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Poésie classique
Myo : Le serpent à deux têtes
 Publié le 20/11/20  -  15 commentaires  -  1013 caractères  -  266 lectures    Autres textes du même auteur

Avec pour seules armes le respect et la fraternité.


Le serpent à deux têtes



L’ennemi déloyal nous attend au tournant,
Dans un geste anodin de simple courtoisie,
Une étreinte amicale, un baiser badinant ;
Il s’infiltre, sournois, par la brèche choisie.

Si le terrain se prête à ses projets malsains,
Le voilà qui s’installe et s’enracine en douce.
Sans gêne, fait sa loi, dédaigne nos vaccins,
Puis impose son jeu, ne cédant pas d’un pouce.

Son emprise est tenace et fausse le propos.
Certains ferment les yeux, de peur de faire face,
D’autres, déjà bernés, se montrent plus dispos
À suivre le malin, occultant la menace.

Le serpent bicéphale écrit son noir dessein ;
Dans un long sifflement, asservit l’insolence,
Resserre son étreinte et d’un souffle assassin,
Diffuse le poison d’une mortelle aisance.

Fanatique ou viral, âpre dualité,
Pour vaincre ces fléaux à la figure obscure,
Défendons le respect et la fraternité
Puis berçons l’avenir aux bras de la culture.


 
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   Eclaircie   
13/11/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour,

Je viens de lire LeMonde numérique de ce jour et votre poème m'apparait évident, limpide, Si la fin peut sembler un peu prosaïque, à lire et relire, je ne vois pas d'autre issue (possible).

Présenté en classique, j'aimerai que vous l’écriviez en Rap, en Libre, que vous le mettiez en chanson.
Peu instruite de littérature au temps où elle aurait pu avoir toute sa portée (l'enfance et l'adolescence) votre style me parait un peu éloigné de celui, habituel de nos jours, de ceux à qui le texte servirait le plus. (c'est peut-être un peu démago, ce que j'écris, là, vous me direz).
Je n'ai donc pas "les armes" pour vous dire si votre poème relève bien de la catégorie classique. D'autres, j'espère, vous le diront.
je n'ai à la lecture pas relevé de vers qui "dépassait du rang".

Merci du partage,
Éclaircie

   Hananke   
20/11/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour

Un bon texte classique sur les 2 fléaux qui nous touchent : l'un
plus ancien que l'autre mais toujours d'actualité et l'autre, qui, j'espère
va bientôt baisser pavillon sous les assauts d'un vaccin.
La société française étant devenue multi raciale et religieuse,
je pense qu'effectivement, il n'y a que la fraternité qui peut nous en
préserver en laissant un peu tomber cette histoire de liberté
d'expressions qui pour moi doit avoir des limites.

J'aime bien ce texte qui dépeint toutes les facettes de ces deux
ennemis sous la forme de serpent à 2 têtes.

   papipoete   
20/11/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
bonjour Myo
Funeste année 2020 qui voit agir deux poisons ; celui qui pénètre notre corps et l'infeste... covid ; un autre qui pénètre celui où l'on soigne les malades... virus...
" allez entre nous, on s'embrasse ! on va pas faire de chichi ! "
" j'ai piraté votre hôpital ; si vous ne payez pas, je détruis tous vos fichiers ! "
on put dire " drôle de guerres ", sans char ni bombe mais le terme dans les deux cas est malvenu !
on meurt empoisonné, ou l'on s'en sort parfois au bout de mois... balivernes râlent les râleurs...
NB les deux poisons évoqués sont ici traités de façon claire, et la première strophe montre qu'il suffit de presque rien, pour perdre tout !
La troisième et quatrième se font l'écho de ceux qui ne croient pas, mais tel Saint Thomas, quand proche ou ami frôlera la mort, il dira " j'aurais pas cru ! "
Je vois à travers votre écriture, la silhouette de quelqu'un qui sait... et veut faire passer la vérité ; dire aux gens, " ne vous battez pas, restez unis devant ces agresseurs ! "
La première strophe est vraiment ma préférée, où je vois même l'image du " séropositif " faire l'amour à quelqu'un lui cachant ce mal, et la condamnant...
vous maîtrisez la forme " classique " à merveille, aussi je n'ose poser ce " bémolino " au 4e vers ( brèche/choisie ) à la sonorité " che/che " ; mais je pinaille !

   Bellini   
20/11/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Myo,
Tout d’abord j’aimerais vous dire que vous faites partie des nouveaux auteurs dont je prends plaisir à suivre l’évolution. Votre versification classique s’affirme et vous en donnez une belle preuve ici dans ses trois composantes qui sont : la prosodie, la métrique et le rythme.
J’ai apprécié la variété des rimes, certaines plus riches que d’autres, comme j’aime qu’un poème sache les moduler.

Votre message quant à lui est clair, suivant en cela les principes de l’Art poétique de Boileau :
« Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement,
Et les mots pour le dire arrivent aisément. »


Ce serpent bicéphale, assez vague au début, est dévoilé peu à peu dans la progression du poème. On aurait pu penser à des thèmes universels comme l’amour ou l’amitié dévoyés, mais non, il décline peu à peu deux gangrènes historiques particulièrement actuelles : le fanatisme et les virus.

Par contre, je suis moins emballé par la « dualité » que vous établissez à la fin, entre précisément le fanatisme et les virus (« Fanatique ou viral, âpre dualité »). Exprimé ainsi, on pourrait y voir une confusion de vos idées, car après avoir déroulé le texte, il apparaît qu’il faut traduire par : « Fanatique ou viral, la même dualité ». J’y vois là sinon, une contradiction, car la dualité est d’abord le fait d’être double, avec l’idée d’un antagonisme. C’est en tous cas ce que sous-tend le concept de serpent à deux-têtes. Vous défendez plutôt l’idée, à juste titre, d’une similitude entre fanatisme et virus. La dualité dans votre sujet ne me semble donc pas se situer où vous la placez, en tout cas dans le syntagme « âpre dualité » énoncé ainsi, mais plutôt dans la nature bicéphale et donc insidieuse de chacun d’eux, du fanatisme donc, et des virus. Je verrais donc plutôt, dans l’esprit : « Fanatique ou viral, âpre similitude ». Chacun d’eux aurait deux têtes, là d’accord, l’une souriante, l’autre mortifère, encore que je ne voie pas très bien l’aspect souriant dont pourrait se déguiser un virus. Ce n’est pas son empathie feinte qui nous tue, mais plutôt son invisibilité. Le fanatisme use au contraire des armes de la crédulité. Mais bon, sans doute avez-vous une explication différente à cette dualité que vous installez entre fanatisme et virus.

En tout cas bravo pour cette prestation et ces progrès accomplis, que je note dans le haut de mon échelle de notation.
Bellini

   plumette   
20/11/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Myo,

j'ai beaucoup aimé l'image du serpent à deux têtes, et le rapprochement que votre poème opère entre le fanatisme et la "viralité" que j'entends plus comme étant celle qui sévit sur internet que celle qui nous affecte aujourd'hui dans notre quotidien avec la covid.

la forme choisie est élégante et donc presque paradoxale pour le propos, mais finalement elle lui donne de la force.

les deux vers de "clôture" me séduisent avec leur message très direct qui, à mon sens, ne peut qu'emporter l'adhésion.

Sur la prosodie, vous avez des lecteurs avertis qui pourront saluer votre travail.

A vous relire encore

   Pouet   
20/11/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Slt,

une manière assez fine et imagée de décrire deux sujets sociétaux contemporains.

Voilà, je ne sais trop que dire d'autre, l'angle choisi me semble bon, l'écriture maîtrisée, le propos lucide.

Bref, un fort bon poème.

   sympa   
20/11/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Myo,

J'aime bien l'idée ingénieuse et originale du serpent à deux têtes pour décrire ces deux fléaux et leur "infiltration" progressive..
Le premier et l'ultime quatrain ont ma préférence:
Le premier qui annonce doucement mais fermement la couleur, et le dernier avec ces deux mots-clés importants et criants de vérité : respect et fraternité.
Tout est dit dans ce poème et joliment exprimé.

La forme classique est parfaite, une belle lecture.

   Lebarde   
20/11/2020
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
Bonjour Myo

Vous abordez dans ce "serpent à deux têtes" deux plaies majeures qui gangrènent notre société:

- le fanatisme religieux et ses violences, phénomène en fait, de tous les temps et de toutes les époques pour lequel on désespère de trouver un remède satisfaisant un jour.

-une pandémie parmi beaucoup d'autres, passées ou à venir, aux conséquences graves pour la survie de nos populations et la pérennité notre système économique que pourtant la science et la persévérance des hommes arriveront bien à juguler une fois encore.

On sait bien que ces fléaux sont récurrents et pour les plus pessimistes sans solution et que les combats pour y faire face, sont permanents et sans fin.

Bien que ces deux calamités soient de natures différentes et pas nécessairement comparables et le traitement de leur "dualité" ne manque pas d'intérêt et de justesse.

Sur la forme, rien dire, tout me semble parfait autant que ma modeste compétence peut en juger.
Votre maitrise de la poésie classique se confirme de jour en jour et vous en prenez enfin conscience. Bravo.

Merci pour cette lecture et l'exemple que vous êtes devenu pour moi.

Lebarde

   Miguel   
20/11/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Pauvre serpent ! Depuis le mythe de la Genèse, c'est toujours lui qui est désigné volontaire pour incarner le Mal. Mais bon, on s'est si bien accoutumé à ce rôle ... Ces deux têtes funestes cependant sont si actuelles qu'on les reconnaît tout de suite. Elles font peur, et la fanatique, en ce qui me concerne, encore plus que l'autre, car je n'entends pas parler de vaccin. Belle maîtrise de la prosodie, vers fluides et mélodieux. Le dernier ne me semble pas très heureux, non l'idée de culture bien sûr, mais c'est l'image.

   emilia   
21/11/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Des alexandrins classiques d’une prosodie travaillée qui démontrent avec brio qu’ils sont capables d’exprimer subtilement cet épineux sujet d’actualité de deux maladies virales dans la propagation de leur poison, quand il devient essentiel de défendre « le respect et la fraternité », mais aussi la culture qui permet de combattre l’ignorance semeuse de troubles délétères…

   Myo   
24/11/2020

   Arsinor   
25/11/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Le caducée d'Hermès est le symbole de la médecine et le dictionnaire des symboles de Jean Chevalier dit : le serpent n'est pas médecin, il est médecine. Mais je crois qu'ici, il s'agit de la menace elle-même, soit on la prend à la légère, soit on se gâche la vie. Ai-je compris ? Les phrases sont simples mais le discours tourne autour du sujet. En tout cas, le vocabulaire est varié. J'aime bien.

   Charivari   
27/11/2020
Bonjour.

Je n'ai pas du tout aimé ce texte, désolé.

Primo, je ne vois absolument pas le rapport entre le fanatisme religieux et le covid, et en lisant le texte, je le vois encore moins.

Deuxio:
Défendons le respect et la fraternité
Puis berçons l’avenir aux bras de la culture.

Ce côté "moralisme" bon marché passe-partout je n'adhère pas du tout; et puis "bercer l'avenir aux bras de la culture" j'ai beau chercher, pour moi ça ne veut rien dire.

Mais surtout, je ne comprends pas pourquoi le choix de cette forme classique, abandonnée au 19ème siècle, pour parler du Covid et du terrorisme, qui sont ici associés d'une manière totalement artificielle, juste, j'imagine, parce qu'en France les deux thèmes ont coexisté dans l'actualité. Bref, ce texte va périmer dans un mois ou deux, après tout pourquoi pas faire un petit poème sur des nouvelles fraîches, mais dans ce cas-là, pourquoi un poème classique?

Enfin, et c'est le plus important, votre poésie ne m'a provoqué aucune émotion, et c'est quand même le plus important.

   AKIDELYS   
27/11/2020
 a aimé ce texte 
Bien
merci pour cette écriture si travaillée pour évoquer notre société malade. J'aime beaucoup le dernier vers qui s'envole vers l'espoir.

   Louis   
27/11/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Deux figures du Mal, dans ce poème, sont représentées par l’image allégorique d’un animal monstrueux : une chimère bicéphale, « un serpent à deux têtes ».
Ces deux visages du Mal, le fanatisme et la maladie virale, peuvent bien sembler différents, mais partagent pourtant un tronc commun, un même corps reptilien tout en longueur.
Le poème met donc en évidence ce qui est commun à deux maux qui peuvent sembler distincts.
Quels sont les caractères communs à la maladie virale et au fanatisme ?

Le premier quatrain présente l’animal allégorique comme un «ennemi déloyal ».
Ce manque de loyauté s’avère un caractère commun aux deux maux. L’un et l’autre versant du mal adoptent un même comportement retors.
Hostile aux humains, le monstre ne les agresse pas à découvert, de front, mais, « sournois » et fourbe, s’avance cauteleux masquant son jeu, se glisse jusqu’à sa proie, jamais franc. Il louvoie, il serpente, il ruse. Puissance du Mal, il est présenté comme un avatar de Satan, traditionnellement symbolisé dans l’allégorie du serpent, et comme lui nommé « le malin » (V.12) pour sa ruse et sa fourberie.
Par l’effet de sa perfidie, il se dissimule en attente de sa proie : «L’ennemi déloyal nous attend au tournant », posté en embuscade dans les situations les plus inattendues, les plus amicales, les plus fraternelles au plus proche de ce qui constitue son opposé, son contraire : « Dans un geste anodin de simple courtoisie », ou dans « Une étreinte amicale, un baiser badinant ».

L’ennemi déloyal qui se cache ici est, à l’évidence, le virus à l’image de la Covid. Dissimulé derrière les gestes conformes au Bien, tout autant qu’au Bon (au sens moral du terme), ceux du rapport amical de proximité ou du contact corporel de tendresse et d’affection, le démon viral saisit ces opportunités pour s’insinuer dans les corps, «en douce », afin d’ accomplir son œuvre maléfique, et réaliser ses «projets malsains ».
Tout rapprochement corporel sans ‘’barrière’’ constitue une «brèche» par laquelle il « s’infiltre ».
Ainsi, il utilise la voie de la communication sociale, le chemin de ce qui rapproche et unifie, pour se propager, se répandre dans une contamination destructrice des corps, mais aussi, par les mesures de protection qui s’imposent, du fait des barrières dressées entre les hommes, l’obstruction des voies, des chemins par lesquels l’homme constitue son humanité. On le sait bien : l’humanité ne naît pas de l’isolement et de la fermeture sur soi, mais du rapport à autrui, du rapport moral et tolérant (« respectueux ») à l’autre.
Le virus ne porte donc pas seulement atteinte au corps, il s’en prend aussi à l’humanité de l’homme, qui n’existe que dans la relation à autrui, morale (au sens de la morale authentique et non des morales de fait, ou des « mœurs ») et non violente.

Cette façon de s’introduire dans l’homme pour en détruire son humanité est-elle le propre du virus ?
L’image d’un monstre doté d’un corps commun à deux têtes vise à montrer que le fanatisme, seconde face de la chimère après le virus, procède de la même façon, sournoise, afin de s’introduire chez les hommes, mais dans leur esprit cette fois, plutôt que dans leur corps.
Le fanatisme, en effet, s’engendre dans les communautés, les familles, les partis, les sectes, les religions (‘’religion’’ dont on peut rappeler le sens étymologique : du latin « religare » : ce qui relie, unifie, verticalement les hommes et leur dieu, horizontalement les hommes entre eux).
Le fanatisme utilise lui-aussi les voies de l’unité sociale (les ‘’communautés’’, les groupes, les confréries) et par là œuvre à leur destruction.
Les ‘’communautés’’ religieuses cimentent l’union fusionnelle entre leurs membres par la croyance en une vérité absolue. Le fanatisme engendre alors l’intolérance et l’élimination de l’autre, celui qui ne partage pas la vérité absolue que l’on croit détenir ; il sépare radicalement ‘’eux’’ et ‘’nous’’. Il déshumanise l’autre, l’infidèle, en l’assimilant à un animal nuisible qu’il convient de détruire.
La « fraternité » s’arrête aux frontières de leur communauté de croyance. Et les « frères » eux-mêmes deviennent vite des traîtres, des hérétiques, des infidèles, dès lors qu’ils dévient des dogmes, ou sont pris dans des jeux de pouvoir.
Le « respect et la fraternité » qui font l’humanité de l’humain se trouvent donc fortement compromis

Après avoir montré la manière dont le monstre s’introduit dans l’être humain, l’auteure, dans le deuxième quatrain, insiste sur la façon dont il « s’installe et s’enracine ».
Tyrannique, « Sans gêne », il « fait sa loi » : il soumet les corps ou les esprits. Pouvoir totalitaire, il impose « son jeu », de telle sorte que sa proie ne puisse échapper à son emprise.

La troisième strophe montre combien il est difficile de mener la lutte contre l’imposteur et de lui opposer une résistance.
« Son emprise est tenace », d’autant plus que les hommes se font aveugles devant la menace dont ils sont victimes, ils « ferment les yeux, de peur de faire face », ou « l’occultent ». Soit on craint l'affrontement, soit on se laisse « berner » par les ruses du « malin», et se montre « dispos à le suivre ».
Contre le virus, domine la crainte de reconnaître sa malignité, et les déclarations récentes de ceux qui ont vu dans l’actuelle pandémie une ‘’grippette’’ en sont un exemple parmi d’autres.
Quant au fanatisme, il est difficile de lui résister, et l’on succombe aisément « aux sifflements » du "malin". Le serpent, allégorie du Mal, est désigné aussi dans une référence biblique, comme "le tentateur", celui qui brise les résistances par son pouvoir de séduction. La passion, l’enthousiasme du fanatique, séduisent ; les croyances simplistes, sans nuances, qui prétendent donner sens à la vie suscitent facilement l’adhésion des individus désorientés, à la dérive ; les espérances portées par ces croyances, dans un paradis futur soit sur la terre soit dans l’au-delà après la mort satisfont suffisamment les désirs profonds pour se laisser tenter par elles.
Satan, ‘’le tentateur’’, s’adresse plus au ‘’cœur’’ qu’à la raison des hommes, si bien qu’il devient difficile de combattre le fanatique aux sentiments exaltés, aux désirs exacerbés.

Dans la quatrième strophe, l’auteur en conclut que le serpent bicéphale, dans ces conditions :
« Diffuse le poison d’une mortelle aisance ».
Que ce soit le virus ou le fanatisme, l’un et l’autre diffusent un poison, un venin, qui contamine le corps physique ou le corps social, intoxique les esprits, polluant la sociabilité des êtres humains, et jusqu’à leur humanité.

Le dernier quatrain indique la voie qui permet, malgré les difficultés signalées, de combattre le Mal, plus exactement deux des figures du Mal au tronc commun d’un « serpent ».
« Fanatique ou viral, âpre dualité » : constate le premier vers. («Fanatique et viral », conviendrait mieux, il me semble, en ce qu’ils constituent les deux composantes, - une dualité, d’une même réalité : le Mal ou le serpent. Dans une « dualité », les deux côtés qui la constituent sont le plus souvent opposés, mais pas toujours et pas nécessairement. « Fanatique » et « viral » ne comportent pas chacun deux têtes, ce qui ferait un serpent à quatre têtes, et non plus un serpent bicéphale)
Ces deux maux donc doivent être combattus ; tous deux sont des maladies, l’une du corps, l’autre de l’esprit.
Ce rapprochement entre ces deux maux n’est pas seulement de circonstance, et n’est pas nouveau. L’auteure renouvelle un constat déjà effectué au siècle des Lumières, par Voltaire, par exemple, qui définissait le fanatisme, dans un article qui lui est consacré dans son Dictionnaire philosophique paru en 1764, comme : « une maladie épidémique » ou encore « une peste des âmes ». Il ajoute : « La religion, loin d'être un aliment salutaire, se tourne en poison dans les cerveaux infectés »
Le vocabulaire utilisé, d’autre part, pour désigner le fanatique est souvent emprunté au domaine de la maladie, ainsi on dira de sa passion qu’elle est une « fièvre », une « rage », ou une « monomanie », une « folie », un « délire » …
Deux maladies sont donc à combattre : une maladie du corps, une maladie de l’âme.

La solution proposée n’est pas non plus nouvelle, mais elle mérite sans relâche d’être rappelée. D’abord par la défense de ces valeurs morales que sont « le respect » et « la fraternité ». La morale ne se confond pas avec le « moralisme », et même le plus fervent nietzschéen ne pourra soutenir qu’on puisse se passer de toute morale. Respect et fraternité sont deux hautes valeurs humaines et humanistes.
Ensuite par la « culture », « les Lumières » dit-on aussi depuis le 18ème siècle, que Voltaire désignait également par : « l’esprit philosophique ». Ainsi écrivait-il dans l’article cité plus haut : « Il n'y a d'autre remède à cette maladie épidémique que l'esprit philosophique ».
Et c’est aussi la solution que Camus propose dans La Peste : « Le mal qui est dans ce monde vient presque toujours de l'ignorance, et la bonne volonté peut faire autant de dégâts que la méchanceté, si elle n'est pas éclairée. Les hommes sont plutôt bons que mauvais, et en vérité, ce n'est pas la question. Mais ils ignorent plus ou moins, et c'est ce qu'on appelle vertu ou vice, le vice le plus désespérant étant celui de l'ignorance qui croit tout savoir et qui s'autorise alors à tuer.»
Ainsi ce poème, un peu corseté dans sa forme classique, mais aux alexandrins bien construits, met en garde à nouveau, et à juste titre, contre deux maux très proches, qui parcourent l’histoire humaine, et toujours d’actualité. La solution proposée est difficile. Mais en est-il d'autres ?

Merci Myo


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