Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Sentimental/Romanesque
Artexflow : Errance
 Publié le 21/11/12  -  16 commentaires  -  3725 caractères  -  182 lectures    Autres textes du même auteur

Fermer un livre et s'en vouloir. De ne pas savoir hurler les bons mots.


Errance


En fermant la page du bouquin je me suis mis soudainement, sans un mouvement, à haïr de jalousie ces auteurs capables de capturer tous ces instants, de poser tous ces mots. Je les ai jalousés d'être capables d'écrire des chapitres entiers sur l'errance intérieure de leurs personnages, je les ai détestés d'être capable de créer des êtres vivants, d'emprisonner leurs vies dans des pages mortes. Je les enviais parce qu'en moi aussi je sentais cette capacité, j'avais même conscience que l'exercice d'écriture pouvait être une thérapie exceptionnelle, un exutoire fantastique ; mais rien n'y faisait, dès qu'il fallait fouiller les sentiments, créer des histoires fictives en puisant avec soin et minutie dans mes expériences, mon imagination ou mes résonances profondes, je finissais toujours perdu dans un flou terrible, et face à mon incompétence je renonçais, trop vite sûrement, à continuer.


J'en avais tellement marre de n'avoir en moi que des raisons de me haïr, mais même ce sentiment semblait se fondre dans mon esprit et finalement je me surprenais très souvent à me ressasser cette même idée encore et encore, sans aucune lassitude, comme un mouvement inexorable que j'aurais conçu pour être perpétuel. Tant et si bien que jamais cet agacement n'avait encore servi à un quelconque dépassement.


Je me suis tourné vers l'ordinateur qui trônait là à côté comme un monstre odieux, et j'ai tapoté trois phrases maladroites sur le clavier, que j'ai enregistrées dans un fichier que je n'ouvrirai probablement que trois ans plus tard, dans un moment d'intense dépression ou d'égarement, pour ne faire encore que me lamenter, me trouvant pitoyable de ne pas avoir amélioré ces trois phrases qui sonneront alors ridicules – puisque je n'aurai finalement pas assez bien capturé l'idée vaine et fugace qui m'a traversé, et me trouvant encore plus risible et stupide de ne pas être en train d'en rédiger d'autres.


Au fond de mon crâne mon âme se mouvait avec une grâce ineffable pourtant, et les idées que je pouvais avoir n'étaient pas si mauvaises, j'en étais persuadé, mais il y avait quelque chose dans la transmutation de ces mouvements de l'âme en mots concrets qui me dépassait complètement. Comme un aveugle face à la mer.


J'espérais pouvoir un jour avoir le talent de ces salopards et trouver des expressions géniales comme ils savent le faire, des associations surprenantes, qui vous révèlent au détour d'une page une émotion que vous ne soupçonniez même pas, ou que vous vous cachiez, considérant du même coup l'auteur comme un ami précieux, comme si ce livre était une intime conversation entre lui et vous. Mais j'en étais réduit, en tout cas là maintenant, à me lever pour me rendre aux toilettes.


C'était tellement triste, ce contraste, que j'ai pleuré quelques minutes. J'ai repensé, là, alors que mes larmes, ces maigres ancrages, tombaient mollement, avec froideur sur le carrelage ou sur mes jambes, à Nathan et Thomas, les personnages de toutes mes vieilles histoires. Je me demandais comment ils auraient réagi, eux, face à tant de vanité. J'ai aimé quelques instants les sentir, aussi réels et complets que je le suis, les savoir vivre en moi comme je vis dans le monde. Pendant cinq secondes j'ai imaginé être moi-même le personnage d'un pauvre mec en train de chialer sur ses toilettes, et ça m'a rassuré, parce que soudainement j'ai trouvé une sorte de réponse à l'inexorabilité de mes pensées, à la manière que j'avais d'être infoutu de me sortir de moi-même. Une petite seconde après les cinq précédentes je me suis totalement abandonné dans cette idée et j'ai vécu un monde entier, une éternité dans cet instant parfait où je n'étais plus rien d'autre qu'une triste créature de Dieu.


 
Inscrivez-vous pour commenter cette nouvelle sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   socque   
15/11/2012
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bien vu, je trouve, ces affres du presque créateur ! Je pense qu'elles suivent de près ce qu'on peut éprouver en tant que "presque" auteur... en tout cas, elles m'ont parlé.
Le texte est lapidaire et expressif, deux belles qualités à mesyeux.

"la manière que j'avais d'être infoutu de me sortir de moi-même" : pile ça, à mon avis.

   Pascal31   
15/11/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un très bon texte, bien écrit, sensible et qui va probablement parler à bon nombre d'oniriens.
Je crois qu'un auteur - quel que soit son talent - est un être pétri de doutes (du moins en ce qui concerne l'écriture) et vous parvenez ici à les exprimer d'une manière que j'ai trouvée à la fois sincère et réaliste, même si j'ignore s'il s'agit d'un récit autobiographique.
Quoi qu'il en soit, cette "errance" a trouvé écho en moi et c'est déjà un sacré tour de force.

   alvinabec   
21/11/2012
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour Artexflow,
Il y a de la sensibilité et de la sincérité dans votre texte qui fleure bon les affres dans lesquelles se dépatouille tout manipulateur de mots.
Cela sonne juste, c'est frais, c'est un peu court, ça me semble un travail en devenir.
A vous lire...

   brabant   
21/11/2012
 a aimé ce texte 
Pas
Bonjour Artexflow,


Si vous avez voulu démontrer que ce texte est celui d'un héros/auteur paumé, alors ce texte est une réussite. Qu'a-t-il cependant de sentimental/Romanesque ?... il me semble davantage relever de la réflexion/dissertation. Il y a un peu de tout là-dedans et on peut se demander ce que Dieu vient y faire en dernier recours. L'expression est souvent maladroite mais je ne doute pas que ce soit le caractère du héros.

Un bon point par-dessus tout ça : le narrateur/héros sait que la solution se trouve au fond de lui-même.
Qu'il soit donc son objet d'étude, et humblement, et orgueilleusement, et je ne doute pas d'une progression spectaculaire dans sa propre virtualité.

Tout ce qui précède n'est bien entendu que mon humble avis. lol :)


ps : j'aime beaucoup lire vos commentaires. Merci :)

   Anonyme   
21/11/2012
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Disons oui.

Un texte court qui fonctionne sur un sujet ininteressant. J'ai lu jusqu'au bout sans m'ennuyer, en me disant que ça n'avait pas d'intérêt. Pourtant si. Pourtant des tas de gens ressentent ça, aimeraient bien mais... C'est là que le texte fonctionne.

C'est en forgeant qu'on devient forgeron.

   rosebud   
21/11/2012
 a aimé ce texte 
Pas
Il me semble qu'à chaque fois que l'on se pose des questions sur la création, cela ne mène à rien. Il vaut mieux s'interroger sur "comment faire", plutôt que "pourquoi faire". Il faut écrire, bien ou mal, mais surtout pas commencer par se demander si cela en vaut la peine.
En l'occurrence, Artexflow prend le problème par le mauvais bout et naturellement, nous tambouille quelque chose d'assez mal écrit et surtout de très indigeste, qui ne peut intéresser que lui et qui le laissera sur sa faim aussi.
"Lâchez tout!" disait l'autre. C'est une assez bonne injonction finalement.

   Labrisse   
22/11/2012
 a aimé ce texte 
Bien
Ah et bien le voilà ce texte... Errance.

Déjà le titre est trop large il ratisse très immensément donc là il va falloir du plomb de 16 du gros pour gros gibier... errance c'est un truc qui vous court la campagne, ca voyage en clandé errance, cà vous arpente des nuits sordides, dans des villes aux aboiements de chiens, dans des sommeils de bouches d'aérations d'égouts, errance çà ratisse large... il faudrait peut être serrer le titre et voir moins grand.

moi même je connais votre malaise parfois... je vous trouve très clair de votre propos cà c'est bon il faut le garder, mais vous êtes sage. Allez y sur les bruits, les couleurs, les odeurs... Non?
Quand même vous haïr à cause d'un petit problême d'inspiration qui va passer... pensez vous que le lecteur qui souvent est un type sur une plage avec d'autre morses adipeux de sa condition, pensez vous que ce type qui à acheté pour 2,50 euros un exemplaire de votre production, alibi littéraire pour reluquer le cul des bonnasses qui se bronzent le trou de balle, pensez vous que ce mec pour donner le change d'un dévisagement, va, lisant, tomber par hasard sur le fait que vous vous haissez , lacher du regard l'offre sexuelle estivale pour finir les deux cent cinquante pages ou vous vous haïssez?

Vous devez choisir mieux vos sujets, ne gachez pas votre temps en conneries... trouvez le sujet de votre vie ou rien. Et ca, a chaque fois... à chaque texte... quand vous saignerez pour de bon, alors vous écrirez le ciel.

Amicalement

Labrisse

   aldenor   
23/11/2012
 a aimé ce texte 
Bien ↑
L’incapacité d’écrire. Le problème avec un sujet pareil, c’est qu’il vaut mieux que le texte ne soit pas trop bon pour être crédible !
L’idée est bien développée mais je trouve le ton hésitant ; entre prendre la chose à la rigolade ou au sérieux.
« je les ai détestés d'être capable (au fait, il manque un s)[...] d'emprisonner leurs vies dans des pages mortes » : ici, emprisonner comme mortes, n’évoque rien d’enviable.
Le choix des temps est lourd : pourquoi ne pas mettre au présent, puisque la situation n’a pas évolué ?
« Comme un aveugle face à la mer. » Joli !
Le passage aux toilettes est amusant.

   wancyrs   
24/11/2012
 a aimé ce texte 
Bien
Voilà un auteur qui se plaint de ne pas ressembler aux grand auteurs, qui les jalouse de savoir si bien créer les personnages, et dans cet exercice il se décrit tellement bien qu'on ne peut que lui dire : le secret c'est de penser que son personnage pense que... et tout ira bien.

Belle main d'écriture dont le propos n'est pas ennuyeux.

Wan

   bakus   
24/11/2012
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Ce court texte rend bien la sensation que l'on peut ressentir à être un frustré du stylo, qui ne veut pas avancer assez vite sur la page blanche. De ce frustré qui se compare aux autres pour mieux se déprécier. Le titre est trop vaste et ne colle pas au sujet comme une 2e peau. Et l'histoire est un peu courte et gagnerai à être développée, l'écrivain est celui qui tire une histoire de sa frustration pas celui qui se contente de la mettre par écrit. Peut être eut il fallu développer la bonne idée de la fin pour en tirer une vraie histoire : si vous étiez effectivement le personnage d'un autre auteur, quels affres, quel conflit intérieur etc...

   Anonyme   
24/11/2012
Bonjour Artexflow.
Pour moi une nouvelle doit comporter une narration et des dialogues. Ici ils sont absents tous les deux et donc malheureusement je ne vais pas porter un jugement sur une nouvelle qui n'en est pas une. Après tout vous avez écrit un texte, et vous l'avez casé là parce que peut-être vous ne saviez pas où le mettre ailleurs. Vous nous expliquez vos errances, vos doutes, vos questionnements, vos jalousies.

Ce texte est une réflexion intéressante sur la création artistique... mais ce n'est qu'une réflexion, et je crois que beaucoup trop a déjà été écrit sur ce thème pour que vous puissiez vraiment espérer apporter des idées neuves, en tout cas sous cette forme là. Pour moi il n'y a malheureusement rien de romanesque dans votre texte, et c'est là que la bât blesse, car je ne suis pas sûr que c'est ce que vous vouliez.

Par contre, si vous mettiez en scène vos idées, si vous les traduisiez par une histoire au lieu de nous les expliquer, vous auriez devant vous un champ infini de mots et de situations, vous pourriez faire preuve d'une originalité que le discours n'a pas. Le romancier n'est pas là pour étaler des idées, il est là pour les faire vivre. D'autant que vous avez un style déjà bien affirmé, qui semble idéalement charpenté pour raconter des histoires.
Je suis sûr que le prochain texte sera le bon.

Courage. J'ai foi en vous;

Cordialement
ludi

   fugace   
29/11/2012
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour Artexflow,
Je ne suis pas "écrivaine", donc j'essaie comme beaucoup d' Oniriens de faire passer un ressenti, une émotion, une situation...
Bien sûr qu'on a tous été déstabilisés et désarmés par ce qu'on ne peut exprimer mais qui est en nous.
Peut-être ne faut-il pas vouloir accoucher à tout prix: les forceps, c'est douloureux!...pour l'enfant aussi.
Laisser le temps au temps, accepter la période de gestation, puis la reformulation d'un dégrossi?

   AntoineJ   
2/12/2012
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Et ben ! c'est tristounet !
Si l'on ne faisait des choses que parce qu'on sait les faire très bien (et mieux que les autres), on resterait couché (j'ai la prétention de bien savoir dormir ...).

j'aime bien le retour "Pendant cinq secondes j'ai imaginé être moi-même le personnage d'un pauvre mec en train de chialer sur ses toilettes, et ça m'a rassuré, parce que soudainement j'ai trouvé une sorte de réponse à l'inexorabilité de mes pensées, à la manière que j'avais d'être infoutu de me sortir de moi-même" ... cela relativise !

J'aurais plus creuser le sentiment de "Je me demandais comment ils auraient réagi, eux, face à tant de vanité." la Vanité a plusieurs composantes ...

Bien écrit et agréable, j'aurais tout de même aimé y voir une histoire plus construite ...

   Anonyme   
7/12/2012
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Ce jugement lapidaire sur sa propre incapacité de poser des mots sur nos ressentis est je pense commun à toutes et tous ceux qui écrivent. Il n'existe pas malheureusement de formule miracle. La meilleure façon d'accoucher est d'attendre neuf mois !
Néanmoins, un aveu d'impuissance caractérise une volonté de réussir.
Les rêves éveillés sont les plus inaccessibles et ceux où l'on prend le plus de risque.
L'écriture nous sert toutes les émotions, y compris le découragement.
Votre texte qui n'est pas une nouvelle nous donne à tous un bel exemple de courage.
Vous avez réussi un "bon coup"

   Anonyme   
3/1/2013
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Un texte correctement écrit mais pas d'une très grande originalité. S'interroger sur ses capacités à atteindre une forme d'expression littéraire ou artistique est, somme toute, bien normale. Chacun est confronté à ses hésitations, simplement il faut oser.

Ce qui me gène davantage dans votre texte, et en général dans tous ceux qui abordent les affres de la création, c'est cette propension à ériger l'artiste en quelqu'un d'exceptionnel, de béni des dieux, alors qu'il est avant tout un travailleur acharné.

   Anonyme   
20/4/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

Je suis nouvelle sur ce site et j'apprécie beaucoup de lire toutes ses nouvelles.
J'ai été particulièrement touché par ce que vous avez écrit. La profondeur des mots et leurs sincérités ont rendus chaque lignes plus vrais. Je ne sais pas exactement comment exprimé ça mais en tout cas je vous félécite.
Beaucoup d'auteur se reconnaîtrons dans ses phrases, j'en suis persuader. En tout cas se fût mon cas.


Oniris Copyright © 2007-2018