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Poésie libre
myndie : Fantômes
 Publié le 18/07/19  -  21 commentaires  -  1427 caractères  -  424 lectures    Autres textes du même auteur

"J'ai tant rêvé de toi qu'il n'est plus temps sans doute que je m'éveille."
Robert Desnos


Fantômes



Je me souviens d'avoir aimé
les échos obsédants des silences d'ébène,
sommeil qui se fracasse en mille éclats de vers,
au long des nuits de laque noire ;
les matins frissonnants au teint de tourterelle,
les aiguilles du jour qui fendent les persiennes
et le café brûlant aux cirrus d'obsidienne.

Je me souviens d'avoir aimé
l'horizon capiteux des étés d'étincelles,
les spasmes de lumière en valse magnétique,
le piano de la pluie qui plaque ses sanglots
sur les portées d'asphalte
et puis se carapate en ruisseaux clapotants.

Et le goût rouge des cerises.

Je me souviens d'avoir aimé
au mitan de l’hiver le lamento du vent,
quand la table gorgée de rustiques fumets
endurait nos défis et nos insurrections,
dans la tiédeur feutrée de son cocon de brique.

Et le sourire de ma mère.

Une mélancolie à mémoire de forme,
invisible ressac, martèle son tourment
comme si cette absence avait plus de mille ans.
Et je hais cet exil.

Toi mon premier amour, je te dois cette grâce
d’avoir empli ma vie d’encriers à saigner
pour sonder les limons de marigots amers.
Ne redoute jamais les sursauts de mon âme,
le fatras de mes rêves ; ils ne sont pas l’oubli.

J’écris à mots comptés, j’ai peur de déranger
ton silence, trop grand pour moi.


 
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   poldutor   
16/6/2019
 a aimé ce texte 
Bien
Poème nostalgique sur le temps qui passe, métaphores de la 1ère strophe :
"au long des nuits de laque noire ;
les matins frissonnants au teint de tourterelle,
les aiguilles du jour qui fendent les persiennes
et le café brûlant aux cirrus d'obsidienne"

2éme strophe :
"le piano de la pluie qui plaque ses sanglots
sur les portées d'asphalte"
belle métaphore ; par contre le "qui se carapate"n'est pas très poétique...

3ème strophe :
"Je me souviens d'avoir aimé
au mitan de l’hiver le lamento du vent,
dans la tiédeur feutrée de son cocon de brique.
Et le sourire de ma mère." Encore de beaux vers.

4ème, 5me et 6ème strophes : un peu obscures pour moi.

En conclusion : beau thème, quelques belles trouvailles, mais aussi quelques "obscurité"

   STEPHANIE90   
25/6/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

de biens charmants fantômes parcourent ce poème que j'ai découvert au fil de ma lecture. Je me suis laissé bercer par vos mots et cela me suffit. J'aime tout particulièrement vos deux premières strophes dont "les spasmes de lumière en valse magnétique,
le piano de la pluie qui plaque ses sanglots
sur les portées d'asphalte"
Et puis votre final, "j'écris à mots comptés, j'ai peur de déranger..."
Merci pour ce beau partage,
Stéphanie en EL

   FANTIN   
26/6/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
Ce sont de séduisants fantômes que ceux que vous évoquez si poétiquement, mélancoliquement, dans une langue imagée qui appartient aux rêves.
Ce poème vibrant de sensibilité, et d'une délicatesse jamais mièvre, est d'une grande force d'évocation. La douleur frissonnante, le vide lancinant, le passage du temps qui griffe à l'intérieur, produisent,, paradoxalement, une bien belle musique.
Merci infiniment.

   Anje   
18/7/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
Au "piano de la pluie qui plaque ses sanglots" j'ai ouvert mon parapluie tellement j'ai entendu le ploc ploc des gouttes du ciel. Ce poème est une dentelle de mots choisis, posés juste où il faut, allitérant, assonant au milieu d'images étoilées de rêve. Ce matin, quand les aiguilles du jour fendent les persiennes, mon cocon de vieille pierre envahi de rustiques fumets a pris grand plaisir à voir passer ces Fantômes. Je me carapate aussi claquant des mains.

   Pouet   
18/7/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bjr,

que dire?

Ma-gni-fique!

Une inspiration fulgurante. Ici, la Poésie est partout, exhale de chaque vers en émotion brute.

Parmi la profusion d'images toutes plus belles les unes que les autres, j'ai envie de retenir cette trouvaille délicieuse, la superbe "simplicité" de:

"Et le goût rouge des cerises."

Un poème sur les souvenirs d'enfance, les premiers émois sensoriels, sentimentaux et d'autres qu'on ressent plus douloureux d'une très grande justesse, où l'émotion palpable se fond avec des métaphores parlantes et des choses plus prosaïques qui touchent d'autant plus profondément à l'instar de: " Et le sourire de ma mère." Avec ce qui faut de recul, de mélancolie et d'ambivalence, sans pathos aucun.

Un premier amour qui aura su apparemment panser les blessures de l'être, l'avoir évanescent des sentiments scellés, fantômes hantant les sens, les songes de l'instant, le passé permanent, les brûlures liquide: le cri des certitudes en doute évaporé.

Je ne peux qu'applaudir, bien sincèrement.

   Lariviere   
18/7/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Bonjour Myndie,

J'avais peur de rater la post-publi de ce texte (merci Pouet pour ton com!) qui m'avait frappé lorsque j'ai eu l'occasion de le découvrir en centrale de publication.

Je vous remercie, d'abord en tant que commentateur, car c'est effectivement très reposant de ne pas avoir la moindre critique a développer et puis ensuite, comme lecteur, car à la première lecture, comme beaucoup d'autres je pense, je suis tombé sous le charme de votre texte : oui celui-ci est magnifique ! du début jusqu'au vers final, tout y est ampli de poésie : champ sémantique, rythme, choix des tournures, audace et liberté stylistique subtilement dosées, beauté des images et leurs rendus en terme de sensations, traitement d'ensemble tendrement aigre-doux, non, je ne vois rien à redire, pour moi tout fonctionne à la perfection !...

pfff... ca coupe un peu le sifflet de tel texte tant c'est impressionnant !... (un chapô bas et une mention spéciale pour la beauté parfois à couper le souffle des images !)

Un poème qui aurait toute sa place dans un recueil de poésie dans une maison de publication sérieuse à compte d'éditeur !

Merci à l'auteur (trice) pour ce très fort moment de lecture et pour nous faire profiter (gratuitement...) de son beau savoir-écrire !

ps : "le piano de la pluie qui plaque ses sanglots" fait parti également de mes préférés, mais presque tous les vers méritent d'être admirés.

   Robot   
18/7/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Ce serait trop long de relever toutes les pierres précieuses découvertes dans ce poème. Un flot de belles images qui ne sont pas fabriquées mais conviennent à l'idée initiale du récit.
Les deux vers isolés sont comme une ponctuation qui fait respirer le poème.
La fin est toute en discrétion et élégance.

   Vincente   
18/7/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
Un poème dont les échos m'ont littéralement attrapé. Ces réminiscences aux "échos obsédants des silences d'ébène" se sont appropriées ma propre mémoire, j'ai entendu dans une large résonance des mots chargés, adroits, précis bien qu'imagés. "L'expérience" est troublante, d'ailleurs j'aurais cru (ou voulu...) les avoir écrits.

De quels ressorts poétiques l'auteur a-t-il usé ? "Usé", quel vilain mot pour exprimer l'accomplissement évoqué, car ces souvenirs ont trouvé un sorte de fraîcheur sous la plume inspirée.

"les matins frissonnants au teint de tourterelle,
les aiguilles du jour qui fendent les persiennes
et le café brûlant aux cirrus d'obsidienne.

"Toi mon premier amour, je te dois cette grâce
d’avoir empli ma vie d’encriers à saigner
pour sonder les limons de marigots amers.
Ne redoute jamais les sursauts de mon âme,
le fatras de mes rêves ; ils ne sont pas l’oubli.
"

Pour ne citer que les deux les plus beaux.

J'ai beaucoup aimé les monostiques. Ils viennent comme une ligne d'esprit se rappeler à nous, en surimpression, ils sont importants, ils sont pourtant hors-champ de la strophe précédente, mais la complètent en la renforçant.

Quelques menus détails concernant le rythme pourraient être réajustés. Le v4 est un peu sec dans la coulée auquel inviterait le vers précédent. De même le "Et je hais cet exil.", je proposerais "Comme je hais cet exil !".

La strophe finale est belle et émouvante. Délicate, elle déclare toute l'attention à l'histoire d'amour première qui vient de se raconter, avec cette "peur" de risquer de l'abîmer (un peu) en ne trouvant pas les bons mots. A mes yeux, l'auteur a réussi à en inscrire là une très belle expression.

Edit : dans mes premières lectures, je n'avais pas repéré que ce premier amour est a priori l'amour maternel, un clin d’œil dans la formulation de l'auteur avec ce "Toi, mon premier amour". Mais je dois dire que l'ensemble reste très crédible et beau même en considérant que ce serait celle d'une première passion amoureuse pour une âme sœur, très emblématique aventure...

   Davide   
18/7/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour myndie,

L'encre de la mélancolie dessine les plus doux instants qui ont émaillé l'existence de la narratrice, leurs parfums, leur couleurs, leurs saveurs, leurs formes...
Tout ce que l'on se rappelle est traversé par un souffle poétique qui "ennoblit", comme si l'âme tout entière voulait se souvenir des plus infimes détails de chaque chose, de leur essence.

J'ai beaucoup aimé les images, jeux de mots étonnants (détonants ?), associations surprenantes, comme si les limites de la pensée rationnelle ne parvenaient plus à contenir la force suggestive de ces moments ordinaires :
"les aiguilles du jour qui fendent les persiennes"
"le café brûlant aux cirrus d'obsidienne."
Sous la plume, ces captations deviennent toutes éblouissantes, extraordinaires...

D'ailleurs, quelle belle trouvaille que cette mélancolie "à mémoire de forme", assurant qu'elle perdure, intacte, tout au long d'une vie, n'attendant que l'inspiration d'une poétesse pour s'exprimer !

En effet, ce voyage dans le passé surprend par la richesse des évocations, leur prégnance, comme si chaque souvenir laissait s'exhaler dans les vers la "sensation" qu'il renfermait, une présence éternellement vivante et vibrante grâce à "l'amour" de la narratrice :
"Ne redoute jamais les sursauts de mon âme,
le fatras de mes rêves ; ils ne sont pas l’oubli."

Juste sublime !

Merci du partage,

Davide

   PIZZICATO   
18/7/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
" les échos obsédants des silences d'ébène,
sommeil qui se fracasse en mille éclats de vers,
au long des nuits de laque noire ". Ça commence fort !
Et puis, la poésie à fleur de vers inonde ces souvenirs teintés de mélancolie..

" Une mélancolie à mémoire de forme " Il fallait la créer celle-ci !!

Et pour clore, cette chute magnifique " J’écris à mots comptés, j’ai peur de déranger
ton silence, trop grand pour moi."



Un très beau poème, que j'aimerais mettre en musique...

   Cat   
18/7/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Dieu, que ton inspiration est touchante et belle, ma Myndie ! D'une poignante beauté, de celle qui érafle le cœur, pile à l'endroit où dort l'enfant que nous resterons pour toujours.

Je suis en train de te lire, et m'inonde un torrent silencieux de larmes tant tes images touchent au plus profond de la douceur, là où elle se mêle à la douleur en des flots intarissables, comme le vide...

Avec ton amour divinement exprimé et ton manque immense, tu as fait renaître des souvenirs à couper le souffle.

Je relève tout et garde tout, et je reviendrai encore te lire... pour avoir encore un peu mal... Des fois, quand c'est vraiment très beau, comme ici, j'en deviendrais maso.:))

Nul besoin d'être devin, ou amie proche, pour savoir que de là-haut où elle te lit, ''Dans (son) silence, trop grand pour (toi)... le sourire de (ta) mère a le goût rouge des cerises''.

Merci et encore merci, pour ce moment de grâce. Il a calfeutré durant une poignée de minutes quelques cicatrices, en même temps qu'il a exhalé le goût doux-amer de cet amour qui ne se guérit jamais tout à fait, et dont tu viens, avec grand talent, de me faire prendre toute la mesure.

Je t'embrasse fort, et t'enroule dans la douceur infinie de ma tendresse, comme j'aimerais te consoler...

Mon passionnément +++ me paraît banal et chiche en regard de tout ce que tu viens de m'offrir, quand la Poésie respire avec la Vie.


Cat

   Lebarde   
18/7/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Myndie bonjour
Beaucoup d’images magnifiques et originales dans ce poème libre aux vers délicatement tournés pleins de rêves suaves et de douceurs.
Voilà un superbe texte à l'atmosphère magique.

« les matins frissonnant au teint de tourterelles
Les aiguilles du jour qui fendent les persiennes »

«  l’horizon capiteux des étés d’étincelles
les spasmes de lumière en valses magnétiques « 

Des vers que j’ai aimés parmi beaucoup d’autres....

Vraiment bravo . Belle lecture que j’ai appréciée.

Lebarde

   papipoete   
18/7/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
bonjour myndie
" je me souviens de ces fantômes, ceux qui nous veulent du bien, et le font sans se rendre compte ..." ils viennent hanter mes nuits de pastels enivrants, me parlent à l'oreille " te souviens-tu ? " Et dans leur sillage enchanté, je repars autour de la table du goûter, à l'instant coloriage des formes vues aux nuages...
Et je me souviens de mon Premier Amour, assise sur mon lit me contant une histoire, et ton exil sans retour me torture, alors ce soir j'écris en silence pour toi Maman.
NB comme à la fin d'une audition, il faut choisir le meilleur ; en l'occurrence un passage, un vers mais impossible tant l'auteure nous éblouit " les aiguilles du jour qui fendent les persiennes " " le piano de la pluie qui plaque ses sanglots sur les portées..." les 2 dernières strophes et ces 2 monostiches " et le goût des cerises " " et le sourire de ma mère "
La plume m'en tombe des mains, devant tant de délicatesse pour dire les choses... comme c'est beau !
Et dire que la poésie " libre " est dénigrée parfois, au profit des fiers alexandrins !
Ce n'est pas de l'encre qui coule, mais de la rosée du matin qui scintille de ligne en ligne, du matin jusqu'au soir !
PS je viens de lire après coup les commentaires ; voyez-vous la proposition de PIZZICATO ? ce serait une chanson magnifique !

   hersen   
18/7/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Myndie,
Tu nous offres là un bien beau poème, tout en visuel et en sensuel, les mots coulent sur des formes et des couleurs et les sculptent, c'est un poème à toucher, à caresser, c'est très très beau.

Un grand merci pour cette belle lecture.

   senglar   
19/7/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour myndie,


Je dirais que nous avons là une ode aux fantômes familiers. Placés sous l'égide de Desnos, immortel amant de Youki, disparu dans de tragiques conditions dues à la botte nazie, ils n'en prennent que plus de grandeur.

De nombreux vers admirables qui se succèdent en cascades ou s'appliquent en touches complémentaires pour former des tableaux. Tableaux du souvenir sous le sceau de la mélancolie.

Mais j'ai surtout aimé ces vers isolés :
"Et le goût des cerises"
"Et le sourire de ma mère"
qui viennent comme des mèches d'artifice vivifier ces tableaux.

J'ai été
surpris pas "carapate",
séduit par
"Une mélancolie, à mémoire de forme
invisible ressac, martèle son tourment."
et je me suis dit :
(grâce à Vincente ;) )
Quelle maman que celle de la narratrice qui lui a donné tant "d'encriers à saigner" mais d'un sang apaisé !

(Pour ce qui est d'autres amours cela relève de l'intime)


senglar

   Cristale   
18/7/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
"J’écris à mots comptés, j’ai peur de déranger
ton silence, trop grand pour moi."

Et voilà. Je te rends l'écho de tes vers dans l'immensétude de ton talent parce que ton poème n'a pas besoin de mes mots pour sublimer les hautes sphères où scintillent les tiens.

Magnifique !

Bravo et merci Myndie.

Je t'offre un bouquet de douze plumes
Cristale

   ours   
19/7/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour Myndie,

Je suis revenu sur votre poème plusieurs fois avant d'apposer mon commentaire, tout a déjà été dit. Votre poème vibre dans un mélange des sens, une explosion des sens, voilà de la "poésie sensitive" pour reprendre une expression de senglar, c'est exactement ça que je ressens.

Mon premier "Passionnément" sur Oniris je reviendrai vous lire avec grand plaisir.

   Zorino   
19/7/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Bonjour Myndie,

J'ai lu plusieurs fois ton poème depuis sa mise en ligne - et avec grand intérêt - mais à chaque fois que je m’apprêtais à écrire un commentaire, je ne savais quoi y mettre. Il y a des émotions qui ne se traduisent pas avec les mots. Ta poésie me touche profondément. Point.
Je ne saurais quoi d'autre ajouter, et je le regrette vraiment, mais écrire pour écrire me semble inutile.

Quel talent ! Ton poème regorge de poésie du premier au dernier vers.

Merci pour ce magnifique partage

   natile   
19/7/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↑
une belle mélancolie alliant douceur et noirceur ; un style qui me plait bien

   myndie   
22/7/2019

   jfmoods   
22/7/2019
Le rythme pair (alexandrins, octosyllabes, hexasyllabes) et la découpe des vers en leur centre confèrent à ce poème une harmonie soutenue par un jeu filé d'allitérations (b/p, d/t, f/v, k) et d'assonances (an, é/è, i).

Au fil des 19 premiers vers se dévide, au gré des quatre saisons ("les aiguilles du jour qui fendent les persiennes", "l'horizon capiteux des étés d'étincelles", "le piano de la pluie", "au mitan de l’hiver le lamento du vent", "la tiédeur feutrée de son cocon de brique"), l'écheveau du temps, la trame du coeur (anaphore : "Je me souviens d'avoir aimé"), en un tableau riche de sensations (ouïe : "les échos obsédants des silences", "se fracasse", "plaque ses sanglots", "ruisseaux clapotants", "lamento", vue : "nuits de laque noire", "cirrus d'obsidienne", odorat : "la table gorgée de rustiques fumets", toucher et goût : "le café brûlant", synesthésie : "les spasmes de lumière", "goût rouge des cerises") avec le langage poétique comme truchement obligé (hyperbole : "en mille éclats de vers").

Les 12 derniers vers du poème prennent un ton plus grave. Les possessifs pluriels du vers 18 ("nos défis", "nos insurrections") semblent avoir servi de tremplin à ce glissement. Les êtres - trop tôt disparus - qui ont fait de la poétesse la femme qu'elle est devenue frappent à porte de la mémoire ("ma mère", "mon premier amour"). La douleur de la perte s'exprime alors (métaphore : "Une mélancolie à mémoire de forme", personnification : "invisible ressac, martèle son tourment", hyperbole : "comme si cette absence avait plus de mille ans", démonstratif : "je hais cet exil", marqueur d'intensité : "ton silence, trop grand pour moi") et, avec elle, une immense gratitude (modalisation : "je te dois cette grâce d’avoir empli ma vie") envers celui qui, toujours vivace en son souvenir (impératif : "Ne redoute jamais les sursauts de mon âme, / le fatras de mes rêves", constat : "ils ne sont pas l’oubli"), a contribué à entretenir en elle ce flux des mots qui l'a aidée à creuser ses abîmes intérieurs ("encriers à saigner / pour sonder les limons de marigots amers"), puis à supporter l'aridité du manque ("J’écris à mots comptés, j’ai peur de déranger / ton silence").

Le titre ("Fantômes") et les vers de l'entête suggèrent au lecteur que, chez la locutrice comme chez Desnos, la poésie réalise, à sa manière, l'impossible jonction entre les êtres restés ici-bas et ceux partis dans l'au-delà.

Merci pour ce partage !


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