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Poésie contemporaine
Passant75 : Cris de cendres
 Publié le 12/06/26  -  12 commentaires  -  1261 caractères  -  116 lectures    Autres textes du même auteur

« La peinture n’est pas faite pour décorer les appartements. C’est une arme de guerre offensive et défensive contre l’ennemi. »
(Pablo Picasso)


Cris de cendres



Dans la nuit déchirée par le cri froid des pierres,
Croulent des murs béants aux entrailles rompues,
Un cheval hurle au vent dans un éclair de cendre,
Sa bouche jette au ciel un feu blanc sans chaleur.

Témoin fier et massif, un taureau blanc se dresse,
Son regard fixe et nu traverse le tumulte,
L’espace est fracturé en tessons de fureur
Et le monde s’effondre en failles sans issue.

Les visages défaits par angles tailladés
Dispersent leurs contours en éclats de lumière,
Dans l’ombre calcinée sous l’orage des bombes,
Une mère à genoux pleure son enfant mort.

Des bras tendus en vain ne trouvent plus de prise,
Ils griffent dans le vide une réponse absente,
Une ampoule grésille, astre pâle et malade,
Éclairant l’écho sourd des hurlements muets.

Tout se brise en fragments de gris et de ténèbres,
La ville se réduit à des lignes tranchées
Où la peine se fige en faces disloquées,
L’horreur surgit alors en nuances funèbres.

Mais au cœur du chaos demeure une étincelle,
Fragile, vacillante, et pourtant qui survit,
On perçoit dans la nuit, meurtrière, inhumaine,
Un souffle suspendu, cri perdu dans le noir.


 
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   BlaseSaintLuc   
23/5/2026
trouve l'écriture
convenable
et
aime un peu
Bon,GUERNICA , évidemment, une description du tableau.

C'est une analyse connue, développée ici pour le faire en poésie.
Très proche de l'analyse donc, moins de l'aspect poétique (l'œuvre est politique , artistique , historique)

Un drame, c'est difficile de sortir de l'effet éclaté sous les bombes, d'ailleurs pourquoi en sortir , c'est le cœur, l'âme du tableau.

l'analyse froide ok , mais d'un point de vue poétique , l'auteur aurait pu traduire son émotion, c'est presque ça, mais pas non plus.

Ça ne s'écarte pas beaucoup de l'analyse de Wikipédia ...

J'aurais aimé des émotions personnelles , un frisson, sentir l'écarquillement des yeux, une odeur, le mat du ripolin, l'état d'esprit, du peintre etc. .

   embellie   
31/5/2026
trouve l'écriture
perfectible
et
aime bien
Même sans avoir lu l’incipit, qui peut nous mettre sur la voie, dès les premiers vers ce ce poème la description contient assez d’éléments permettant de reconnaître la monumentale toile de Picasso, Guernica. Avec sa sensibilité et son immense talent, le peintre a su fixer le chaos et l’horreur de la guerre. Avec autant de talent et de sensibilité, l’auteur de ce poème a su lire la toile et nous la restitue fidèlement. Il n’est pas simple de traduire l’horreur en poésie, pourtant l’auteur y réussit en utilisant des oxymores « Éclairant l’écho sourd des hurlements muets ». Il tient à terminer sur une note d’espoir «  Mais au cœur du chaos demeure une étincelle, fragile, vacillante, et pourtant qui survit ».
Merci à l’auteur(re) dont j’apprécie le choix d’avoir voulu mettre à l’honneur cette célèbre toile, mais, pour la forme, je ne vois pas l’intérêt de composer des quatrains, d’ailleurs sans rimes. A une poésie bâtarde j’aurais préféré la simplicité de la prose.

   Laurent-Paul   
12/6/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Bonjour Passant75,
je n'avais pas non plus lu l'incipit et j'ai presque tout de suite compris le sujet de votre poème. L'évocation et la description sont donc très réussies. On ressent parfaitement l'enfermement, la peur et la violence déchaînées qui animent le tableau à la lecture de vos quatrains. Encore une fois, c'est une réussite.
En revanche, le traitement en alexandrins me fait tiquer : Picasso symbolise pour moi la nouveauté en perpétuel renouvellement ; même trituré comme vous le faîtes, utiliser le mètre le plus classique qui soit me semble donc peu correspondre aux intentions du peintre.
Mais l'aspect circulaire du poème (on commence et on finit dans un cri, ce moyen de s'exprime le plus primal qui soit) renforce l'impression d'étouffement du poème.
J'ai bien aimé !

   Provencao   
12/6/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour Passant75,

J'ai beaucoup aimé cet angle choisi autour de la réceptivité et de la sensibilité rendant cette habilité a incarner le réel dans
l'écho de l’œuvre picturale où l'écriture et la peinture se rallient le plus profondément, tout en s'égarant par leurs modes de personnification .

Très touchée et sensible à ce passage:

"Tout se brise en fragments de gris et de ténèbres,
La ville se réduit à des lignes tranchées
Où la peine se fige en faces disloquées,
L’horreur surgit alors en nuances funèbres."

Au plaisir de vous lire,
Cordialement

   LeChevalier   
13/6/2026
trouve l'écriture
convenable
et
aime un peu
J'ai lu votre texte, sans trop de plaisir, je dois avouer. Heureusement, d'autres commentaires m'en ont révélé le sens : description d'un tableau que je n'apprécie pas particulièrement. Soit. On ne peut pas dire que vos vers soient traversés d'un souffle d'inspiration, même si vous avez renoncé aux rimes, on sent bien la peine que vous vous êtes donnée. Je remarque, d'ailleurs, qu'un des quatrains est en rimes embrassées et cela me paraît singulier, car il n'a pas l'air détaché sur le plan du sens.

Il serait vraiment intéressant que vous ouvriez un fil sur le forum, afin que nous puissions en savoir plus sur vos intentions. Le commentaire n'est souvent qu'un début d'échange.

   Myndie   
12/6/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Bonjour Passant75,

Je vous livre mon commentaire, rédigé juste avant que votre poème ne disparaisse de mon espace lecture.
Déjà bravo pour l'inspiration. L'exercice n'a pas du être facile. Poétiser cette œuvre majeure de Picasso dénonçant le bombardement de la ville espagnole, relevait du défi ; il a été brillamment relevé. Le rendu est d'autant plus saisissant que vous en avez parfaitement saisi les symboles : Le cheval qui hurle au vent son effroi et son agonie, le taureau massif au regard fixe et la fameuse ampoule, objet d'interprétations diverses, que vous voyez en « astre pâle et malade ».
La force du poème réside dans les images, le vocabulaire, la dureté des sonorités, tout ce qui est amené à restituer l'esthétique cubiste du tableau, sa déconstruction, sa violence et son atmosphère funeste :
« des murs béants aux entrailles rompues, »
«  L’espace est fracturé en tessons de fureur »
« La ville se réduit à lignes tranchées
Où la peine se fige en faces disloquées, »
Je m'interroge cependant sur le choix d'une structure poétique aussi conventionnelle, rigoureuse et ordonnée, pour lui rendre hommage. Plus que les sages alexandrins, des vers moins classiques, une composition plus éclatée n'aurait-elle pas traduit encore plus fidèlement ces « angles tailladés », « lignes tranchées », cet espace fracturé, en un mot, la brutalité que Picasso a insufflée à Guernica ?

Cela étant, je trouve que votre poème est un beau tribut, respectueux de l'oeuvre originale.

   Eskisse   
12/6/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Bonjour Passant75

Je salue aussi l'audace de poétiser sur un tel chef d'oeuvre. Vous lui êtes resté fidèle, évoquant tous les éléments du tableau de Picasso, On peut dans ce genre d'exercice aller au delà de l'oeuvre en présentant sa propre vision du tableau. Mais ce tableau longuement commenté ne s'y prête pas.

Il est indéniable que vous leur donnez de l'intensité, à ces éléments, à travers les images choisies ; je retiens entre autres l'oxymore : " hurlements muets" ou la métaphore " astre pâle et malade" ou les "tessons de fureur" et le lexique de la géométrie.

Je rejoins cependant ma camarade de commentaire qui s'interroge sur le choix de la forme. Un libre aurait sûrement mieux convenu au chaos.

   Luron   
13/6/2026
trouve l'écriture
convenable
et
aime beaucoup
Bonjour Passant75,

J'ai adoré ce poème qui nous plonge intensément dans ce tableau célèbre, ses "éclairs de cendre", "ses tessons de fureur", "ses ombres calcinées", "l'ampoule qui grésille" puis "cette étincelle, fragile vacillante et pourtant qui survit". Un excellent travail car il n'est pas facile de traduire en mots le ressenti d'un tableau, ce que l'oeuvre exprime. Je trouve que vous y avez merveilleusement réussi par de belles expressions et de très beaux vers comme " Tout se brise en fragments de gris et de ténèbres".
Je regretterai de ne pas avoir lu ce poème avant ma visite au Prado.
Avec ce talent d'écriture, pourquoi ne pas avoir respecté totalement les règles de la prosodie.
Néanmoins, merci pour le plaisir de cette lecture.

   Cyrill   
14/6/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime bien
Bonjour Passant.
Les alexandrins blancs ici trouvent toute leur raison. Cubistes par la rythmique carrée, tandis que l’absence de rimes suggère une aberration dans l’ordre des choses, comme à Guernica lors de la guerre civile. L’horreur est restituée par une froideur descriptive presque dérangeante, très fidèle au demeurant à différents éléments du tableau. Les monochromes et les angles sont rendus par la précision d’un regard scrupuleux.
Peut-être aurait-il alors fallu nommer Guernica dans le poème pour être davantage partie prenante, en immersion plutôt que contemplateur.
Merci pour le partage et bravo !

   Lariviere   
14/6/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime bien
Bonjour Passant75,

J'ai bien aimé votre poème.

J'ai apprécié l'exergue également. Cette citation, assez radicale dans la perception de ce que peut apporter l'art me séduit globalement.

Votre poème est fort parce qu'il évoque avec beaucoup de réalisme le célèbre tableau de Picasso et que ce n'est pas si facile que ça finalement.

Le choix de traiter ce tableau qui évoque le bombardement de Guernica pendant la guerre civile Espagnole par la légion condor du troisième reich n'est pas si anodin que ça. Et à l'heure où les bombardements des populations civiles sont "légions" dans encore trop de coins du monde, principalement au moyen orient actuellement, votre poème à une résonnance contemporaine qui me parait utile et louable. Et l'exergue alors prend une dimension supplémentaire.

Les images donc, traduisent avec grande exactitude les traits de pinceaux de l'artiste. Autant dans l'aspect purement pictural, que dans l'atmosphère et l'émotion qu'il suscite.

J'ai aimé particulièrement la quatrième strophe et "ses bras tendus qui griffent dans le vide".

L'étincelle que vous suggérez dans votre dernière strophe ne m'avait jamais sauté aux yeux à la "contemplation" de ce tableau et plus j'y pense, plus je me dit que vous avez raison. Bravo donc pour votre perspicacité.

Sur la forme, j'avoue que le choix du classicisme ne m'a pas paru particulièrement incongru. L'aspect structuré étant présent chez Picasso si on regarde avec attention, ce qui n'est peut être pas si évident que ça en première impression.

Merci pour cette lecture et bonne continuation !

   marcolev   
14/6/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime bien
Bonsoir Passant75,

Une très belle évocation violente et fragmentée de la guerre.
Le champ lexical investit ne fait pas dans la demi-mesure avec un monde disloqué et une esthétique cubiste qui reflète bien l’œuvre de Picasso.

Le poème est très visuel et reflète parfaitement le chaos et la souffrance de la guerre.
La chute qui laisse une étincelle vie face à la destruction conclut positivement un texte très sombre.

Merci de ce beau poème.

   Donaldo75   
20/6/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
J’adore ce tableau de Pablo Picasso alors que je ne suis pas fan de ce peintre. Alors, quand j’ai lu ce poème, je me suis dit qu’il y avait du challenge dans l’air. L’esthétique cubiste de Guernica est plus que respectée, avec ses angles tranchés, ses lignes cassées, ses visages éclatés, la superposition de la géométrie qui n’est plus plane désormais. Le champ lexical est également dans le ton. Le poème garde son souffle jusqu’au bout, sans rupture de ton, de chute, de relâchement alors que les incidentes sont possibles dans le cubisme.

Ai-je aimé ?
Oui.
Pourquoi n’ai-je pas adoré ?
Parce que cet hommage reste trop sage, trop descriptif, presque un exercice d’atelier d’écriture poétique où l’enseignant pose un visuel sur le mur et dit : « poétisez dessus ! » Guernica est un tableau fou dans une période folle par un génie universel. Ce n’est pas simplement un visuel. A ce titre, il inspire des émotions, permet de se lâcher, de faire péter son soi, sa perception. Nul besoin d’être éclaté du bulbe pour ressentir. Là, c’est bridé, comme quand un tableau oublie une partie du relief et gomme la perspective.


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