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Poésie libre
Mansoul : Place Sainte-Ode en novembre…
 Publié le 12/08/26  -  6 commentaires  -  608 caractères  -  97 lectures    Autres textes du même auteur


Place Sainte-Ode en novembre…



place Sainte-Ode en novembre comme une pieuvre que l'on tait aux enfants
et où il ne se passe rien
que la mérule à grand galop de cendres
lorsque du prieuré l'incendie de ta voix sous nos bottes était de verre brisé
et ton œil
révulsé de ne reconnaître
ni mes caresses aux mains de ronces ni
la devanture passablement esquissée à la craie d’un vieux marchand de journaux
aux trottoirs irréels de cette rue vilaine étroite et sale
et telle si bien rongée de lierre
ô ma tangente
qu'en dépit de la langue nous nous amourachions à nous tordre les poignets


 
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   Passant75   
29/7/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime un peu
Hormis l’absence totale de ponctuation dont je ne saisis toujours pas l’intérêt, j’ai reconnu un réel travail sur la langue et sur les images. Je trouve que le poème cherche davantage à susciter une atmosphère qu'à raconter une histoire, ce qui donne une impression de mystère et de fragmentation. Toutefois, cette accumulation de métaphores m'a laissé assez extérieur au texte. J'ai eu du mal à trouver un fil émotionnel ou une cohérence qui me permette d'entrer pleinement dans l'univers de l’auteur.

Une image m’a pourtant vraiment marqué, celle des « caresses aux mains de ronces », elle m'a semblé exprimer avec simplicité et force l'idée d'une tendresse devenue douloureuse. À mes yeux, cette expression possède une intensité que je n'ai pas retrouvée avec la même évidence dans le reste du poème. Mon avis est donc des plus partagés, car, si je reconnais la qualité de l’écriture, je suis beaucoup moins touché par le résultat final.

   Cyrill   
6/8/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Je ne connais cette place Sainte Ode que pour l’avoir rencontrée dans un autre récent poème. Je reconnais aussi ce travail particulier sur la syntaxe, qui ne manque pas d’intérêt ni de charme. Je ne crois pas accéder à un sens, mais certainement à des sensations. Des images qui instillent à la réalité d’un lieu des touches surréalistes, et tout un lexique de torsion (révulsé, ronces, tordre) et de dégradation (cendres, verre brisé, rongée), qui confère au poème une nuance oppressante. Un poème qui me raconte une histoire par nombre de métaphores sans jamais les éclaircir, et dont la paralipse du 2e vers, « et où il ne se passe rien », en intensifie le relief et le mystère.

   Provencao   
12/8/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Bonjour Mansoul,

J'ai véritablement été sous l'illusion de cette poésie où vos mots ne sont pas choisis pour leur habileté à traduire le plus littéralement possible un adage, mais celle qu’une pensée à soi seule ne peut émettre et qui lui paraît à la fois insolite et inhabituelle, délicate et racine d’une énigme qui ne se raconte ou pas.

Cette visite aux limites du secret par la confidence du sens, pour moi le seuil est franchi : à ma lecture je me trouve hors de l'écriture, parce que je me sens hors du malaise qui la constitue...

Au plaisir de vous lire,
Cordialement

   Corto   
12/8/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Voici un texte audacieux et recherché. Non parce qu'il rejoint quelques règles courantes mais plutôt parce qu'il s'en éloigne pour montrer sa personnalité.
Dès la première phrase on se sent dépaysé. Qu'est-ce donc que "Sainte-Ode" ? (merci Google), qu'est-ce donc que cette pieuvre ? Bref on entre dans un univers incertain "où il ne se passe rien". Bravo l'ambiance.

Le texte continue avec des images incertaines ou plutôt curieuses dont on ne fait que deviner une situation, une tentative, un échec lui-même incertain dont "ni mes caresses aux mains de ronces" se pose en acmé.

Ainsi donc cette "rue vilaine étroite et sale" a tout de même réussi à servir de cadre à ces moments de tendresse (interdite ?) où "nous nous amourachions à nous tordre les poignets".

Beaucoup est suggéré, l'imagination du lecteur est invitée à créer ses propres échos.

Audace et réussite.

   Polza   
12/8/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Voilà un poème assez difficile d’accès (pour moi en tout cas)

J’ai cru comprendre qu’il s’agissait d’une rencontre furtive et brève entre 2 personnes qui ne se comprennent pas, enfin je crois…

Ce qui m’a interpellé dans votre poème, c’est que tout se fait dans une apparente souffrance, du moins, c’est ce que me laissent penser les nombreuses images…

« place Sainte-Ode en novembre comme une pieuvre que l’on tait aux enfants »

Si, en premier lieu, je n’ai pas bien compris l’emploi du mot pieuvre, je me suis mis à réfléchir à sa symbolique et j’ai pensé à James Bond, à Spectre en particulier !

La pieuvre, parmi d’autres interprétations symboliques, c’est le mystère. Spectre est une organisation secrète, j’en ai conclu qu’il était possible de remplacer pieuvre par secret « comme un secret que l’on tait aux enfants » et là tout s’éclaire, la phrase devient cohérente…

Je ne suis pas sûr de ma démonstration, mais si c’est bien ça, je trouve alors très malin d’avoir choisi un mot inattendu comme la pieuvre c’est très imagé…

« que la mérule à grand galop de cendres »

La mérule ronge, la cendre est issue de la consumation (combustion) par le feu, dans les deux cas, il y a la destruction d’une matière, d’un amour peut-être…

« lorsque du prieuré l’incendie de ta voix sous nos bottes était de verre brisé »

Incendie, verre brisé, encore cette notion de destruction…

« et ton œil
révulsé de ne reconnaître
ni mes caresses aux mains de ronces »

J’ai vraiment beaucoup aimé « caresses aux mains de ronces » l’image est saisissante, même si ça doit faire un peu mal ! Cette opposition entre douceur et douleur est aussi surprenante qu’intéressante !

« aux trottoirs irréels de cette rue vilaine étroite et sale
et telle si bien rongée de lierre »

Je n’ai pas bien saisi la fonction de « telle » dans ce passage, je ne sais à quel autre mot le rattacher… rongée qui revient sous une autre forme, encore et toujours la destruction, la transformation d’une matière en une autre… la métamorphose, voilà le mot que je cherchais depuis le début, votre poème est rempli de cette notion de métamorphose, que ce soit de la matière ou des sentiments…

« ô ma tangente
qu’en dépit de la langue nous nous amourachions à nous tordre les poignets »

L’expression dit prendre la tangente, d’où mon impression du début, d’un amour bref et soudain… d’un point de vue géométrique, c’est également quelque chose qui effleure…

La fin est surprenante, le lecteur que je suis s’attend à un amour passionnel (et il l’est peut-être d’ailleurs), mais cet amour a l’air destructeur, tout a l’air de faire mal dans ce poème, les sentiments amoureux sont toujours suivis de quelque chose qui fait souffrir « caresses/ronces » « amourachions/tordre les poignets »… c’est comme si le narrateur ne pouvait aimer sans souffrir, qu’il associait l’amour à la destruction…

C’est un poème assez étrange, mais qui ne me laisse pas indifférent, j’ai plutôt bien aimé même !

   Pussicat   
13/8/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
C’est l’automne, le déclin, les feuilles tombent, les couleurs changent, le temps du souvenir, du sous-venir, de ce qu’il a dessous le tapis de feuilles.

La place se ramifie, devient animal, devient pieuvre, devient quelque chose d’effrayant tant que même les enfants sont tenus en ignorance.

La place Sainte-Ode est un lieu où il ne se passe rien (l’auteur veut-il déjà égarer le lecteur ?) et pourtant, ce texte prend forme à l’endroit même de cette place…

D’accord, c’est l’automne, la place est une pieuvre, c’est moche, même la « rue [est] vilaine étroite et sale », et pourtant il se passe bien quelque chose sur cette place, il y a de la vie identifiée par la présence de mérule, forme de champignon, moisissure – serait-ce le souvenir qui se propage «  à grand galop de cendres », à grand galop de ce qui a été, de ce qui n’est plus, ces cendres héritières d’un feu, d’un incendie causée par cette voix écrasée (?) sous les bottes, les nôtres (nos bottes ) donc au moins deux paires, donc un duo, un couple, une rencontre ? Le souvenir de cette rencontre, de notre rencontre ?

De quel temps est ce tableau de la place Sainte-Ode, d’un temps de bruit de bottes, d’un temps ancien, d’un temps de guerre où « la devanture » des marchands de journaux s’esquissaient à la craie ? D’un temps où l’« œil révulsé » ne reconnaît plus rien car mangé par le temps. D’un temps passé où nos langues n’étaient pas synchro, peut-être bien, mais qui n’empêchait pas de s’être aimés sans retenue, à s’en « tordre les poignets ».

Est-il tant de prendre la tangente ? D’oublier cette place et ce qu’elle représente ?

Sur la forme, pourquoi l’absence de majuscule en attaque de texte ? Comme si il se retirait, ne voulait pas commencer une histoire, peut-être a t-elle déjà commencé, avant le texte, avant l’écrit, avant ce que le lecteur lit, comme un extrait de…

Ce texte se déploie en une phrase et une seule, il y aurait pu avoir ponctuation mais il se lit fort bien ainsi comme un travail sur la longueur, les retours à la ligne ponctuent la lecture.

Je lis un beau travail sur la langue dans ce texte court dont les images fortes portent une ambiance désolée, une ruine, des amours mortes, violentes.

J’aime beaucoup

A bientôt de vous lire,

Edition : je suis revenue corriger deux, trois coquilles sur mon texte (syncho pour synchro / les retours à la ligne ponctue > ponctuent / en s’en « tordre les poignets »à s’en...)


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