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Poésie libre
Stephane : Une fenêtre sur l'hiver
 Publié le 23/11/20  -  7 commentaires  -  2206 caractères  -  107 lectures    Autres textes du même auteur


Une fenêtre sur l'hiver



J’ouvre la fenêtre
Le silence troublé hurle de mille voix
Des voix qu’on voudrait taire
Rumeurs stridentes des vibrations de l’air
Du trafic incessant
Temple des rues noires
Sirènes océaniques dans le lointain
Jusqu’à l’Hudson
Et les taxis jaunes portés par la marée stellaire
Brillante de mille feux
Distance géométrique abstraite prise d’assaut
Chaque jour sur Broadway

Cette vie grouillante qu’on aimerait voir mourir
Pour un peu d’air
Gangrenée de néons clignotants
Pour trop de fatigue
L’ivresse des hauteurs
Trottoirs bondés sur la 6e
Sirènes hurlantes au loin
Trop proches
New York avide de rompre
Même la radio sur fond de couloir étroit
Distille ses rythmes de hip-hop
À perdre la raison

Parfois une ombre file
Dans la rectitude des immeubles
Piliers de béton, d’acier, de verre
De viles silhouettes mal éclairées
Qui ne voient plus
Et moi j’observe
Toute chose futile
Derrière les auvents voilés de solitude
L’appel d’un croissant de lune
Dans Central Park
Le gouffre des volumes fondu dans la circulation
Vue plongeante, démesurée, grotesque, suffocante

Les lumières translucides m’aveuglent
Me broient
Buildings austères
Yeux fermés
J’ose regarder le roulis vertical multidimensionnel
Largeur de l’espace phosphorescent à la tombée du jour
Conduits tubulaires
Où mènent-ils
Vers des voies de nulle part
D’un concentré de Times Square
Sur un ciel lapidé auréolé de brume
Crépuscule des hauteurs hachurées

Je voudrais que tout cesse
La charge virale sur le pont de Brooklyn
Les artères vérolées d’enseignes crasseuses
Les gratte-ciel cubiques brillants de pierres hallucinées
La lumière mordorée du soleil sur les flancs des immeubles
Dissoute sur l’Empire State
La rumeur des rames sous Grand Central Station
Tournis d’une horloge immuable
Sous la voûte spectrale de Main Concourse
Sans qu’aucune âme daigne lever les yeux
Paupières closes
D’une fenêtre figée


 
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   socque   
9/11/2020
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Première impression : la majuscule systématique en début de vers s'assortit mal au propos en mosaïque. J'ai le sentiment d'une « remise en ordre » implacable qui bride le grouillement de sensations exprimées par un observateur ou une observatrice devant sa fenêtre.
Deuxième impression : le retour à plusieurs reprises du narrateur ou de la narratrice sur lui-même ou elle-même
Et moi j’observe
Les lumières translucides m’aveuglent
Me broient
J’ose regarder
Je voudrais que tout cesse
m'empêche d'être débordée par le tableau, immergée en lui.

Du reste la perspective que vous choisissez, New York vu de haut, concourt selon moi à cet empêchement de m'y perdre... C'est comme si le narrateur ou la narratrice, malgré cette attirance-répulsion envers l'immense ville, continuait à la maîtriser, à la dominer. Du coup, malgré l'ampleur du spectacle et des notations que je trouve intéressantes, par exemple
Distance géométrique abstraite prise d’assaut
L’ivresse des hauteurs
la rectitude des immeubles
je ne suis pas trop convaincue car je n'ai pas été emportée, sauf peut-être dans le passage
La charge virale (...)
Tournis d’une horloge immuable
où il me semble enfin « voir ».

Bon, et j'ai cru percevoir au début des clichés
Rumeurs stridentes
trafic incessant
les taxis jaunes
Brillante de mille feux
vie grouillante
Trottoirs bondés
A perdre la raison
qui ont contribué à me tenir en dehors. La fin du poème m'apparaît meilleure que le début.

   Eclaircie   
17/11/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,

J'ai été un peu déroutée en ouvrant et parcourant ce poème. Pas d'exergue (mais ce n'est pas obligatoire) et dès le premier paragraphe référence aux USA dont j'ignore, jusqu'au nom du nouveau président -mensonge, enfin presque -
Cependant le texte est long, mais pas trop, et il est donc attirant.
Le narrateur me convie à une visite de NY, assez vertigineuse.
Et comme je n'ai pas besoin de permis pour voyager si loin, ni de connaissance particulière pour me joindre au groupe guidé par ce guide. J'ai aimé, !

Merci du partage,
Éclaircie

   Donaldo75   
17/11/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour,

Je reconnais le style de l'auteur et ça me fait plaisir de visiter la Grosse Pomme en sa compagnie. En même temps, il parait que j'insiste un peu beaucoup sur les Etats Unis. 🗽

La visite est agréable en tout cas. Les vers décrivent bien ce qu'on peut ressentir d'une certaine façon dans cette ville particulière, dans ce pays si éloigné du nôtre et dont cette métropole représente le mirage économique de la première puissance économique de la planète, la douleur suite aux événements du 11 septembre 2001, la richesse étalée sans vergogne et pourrie par un président dont la tour trône dans la 56ème rue. Même pour les Américains, New York c'est la planète mars, habitée par des extraterrestres, bizarre autant qu'étrange. Cette peinture poétique en montre la nature première, celle d'une mégalopole où l'humain devient une infime particule dans un bouillon de béton.

Bravo !

   Corto   
23/11/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Ce poème nous convie à une immersion physique et mentale dans cette ville extrême, si moderne mais si porteuse d'un passé essentiel.
On vit comme le narrateur cette relation ambigüe entre fascination et répulsion pour les excès incontrôlés.

L'entrée du poème est réussie avec ce "J’ouvre la fenêtre Le silence troublé hurle de mille voix" et nous voici plongés dans cette folle ambiance si bien décrite aux lignes suivantes.
Sans doute faut-il avoir exploré cette ville, au petit matin ou aux heures profondes de la nuit, pour ressentir tous les détails ici proposés.
"Les lumières translucides m’aveuglent"..."
"J’ose regarder le roulis vertical multidimensionnel
Largeur de l’espace phosphorescent à la tombée du jour"...
"Je voudrais que tout cesse
La charge virale sur le pont de Brooklyn"...

Nous ne sommes plus ici dans la simple description mais bien dans un ressenti intériorisé. Une projection autre que celle qui semble immuable nous ramène au rapport de la ville à l'homme, voire à une incompréhension d'une construction dont on se demande quel humain elle est censée accueillir.

D'une belle formule l'auteur remet l'humain au centre de ce phénomène urbain avec:
"j’observe
Toute chose futile
Derrière les auvents voilés de solitude
L’appel d’un croissant de lune".

Le titre ouvre joliment ce tableau, comme une complicité de l'homme et de la nature, car même à New York il existe des saisons.

NB: je m'interroge sur la ponctuation quasi absente. Est-ce une volonté de souligner le tourbillon émotionnel et donc désordonné face à cette ville ?

Merci pour ce partage.

   Vincente   
23/11/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Séduit par le ton et le salut recherché par l'écriture, j'ai apprécié cela sur le plan général, mais avec un sentiment mitigé sur plusieurs plans secondaires, dont quelques formels.

La première strophe est à mon sens la meilleure, intensité du verbe et tenue de l'écriture font le "job" sans conteste.
La deuxième m'a gêné dans ses enchaînements à la syntaxe peu coulante. Par exemple, le retour à la ligne des deux premiers vers aurait gagné à être fondu en un seul vers, d'autant que les deux suivants viennent à nouveau compliquer la compréhension ("gangrenée" qui se rapporte à la "vie", est déjà peu facile à raccorder dans la suite de la phrase, alors que le "trop de fatigue" qui suit lui se rapporte au premier vers…).
Dans la troisième, intéressante, c'est l'apparition inopinée de quatre virgules fantasques qui sont venues m'étonner, dans ce texte non ponctué par ailleurs.
J'ai vraiment bien aimé la quatrième qui déclare à nouveau une force jaillie, directe, sincère et interrogative.
Dans la dernière, qui prolonge avec vigueur la précédente, j'ai été surpris par la rupture sémantique entre son début, "Je voudrais que tout cesse" et les quatre derniers vers qui semble au contraire regretter que tout ne soit par perçu ("sans qu'aucune âme daigne lever les yeux" avec ce "daigne" en particulier ; et puis il ne manque pas un petit "ne" avant "daigne" ?).

Je trouve que les choix formels manquent de cohérence. L'auteur choisit d'écrire en libre mais cadre son texte dans des strophes de douze vers (pourquoi ce cadencement ? à quelle fin expressive ?), des majuscules en début de vers alors que le phrasé est continu, presque descriptif, et pas de ponctuation pour compenser ces choix ou alors de façon erratique.

   Stephane   
23/11/2020

   Babefaon   
25/11/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Je ne suis pas très poésie en règle générale, aussi je ne m'attarderai pas sur la forme. Je décide ou pas de laisser un commentaire en fonction de mon ressenti et me laisse généralement guider par mon feeling.

J'ai beaucoup apprécié son rythme, à la hauteur de celui qui doit régner dans cette mégapole que je rêve de visiter depuis des années, et me suis volontiers laissé entraîner dans cette visite virtuelle moins coûteuse à n'en pas douter !

Les bruits, les lumières, la démesure sont bien dépeints. Vous voudriez que tout cesse, dites-vous ? Mais ne serait-ce pas ennuyeux ? Ne dit-on pas d'elle, qu'elle ne dort jamais ? Merci Frank !


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