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Récit poétique
SQUEEN : Venue au monde
 Publié le 13/06/26  -  8 commentaires  -  12630 caractères  -  41 lectures    Autres textes du même auteur

« Moi aussi, je cherche une terre où coule le lait. Et le miel. Et les couchers de soleil romantiques. Et la paresse dans toute sa sacralité. Et un travail qui a du sens. (…). Et des plantes qui chantent et des vents qui soupirent et une intense insignifiance – du genre qui vous soulage de cette pression qui vous pousse à devenir "quelqu’un" et qui, en même temps, vous fait apprécier davantage votre appartenance. »

Bayo Akomolafe


Venue au monde



Toute seule, tu es toute seule… Il est parti. Pas de grand discours.
Rien.
Il est parti. Simplement.
Fermé la porte.
*
Tu ne resteras pas seule longtemps, tu vas donner la vie, te diviser.
*
Que faire de toi ? De vous ? Que faire de ce corps qui gonfle, qui enfle ? Tu te cognes partout. Tu ne connais plus tes limites, es-tu encore limitée, délimitée ? Cernée ?
À un moment ça va s’arrêter, c’est sûr. Tu retrouveras tes frontières, ton périmètre, tes pieds.
*
Tu as reçu un chèque ce matin, tu l’as regardé longtemps. Tourné et retourné.
Les spermatozoïdes se sont changés en argent. Pas en amour. Tant pis. Au moins, il n’y aura plus d’attente. Ça simplifie les choses.
Tu vas devoir faire ça toute seule.
Une nouvelle vie, tu vas faire ça de la tienne.
*
Tu vas devoir grandir. Ne plus subir. Tu acceptes.
*
Tu ne peux pas payer le loyer.
Pas de travail. Pas de salaire.
Et tu ne veux surtout pas savoir s’il y aura d'autres chèques.
*
Non.
Pas d’attente.
Un sac à dos, les affaires que tu peux porter. Tu ne quittes pas grand-chose. Personne.
Tu quittes la ville. La ville qui t’a donné un sentiment d’appartenance au monde des Hommes. Une certaine réalité. La ville t’a rendue moins vacillante. Moins falote.
Miroir factice.
Reflet fugace.
*
Tu fugues.
Encore.
*
Entravée et libérée. Tu ne quittes pas, tu vas. C’est toi qui décides.
Enfin.
Aujourd’hui, tu fais ce que tu veux de ton corps.
Enfin.
Même s’il contient une parcelle d’un autre. Surtout.
*
Il fait beau. Terrée dans ta chambre, tu ne t’en étais pas rendu compte, mais c’est le printemps.
Tu prends le train, direction le Sud. Ton Sud.
Le plus loin possible.
Ici.
Mais loin.
Dans ses confins.
Là, où la réalité des Hommes arrive adoucie.
Amortie.
Filtrée.
Inoffensive.
Presque.
*
Arrivée à la gare. Tu reconnais.
Tu as l’impression d’avoir deux sacs à dos : un devant et un derrière. Au loin les montagnes. Splendides. L’air est plus léger.
Respirer.
Respirer.
Tu sais où tu vas.
Un bus.
Et puis.
Marcher.
Retrouver le rythme.
Tu as le temps.
Petite pluie.
Tu te sens accueillie.
Affectueusement.
Sereinement.
*
Ce matin en marchant, tu as commencé à lui parler.
De tout, de rien. Tu sais qu’il t’entend. Toi, tu l’entends : il rit, il gigote, il est heureux.
Tu lui décris ce que tu vois, ce que tu sens. On est au mois de juin et tout explose ici, tout se dépêche de pousser, de grandir, de fleurir.
Attirer les abeilles, les bourdons, les oiseaux.
Papillons.
Ça sent bon tout autour de nous. Le serpolet que vous écrasez. La menthe aussi.
Quel vacarme d’odeurs, de couleurs, de bourdonnements, de bruissements, de chants, de lumières. De vies pressées. Vite. Il faut aller vite.
Se reproduire à tout prix. Urgence… Tu es au bon endroit.
Calme.
*
Tu as retrouvé le chemin. Facilement. Gentiment.
Les gentianes bleues sont en fleur. Les églantiers aussi. Tu te sens bien ici, tu as trouvé l’endroit qu’il vous faut pour sa (une) venue au monde.
Refuge.
*
Tu vous installes dans une grange à moitié aménagée, à moitié abandonnée. Accueillante. Tu ne connais pas son histoire. Triste ? Peut-être. Tout est figé, attendant vos vies.
*
Comme dans ton souvenir, il y a l'essentiel : un lit, une cuisinière, un poêle, quelques outils…
Devant la porte de l’eau, indispensable et claire.
Le jour, au loin, on entend les sifflements des marmottes qui se confondent presque avec ceux, à peine plus stridents, des rapaces. Les grillons aussi, les ruisseaux. Les brebis. Les vaches. Quelques cloches au loin et, rarement les appels d’un berger. La nuit les hiboux, les chouettes et leurs cris de bébé.
Les grenouilles.
*
La nuit.
Quelques grattements autour de la grange.
Et puis le silence. Énorme. Apaisant et effrayant.
*
Tu as trouvé du cresson. Près de la source. Là-haut. Plus bas, il y a des pruniers. Sauvages. Orties contre la grange. Oseille. Sureau. Rien ne manque.
Presque.
*
Tes allées et venues pour rapporter de quoi vivre sont de plus en plus difficiles.
Planter. Semer. Vite. Presque trop tard. Salades, radis, carottes.
Tu n’as pas peur. Tu l'attends.
*
Du village en bas, n’arrive rien ni personne. Tu as réussi à n’être qu’un fantôme quand tu es descendue encore et encore et encore pour vous approvisionner.
Facile.
C’était agréable de divaguer, dévaler, glisser le long des cours d’eau jaillissants, d’écouter les oiseaux, de croiser des vaches ou des brebis. D’éviter les ronces, les routes, de se cacher, d’attendre.
Comme ça sent bon. Odeurs de terre qui se réchauffe, odeurs d’humus dans les sous-bois, odeurs musquées parfois, ou capiteuses.
Reine-des-prés.
Chemin creux, vestige, ombre.
Les arbres autour.
La remontée est plus difficile, tu dois t’arrêter de plus en plus souvent.
Reprendre ton souffle.
Contourner les joncs. Linaigrettes chevelues. Barbelés.
Reprendre ton souffle.
Appuyée lourdement à un frêne ou à un hêtre couvert de lichen.
Poser le sac. Lourd. Lourd.
*
Ton corps perd et retrouve ses repères, tout à la fois. Naturellement. Facilement.
*
Aujourd’hui, tu t’es blessée. Tombée sur le genou. Durement. Tu as saigné. Écorchée.
Tu aimes cette douleur. Tellement physique. Tu n’es plus qu'un corps qui a mal. Reposant. Il pleut ce matin. Tu restes longtemps le visage tourné vers le ciel.
Sensation profonde d’infini. Faire partie du monde.
Immense.
Immense.
*
Tu as travaillé la grange, un lit clos.
Un garde-manger.
Tu passes beaucoup de temps à boucher les interstices autour de la porte, de la fenêtre, avec du papier, de la terre.
Patience.
Tu vous prépares à l’hiver. Il est rude ici. Le petit potager vous fournit quelques choux, courges, carottes. Conserver une partie pour l’hiver. Des pommes de terre aussi, si tu arrives à les sortir. Ça devient très difficile de te baisser. Il va falloir que tu rentres de l’eau.
Beaucoup.
Le pommier aussi a donné quelques fruits.
*
Toi, assise au soleil.
La montagne devant. Derrière. Regarder les vautours fauves planer. Apaisée. Les pieds dans la terre. Le village tout en bas.
L’attendre.
*
Tu as fait un rêve la nuit dernière. Tu ne t’en rappelles pas les détails. Juste une sensation de plénitude. De joie. Tu essaies de la conserver.
Longtemps. La garder.
*
Tu as ri aujourd’hui.
*
L’été est passé simplement, joliment.
Quelques myrtilles, framboises.
Tu as changé physiquement. Dans la tête aussi.
*
Ici, pas de doute.
*
Tes muscles se sont formés, utiles. Puissants.
*
Tu as dû apprendre vite.
Animalité, apprivoiser tes instincts, ces choses qui viennent du début du monde.
Te permettre de les ressentir, ces choses, les laisser venir.
Affleurer.
*
Tu as tout ça en toi. Tout au fond de toi. Mémoire commune. Ancestrale. Ça fait mal. Pas de retour en arrière. Souffrances. Tu es prête.
Les pieds sur terre.
Bien à plat.
*
Tu accouches accroupie en te tenant aux portes du lit clos. C’est long et douloureux. Crier.
Hurler.
Hurler.
Encore.
Longtemps.
Tu n’as pas peur. Tu coupes le cordon avec des ciseaux. Ne pas douter. Il est là. Tu le serres. Longtemps. Longtemps.
Puis. Tu le laves.
Lentement.
Doucement. Doucement.
Vous restez l’un contre l’autre pendant des jours. Couchés. Au début tu n’arrives pas à te détacher, vous ne faites qu’un encore un peu. Encore. Encore. Il sent tellement bon. Tu sors à un moment. Rapidement chercher de l’eau. Il n’a pas pleuré. Il est en sécurité.
Toi, tu es là.
Vraiment.
Complètement.
*
Tu racontes, encore. Tu as cru que le regard des autres te donnerait une consistance. Une identité. Un poids. Une présence au monde. Tu as attendu longtemps qu’on te dise qui tu es.
Lui, il est là parce qu’on ne t’a pas raconté.
Parce que tu ne connaissais rien à la vie des hommes et qu’en chemin tu as croisé quelqu’un. Tu l’as confondu avec l’amour. Mais il n’était rien. Juste une étincelle. Rien.
L’amour, tu apprends à le reconnaître. Tu l’as trouvé. Il est ici. Il est doux. Il est dans ses yeux, dans son sourire. Il est partout autour de vous. Il n’y a rien d’autre. Il te remplit. Il vous enveloppe.
Tu peux le ressentir. Enfin. Vrai.
*
L’automne est là, il fait chaud encore. Colchiques, bruyères, ajoncs. Mûres. Les pommes de terre t’ont attendue, sous terre. Il faut que tu t’en occupes. Tu es encore fatiguée. Un peu. Des champignons. Des châtaignes. Des noisettes.
*
Les montagnes sont belles. Douceur.
*
Ce matin, tu découvres un fossile d’oursin. Sur une pierre du mur de la grange, quelqu’un, il y a longtemps, a trouvé important de poser cette pierre là, comme ça, dans le mur, pour que cet oursin minéral soit visible. Pour toi. Pour vous.
Joli.
Un jour, la mer était ici.
Tu lui raconteras.
*
Bientôt il comprendra. Tout. Il saura. Il faut que tu fabriques des collets. Que tu rentres les fruits. Les derniers légumes. Le bois. Encore.
L’hiver sera long. Les pommes parfument la grange. Faire attention aux souris. Qu’elles ne dévorent pas tout. Le poêle n’est pas très étanche, mais tu as du bois sec.
*
Les grues passent. Des centaines, bruyantes.
Vivantes.
Elles se répercutent. Hurlantes. Se cognent, rejaillissent d’une montagne à l’autre. Comme l’orage.
Avant de disparaître.
De filer vers l’Afrique.
*
Les fougères jaunissent. La lumière est intense, elle se concentre, se ramasse avant de disparaître. Presque. Elle laisse des traces orangées et ocre un peu partout autour de vous. Elle reviendra.
*
Fouilles la terre avec tes mains. Longtemps. Lentement. Tu les déniches nombreuses. Les pommes de terre. Laisser la terre noire couler entre tes doigts. Couler. Lentement.
Lentement.
Elles ont quelques morsures. Elles en ont aidé d’autres.
*
Survivre.
*
Il faut tout raconter toujours. À quel point tu ne regrettes pas. À quel point tu es heureuse. À quel point tu l’aimes. À quel point tu es là. On ne t’a pas raconté grand-chose à toi.
Comment le soleil ?
Pourquoi la lune ?
Et les étoiles ?
Lui, il saura. Tu vas tout lui dire. Tout lui montrer. Il n’aura peur de rien. Jamais.
*
Lui dire le serpent sous le caillou. La source qui rugit. Se tarit. Le torrent qui gronde. Les sangliers la nuit.
Et le hibou, la chouette hulotte, l’effraie, la salamandre. Le renard.
L’homme.
Les araignées. Toutes. L’ours. Lui dire pourquoi. Peut-être.
*
Les journées raccourcissent pendant qu’il grandit. Il voit tout maintenant. Regarder. Des heures. Se taire.
*
Voir.
Les arbres, les rochers, la terre, la mousse, les fougères. Le genévrier.
La mésange bleue. Le petit troglodyte. La sittelle, le merle, le faucon. Tout.
Il sourit. Tu es heureuse.
Tu lui racontes.
Tout.
*
Et puis.
Et puis
L’hiver. Envahissant. Énorme. Ensorcelant. Présent.
Premières neiges.
*
Vous êtes prêts. Le lit clos est installé à côté du poêle. Tu as tendu des couvertures sur des fils à linges qui délimitent un petit espace.
Vous avez chaud. Blottis.
Dormir.
Enfin.
Beaucoup.
L’hiver sera long. Agréablement long. Infiniment long. Tu lui racontes. Il aime le son de ta voix. Il t’écoute. Il s’endort.
Changement de rythme.
*
Tu ne connais pas précisément la date, mais tu as dix-neuf ans depuis quelques jours. Tu te sens très jeune et très vieille tout à la fois. Et solide. Et efficace.
Invincible.
Heureuse.
Immense.
*
Je.
*
Comme la ville te paraît loin.
*
Ici tu es. Grâce à lui, tu as enfin pris tout ton sens. Pour toujours. Vous existez. Tu existes. Vous redescendrez.
Bientôt.
Sûr.
Tu pourras être parmi les autres.
Enfin.
Avec lui.
Complète.
Enfin.
Tu n’as plus peur.
Tu existes tellement dans son regard.
Enfin.
*
Tu es
Je.


 
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   Polza   
2/6/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Je ne sais pas si la chartre permet d’écrire un précommentaire avant publication, j’entends par précommentaire un premier jet et la suite après publication, il est bien évidemment autorisé et conseillé de commenter en EL…

Si je souhaite me réserver cette possibilité, c’est qu’il y a quelques fautes d’orthographe dans ce récit, ce qui ne me gêne absolument pas, mais j’ai un doute sur les fautes que je qualifierais d’étourderies et les fautes que je qualifierais de désirées et faisant intégralement partie du récit…

Par exemple : « C’est toi qui décide » je pense à une étourderie, comme dans : « tu ne t’étais pas rendue compte » et peut-être d’autres fautes encore…

Malgré cela, le poème se termine par :

« Tu es.
Je »

Aussi, dans certains passages comme dans :

« Tu aimes cette douleur. Tellement physique. Tu n’es plus qu’un corps qui a mal. Reposant. Il pleut ce matin. Tu reste longtemps le visage tourné vers le ciel. »

Je me suis demandé si dans le deuxième « Tu », il ne fallait pas comprendre « Tu reste (Tu, il reste) longtemps le visage tourné vers le ciel. »

Idem pour d’autres passages. Je préfère donc attendre avant de commenter plus en détail, parce que selon l’intention de l’auteur, de l’autrice (pas besoin de s’appeler madame Irma pour deviner à qui appartient ce récit), cela change la façon de le percevoir…

Une petite chose tout de même, j’ai beaucoup aimé la trouvaille : « Tu vous »…

Pour l’appréciation, je mets écriture aboutie et aime bien, mais cela pourra évoluer en fonction de vos explications, si toutefois vous souhaitez en fournir, rien ne vous y oblige…

   Cyrill   
13/6/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime bien
Voilà un récit poétique tout à fait impressionnant, tant par sa forme que par son fond.
Une « Venue au monde », non... Deux venus au monde. Mère et enfant, dans une sorte de quête identitaire en même temps qu’un voyage de la survie à la vie, où l’un et l’autre, tout en se suffisant, découvrent l’existence du monde et d’autrui. Il y a un lien avec la nature dont on en ressent l’importance primordiale, la nécessité. Elle est décrite factuellement mais sa portée symbolique est toujours suggérée : la dépendance envers elle pour assouvir ses besoins, autant que la « leçon de choses » qu’elle enseigne.
Le rythme est saccadé, de nombreuses phrases nominales et même d’un seul terme : « Non. », « Encore. », « Surtout », « Enfin. » x2 … qui marquent une certaine opiniâtreté.
J’ai suivi avec émotion la pérégrination de ces êtres en train de devenir. J’avais en tête quelques images du film d’Agnès Varda, « Sans toit ni loi ».
Merci pour le partage.

   Mokhtar   
13/6/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Je ne sais pourquoi, sans conviction, je me suis approché de ce texte à l’allure interminable, d’abord du bout du doigt, pour me retrouver finalement happé avec un plaisir fort et inattendu.

C’est le style qui fait naître la magie. On dirait du Seurat. Par petites touches, par petits points délicats, le propos va son petit bonhomme de chemin, paisible et bucolique, pour finalement nous conduire exactement et précisément là où l’auteure a choisi de nous mener.
Le vocabulaire simplissime, sans l’ombre de technicité, de causticité ou d’emphase, réussit à porter un propos éminemment philosophique.

Le retour à la nature a non seulement un rôle cardinal dans le thème, mais il est aussi source de poésie à la fois vivifiante et apaisante, dédramatisant l’écriture sans en altérer la profondeur.

Parmi les thèmes qu’il me semble percevoir:
- La rupture : « tu ne quittes pas, tu vas ». Pas une simple fuite : la construction d’un nouvel espace.
- La renaissance d’un corps : un corps qui reprend sa place naturelle et sa fonction originelle (grossesse, accouchement, travaux horticoles = ré ancrage
- La maternité et ses manifestations instinctives : responsabilisation, protection, éducation, transmission …mais aussi passage à l’âge adulte car lorsque l’on crée, on est.
- L’amour. Le seul, le garanti, le naturel, le pur, l’indéfectible : l’amour maternel.
- Le retour à la nature, l’animalité assumée parmi les animaux et les plantes, loin de l’artificiel, du factice pour un retour à l’essentiel.

Mais ce qui fait le plus mon admiration et mon intérêt c’est l’évolution de l’héroïne (quel mot mal choisi !).

On voit une anonyme, errant dans la banalité du quotidien, paramètre lambda dans le regard des autres. Sous dépendance, manipulée, engrossée, caillou dans le tas de cailloux, ballotée comme un grain de sable soumis aux marées.

Et vient ce superbe et lumineux« Tu ne quittes pas, tu vas ». Et c’est la bascule. C’est toi qui décides . Tu n’es plus larve, tu n’es plus chrysalide : tu déploies tes ailes, et tu voles. Tu ne rampes plus. Tu vas où ta volonté te guide.

Le retour à la nature n’est pas une fuite, mais un ancrage, dans la montagne, au-dessus. Les gestes redeviennent essentiels, presque innés, presque sacralisés. Les tâches prosaïques, ancestrales, redonnent au corps sa vigueur, le « désamollissent », le replongent dans le réel.
La mise bas, la protection, l’éducation : elle se réinscrit, non, elle s’inscrit dans le réel (« venue au monde »). Et prouve qu’elle est autonome, responsable, et libre.

Elle n’est plus celle à qui l’on dit : ‘TU fais ci, TU fais ça. ». Elle n’est plus l’outil des autres. Désormais elle a son identité propre. Elle est forte. Elle est. Elle incarne avec force un « JE » inaliénable et souverain.

En dehors du fait qu’il évoque la maternité, je trouve ce texte éminemment féminin. Ce rapport au corps, cet arrimage au fondamental, à l’essentiel, me font penser à ma mère, ma grand-mère…celles qui finalement, au propre comme au figuré, « tiennent la baraque ».

Merci pour ce texte lourd et léger, à lire et à relire, à désosser et à méditer.
Dans le top de ce que j’ai pu lire ici.

Mokhtar

Ps : il convient de souligner la beauté et la pertinence de la citation initiale



.

-

   Eskisse   
13/6/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour Squeen,

C'est un texte prenant au rythme haletant. On en connait le mi-chemin grâce au titre mais on chemine encore avant entre les genévriers, les églantiers, et le petit d'homme, né au milieu des renards.
La deuxième personne crée comme un lien de familiarité teinté de veille et de protection avec la jeune fille et je trouve qu'évoquer un accouchement et ses conséquences d'aussi belle manière relève de l'exploit.
Les phrases courtes, phrases nominales, monosyllabiques participent de cette narration de constats objectifs, de faits bruts, de pensées sans psychologie mais avec de nombreuses sensations.
Le lien avec la nature est essentiel, elle forme un écrin, dans cette venue au monde.
La fin semble me dire que la jeune fille a trouvé son identité dans cette maïeutique avec la nature pour sage-femme.

   Provencao   
13/6/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Bonjour SQUEEN,

"Toi, assise au soleil.
La montagne devant. Derrière. Regarder les vautours fauves planer. Apaisée. Les pieds dans la terre. Le village tout en bas.
L’attendre."

Cette venue au monde est de tous les instants, pourvu que l'accueil de la lecture l’adjuge là où rien ne le laisserait pressentir.

J'aime ces fragiles " Tu vas, Tu ne peux, tu as..." dans la rencontre des messages qui ne cessent de me troubler.

Au plaisir de vous lire,
Cordialement

   Robot   
13/6/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Un récit extraordinairement poétique.
La poésie est dans l'expression, dans les images, dans les mots. Nul besoin de rimes ou d'alexandrins. Simplement des images et des sentiments.
Je trouve ce récit optimiste dans sa célébration de l'amour qui se partage et se nourrit de l'un et de l'autre.
Une poésie de l'émotion et du partage qui ne joue pas sur le pathos mais sur les nuances pour cette double venue au monde.

   Passant75   
13/6/2026
trouve l'écriture
convenable
et
aime un peu
Tout d’abord, il vaut mieux éviter d’écorcher le nom de l’auteur cité en exergue. Mais passons, l’erreur est humaine ! Présenté sous la forme revendiquée d’un récit poétique, le texte propose une traversée intime et sensorielle rythmée par le cycle des saisons et l’évolution d’une maternité solitaire. Le « tu » ne s’efface que vers la fin au profit du « je », mais cela permet-il pour autant la réappropriation complète d’une identité fracturée ?

Si l’on ne peut rester indifférent à l’histoire de cette jeune femme, le récit frise un idéalisme naïf de retour à la terre, un retour quelquefois proche d’une symphonie pastorale. Par ailleurs, le choix d’une forme répétitive de phrases d’un seul mot donne plutôt l’impression d’une recherche pour rendre la forme plus poétique. L’ensemble a été certainement très travaillé, cependant il m’a laissé une impression plutôt mitigée. Mais peut-être suis-je passé à côté de ce récit !

   marimay   
13/6/2026
J'ai rectifié le nom de famille dans la citation.


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