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Fantastique/Merveilleux
Filipo : Dans la peau d'un autre - 9
 Publié le 01/08/08  -  3 commentaires  -  14124 caractères  -  14 lectures    Autres textes du même auteur

On sonne à la porte... et ce n'est pas toujours une bonne surprise, quand on est, par exemple, en pleine scène de ménage ! (Épisode 8.)


Dans la peau d'un autre - 9


Résumé des épisodes 4, 5 et 8 :


Le lundi matin, en repartant à son travail, Pichon tombe sur un bien étrange vagabond. Le clochard semble le reconnaître, sous les traits de Pierre Richard ! Quand Pichon lui parle à son tour de l’acteur comique, le clodo est paralysé par la surprise. Il a, lui aussi, subi un phénomène identique, il y a plus de cinq ans. Pichon le questionne jusqu’à ce qu’il lui parle un peu plus de lui-même, et de son parcours chaotique. Le clochard lui donne son nom : Lucien Gatimel, mais disparaît dès que Pichon évoque la possibilité d’une alliance pour sortir de cette effroyable situation…

Francis Pichon tire les leçons de l’horrible vécu de Gatimel. Pour ne pas devenir fou, il ne lui reste qu’une seule solution : accorder son être intérieur à son nouveau physique ! Mais comment faire pour accomplir cet exploit ? Le hasard lui apporte la réponse, sous la forme d’un flyer publicitaire à la gloire d’un hypnotiseur, Hilarion Savignac. Pichon se rend chez Savignac pour que celui-ci l’aide à accepter ce nouveau visage comme le sien… Celui-ci use alors de « son fluide » pour permettre au comptable de retrouver un semblant de normalité. Francis Pichon et Pierre Richard ne font enfin plus qu’un !

Pichon, enchanté, décide alors de partager son allégresse et sa soirée avec Églantine. L’infirmière rentrant très tard le lundi, il glisse une invitation sous sa porte, et entame la préparation d’un somptueux dîner aux chandelles. La sonnette ne tarde pas à le tirer de sa cuisine : mais au lieu de la jolie infirmière, c’est Jeannine Mignardot, la secrétaire du service qui se présente chez lui. Avec horreur, Pichon se rend compte que, dans cet univers, il est censé vivre une aventure avec cette horrible mégère ! De quiproquos en évitements, Pichon biaise, mais ne parvient pas à se soustraire à une explication quand la harpie découvre les préparatifs de la soirée romantique qu’il a concoctée. C’est alors qu’on sonne à nouveau à sa porte…



Pichon, tétanisé, suivit des yeux Jeannine tandis qu’elle s’approchait de l’entrée. Comme englué dans un de ces songes horrifiques, il ne parvenait pas à bouger le moindre muscle. La hideuse créature le regarda, un sourire mauvais aux lèvres, puis ouvrit en grand la porte d’entrée.


Dans l’encadrement se tenait Églantine, simplement vêtue d’une robe fourreau en velours noir, magnifique de fraîcheur. Contrairement à ses habitudes, elle avait adopté un maquillage discret qui rehaussait sa beauté naturelle.

- Eh bien ! C’est vraiment le soir des surprises ! cracha la secrétaire, qui ressemblait à cet instant à une hyène s’étranglant de fureur.


Le contraste entre les deux femmes était surréaliste.


- Heu… je dérange, peut-être ? s’enquit Églantine, après un furtif coup d’œil à la créature qui la mitraillait du regard.

- Mais non, voyons ! répondit Jeannine, avec un petit rire de gorge désagréable. Ça tombe très bien, au contraire : Francis était en train de m’annoncer des choses prodigieusement intéressantes !


Pichon tentait vainement de trouver quelque chose à dire, tandis que la délicieuse blonde du quatrième le fixait de ses grands yeux verts, d’un air interrogatif.


- Par exemple, saviez-vous que Francis est homosexuel ? lança Jeannine, d’un ton cinglant.


Le regard de la belle infirmière ne vacilla pas. À peine y passa-t-il une ombre. Quant à Pichon, mal à l’aise, il ne put s’empêcher de regarder ailleurs.


- C’est ce qu’il vient de m’apprendre, après quatre mois de relations ! Mais peut-être qu’avec vous, c’est différent ? questionna la secrétaire, le visage empourpré.


Églantine Palonnier, étonnamment, ne sembla pas perturbée outre mesure par le ton acerbe de cette virago. Elle poussa une sorte de soupir, mi-agacé mi-amusé, puis lui répondit d’une voix courtoise, un sourire innocent aux lèvres :


- J’avais pourtant bien mis en garde Francis, quand il m’a parlé de votre liaison. Je savais qu’il ne pourrait pas contrarier bien longtemps sa nature, malgré toute l’affection qu’il semblait vous porter.

- Que… comment ? Alors, Francis est vraiment…

- … homo ? Tout à fait ! Si vous faisiez partie de la même « communauté » que nous, vous l’auriez tout de suite su.

- Que voulez-vous dire par là ? l’interrogea Jeannine, beaucoup moins sûre d’elle.

- Eh bien, il se trouve que je suis moi-même lesbienne. Ce petit détail est d’ailleurs à l’origine d’une longue amitié avec Francis, énonça Églantine, désarmante de naturel.


Jeannine, qui semblait prête à sauter à la gorge de la jolie blonde quelques instants plus tôt, faisait à présent peine à voir ; son visage de zombie s’était figé en une expression douloureusement outragée. Elle se tourna vers Pichon, le questionnant d’une voix blanche :


- Mais pourquoi ne m’en as-tu jamais parlé ? Je… je passe vraiment pour la dernière des gourdes !

- J’espérais que l’on pourrait trouver un certain équilibre. Mais je sais, à présent, que c’est impossible, souffla Pichon, étonné de sa propre hardiesse.


Un sursaut d’amour-propre électrisa soudain la pauvre créature.


- Et le vin fin, le bouquet de roses, ce dîner aux chandelles ? Tu s’rais pas en train de me prendre pour une conne ? contre-attaqua Jeannine, telle une bête acculée cherchant rageusement une échappatoire.


Avant que Pichon n’ait le temps d’ouvrir la bouche, la délicieuse Églantine se manifesta à nouveau, tout en tapotant négligemment sa joue avec le bristol récupéré sous sa porte :


- Ne voyez pas de malice dans cette délicate attention. Il se trouve qu’aujourd’hui, c’est mon anniversaire, et Francis, avec sa générosité habituelle, a voulu me témoigner son amitié… Francis, vraiment, tu n’aurais pas dû. Il faut que je t’embrasse !


Églantine rejoignit, en quelques pas légers, le sofa où se tenait toujours Pichon et, se penchant largement, lui colla une bise sonore sur la joue. Se faisant, elle lui dévoila comme par mégarde les charmes de sa poitrine sensuellement rebondie. Puis, faisant mine d’ignorer le teint écrevisse de Pichon, elle lui adressa un clin d’œil.


Le comptable n’avait rien loupé du spectacle offert par la jolie infirmière. « Décidément, cette jeune dame aime jouer avec le feu ! » songea-t-il. Empêtré par une bouffée de désir, il était bien incapable de regagner le peu de sérénité qu’exigeait pourtant cette mise en scène.


- Mais alors, pourquoi m’avoir balancé cette excuse bidon sur ta vieille mère, qui devait soi-disant passer sa soirée ici ? bêla lamentablement la pauvre secrétaire.

- Mettez-vous donc à sa place, Jeannine. Pas évident pour Francis de vous annoncer qu’il s’apprêtait à recevoir une femme à dîner, et de surcroît célibataire ! argumenta sa rivale.


La voix de cet ange blond avait des accents de vérité que seule peut conférer la plus limpide des évidences. Ses derniers mots sonnaient comme un hallali. L’estocade finale fut portée par Francis.


- Je sais bien que je n’aurais pas dû te mentir. Ni rien te cacher… j’espère que tu me pardonneras ? reprit le comptable, scellant le sort de leur futur commun, tout en quémandant une absolution pour ses erreurs passées.


Jeannine Mignardot ne voyait pas à quoi se raccrocher, ne savait plus comment retrouver une contenance. Et, comme il n’y avait pas trente-six manières d’alléger la tension de ce cerveau dangereusement encombré de pensées contradictoires, elle se résolut donc à prendre congé.


C’est en femme offensée, ravalant des larmes de dépit, qu’elle dévala l’escalier de bois. À peine remarqua-t-elle l’espèce de difformité vaguement humaine qui, à son passage, se tassa dans un recoin pour éviter de se faire piétiner. Arrivée au bas de l’immeuble, Jeannine eut un instant de flottement. On aurait dit qu’un essaim de guêpes avait soudain pris place dans son crâne... Elle décida alors d’entamer, par une longue marche, le périple du retour en banlieue, laissant aux rigueurs hivernales le soin de calmer le bourdonnement irascible ayant envahi son esprit.


oooOOOooo


Sitôt la porte claquée par la harpie de service, Pichon se précipita pour verrouiller l’entrée de son domicile, comme si l’ennemi, à peine repoussé, allait revenir à la charge. Ceci fait, le comptable laissa fuser un long soupir de soulagement. À cet instant, sa ressemblance avec Pierre Richard était totale.


- Merci de votre aide, Églantine. Sans vous, je n’y serais jamais arrivé !


Il se tourna vers la jolie infirmière, un sourire victorieux aux lèvres. Cependant, celle-ci, bras croisés, le regardait tristement.


- Vous ne trouvez pas que vous y êtes allé un peu fort, avec cette pauvre femme ?

- Quoi ? Mais enfin…

- C’est que j’ai presque honte de vous avoir aidé à l’abuser, soupira Églantine.

- Honte ? Pourquoi donc ? Vous étiez si naturelle, tellement convaincante...

- Dites-moi, vous ne saviez vraiment pas qu’elle allait venir, quand vous m’avez invitée ? le coupa-t-elle soudain.


Pichon était sidéré par la réaction d’Églantine. Quelle était donc la cause de ce brusque revirement ? Il n’en savait rien, mais une chose était sûre : il devait s’employer à dissiper au plus vite cet étrange malentendu.


- Cette femme n’a jamais compté pour moi. D’ailleurs, c’est comme si notre relation n’avait même pas existé ! s’exclama Pichon

- Vous vous enfoncez, nota sobrement l’infirmière.

- Églantine, attendez ! Vous ne croyez quand même pas que j’ai organisé sciemment cette mascarade pour rompre avec Jeannine ?


Sa voisine ne répondit pas ; son regard parlait de lui-même.


Églantine était bien obligée de l’admettre ; depuis quelques jours, la personnalité de Francis Pichon avait subtilement évolué. Il n’y avait plus grand-chose de commun entre l’homme lui faisant face et le comptable effacé et gaffeur qu’elle croyait connaître. Mais dans quelle mesure est-on réellement capable de savoir ce que sont les gens, au fond d’eux-mêmes ?


- Francis, j’ai l’impression de voir en vous quelqu’un de différent, murmura Églantine.


La belle infirmière verbalisait ses doutes pour la première fois.


- Vous avez raison, depuis ce week-end, je ne suis plus moi-même, lui répondit-il, une flamme dans le regard. En fait, j’ai changé. Je… je suis tombé amoureux !


Églantine tressaillit et baissa la garde de ses iris émeraude. Elle ne s’attendait pas à ce que Pichon lui fasse sa déclaration séance tenante !


- Vous oubliez que je ne suis pas intéressée par les hommes… vous allez me faire fuir ! plaisanta-t-elle.

- Allons donc, vous êtes aussi lesbienne que moi je suis homosexuel !

- Et qu’en savez-vous ? répliqua sa piquante voisine.


Pichon n’allait pas se laisser désarçonner aussi facilement. Il s’approcha de la jolie blonde, la prit par la taille et la plaqua contre lui, comme l’aurait fait un danseur de tango argentin.


- Si vous étiez vraiment insensible, ce que je fais là… (il lui embrassa doucement la main, puis l’épaule et enfin, le cou)... ne devrait pas vous émouvoir.

- Non, ça… ça ne me fait rien, mentit l’infirmière, dont le souffle s’était brusquement amplifié.

- Je ne conçois pas que vous soyez une fleur du mal, plutôt que du mâle ! Sans parler de votre aspect physique… Une goudou ressemblerait plus à Jeannine, par exemple, qu’au pimpant « pousse-au-crime » que vous incarnez…


Pichon ferma les yeux et tenta un baiser maladroit. En riant, Églantine s’arracha à son étreinte, juste avant que leurs lèvres n’entrent en contact.


- Ah, les hommes ! Il suffit d’une paire de jambes pour vous faire perdre la tête !


Puis, plus sérieusement, elle ajouta :


- Et que savez-vous donc de mes préférences et de mes dégoûts ? Tout ça ne se lit pas sur ma figure !

- Alors, c’est qu’il est temps de mieux nous connaître. Laissez-moi vous…

- Embrasser ? le coupa Églantine. Inutile ! Ce n’est pas ça qui vous fera mieux vous pénétrer de ce que je suis.

- En fait, j’avais l’intention exactement inverse, ricana Pichon, l’œil torve.

- Ne soyez pas vulgaire, Francis, s’offusqua gaiement Églantine, échauffée par les insinuations un peu trop pressantes du comptable.


Il fallait calmer le jeu. Elle s’assit donc sur le canapé, remit un peu d’ordre dans sa chevelure, et s’enquit de savoir quand ils allaient passer à table. Pichon poussa un lourd soupir…


- J’espère que vous n’êtes pas trop affamée ! Je crains que le plat de résistance n’ait été… un peu trop cuit !

- À l’heure qu’il est, tout mets comestible me conviendra, l’assura Églantine, se frottant les mains et claquant des mâchoires comme un piranha à la diète depuis six mois.

- Heu… commençons par les entrées ! Un peu de vin ? proposa Pichon, avant de s’enfuir à la cuisine, en quête d’une conserve oubliée sur une étagère, ou d’un paquet de macaronis …


oooOOOooo


Cette soirée, qui avait débuté en vaudeville des plus sordides, s’était finalement poursuivie - puis terminée - de façon plus conventionnelle et agréable. Églantine Palonnier était séduite par le nouveau Francis, aventureux et sûr de lui.


Au moment où la jeune femme allait regagner son gynécée, Pichon avait à nouveau tenté un rapprochement. La jolie blonde, qui n’avait pas encore consenti à l’abandon des corps, avait esquivé ses baisers avec délicatesse mais fermeté. Malgré les prémices d’une attirance physique partagée, il lui fallait plus de temps pour tutoyer les vingt bonnes années que cet homme avait en surcroît.


Durant les mois qui suivirent, Pichon ajouta deux habitudes à son emploi du temps méthodique de vieux célibataire. Une fois par mois, il se rendait chez Hilarion Savignac, afin de conserver l’illusion de sa normalité. Et tous les lundis soirs, il invitait Églantine chez lui, conjuguant leurs deux solitudes en un merveilleux pluriel plein de complicité, sans toutefois passer au plus-que-parfait...


La vie de Francis Pichon avait retrouvé une sérénité joyeuse, que rien ne semblait devoir contrarier. La marche du temps aurait pu continuer ainsi indéfiniment, si le destin n’avait pas décidé de reprendre rendez-vous avec le comptable…



À suivre…



 
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   Bidis   
1/8/2008
 a aimé ce texte 
Un peu
Épisode dispensable. Il n'aurait vraiment trouvé sa place dans cette série plutôt très réussie que s'il avait été plein d'humour. Ce n'est malheureusement pas du tout le cas.

   colibam   
1/7/2009
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Bien que débutant la lecture de cette série par au chapitre 9, cela ne m'a pas dérangé dans la compréhension de la scène, introduite il est vrai par un large résumé.

Cette déclinaison des aventures de François Pignon n'atteint certes pas le degré jubilatoire distillé par Francis Veber mais reste plaisante à lire.
Rien à redire sur le style et la narration.
Concernant les dialogues, leur construction trop travaillée les rendrait peu crédibles dans une scène de la vie ordinaire mais s'adapte tout à fait à l'esprit d'un vaudeville joué sur les planches.

   Anonyme   
27/6/2011
 a aimé ce texte 
Bien ↓
J'ai bien aimé. Très ciné ou théatre. Et puis, ce n'est pas grave si c'est trop "bien écrit", c'est-à-dire trop académique pour le sujet. A mon très humble avis, une jolie réussite dans l'idée qui mériterait d'être retravaillée dans la forme, peut-être. Bizarre ? pas tant que ça: on écrit du rigolo, on partage le rigolo et puis on réalise que l'on n'a pas assez soigné l'humour.
Merci pour le partage du rigolo.


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