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Poésie néo-classique
marcolev : L'augure
 Publié le 12/06/26  -  9 commentaires  -  688 caractères  -  90 lectures    Autres textes du même auteur

« Philosophiquement parlant, la mémoire n'est pas un prodige moindre que la divination du futur. » Jorge Luis Borges (Le rapport de Brodie, 1972)


L'augure



À l’orée des mondes, un éther trémulant
Noie les monts Mandara dans l'aube incendiaire.
Par les flancs de la terre, une coulée première
Pétrifie en reliefs un basalte brûlant.

Non loin de Rhumsiki, le souffle turbulent
Sur le roc serpentin égrène la lumière.
L’aiguille Kapsiki, monarque solitaire,
Cèle en ses vasques d’eau le crabe vigilant.

Le baobab retient par sa souche profonde
Le sable de l'horloge où naît l'heure féconde,
Tandis que le gri-gri fixe le souvenir.

Dans l’ombre du banco s’enfouit la mémoire ;
Le sorcier psalmodie et convoque l’histoire,
Et le crabe aruspice exhume l’avenir.


 
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   Passant75   
23/5/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
À travers un paysage africain quasi sacralisé, le sonnet développe une réflexion philosophique sur le temps, la mémoire et la divination. L’auteur décrit une évolution, voire une naissance, du monde marquée par les forces telluriques, « basalte brûlant », « coulée première », « éther trémulant ». La nature apparaît vivante et pleine de mystères.

Des expressions telles que « L’augure », « psalmodie » « aruspice » donnent au poème une dimension presque mystique. Le crabe devient un interprète du destin et, fidèle à l’exergue, le texte suggère que le passé et le futur sont liés.

Au final, bien que certains vers m’aient paru être à la limite des alexandrins classiques (mais je peux faire erreur), j’ai apprécié ce sonnet, son écriture dense et musicale et l’atmosphère presque mythologique.

   Curwwod   
24/5/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Un très beau sonnet néoclassique baigné d'une atmosphère évocatrice de la magie et du mystère de la divination par l'interprétation des signes de la nature (Cèle en ses vasques d’eau le crabe vigilant., Et le crabe aruspice exhume l’avenir.) La géographie de cette région du nord Cameroun, géographiquement très particulière dont les noms sont eux-mêmes très "exotiques" (les monts Mandara, Rhumsiki, L’aiguille Kapsiki, Le baobab, Dans l’ombre du banco ) porte en elle un mystère qui s'accorde parfaitement avec la scène de divination à laquelle nous invite l'auteur, le sorcier interprétant des signes de la nature (le crabe vigilant. le crabe aruspice exhume l’avenir.) Le passé semble être la source de clairvoyance ( s’enfouit la mémoire, convoque l’histoire) (Et le crabe aruspice exhume l’avenir.)
Une très belle écriture, une atmosphère de magie où l'homme et la nature vivent en symbiose), un vocabulaire un peu difficile au profane mais très évocateur font de ce poème une belle réussite.

Curwwod en EL

   LeChevalier   
30/5/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Voici un poème rempli d'exotisme tant géographique, zoologique que spirituel ! Bravo au poète qui a su tisser des fils de plusieurs couleurs pour obtenir ce sonnet tout à fait classique dans ses proporitions (même si les vers sont « néo-classiques » en termes oniriens). Le lexique est étendu sans glisser dans l'obscurité que l'on observe parfois chez d'autres auteurs, les noms propres sont employés avec sagesse, les sonorités sont intéressantes (par exemple, assonance en « i » au v. 11 ou allitération en « r » au v. 6 pour figurer l'âpreté du roc). J'ai quand même une réserve pour la double apparition de « et » à la fin, au v. 13 et 14 : je trouve que cela enlève un peu de l'éclat de la chute.

   Cyrill   
31/5/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
C’est un beau poème, du pur Parnasse, il me fait vibrer. Par son vocabulaire riche et choisi, scrupuleux, ses sonorités exotiques, sa musicalité.
Les nombreuses voyelles nasales lui confère beaucoup d’envergure. La portée descriptive vient rejoindre dans un même mouvement la pensée philosophique et les mystères de la divination.
Bravo et merci pour la lecture.

   Polza   
12/6/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Il aura fallu que je me renseigne un peu avant de commenter votre poème, mais ça en valait vraiment la peine.

Sûrement avez-vous déjà voyagé dans ces contrées lointaines pour aussi bien connaître votre sujet. Je pensais que vous aviez inventé pour le crabe alors que c’est une coutume (une technique d’art divinatoire) qui se pratique.

Le vocabulaire est d’une richesse non excessive, juste ce qu’il faut pour que ce poème ait une ampleur poétique digne de ce nom…

En peu de mots, vous arrivez à décrire à la fois des paysages et raconter une histoire, vous m’avez littéralement transporté du côté des monts Mandara.

J’ai eu la chance d’assister à quelques cérémonies de santería à Cuba, j’y ai croisé Ochún, Yemayá, Ogun, Changó, Obatalá, etc.

J’ai vu une mamie d’à peu près 80 ans rentrer en transe et faire des bonds de cabri alors qu’elle ne pouvait à peine marcher encore 1 minute avant !

Alors, votre crabe aruspice qui exhume l’avenir, je veux bien y croire…

Votre poème est vraiment très visuel sans jamais tomber dans le cliché, c’est une vraie réussite à mon avis !

Édition

Je viens d’aller sortir un crabe de sa nasse, quel con, il m’a bigrement pincé le bougre !

Mais la bonne nouvelle, c’est qu’il a prédit 5 plumes pour votre poème, on va voir s’il dit vrai, je l’espère pour vous…

   Provencao   
12/6/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour marcolev,

L'augure est mémoire; la mémoire interesse ce champ de la réalité qui cohabite avec le présent. J'aime beaucoup ce témoin présent.

Mon préféré :

"Dans l’ombre du banco s’enfouit la mémoire ;
Le sorcier psalmodie et convoque l’histoire,
Et le crabe aruspice exhume l’avenir."

Au plaisir de vous lire,
Cordialement

   Marite   
12/6/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Réel plaisir à retrouver à travers ce poème une particularité du Nord Cameroun avec ce sorcier aux crabes.
La description contenue dans les deux premiers quatrains décrit fidèlement l'atmosphère ambiante de cet endroit et les mots se succèdent sans heurt pour nous offrir les images. Un petit bémol cependant : le terme "gri-gri" ternit un peu la magie de l'ensemble.
Aussi " L'ombre du banco" m'a laissée perplexe ...

   GLOEL   
12/6/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour Marcolev,

J'ai beaucoup aime l'idée que le crabe, animal étrange du bord de mer, puisse être l'instrument de la divination dans le nord du Cameroun.

« L'augure » est un tres beau poèmeui parvient à marier la rigueur de la forme classique avec une imagerie moderne et exotique.

C'est aussi une méditation sur la permanence de la nature face à la fugacité humaine. C'est un texte tres riche qui gagne à être lu à voix haute pour apprécier toutes ses allitérations et ses cadences.

J'ai particulierement aime l'image du dernier vers par lequel le crabe aruspice exhume l'avenir. Peut-on exhumer un avenir ?

La richesse et la poesie de vos mots sont toujours un plaisir a lire et a decouvrir.

Bonne continuation,
Frank

J attends avec impatience votre prochaine poesie.

   Cristale   
12/6/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour,

Voici un joli voyage en ces mots tout en couleurs dessinant des paysages et chantant des rites ancestraux.
Pour qui n'est pas familier de ces lointaines contrées, il n'est besoin que de chercher un peu ce que certains termes peuvent dévoiler de leurs mystères.
Riche en images et en musiques, ce poème est un plaisir pour les yeux et les oreilles.

"Le baobab retient par sa souche profonde
Le sable de l'horloge où naît l'heure féconde"

Des vers tellement parlants.

Bravo et merci Marcolev !

(promis, je ne mangerai plus jamais de crabe !)


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