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Poésie libre
Luz : L'usine qui n'usine plus
 Publié le 31/03/18  -  12 commentaires  -  1126 caractères  -  141 lectures    Autres textes du même auteur

Dans une usine désaffectée.


L'usine qui n'usine plus



Elles attendent là,
étrésillonnées entre les poutrelles surplombant le méli-mélo mielleux des apaches à moustaches.

Ils chantournent l’égoïne des lames à l’éclair de leurs yeux,
corps et cœur traversés d’estafilades emberlificotées.

À travers les sheds,
la langue du soleil suinte une brume de lumière grise au-dessus des bacs à copeaux.

Suif, graisse,
ferrailles, limailles, palans, poulies,
ressassent les relents d’huile de coupe rousse
qui saignait autrefois sur la fumée hurlante de l’acier écorché.

Il ne reste plus que deux étaux-limeurs,
bras ballants devant les jolies petites manivelles et les yeux vert jade de la fraiseuse Alcéra
dont la bouche édentée ne chantera jamais plus.

À la fin du jour, les chauves-souris se décrochent et rasent en mottes les chats faméliques
qui, dépoilés et gueule enfarinée, retournent à leurs gouttières métalliques.

L’usine murmure le silence du vide.


 
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   BeL13ver   
13/3/2018
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Poème triste, qui montre un vrai regard critique sur l'évolution de nos usines, de notre industrie. Il semble se demander : est-il un espoir ?

Ce texte est poignant, meurtri, et présente une véritable unité de sens. J'aime tous les passages de ce texte ! Rien à dire sur le fond. Une vraie réussite.

BeL13ver, en Espace Lecture

   Brume   
14/3/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour

Et bien ! Vous avez merveilleusement embelli toute cette ferraille.
Certaines expressions me sont inconnues, bloquent l'effet visuel, mais me parlent malgré tout, j'aime leur sonorité :
- "étrésillonnée, apaches à moustaches, ils chantournent l'égoïne, estafilades emberlificotée"

Elle est magnifique votre usine. Elle brille, elle vit, elle a des émotions; imparfaite, triste, écorchée.

Vous avez su rendre touchant des objets (in)animés. Je trouve votre poème tout à fait insolite.

   Mokhtar   
19/3/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Les chats et les chauves souris ont investi l’usine morte, comme les crustacés et les murènes s’approprient l’épave engloutie.

La mort, et le « silence du vide » ont glacé le chant de la fraiseuse. Plus jamais « l’huile de coupe rousse ne saignera sur la fumée hurlante de l’acier écorché ». Superbe phrase. Qui évoque les bruits et les odeurs de l’acier qui résiste avant de s’abandonner, vaincu par l’homme.

Texte court mais très travaillé. Discrètes allitérations (méli-mélo mielleux, ressassent relents rousse). Jeux de mots (rasent en motte, chats qui rejoignent leurs gouttières).
Seul le « il ne reste plus que… » est un poil moins élégant que le reste. J’aurais bien vu « subsistent ».

Le poète, lui aussi, à sa place dans la dénonciation de la désindustrialisation.

Les frileux, dont je suis, sur l’intérêt de la poésie libre, doivent ici reconnaitre de fortes envies de conversion.

Mokhtar, en EL

   TheDreamer   
31/3/2018
 a aimé ce texte 
Bien ↑
C'est bien écrit. De la poésie libre mais avec un sens précis du travail bien rendu.

Tout dit l'absence dans ce texte. L'auteur utilise un lexique que le commun n'entend pas nécessairement. Cela ne fait rien, c'est aussi cela la poésie : imaginer.

Humanisation des machines-outils : l'acier est "la chair écorchée" et "l'huile de coupe rousse", le sang qui coule. "Les deux étaux-limeurs" sont "bras ballants" sans ouvrage à réaliser et la fraiseuse "aux jolies petites manivelles" comme deux mains "... et aux yeux verts" a "la bouche édentée" et "ne chantera plus".

Tout ici nous dit la tristesse et l'ennui. L'usine est un corps mort dont chaque partie a souffert et qui scintille "à la fin du jour" sous le vol des chauves-souris et les errements des "chats faméliques"

   Lulu   
31/3/2018
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Luz,

J'ai bien aimé lire ce poème, bien qu'au départ, j'ai été gênée par des termes nouveaux pour moi... Mais j'aime apprendre, alors tout va.

En fait, j'aime bien l'ambiance de ce poème et c'est sans doute l'intention recherchée. L'usine est toujours là, en quelque sorte, avec ses restes, mais vide, sans activité. Elle devient œuvre d'art au travers des mots.

Ainsi, j'ai bien aimé ce vers, par exemple : "la langue du soleil suinte une brume de lumière grise au-dessus des bacs à copeaux." Il est, en effet, comme d'autres, très visuel, et l'on sentirait presque les copeaux... ou ce qui suit "Suif, graisse / ferrailles, limailles..." avec "les relents d'huile de coupe rousse"...

La présence des "chauves-souris" donne à ce lieu, et au poème, un peu de vie, au-delà de l'implicite concernant une vie d'usine antérieure.

Très beau dernier vers, lequel clôt ce regard qui ne porte ni nostalgie, ni regret. On a juste une impression proche de celle qu'on peut avoir face à une photographie ou à un petit film silencieux sur cette "usine qui n'usine plus".

Bonne continuation, Luz.

   David   
31/3/2018
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Luz,

Je découvre un nouveau mot à l'occasion de ce poème, alors que ce qu'il représente fait encore partie du quotidien, moins en architecture mais toujours comme symbole de l'industrie en général : c'est "Shed". Par ailleurs, il y a tout un vocabulaire industriel amené de façon poétique, comme ce fameux verbe "chantourner" entre autres. C'est une mélancolie douce-amère qui se dégage, comme je l'ai lu il y a peu : "La nature est perpétuellement en train de se remettre d'une catastrophe".

   PIZZICATO   
31/3/2018
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Une idée originale que de s'attarder sur des outils et machines qui ont jadis oeuvré dans cette usine désaffectée.
Un anthropomorphisme intéressant : " deux étaux-limeurs,
bras ballants "
" les yeux vert jade de la fraiseuse Alcéra
dont la bouche édentée ne chantera jamais plus. "

" À la fin du jour, les chauves-souris se décrochent et rasent en mottes les chats faméliques
qui, dépoilés et gueule enfarinée, retournent à leurs gouttières métalliques. " Cette chute rend bien l'atmosphère de l'environnement.

   papipoete   
31/3/2018
 a aimé ce texte 
Bien
bonjour Luz
l'usine s'est tue, et chats faméliques, et chauves-souris hantent cet endroit qui grouillait de vie . Devant les machines endormies, on croit voir s'affairer les ouvriers, mais ce ne sont que fantômes silencieux .
NB l'auteur emploie des mots " savants " par moments, mais l'odeur de graisse, les copeaux de limaille de la fraiseuse, nous montrent bien à l'odeur et à la vue ce monde disparu ...
la 4e strophe est celle qui anime le mieux cet " arrêt sur image " !

   Donaldo75   
31/3/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Luz,

J'ai trouvé ce poème riche, dans sa complexité lexicale, sa tessiture, son style.

J'ai particulièrement aimé cette strophe:
"À la fin du jour, les chauves-souris se décrochent et rasent en mottes les chats faméliques
qui, dépoilés et gueule enfarinée, retournent à leurs gouttières métalliques."

Bravo !

Donaldo

   hersen   
1/4/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'aime que la poésie soit intimement liée à ce que nous vivons.

Ce que je trouve fort dans ce poème est la présence d'un vocabulaire considéré souvent comme non poétique, l'impact est saisissant et c'est très beau d"humanité.

Des ouvriers dépossédés de leur outil.

Merci Luz !

hersen

   BRH_CORP   
2/4/2018
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour,

J'ai tout d'abord été attiré par le titre, très évocateur d'un certain nombre d'usines laissées à l'abandon et d'une certaine époque.

Je pense que le vocabulaire recherché nuit un peu à l'émotion ("étrésillonnées", "égoïne", "sheds").

Le poème est tout de même bien travaillé.

BRH_CORP

   Pouet   
6/4/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bjr,

Je trouve ce poème fort réussi, l'ambiance qu'il tente de décrire est bien rendue.

Ne pas avoir le lexique nécessaire afin de décoder certains termes techniques ne m'a pas dérangé, je pourrais facilement rechercher les significations mais en l'état cela m'apporte un charme, un mystère qui sied parfaitement au propos.

Bravo à vous.


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