dans des réflexions plus graves enfouis" en accordant "enfouis" à "réflexions" -> enfouies, puis j'ai compris : Philippe Auguste et Saint Louis enfouis dans des réflexions.
Grammaticalement, la seconde interprétation semble la plus naturelle si "dans des réflexions" signifie
"absorbés par leurs réflexions".

Les deux vers finaux me plaisent beaucoup.

Ai-je bien compris qu'il s'agit de la rencontre de deux poètes ?

Je suis ravie d'avoir lu ce poème.

   Passant75   
17/9/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime un peu
Deux personnes se croisent et discutent. De quoi parlent-elles, à l’évidence l’auteur le dit, il s’en fout ! Une rencontre a bien eu lieu, mais ce qui s’y est dit n’a donc eu aucune importance. Mais alors, qu’est ce qui importe à l’auteur ? On pourrait penser que seul a donc compté le fait que ces deux personnes se soient rencontrées, « Nos routes, cher ami, sur cet échiquier rond / Se sont au moins croisées. ». Tout, ou presque tout, est dans ce « au moins » ! Les fous noir et blanc suivent des trajectoires diagonales, mais doit-on considérer que l’échiquier emprunte ici sa rondeur à la rotondité de la Terre où l’on se déplace ?

Finalement, qu’ai-je compris sinon que, lors d’un échange, peu importe les mots et les réflexions, tout cela ne serait que vain, seule la poésie aurait de l’importance. Reconnaissons, à cet égard, que l’architecture de ce poème est très bien structurée, l’écriture semblant, à l’auteur, beaucoup plus importante que ce qu’elle exprime. Je reconnais que cela ne me suffit pas.

   Provencao   
24/9/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour LeChevalier,

J'ai beaucoup aimé cette agrégation et ce concours qui offrent cette rencontre joliment diaphane, animée et colorée d'horizon presque infini.

Cette rencontre foisonne de signification et abonde de sens, dans l’habiter et dans la nuée enfouie dont l’habiter procède, qui se loge dans les choses comme le secret des rencontres...

Au plaisir de vous lire,
Cordialement

   jf2   
24/9/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Sur la forme :

Pourquoi s’acharner à centrer les vers de 6 syllabes ? Je trouve que cela nuit à la lisibilité et donc à la fluidité, l’œil cherche le début de vers en début de ligne.

Les deux vers :
Dans des réflexions plus graves enfouis,
Tournaient le dos Philippe Auguste et Saint Louis,
ont une syntaxe lourde avec des inversions rendant la lecture quelque peu hachée.

Après les épines, les roses :

Le poème est bien construit avec de belles rimes et des enjambements judicieux.

La description est très réaliste, on voit la scène se dérouler sous nos yeux sans besoin de métaphores compliquées, légèreté et simplicité rendent le texte très attachant.

Le contraste avec les hommes célèbres en dernière strophe est particulièrement bien trouvé.

J’ai beaucoup aimé.

   Curwwod   
24/9/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour LeChevalier.

Je ne suis pas trop fan de ces constructions hétérométriques qui me semblent porter atteinte à la fluidité de la lecture mais il faut reconnaître que l'ensemble est très harmonieux avec de belles images :
"Il tombe une eau placide…comme deux fous De couleurs opposées ; cet échiquier rond". La métaphore des échecs me plait beaucoup.
Cette rencontre poétique devra donc rester celle de deux êtres qui la garderont en mémoire (N’oubliez pas ma voix, n’oubliez pas mes yeux –) et c'est cela qui compte : le contact humain. Le reste importe peu la conversation reste anecdotique et quelque peu frivole (De quoi parlâmes-nous ? Qu’importe, je m’en fous.
Et bien qu’au sérieux nous fîmes un affront,).
une technique sans reproche et une belle maîtrise.

   Pussicat   
24/9/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Un poème vaut mieux que toutes les photos.
Il est tôt, il fait frais ; au-delà des vantaux
Il tombe une eau placide…
Été ? Plutôt automne, extrait des vieux romans.
Pendant que l’homme hésite et joue aux arguments,
La vie ose et décide.

Un poème vaut mieux que toutes les photos. Pourquoi ? Le texte commence par une affirmation qui tend à opposer l’écriture à la photographie, deux activités artistiques, profitant de cette introduction pour inscrire son activité dans le temps, l’automne.
Il existe comme une forme d’ambiguïté, enfin je le lis comme ça, entre l’écriture (Un poème vaut mieux ) et l’action (La vie ose et décide.)

N’oubliez pas ma voix, n’oubliez pas mes yeux –
Gardez-les en mémoire, en signe précieux
De cette matinée,
De ce nuage où le soleil déjà sourit,
Ainsi que des moments, si brefs, que nous offrit
La folle Destinée.

La temporalité revient s’affirmer plus précisément, après l’automne le texte s’inscrit dans le jour « De cette matinée, », et la rencontre dans une « folle Destinée. » ; une injonction est faite de garder mémoire de.
« N’oubliez pas ma voix, n’oubliez pas mes yeux – Gardez-les en mémoire, en signe précieux », la deuxième strophe vient s’opposer ou peut-être ouvrir une autre voie : de l’écrit on passe au physique (de la rencontre ?), aux sens, à la voix, au regard, mais que faut-il retenir ? On ne sait pas encore, l’auteur installe un décor (De ce nuage où le soleil déjà sourit,), une temporalité (De cette matinée,) mais à qui appartiennent cette voix, ces yeux. Qui parle ? Qui raconte ?

De quoi parlâmes-nous ? Qu’importe, je m’en fous.
Il eût été navrant d’aller comme deux fous
De couleurs opposées ;
Et bien qu’au sérieux nous fîmes un affront,
Nos routes, cher ami, sur cet échiquier rond
Se sont au moins croisées.

« De quoi parlâmes-nous ? Qu’importe, je m’en fous. » Il y a clairement une opposition de style, de langue entre la conjugaison des verbes parler et s’en foutre : parlâmes-nous ? / je m’en fous, comme pour marquer un mouvement d’humeur – ou plus pratiquement pour la rime « je m’en fous. / comme deux fous » ;) ce qui serait inversement proportionnel à la volonté poétique voulue.
« sur cet échiquier rond » j’apprécie particulièrement cette métaphore que l’on pourrait lire comme une terre-monde vue comme un plateau de jeu d’échecs où les puissants déplaceraient les pièces de leurs augustes mains comme autant de manœuvres diplomatiques, guerrières, ou plus volontairement l'individu serait maître de son destin, des événements, du choix de déplacement assis devant l'échiquier de sa vie…

Dans des réflexions plus graves enfouis,
Tournaient le dos Philippe Auguste et Saint Louis,
Monarques équanimes –
Vains monuments de gloire en proie à l’air impur !
Que notre échange, drôle ou docte, roule sur
Des vers, des vers, des rimes.

« Que notre échange, drôle ou docte, roule sur
Des vers, des vers, des rimes. »
La fin est (peut-être) la partie la moins réussie du texte avec un rejet assez brutal je trouve, et une accélération du moyen (des vers, des vers, des rimes.), de la matière sur laquelle se déploie cette rencontre qui tombe dans la facilité, comme si l’auteur, s’empressait de trouver une fin.

Si je comprends bien, il s’agit d’une rencontre, avec introduction temporelle, décor, matière de la conversation (qui semble légère « Et bien qu’au sérieux nous fîmes un affront, »), et que reste-t-il de tout cela ? : des vers, des vers, des rimes.

On ne saura rien de ces deux personnes, on imagine qu’ils sont poètes, ni de cette rencontre. Sur quoi, de quoi s’est-elle tissée ? Peu importe, le conteur s’en fiche, rien d’autre ne compte que la rencontre de ces deux personnes mues par une passion commune.

Un langage soutenu (Gardez-les en mémoire, en signe précieux / De quoi parlâmes-nous ? / Il eût été navrant / Et bien qu’au sérieux nous fîmes un affront / Monarques équanimes…) qui correspond à la forme classique choisie et à l’apparition des deux personnages Philippe Auguste et Saint Louis.

La ...dernière strophe m’a semblé moins claire, comme cette tournure de phrase : « Dans des réflexions plus graves enfouis, Tournaient le dos Philippe Auguste et Saint Louis, » que j’ai du mal à lire à cause de «  enfouis », si c’est au masculin c’est qu’il s’attache aux deux rois…, ou celle-ci : « Vains monuments de gloire en proie à l’air impur ! », air pollué ?

Peut-être suis-je passée à côté de quelque chose de plus grand (comme l'apparition des rois Philippe Auguste et Saint Louis), de caché, toutefois j'ai trouvé la lecture de cette rencontre agréable (la première de la matinée, après un couple d'heures au carré de travail) et l'écriture maîtrisée, comme vous nous y avez habitué.
Petit bémol, léger mais... : Je ne comprends pas la mise en page, le centrage des vers 3, 6, 9... qui n'apporte rien au texte.

A bientôt de vous lire,

   Boutet   
24/9/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
J'aime bien cette poésie, cette rencontre portée par une écriture classique et élégante avec de jolies trouvailles entre l’intime, l’histoire et le jeu des rimes. Le passage de l'alexandrin à l'hexasyllabe est interessant et ne gêne en aucun point la lecture. Une rencontre, un souvenir, c'est beau tout simplement

   Myndie   
24/9/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour LeChevalier,

Après un premier vers percutant, qui se pose en manifeste et viendrait contredire la fameuse citation attribuée à Confucius (mais ne viserait-elle pas plutôt la froideur du numérique?), c'est un très joli poème de l'éphémère que vous nous offrez.
Une rencontre fortuite et sans lendemain, aussi mélancolique que légère.
J'en aime autant la liberté de ton que le côté intimiste, avec cet art de capturer l'instant.
Il y a un grand écart stylistique entre le lyrique et le familier ; ici par exemple :De quoi parlâmes-nous ? Qu’importe, je m’en fous. ».
C'est vraiment brillant car cette audace d'écriture évite le piège du pathos et confère fraîcheur, spontanéité et authenticité au poème.
Je me suis demandé pourquoi cet ancrage historique ; sans doute ce rappel de la grande Histoire a t-il pour but d'insister sur la précarité l'échange humain ? Vous me direz.
Bien que regrettant par moments un manque de fluidité, sans doute dû aux enjambements nombreux (ils donnent l'impression que les vers sont inégaux et hachent la lecture), j'ai beaucoup aimé votre poème, particulièrement sa chute, très réussie.

   tome15545   
24/9/2026
Je ne comprends pas qu'on puisse reprocher la présentation avec un retrait des vers plus courts : c'est ainsi qu'ils sont mis en page dans les livres. Ne les a-t-on jamais ouverts ? Les a-t-on oubliés ? Ces reproches sont surprenants.

Non, il y avait bien mieux à reprocher.

Je passe sur les mots qui ne servent qu'à rimer comme vantaux, car certaines cacophonies sont graves et un sujet du moment : "Plutôt automne" plutôto ou plutôho ? dans les deux cas, c'est fâcheux.

Mais il y a plus grave : le ton péremptoire. Vérités générales affirmées, entités abstraites invoquées, l'homme ceci, la folle Destinée, et deux monarques qui font écho à la posture de deux poètes qui se seraient rencontrés, ou deux fous qui, quoi qu'on fasse auraient nécessité à être émeraude, et conserver la couleur qu'ils ont, peu ou prou, on s'en fout du contenu, ce qui importe c'est la rencontre.

Que buvait le narrateur ? Un thé noir trop infusé. Et ce n'est pas dit. Il faut toujours parler du thé. Que buvait l'autre ? Un café, sans doute, et ce n'est pas dit. Un café allongé qui aurait pu évoquer le soleil couchant. Dès lors, il aurait fallu tordre la réalité et placer la scène le soir. Mais le soir, boit-on du café, ce n'est pas sûr. Donc, on part sur un déca, par souci de crédibilité et non de réalisme, et, évidemment, on abandonne l'alexandrin pour faire sourire le lecteur.
On ne peut pas placer des mygales au hasard, mais, comme l'écrit Michaux dans Intervention : "Alors résolument j’y mis du chameau." : et c'est lorsqu'il faut deux bosses qu'il faut mettre du chameau : on se trompe à reproduire ce qui est, à moins d'écrire pour faire sourire deux rois : eux qui ricaneraient aussi de mettre du chameau.

Pour la flamme, un chalumeau : "Des vers, des vers, des rimes" : n'y a-t-il pas plus doux pour brûler le cœur du lecteur ? Les poètes sont autocentrés sur leur pratique à un niveau dingue. Non seulement ils affirment qu'ils sont supérieurs aux photographes, mais en plus il faut qu'ils nous racontent comment changer les piles de leur stylographe.

Beaucoup de tournures impersonnelles, beaucoup de verbe faire et d'auxiliaires vicieux.
Une concordance des temps qui joue les équilibristes, des pronoms qui partent dans tous les sens : on a l'impression qu'il manque une unité, un désir d'effet sur le lecteur, comme si ce poème était destiné à quelqu'un et qu'on nous permettait de voir. Mais je plains votre cher ami, puisque vous ne lui servez même pas à boire, et que vous ne l'écoutez visiblement pas. Il aurait pu vous parler d'attiéké sauce gombo que vous ne l'auriez pas écouté mais plutôt regardé les vains monuments de gloire, tant vous aimez la grandeur, les pharaons, les rois, les oligarques, les planètes lointaines et les coquillages.

Il y a beaucoup plus grave encore, mais je n'en parlerai pas publiquement afin de ne pas choquer les plus jeunes parmi nous.

Il y a quelque chose de drôle dans votre recherche, c'est que vous désirez trouver la forme idéale que vos propos pourraient habiter, et que vous êtes las des sonnets et quatrains a priori, mais qu'ainsi vous retombez souvent sur vos sizains hétérométriques. On dirait un simple déplacement du problème, ou de la poussière sous le tapis.

Néanmoins, même sans thé, et malgré la gravité de certains symptômes, j'ai bien aimé lire ces vers très fluides. On y sentirait presque de l'humanité.


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