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Poésie libre
SQUEEN : FORT
 Publié le 23/05/26  -  13 commentaires  -  6615 caractères  -  83 lectures    Autres textes du même auteur

Il ne s’arrête pas aux feux rouges.


FORT




Tu as quarante ans. Tu sors de chez toi. Il est là. Sur le trottoir. Il te regarde. Tu te figes. FORT. Il te jette du liquide à la figure. FORT. Tu fermes les yeux. FORT. Ça te pique la peau. FORT.


Tu as trente ans. Tu es tournée face à un mur chez toi. Tu ne peux pas voir ce qui se passe derrière toi. Tu sais qu’il a un couteau en main. Un grand couteau de cuisine. Ton grand couteau de cuisine.
Un peu plus tôt, il t’a crié de te tourner vers ce mur. FORT. Maintenant, tu ne sais pas ce qu’il fait.
Tu ne vois rien. Un mur blanc. Il est derrière toi avec le couteau, tu l’entends respirer. FORT.


Tu as vingt ans. Tu rentres de soirée. Tu as un peu bu. Tu es allongée par terre. Tu regardes le ciel.
Un homme s’agite sur toi. FORT. Il s’agite. FORT. Te soulève le pull. Baisse ton pantalon.
Tu regardes le ciel. FORT. Tu l’entends s’énerver. FORT. Il t’a attrapée par-derrière. FORT.
Puis poussée à terre. FORT. FORT.

Tu as quinze ans. Il est assis sur toi. Un genou de chaque côté de ta poitrine. Il te maintient. FORT. Couchée dans l’angle de ton lit. Il te tient par les cheveux. FORT. Il te balance la tête. FORT.
Tape ton visage. D’un côté. FORT. De l’autre. FORT.


Tu as treize ans. Tu es assise à table. Chez toi. Chez lui. Tu goûtes. Il est là.
Ses deux mains saisissent la table. FORT. Ses phalanges blanchissent. Il hurle. FORT. Il soulève la table. FORT. La repose. FORT. Plusieurs fois. FORT. Il hurle. FORT.


Tu as dix ans. Tu t’es posée sur l’accoudoir du canapé. Tu es chez toi. Chez lui. Ta sœur est là.
Tu regardes la télévision. Tu ne l’entends pas. Pourtant, il crie. FORT. Tu regardes la télévision. Il crie. FORT.
Tu te tais. Ta sœur se tait. FORT. Tu regardes la télévision. Il crie. FORT. C’est à toi qu’il s’adresse. FORT.


Tu as six ans. Tu es chez toi. Il est là. Il parle. FORT. Elle aussi. Il la pousse. FORT. Elle tombe. FORT.
Elle cogne la table. FORT. Il claque la porte. FORT. Elle s’étale sur le sol. FORT. Il crie. FORT.


Tu as moins quatre mois. Tu es sur un trottoir. Tu montes dans une voiture. Il conduit. FORT. Il fait nuit. Il roule vite. FORT. Il ne s’arrête pas aux feux rouges. Elle crie. FORT. Il crie. FORT.
Il ne s’arrête pas aux feux rouges. Elle crie. Il crie. FORT.




J’ai quarante ans.
Je sors de chez moi.
Il est là. Sur le trottoir. Je ferme les yeux. Je me fige. FORT. Il me jette du liquide à la figure.
FORT.
Je ferme les yeux.
FORT.
Ça me pique la peau.
FORT.
Je ferme les yeux.
FORT.
Je l’entends craquer une allumette.
FORT.
Je ferme les yeux.

J’ai trente ans.
Je suis tournée face à un mur chez moi. Je ne peux pas voir ce qui se passe derrière moi. Je sais qu’il a un couteau en main. Un grand couteau de cuisine. Mon grand couteau de cuisine. Un peu plus tôt il m’a crié de me tourner vers ce mur. FORT. Maintenant je ne sais pas ce qu’il fait. Je ne vois rien. Un mur blanc. Il est derrière moi avec le couteau, je l’entends respirer. FORT.
FORT.
Il tape l’extrémité du manche du couteau contre mon dos.
FORT.
Il tape l’extrémité du manche du couteau contre mon dos.
FORT.
Il tape l’extrémité du manche du couteau contre mon dos.

J’ai vingt ans.
Je suis allongée. Par terre. Je rentre de soirée. J’ai un peu bu. Je regarde le ciel. Un homme s’agite sur moi. FORT. Il s’agite. FORT. Me soulève le pull. Baisse mon pantalon. Je regarde le ciel. FORT.
Je l’entends s’énerver.
FORT.
Il m’a attrapée par-derrière.
FORT.
Puis poussée à terre.
FORT.
FORT.
Je suis tombée sur le dos.
FORT.
Je regarde le ciel.
FORT.
Je regarde le ciel.

J’ai quinze ans.
Il est assis sur moi. Un genou de chaque côté de ma poitrine. Il me maintient couchée dans l’angle de mon lit. FORT. Il attrape mes cheveux. FORT.
Il me balance la tête.
FORT.
Tape mon visage.
Sur le mur.
D’un côté.
FORT.
De l’autre.
FORT.
J’entends le son mou que font mes joues au contact des parois.
FORT.
Le grincement désagréable des dents.
FORT.
Je sens le souffle du mouvement.
FORT.
La surface froide des murs.
Il me balance la tête.
FORT.
D’un côté.
FORT.
De l’autre.
FORT.
D’un côté.
FORT.
De l’autre.

J’ai treize ans.
Je suis assise à table. Chez moi, chez lui. Je goûte. Il est là. Il me regarde. Il crie. FORT. Je ne le regarde pas. Il crie. FORT. Ses deux mains ont saisi la table. FORT. Ses phalanges blanchissent. FORT.
Il hurle.
FORT.
Je ne réagis pas.
Il soulève la table. La repose.
FORT.
Le bol se renverse. Le verre. Il soulève la table La repose.
FORT.
Il hurle.
FORT.
Je ne réagis pas. Son visage est énorme. Tout proche du mien.
Il hurle.
FORT.
Je ne réagis pas.

J’ai dix ans.
Je me suis posée sur l’accoudoir du canapé. Je suis chez moi. Chez lui. Ma sœur est là. Je regarde la télévision. Je ne l’entends pas.
Il crie.
FORT.
Je regarde la télévision.
Il crie.
FORT.
Je me tais. Ma sœur se tait.
FORT.
Je regarde la télévision.
Il crie.
FORT.
C’est à moi qu’il s’adresse.
Il me crie d’arrêter.
« Arrête la télévision. »
Il crie FORT.
« Arrête la télévision. »
FORT.
Je ne le regarde pas.
Il m’arrache la télécommande.
La lance contre le mur.
FORT.
Ma sœur se tait.
FORT.
Je me tais.
La télécommande tape contre le mur.
FORT.
Elle éclate contre le mur.

J’ai six ans.
Je suis chez moi. Il est là. Il parle. FORT. Elle aussi. Il crie. FORT. Il la pousse. FORT. Elle tombe. FORT. Elle cogne la table. FORT. Il claque la porte. FORT. Elle s’étale sur le sol. FORT.
FORT.
J’attends.
FORT.
Il va revenir.
J’attends.

J’ai moins quatre mois.
Je suis sur un trottoir.
Je monte dans une voiture.
Il conduit.
FORT.
Il fait nuit.
Il roule vite.
FORT.
Il ne s’arrête pas aux feux rouges.
Il ne s’arrête pas aux feux rouges.
Elle crie.
Il crie.
FORT.
Il ne s’arrête pas aux feux rouges.
Il crie.
FORT.
Il ne s’arrête pas aux feux rouges.
FORT.
Il ne s’arrête pas au feu rouge.


 
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   BlaseSaintLuc   
6/5/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime un peu
Finir la lecture sans être comme essoré par le texte, c'est... Fort.
Je suis incapable de dire comment je me sens, en tout cas le texte est... Fort.
Efficace , la forme, je ne sais pas trop ...
Difficile, dévalué , le fond est pesant, il prend toute la place, et la forme s'allonge, s'étend finalement, prend de la place aussi.

mais qui est il ce personnage qui ne s'arrete pas aux feux rouge,? Toujours le même, ou toujours la même sorte d'individu, patibulaire, mais presque ...

C'est un "homosalprince" , la face pas très cachée du gars des films à l'eau de rose. Le pas gentil du tout.
Egocentrer, biceps, abdos et cervelet

Je le croyais en voie de disparition l'animal, mais il résiste, s'organise, il rêve de servante écarlate !

Merde et re-merde. C'est mon père ! C'est le voisin, c'est le curé ! Il est partout !

Mis en page spectaculaire, ça fait de l'effet, le texte aussi, c'est abouti (même si la forme ne plaira pas à tout le monde, ça dénonce dur)

Je ne suis pas forcément super enthousiaste, sur la forme, mais je sais que c'est voulu, comme la répétition et la longueur, il faut bien que l'on ressente les choses...

   Passant75   
6/5/2026
trouve l'écriture
convenable
et
aime un peu
Le poème frappe d'emblée par son intensité émotionnelle. La répétition du mot « FORT » cherche à transformer chaque action violente en un coup martelé sur le lecteur. Cette technique crée un rythme oppressant, où chaque scène peut devenir insupportable.

L’image du passage aux « feux rouges » peut s'interpréter comme un choix symbolique représentant le refus de toute limite. Le narrateur, pris dans ce cycle infernal, semble être écrasé par le poids du temps et des agressions. Cependant, cette insistance sur la répétition finit par saturer l’espace émotionnel, ce qui peut devenir épuisant. L’intensité continue, sans pause ni nuance, rend le texte difficile à suivre et frôle quelquefois la monotonie.

Le manque de variation dans les émotions et les actions peut diminuer l’impact de certaines scènes, les rendant presque excessives. Par ailleurs, le passage du « tu » au « je » pouvait présenter un certain intérêt, mais cela crée une impression de répétition qui ne m’a guère vraiment convaincu.

Au final, si la brutalité de ce poème est son principal atout, elle risque également de surcharger et d’étouffer le message qu’elle cherche à transmettre.

   Cyrill   
23/5/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Bonjour Squeen.
À propos de la répétition des traumas, la symétrie de la présentation est éloquente. C’est là où le libre prend toute sa valeur.
Le passage du « tu » au « je » symbolise l’appropriation des violences subies, qui permettra peut-être à la victime de ne plus en être une.
Le « FORT » cogne comme un acouphène.
C’est un texte assurément fort, et dérageant, mais il est nécessaire d’être dérangé. Je trouve néanmoins qu’il aurait gagné en étant plus concis, plus ramassé. Mais pour vous avoir lu dans votre précédent poème, vous semblez avoir besoin d’espace et de répétition pour exprimer l’émotion. Votre signature !

   Eskisse   
23/5/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour Squeen


A la première lecture, j'ai trouvé le poème glaçant, terrifiant ; cette impression vient sûrement du constat neutre de la relation des faits dans la première partie , des phrases courtes, cinglantes, et des répétitions.
La deuxième partie avec "je" fait la part belle aux sensations. Comme si la victime retrouvait un ressenti, une douleur qu'elle avait anesthésié auparavant. La coercition physique est omniprésente et l'énumération des années dit la durée des "sévices" ou la perduration de ceux-ci dans la mémoire ou encore leur banalité.

Un texte impressionnant

   tome15545   
23/5/2026
Ce texte est intéressant, notamment comme objet de cas limite exemplaire : on voit comment la répétition et la typographie agissent sur le lecteur.

Le risque est néanmoins grand : je ne sais pas qui acceptera de jouer ce jeu si longtemps avec une telle intensité. Pour ma part, ces moyens rhétoriques sont trop apparents et trop peu variés pour que je n'y voie pas une artificialité et une fabrication dont les fils sont visibles.

Au-delà de cette absence de rideau entre la scène et les coulisses, et cette tutelle surexposée, j'ai l'impression d'avoir lu deux fois le même récit.

Cette paralysie du lecteur est intelligente, mais je la trouve désagréable. C'est donc bien fait.

   EtienneNorvins   
23/5/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
J’ai failli ne pas aller jusqu’au bout, à force de m’en prendre plein la figure. Votre texte matraque – il laisse groggy. Et puis j’ai eu l’impression de regarder une photo de Martin Parr à l’envers (j'ai en tête la photo du Dôme océanique à Miyazaki). Comme si je voyais depuis ce point apocalyptique qui est l’horizon des œuvres de Parr et qu'il a, comme vous, ramené de plus en plus au premier plan. Ce qui cloche dans le lointain est là crûment, sous nos yeux. Avec son luxe froid de détails froids. On a le nez dedans. Il ne s’arrête pas aux feux rouges. Normal : c’est lui qui les avait construits. Il savait que c’est une façon pour lui de pouvoir continuer à transgresser en toute impunité - de façon transgénérationnelle et des deux côtés. Le texte est lassant par ses répétitions ? Par ce "fort" en lettres capitales ? — mais le scandale est plutôt que "lui" ne se lasse pas, qu'il répète ad nauseam, et que nous soyons si longtemps restés aveugles sinon complices alors que c'était sans fin devant nous en majuscules. Merci, par cette série d’« instantanés », de refaire le point. Ou le poing.

   Chlo   
23/5/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Un poème d'une vive intensité, implacable. D'une grande oralité et d'une puissante modernité également. Il est rare qu'un texte m'arrache des larmes, ce qui fut le cas ici, et je vous en remercie : c'est qu'ici l'omnitemporalité des violences patriarcales revêt un caractère universel (a minima, un universel féminin) qui agit comme un miroir, dans lequel il est véritablement bouleversant de se retrouver. La progression tissée dans le retour en arrière est véritablement glaçante, et saisit d'effroi à la lecture lorsqu'on est amené à se demander jusqu'où l'on va devoir creuser pour trouver l'origine de ces violences. Quant au passage de la deuxième à la première personne, dont la dimension répétitive pourra gêner le lecteur peu habitué à cet effet de style (il est permis de se demander ici, notamment dans la seconde partie du texte, si la répétition amène véritablement une progression), j'y vois à la fois une réappropriation de cet universel par la particularité de la voix narrative, et l'assimilation de cette violence comme un moyen de l'intégrer, de se l'approprier, d'entamer peut-être une forme de guérison. C'est en tout cas un poème nécessaire, intensément féministe et féminin, et une belle et douloureuse réussite. Merci pour ce bouleversement.

   Lebarde   
23/5/2026
trouve l'écriture
très perfectible
et
n'aime pas
Comme tu, il, nous, vous, ils,
JE suis interpellé bien évidemment par le sujet qui parle de l’intolérable et de l’insoutenable, mais, même si JE vais à contre courant, la manière de le traiter et le style d’écriture et de présentation, tellement loin de la moindre poésie, qui se veulent provocants et avant gardistes à tous prix, conduisent à un texte FORT assommant par sa longueur répétitive.
Point trop n’en faut…trop c’est trop, l’objectif semble pourtant atteint.
Sa lecture m’horripile grandement.
Désolé

   framato   
23/5/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Un texte qui m'a mis "les poils" comme ont dit chez nous ! Une force incroyable, une construction "cinématographique", dans un premier temps avec la caméra fixe et des plans soigné (la période du "tu") puis ensuite filmé caméra à l'épaule et plus intimement (le période du "je).
Bien sûr, il y a quelques longueur, bien sûr c'est parfois toujours insoutenablent FORT, mais quelle puissance.

Voilà un texte qui fait plus que parler, un texte qui montre et dénonce !

Le moins que je puisse écrire est que j'ai été touché au-delà des mots. Merci Squeen pour ce texte FORT

   LeChevalier   
23/5/2026
trouve l'écriture
convenable
et
n'aime pas
Je regrette que la présentation (le texte en petits caractères tout en haut) n'ait pas été utilisée pour nous contextualiser un peu les choses. Suite aux explications données sur votre publication précédente, j'imagine que le texte a été lu devant un public. Si mon hypothèse est juste, la lecture a probablement coûté un grand effort tant au lecteur qu'au public. En effet, la répétition est ici érigée en idole ; or, il est très difficile de lire à haute voix un texte répétitif tout en restant crédible ; il est difficile d'écouter un texte répétitif sans s'ennuyer, sans se poser la question « Mais quand cela s'arrêtera-t-il ? »

Je trouve que ce texte donne une vision non seulement partielle mais tout simplement fausse de la réalité. Ce fameux « il » est bien sûr une représentation caricaturale de tous les hommes : peu importe leur âge, le texte veut nous faire croire qu'ils sont tous violents, égoïstes etc. Aucune nuance, aucun doute, aucune hésitation : le texte condamne. C'est ça, la poésie ? Je dirais que c'est plutôt de la rhétorique de procureur de l'époque soviétique. Ce texte donne une idée prodondément fausse de ce que les hommes sont, il les animalise, les réduit à un comporte bestial repoussant. Ainsi Vychinski trait-il les accusés de « chiens enragés » et de « rats visqueux ». Le texte que je commente atteint presque ce niveau de poéticité. C'est pourquoi j'ai apprécié l'écriture comme « convenable ».

Il y a cependant deux éléments du texte qui m'ont paru tout simplement ridicules : l'un, c'est d'écrire la phrase averbale « Fort. » en toutes majuscules, comme si ce n'était pas assez qu'elle se répète 42 fois ; l'autre, c'est ce « tu as un peu bu ». Pourquoi « un peu » ? Qu'est-ce que cette atténuation, que je trouve particulièrement maladroite, vient faire dans un texte qui se veut puissant ?

   Polza   
23/5/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Votre récit est FORT, c’est indéniable…

Est-il poétique et au vu du sujet, cherche-t-il à l’être, c’est une autre question auquel je ne peux prétendre avoir des éléments de réponse…

J’ai eu l’impression de visionner un film de Gaspard Noé, « Seul contre trous » « Irrréversible » et « Irréversible inversion intégrale » (que l’on peut ainsi voir à l’envers et à l’endroit concernant les deux derniers…)

Ce texte est FORT impactant à plusieurs niveaux.
Pour parler cinéma, au niveau du scénario bien évidemment, de la mise en scène, et de l’image (voire du son, FORT).

Je suis passé d’une mise en page assez dense tout au long du Tu, à une mise en page plus aérée au niveau du Je.

Mais ce que j’ai vraiment trouvé très FORT, c’est ce que j’ai vu dans la deuxième partie, je veux dire pas seulement stylistiquement parlant, mais également ce qui a été immiscé volontairement ou non dans mon inconscient (j’aurais tendance à penser volontairement).

C’est-à-dire, si je fais une analogie avec le test de Rorschach, j’y ai vu des vagins représentés par des mots, le récit prend alors toute sa dimension (qu’il possédait FORT heureusement déjà).

Je pourrais essayer d’analyser le passage du Tu au Je et bien d’autres choses encore, mais d’autres le feront sans nul doute à ma place !

Je vous signale ce qu’il me semble être une minuscule coquille typographique, l’absence de point après « table » dans ce passage :

« Le bol se renverse. Le verre. Il soulève la table La repose. »

La partie du Je rends le récit encore plus FORT, non seulement grâce ou à cause du Je, mais également parce qu’elle apporte de
nouveaux éléments que le TU ne dévoilait pas, comme l’allumette craquée par exemple…

Je trouve votre récit FORT, c’est indéniable…



Édition

Votre récit tombe en même temps que l’effroyable actualité. Je ne crois pas être autorisé à mettre l’article ici par le journal Le Monde, mais il me semble être autorisé à mètre le lien : https://www.lemonde.fr/societe/article/2026/05/23/l-ex-compagnon-de-laetitia-r-condamne-a-vingt-cinq-ans-de-reclusion-pour-viols-aggraves-et-tortures_6692769_3224.html


25 années au lieu de la perpétuité demandée. Je suis divisé entre le sentiment d’injustice et l’analyse philosophique de Michel Foucault dans son livre « Surveiller et punir »….

   Lariviere   
24/5/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour Squeen,

Comme d'autres, j'ai pris une grande claque à la lecture de ce poème, surtout à sa découverte en première lecture.

La forme appuie le fond, martèle le thème, le rend insoutenable. C'est bien. Le rappel des féminicides et des violences faites aux femmes par certains hommes, pères, époux, conjoints, et autres déséquilibrés mérite, justifie, autorise de se prendre ce choc en pleine figure. Ce fléau social est encore trop présent dans toutes les couches de la société. Le dénoncer par l'exemple, de façon brute et brutale, est toujours bienvenue, complètement légitime, et même affreusement nécessaire.

Le choix de présenter différents "âges" est une très bonne idée. Ca montre bien à quel point la vie d'une femme, de sa naissance à sa mort, peut être rendue insécurisante, voire invivable, infernale par certains comportements déviants tellement ancrés pourtant dans nos cultures qu'ils sont encore bien des fois banalisés. En revanche, je ne sais pas si la double narration contribuant de facto à des redites, était indispensable, mais peut être. Je le comprends comme l'intention d'englober à la fois le personnel et l'autre, à la fois d'universaliser la situation et de la faire vivre intensément par l'emploi de la première personne. Ce "fort" qui participe à l'impact puissant par ses coups de masse continuels en terme de sensation et qui forge aussi le rythme, est parfois pesant, très ou trop appuyé là encore je ne sais pas, c'est comme ça que je l'ai lu en première lecture, mais plus je relis, plus je me dis que c'est aussi ce qui rend la force voulue à ce texte. Il participe pleinement à son aspect assommant, à cet uppercut sensitif complètement justifié, à nous sensibiliser presque jusqu'à l'écœurement et je pense que si ce n'est même l'intention de ce poème, ca contribue à sa réussite.

Bien sur, en plus de l'effet sur la forme, c'est bien écrit. Les situations tapent justes. Evoquent parfaitement. Et cette réussite n'est pas étrangère à l'impact énorme de ce texte, qui ne se réduit donc pas à sa construction formelle. Le rythme d'ensemble est bon, cohérent. Participe à la poésie assez flagrante de ce texte pour ceux qui ne confondent pas poésie et notice de meubles à monter.

Bref, un poème qui marque et qui bouscule. Qui retourne même, d'une rare intensité.

Bravo pour ça et merci de faire vivre par ce genre de texte un autre versant utile de la poésie.

Bonne continuation !

   hersen   
25/5/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
42. 42fois le mot fort.
Ca a duré combien de fois ? 42 jours ? 42 mois? 42 ans ?

Un poème qui, longuement, en dit long. Un temps interminable à subir.
Le lecteur aussi est frappé, de plein fouet, de coups de poing il se dit mais bon sang ces FORT, ça va pas bientôt finir, le lecteur n’en peut plus.
Alors il fait partie des coups, ça fait mal à lire.

Le poème est trop long ? Le poème dit ce qui est, le transmet, les coups partent au bout des mots et les mots cognent.

Merci SQUEEN. Il faut dire. Tout. La poésie, l’art, servent à dire.


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