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Poésie contemporaine
XM : Cher Assassin
 Publié le 06/08/13  -  9 commentaires  -  3302 caractères  -  122 lectures    Autres textes du même auteur

À vrai dire, je ne sais comment présenter ce poème sans en ternir l'horrible beauté du thème.


Cher Assassin



Descendant la montagne au milieu de la nuit,
À chacun de mes pas pesants comme l'ennui,
Mon esprit s'échauffait, devenait incrédule,
Lançant les mêmes mots ainsi qu'une pendule
Prononce les secondes avec les battements
Du balancier d'acier décapitant le temps.
J'étais de la région, le Prince des Ténèbres,
Le truand le plus grand parmi les plus célèbres.
J'avais sur la conscience un grand nombre de morts
L'un sur l'autre, entassés, sans créer de remords.
Je portais sur mon front un juste et sanglant blâme,
Mais jamais je n'avais fait saigner une femme !
Et plus prompt d'un seul coup de rasoir, à trancher
Deux mains jointes ensemble, je me voyais flancher
Devant ce que j'avais accepté de promettre :
L'horrible et noir forfait que je n'osais commettre.
Comment avais-je pu, moi, le Grand Matador,
Consentir à rougir pour une poignée d'or ?
Quel genre d'Assassin, quel type de canaille
Peut fendre d'une enfant, le cœur jusqu'à la taille ?
Songeant à mon dilemme, à travers les sentiers
Où soupirait la rose et pleurait l'églantier,
Je sentais sur ma hanche, le poignard mon compère,
Cadeau d'un vieux bagnard que j'appelais mon Père.
Si l'éclair de sa lame éclairait mon chemin,
Sa mortelle froideur me réchauffait la main.
Après avoir franchi le bois de la colline,
J'aperçus au lointain, la petite chaumine.
C'était là qu'on m'avait demandé d'accomplir
Le crime qui m'avait dans la nuit, fait frémir
Et remuer le cœur, ancienne roche dure,
Impénétrable au bien, insensible à l'ordure.
Pourtant, je me sentais déjà plus résolu ;
L'horreur de cette horreur ne me révoltait plus,
Et quand du vieux logis, je repoussai la porte,
Ma main ne tremblait pas et mon âme était forte.
Un homme aux cheveux blancs m'accueillit d'un salut,
Tandis qu'autour de lui, se pressait sa tribu.
Sur un mot du vieillard, après la bienvenue,
Je dirigeai mes pas vers une pièce nue.
Mon instinct, tout à coup, réveilla mon esprit
Et d'un doute profond, tout entier, me remplit.
Sur le lit, allongée sous ses draps, immobile,
Comme un fantôme blanc, gisait l'enfant nubile.
Sur sa face abolie, je vis en un coup d'œil,
Qu'elle avait englouti ses parents dans le deuil.
« Dieu merci ! Votre fille, criai-je, est déjà morte !
Il ne me reste donc, qu'à reprendre la porte.
– Rien n'a changé, dit l'homme, et soyez résigné
À remplir le marché que vous avez signé. »
Ainsi, je soulevai le drap et vis le ventre
De la belle à jamais endormie dans cet antre.
De l'hymen jusqu'au cœur, ce ventre était si beau
Que d'un élan furieux, je sortis mon couteau.
La lame pénétra dans la chair endormie
Depuis à peine une heure ou une heure et demie,
Et fit dans l'abdomen une grande incision,
Évitant de trembler avec précision.
Dans le sein, d'où le sang sortait comme une trombe,
Travaillant ardemment comme dans une tombe,
Je plongeai mes deux mains et cherchai dans la Mort
Ce qui restait de vie pour en changer le Sort.
Alors, du ventre ouvert de la morte gamine,
Le cri d'un nouveau-né vint remplir la chaumine.


 
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   Marite   
20/7/2013
 a aimé ce texte 
Passionnément
Admirable ! J'ai été emportée dès le premier vers jusqu'au dernier. Ce long poème m'a rappelé les longs poèmes de Victor Hugo sur lesquels j'aimais m'attarder depuis l'adolescence.
Un rythme sans faille, un vocabulaire limpide et précis, ce que j'appellerais de la grande poésie, de celle qui vous emporte dans le monde qu'elle décrit.

   David   
28/7/2013
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,

Brrr... c'est assez funeste. J'ai été surpris mais je crois que ça tient à ce que chacun met derrière les mots usuels : pour moi, une "gamine", c'est une enfant, un être humain qui n'a pas atteint la puberté. Je crois que le discours galant peut nommer "enfant" de jeunes femmes, ça doit se lire sans doute chez des contemporains de Ronsard.

Je préfère cette présentation "en bloc", sans saut de ligne, que des quatrains qui ne correspondraient pas aux propos, avec des phrases qui se poursuivraient sur la strophe suivante, ou se tiendraient à cheval entre deux. Mais il aurait été possible je crois de séparer des moments du poème par un saut de ligne pour aérer le tout, ça n'aurait sans doute pas donner un découpage régulier, mais rien y oblige.

   Miguel   
6/8/2013
 a aimé ce texte 
Bien
Je ne vois pas du tout ce que ce poème a de contemporain, ni dans sa forme, très néoclassique, ni dans son sujet qui nous présente un personnage et un univers des siècles passés. Ceci n'est évidemment pas une critique mais une interrogation sur le choix de la section par l'auteur. Pour le reste, beau poème. On songe au Ruy Blas de Hugo qui refuse d'exercer une vengeance sur une femme. Notre truand n'accepte pas ici sans tourment. Le dénouement( après une forte tension, nous éclaire et nous soulage, et nous laisse dans ce sentiment mitigé de la joie de la vie et de la douleur de la mort.
Le poème est un peu irrégulier quant à la qualité des vers : il y en a de fort beaux, et d'autres vraiment prosaïques, qui rompent le charme où l'auteur sait nous transporter.

   Anonyme   
6/8/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour XM. J'ai bien aimé ce texte au souffle hugolien pour certains passages comme, par exemple,
L'horreur de cette horreur ne me révoltait plus,
Et quand du vieux logis, je repoussai la porte,
Ma main ne tremblait pas et mon âme était forte.
Un homme aux cheveux blancs m'accueillit d'un salut,
Etc.

En fait c'est une écriture quasi classique où l'auteur se permet quelques "libertés" concernant métrique et hiatus. Je pense que sa place était plutôt en néo qu'en contemporain mais peu importe, globalement c'est de la belle ouvrage... Le thème sort de l'ordinaire et la chute donne priorité à la vie sur la mort ce qui n'est pas pour me déplaire. Un très bon texte à mon goût !

   troupi   
6/8/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Moi aussi par le rythme et la construction j'ai rapidement songé à certains poèmes de VH. C'est sans doute voulu mais réussir à emporter le lecteur jusqu'au dernier vers démontre la qualité de l'écriture. J'ai été très surpris par la fin, il faut dire que depuis un petit moment je me demandais où l'auteur allait nous emmener.
Un texte indéniablement bien construit et original.

   TheKid   
6/8/2013
 a aimé ce texte 
Passionnément
Impressionné, c'est magnifique!

J'ai lu à la vitesse grand V, par le rythme quasi diabolique de ta plume ô combien vive!

   Ioledane   
8/8/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Ce récit épique en alexandrins est très prenant, et je n’ai pas interrompu ma lecture malgré sa densité.

J’avoue avoir un peu de mal à le trouver crédible : quel Assassin appellerait-on pour donner la vie au lieu de la mort, qui plus est sans le prévenir, pas même à la dernière minute ?
Il semblerait qu’à la fin il ait compris ce que l’on attend de lui en réalité, puisqu’il ne s’étonne pas de chercher la vie dans la mort ; mais cela ne me semble guère compatible avec l’ « élan furieux » évoqué juste avant.

J’aime beaucoup ce passage : « ainsi qu'une pendule / Prononce les secondes avec les battements / Du balancier d'acier décapitant le temps » ; de même que le vers « Où soupirait la rose et pleurait l'églantier », incongrue et touchante pensée poétique de notre Assassin ; également « L’horreur de cette horreur ».

D’autres passages me paraissent moins heureux :
- « Si l'éclair de sa lame éclairait mon chemin » : redondance qui pourrait être évitée en remplaçant par exemple « éclair » par « éclat »
- « Qu'elle avait englouti ses parents dans le deuil » : le verbe engloutir ne me paraît pas très adapté (certes synonyme de plonger, mais bon …)
- « Évitant de trembler avec précision » : vers un peu lourd auquel il manque au minimum une virgule : « Evitant de trembler, avec précision » (on n’évite pas de trembler avec précision !)
- Enfin il y a deux alexandrins un peu ‘intrus’, comportant un e non élidé à la césure, qui à mon sens pourrait être évité. Pour « Je sentais sur ma hanche, le poignard mon compère », il suffit de remplacer « ma hanche » par « mon flanc ». Quant à « Dieu merci ! Votre fille, criai-je, est déjà morte ! », pourquoi ne pas remplacer « votre fille » par « votre enfant » (bien que le mot enfant soit déjà présent trois vers plus haut).

   brabant   
14/8/2013
Bonjour XM,


Wouah !...
"C'est pendant l'horreur d'une profonde nuit"
J'ai cru entendre Constantin (pour mémoire celui des pantoufles) contrefaisant Racine...
"Ma mère Jézabel devant moi s'est montrée
Comme au jour de sa mort pompeusement parée."
J'ai eu la nette impression (encore. Lol) qu'on était dans la parodie (Constantin toujours : "Waterloo triste triste morne plaine...") de Victor Hugo (pourquoi pas, en alexandrins bien sûr)...
"Waterloo ! Waterloo ! Waterloo ! Morne plaine !
Comme une urne qui bout dans une urne trop pleine".
Dans le genre c'est pas mal, et on arrive à se mordre les doigts, à frémir vraiment malgré l'outrance des situations et le propos caricatural (à mon humble avis hein).

Ne voyez rien de péjoratif dans ce com qui apprécie ce poème à un autre niveau, c'est-à-dire dans le décalage qu'il peut opérer chez le lecteur tout aussi subjugué qu'étonné :)

Je me réserve donc mon B - pour ne pas casser votre belle dynamique d'emplumage. Suis pas un assassin moi. Lol :)


- "petite chaumine" : une chaumine est une petite maison à toit de chaume.

   Anonyme   
14/8/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Très beau texte à la facture presque racinienne...

L'alexandrin rythme et scande l'intensité de l'émotion. Une note de cynisme sous-jacente...

Le suspense va crescendo jusqu'à la chute inattendue...

Bravo!

Le marin poète

   bragadin   
29/8/2013
Commentaire modéré


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