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Sentimental/Romanesque
GillesP : Mathildéthibault [concours]
 Publié le 16/09/18  -  9 commentaires  -  13002 caractères  -  59 lectures    Autres textes du même auteur

Au début des années 2000, l'émission Les Guignols a popularisé le jeu du Santini, en référence au nom de l’entraîneur de l'époque de l’équipe de France de football, réputé pour sa manière lancinante de parler. Il s’agissait pour les marionnettes présentes sur le plateau de tenter de trouver la fin des phrases de Jacques Santini. Thibault, lui aussi, se livre à cette activité en interrompant sans arrêt son épouse Mathilde : sauf qu’en ce qui les concerne, ce n’est pas un simple jeu.


Mathildéthibault [concours]


Ce texte est une participation au concours n°25 : Duo de choc !

(informations sur ce concours).



Comme toujours lorsqu’elle se montrait en public, Mathilde était ce matin-là maquillée comme une vérité sur un site conspirationniste. Elle avait eu le bon goût d’assortir ses yeux à la couleur de sa jupe bleue. Un chemisier blanc et des escarpins, blancs aussi, complétaient sa tenue. Quant à Thibault, qui marchait à ses côtés et la serrait de près, il était vêtu d’un pantalon noir qui moulait son corps svelte et d’une chemise écrue et cintrée du plus bel effet. À eux deux, ils formaient un couple détonnant dans ce petit village de Provence peu accoutumé à tant d’apparat.

Lorsque je les vis apparaître au coin de la rue, alors que je prenais mon petit déjeuner, à la terrasse du Salon de thé du Soleil, avant de me rendre à la mairie pour effectuer ma tâche d’agent d’entretien des espaces verts, je ne pus retenir un murmure d’admiration. Si je ne les avais jamais vus auparavant, j’aurais cru qu’ils se rendaient à un mariage, ou au moins à une cérémonie d’importance. Mais je les connaissais plutôt bien, et je pressentais que c’était pour eux un jour comme un autre, et qu’ils n’étaient descendus au village que pour faire quelques courses. J’en eus la confirmation lorsqu’ils parvinrent à ma table. Ils me saluèrent, me dirent qu’ils auraient besoin de mes services prochainement et entrèrent. Marc, qui tenait le salon de thé, avait laissé la porte et les fenêtres ouvertes pour faire courant d’air, car en cette fin d’été le lieu semblait avoir accumulé toute la chaleur des deux mois précédents. Marc m’avait déjà dit à de multiples reprises qu’il comptait bientôt faire installer la climatisation, mais depuis le temps qu’il le répétait, je savais que c’étaient des paroles en l’air.

Je tendis l’oreille. La voix suave de Mathilde me fit frissonner, comme à chaque fois :


– Bonjour, je voudrais deux…

– Baguettes tradition, s’il vous plaît, l’interrompit Thibault brusquement.

– Et aussi deux…

– Croissants aux amandes, termina Thibault.

– Voilà, cela fera quatre euros et quarante centimes.


La voix maussade qui venait de prononcer ces dernières paroles, c’était celle de Marc. Je tournai la tête vers l’intérieur. Marc prit le billet tendu par l’homme et lui rendit la monnaie avec froideur, puis regarda Mathilde avec bienveillance. Après avoir récupéré les pièces, Thibault prononça un « merci » sec et Mathilde un « bonne journée » accompagné d’un sourire à faire fondre la banquise. Tous deux sortirent, me saluèrent et s’éloignèrent d’un pas rigoureusement identique.

Marc n’était pas d’un naturel bougon. Mais s’il se montrait aussi peu amène avec Thibault, c’était parce qu’il ne supportait toujours pas sa manière de faire, même s’il connaissait son manège par cœur, depuis le temps. La pauvre Mathilde commençait une phrase, mais il ne lui laissait jamais le temps de la terminer. Et cela se passait ainsi depuis qu’ils s’étaient installés au village, un an auparavant. Je n’ignorais rien des premières entrevues de Marc avec le couple, car il ne cessait de les ressasser : la première fois que tous deux étaient entrés dans son salon, le ton sec de Thibault et le fait qu’il interrompe sa femme avaient surpris Marc, mais il s’était dit qu’ils venaient peut-être de se disputer, et que ceci pouvait expliquer cela. La seconde fois, les choses s’étaient déroulées exactement de la même façon ; Marc avait trouvé ce type bien désagréable et avait plaint intérieurement celle qui partageait la vie de ce butor. La troisième, il avait failli intervenir pour remettre Thibault à sa place, mais n’en avait rien fait, en songeant qu’à trois pâtés de maisons, la boulangerie Au bon pain lui faisait une concurrence féroce, et qu’il n’était pas nécessaire de perdre ces nouveaux clients. À partir de la quatrième fois, il s’était donc plié à ce qu’il considérait pourtant comme la pire des mufleries, se contentant de fulminer en lui-même. Après tout, la relation entre eux ne le concernait pas et il n’avait pas à s’en mêler. Mais il accomplissait le service minimum face à Thibault, en se contentant de répondre à ses salutations et d’annoncer la somme due sur un ton un peu revêche. En revanche, il se montrait exprès très attentionné envers Mathilde.

Lorsqu’il prenait le café avec nous, au moment où il prenait sa pause de midi, il ramenait souvent le sujet sur la table. On avait l’habitude de se retrouver dans son salon de thé sur le coup de treize heures, quasiment tous les jours, après le déjeuner. Il y avait d’ordinaire, outre Marc lui-même, Janine, fonctionnaire à la mairie, Jean-Claude, qui tenait une petite épicerie non loin de là, et moi. On se connaissait depuis des années et on avait tous à peu près le même âge, celui où on commence à regretter notre jeunesse perdue, mais où on n’en est pas encore à parler de rhumatisme, d’arthrose ou d’arrêter de fumer. Sauf Janine, qui en était à sa septième tentative infructueuse pour cesser toute activité tabagique.

Ce jour-là, Marc n’attendit pas plus de deux minutes avant de parler de Mathildéthibault. C’était comme cela qu’on avait pris l’habitude de désigner le couple Delabourdonnaye, en prononçant leurs deux prénoms très rapidement, sans pause aucune entre l’un et l’autre, comme s’il s’agissait d’une seule personne. En effet, on n’avait jamais vu l’un sans l’autre : ils faisaient leurs courses ensemble, ils se promenaient dans la rue ensemble, à la même allure, ils allaient faire leur jogging ensemble, le soir, quand le temps était clément, c’est-à-dire la majeure partie de l’année, adoptant exactement la même foulée. Peut-être même couchaient-ils ensemble, avait l’habitude de dire Janine pour plaisanter. Et lorsqu’ils parlaient aux gens du village, c’était toujours le même cirque, tout le monde était formel : elle commençait une phrase, il la finissait. Toujours. Personne n’avait jamais entendu Mathilde avoir le dernier mot. Ses phrases restaient inéluctablement en suspens, tronquées par son mari. Cela ne laissait pas d’alimenter les conversations.

On savait somme toute peu de choses sur Mathildéthibault : ils pouvaient avoir une quarantaine d’années, ils ne travaillaient ni l’un ni l’autre, ils devaient avoir de quoi vivre aisément sans se soucier des impératifs financiers car ils s’étaient installés dans une des plus belles maisons du village, sur les hauteurs, un peu à l’écart du centre, celle qu’un homme d’affaires – j’ai oublié son nom – avait fait construire trois ans auparavant et dont il se servait comme résidence de vacances avant d’être terrassé par un cancer fulgurant qui l’avait emporté en quelques semaines. Mathildéthibault, d’après ce que nous avait dit Janine, qui avait fait des recherches pendant ses heures de permanence et d’ennui à la mairie, descendaient d’une vieille famille d’aristocrates mais avaient demandé au bureau de l’état civil la disparition des espaces sur leur patronyme, de façon à atténuer le caractère ostentatoire de cet héritage. Mais ce qu’ils avaient perdu d’un côté, dans leur état civil, ils le retrouvaient dans leur allure et leurs tenues : il était absolument impossible de ne pas les remarquer dès qu’on les voyait, de ne pas leur trouver un je-ne-sais-quoi de suranné mais indéniablement charismatique, ce que confirma Marc dans son entrée en matière :


– Ils étaient particulièrement séduisants, aujourd’hui, Mathildéthibault. Elle, en particulier. Elle était… Je ne saurais comment dire. Mais la partie masculine de notre entité bicéphale était encore plus désagréable que d’habitude avec sa partie féminine.

– Jolie formule, dit Janine en allumant une cigarette, preuve que sa septième tentative avait rejoint les six autres au rang de ses échecs. C’est vrai qu’il est dur avec elle. Il n’empêche, je dois avouer qu’il a un charme fou.

– Oui, on sait que tu rêves de l’avoir dans ton lit, depuis le temps que tu nous le répètes, répliqua Jean-Claude.

– Je ne te comprends pas, Janine, s’énerva Marc. Toi qui te revendiques sans arrêt comme militante féministe, comment peux-tu cautionner la façon dont il se comporte avec elle ? Il est odieux, vraiment. Et je la plains, elle.

– Dis plutôt que tu aimerais être à la place de Thibault, oui, reprit Janine. Cela dit, j’ai bien le droit d’être à la fois féministe et attirée par un bel homme, non ? Et toi, qu’est-ce que tu en penses, d’eux ? On ne t’entend jamais à ce sujet.


C’était à moi que s’adressait cette dernière réplique. Un peu gêné, je bottai en touche :


– Oh moi, tu sais, les ragots, ce n’est pas vraiment mon truc.

– Oui, mais quand même, tu dois savoir des choses qu’on ignore, vu que tu travailles chez eux de temps en temps. Allez, dis-nous, comment sont-ils dans l’intimité ?

– Mais je n’en sais rien, moi. Je m’occupe de leur jardin, pas de leur chambre à coucher !


Je mentais. Enfin, je m’occupais bien de leur jardin, mais je connaissais leur secret. Je savais très bien pourquoi Thibault coupait tout le temps sa femme, dès qu’elle commençait une phrase. Il était cependant hors de question que je leur révèle ce que je savais, même si je les aimais bien, tous les trois. Je l’avais découvert trois mois auparavant, d’une manière complètement accidentelle, au sens premier du terme, d’ailleurs.

Le dimanche, je rendais souvent de petits services à ceux qui m’en demandaient, contre une petite rétribution non déclarée, qui me permettait d’arrondir mes fins de mois. Mathildéthibault m’avaient demandé de m’occuper de leur jardin, car ni l’un ni l’autre n’avait la main verte, et ils tenaient quand même à maintenir leur lieu de vie dans un état correct. Ce jour-là, c’était la troisième ou la quatrième fois que je me rendais chez eux. Je m’attaquais à un peuplier qu’ils m’avaient demandé d’abattre car il était en train de pourrir. Mathildéthibault étaient sur la terrasse, allongés sur des chaises longues, l’un à côté de l’autre. Thibault lisait, et quant à Mathilde, elle regardait négligemment dans ma direction. Elle était vraiment exquise ce jour-là, alanguie, offerte à mes regards. J’avais du mal à détourner mes yeux de son corps que ne recouvrait qu’une tenue légère et légèrement transparente. La bise s’amusait à relever de temps à autre son paréo, laissant transparaître une peau d’une blancheur à faire pâlir la Vierge elle-même. Aussi n’étais-je pas totalement concentré sur ce que je faisais. Armé de la tronçonneuse que j’avais, disons, empruntée à la mairie, j’accordais moins d’attention à ce peuplier à la date de péremption douteuse qu’à la belle Mathilde. Ce n’était pas la première fois que je sciais un arbre, loin de là, je connaissais la manœuvre par cœur ; il ne me semblait pas nécessaire d’être plus attentif que de raison.

Mais tout à coup, alors que mes yeux s’attardaient une fois de plus sur les jambes galbées de Mathilde, l’impensable se produisit : le peuplier rendit l’âme du mauvais côté. J’eus à peine le temps de faire un pas de côté pour éviter le choc frontal. Cela ne fut pas suffisant pour l’esquiver complètement et je me retrouvai enseveli sous un amas de branches et de feuilles jaunies. Ce fut alors que j’entendis Mathilde crier :


– Thibault ! Viens vite ! Le p… Le p… Le peuplier ! Il est t… t… tombé sur Hugo ! Il faut lui v… v… v… venir en aide.


Thibault accourut aussitôt, parvint à me dégager des branches dans lesquelles j’étais enchevêtré et me demanda, inquiet, si j’avais quelque chose de cassé. Je me relevai tant bien que mal, fis quelques mouvements pour vérifier l’état de mon corps. Par miracle, je n’avais que quelques égratignures. Mathildéthibault m’installèrent sur la terrasse, allèrent chercher une trousse de premiers secours et pansèrent mes plaies. Alors que je me confondais en excuses et en remerciements, ils me répondirent que l’essentiel, c’était que je n’aie rien de grave.

On passa un moment à discuter tous les trois, puis je m’apprêtai à prendre congé d’eux. Tandis que je les saluais et les remerciais encore de m’avoir secouru après ce stupide accident qui ne serait pas arrivé sans ma distraction, Thibault me raccompagna jusqu’à la porte d’entrée, laissant Mathilde seule sur la terrasse. Je me fis la réflexion que c’était la première fois que je les voyais éloignés l’un de l’autre de plus d’un mètre. Tandis qu’il me serrait la main, il rapprocha sa bouche de mon oreille et me dit :


– Je compte sur votre discrétion, n’est-ce-pas ? Pas un mot de ce que vous avez entendu aujourd’hui, à personne.


Ce fut à ce moment que me revinrent en mémoire les paroles de Mathilde, au moment de l’accident. Et là, je compris. Je compris pourquoi Thibault interrompait tout le temps sa femme en public. Ce que tout le monde prenait pour de l’irrespect était en réalité une belle marque d’amour ; il préférait passer pour un mufle plutôt que de trahir le secret de son épouse : elle était bègue.


 
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   Thimul   
31/8/2018
 a aimé ce texte 
Un peu
Parlons tout d'abord de la forme.
Je trouve que vous vous en êtes bien sorti.Vos deux personnages sont intéressants, il y a le flash black, et la scène d'action est présente avec une petite surprise à la fin. L'écriture est fluide.
Je vais essayer de parler du fond sans trop dévoiler votre histoire.
Pour moi ça ne fonctionne pas du tout pour la simple raison que le problème dont souffre Mathilde touche surtout le début des phrases.
Ancien gaucher contrarié j'ai présenté ce handicap pendant pas mal d'années. Ce qui est terrible c'est de sortir le premier mot. C'est tellement compliqué et humiliant que la parole peut avoir tendance à s'appauvrir . Mais voulez vous savoir ce qui est le plus humiliant ? Que les autres finissent vos phrases et vos mots. Vous présentez la conduite de Thibault comme étant en quelque sorte compassionnelle envers Mathilde alors qu'elle est juste insupportable pour toute personne souffrant de ce problème.
Je pense que ce texte est juste le reflet d'une méconnaissance du sujet et loin de moi l'idée de vous jetez la pierre. Mais c'est juste que dans ces conditions j'ai beaucoup de difficultés à adhérer à l'histoire qui ne présente pas de crédibilité.
Bonne chance pour le concours.

   Sylvaine   
2/9/2018
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Nouvelle bien menée et bien écrite, à quelques détails près (par exemple la petite négligence qui fait se succéder "légère" et "légèrement transparente") Vous savez éveiller la curiosité du lecteur et maintenir le "suspens" jusqu'au bout. On est d'autant plus déçu quand on découvre la nature du secret si jalousement gardé. Tant de précautions pour cacher un simple bégaiement ? J'ai un peu de mal à y croire. Bien sûr, Mathildéthibault veulent donner d'eux-mêmes une image parfaite. Mais je ne puis m'empêcher de me dire : tout ça pour ça ?

   vb   
16/9/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour,
Merci beaucoup pour ce texte écrit simplement, mais - il faut le dire - avec beaucoup de grâce. J'ai apprécié une bonne ponctuation qui donne au ton du narrateur beacoup de vie. Il ne parle ni comme un charretier, ni comme un grans-duc mais son langage est très agréable à lire. Il s'agit d'une histoire toute simple mais son intrigue est parfaitement efficace. J'ai apprécié la structure en deux parties du récit: d'abord ce que pensent les villageois, ensuite la révélation du secret par le narrateur qui quitte sa position d'observateur pour devenir partie prenante du récit. Il y a aussi un certain humour: j'ai aimé "Peut-être même couchaient-ils ensemble, avait l’habitude de dire Janine pour plaisanter." Belle trouvaille!
EDIT: J'ai aussi beaucoup aimé les deux personnages de Mathilde et Thibault. Je les ai trouvés très originaux et bien décrits.

   izabouille   
7/9/2018
 a aimé ce texte 
Un peu
Je trouve le duo intéressant dans le fait qu'il intrigue les autres personnages. Cependant, il y a un peu trop d'explications dans les descriptions. Vous en dites trop, le lecteur n'a pas besoin qu'on tape sur le clou. Il y a aussi des longueurs dans les phrases, comme celle-ci : "Lorsque je les vis apparaître au coin de la rue, alors que je prenais mon petit déjeuner, à la terrasse du Salon de thé du Soleil, avant de me rendre à la mairie pour effectuer ma tâche d’agent d’entretien des espaces verts, je ne pus retenir un murmure d’admiration."
Il y a moyen de raccourcir, ou de scinder, ce serait plus agréable à lire.

Je me suis un peu ennuyée à vrai dire. Il y a également des répétitions, comme par exemple : "J’avais du mal à détourner mes yeux de son corps que ne recouvrait qu’une tenue légère et légèrement transparente."

J'ai bien aimé le fait que vous mêliez les deux prénoms, ça renforce leur lien, le fait qu'ils sont inséparables et qu'ils cachent un secret. Cependant la chute ne m'a pas vraiment surprise, je m'y attendais un peu...

   Bidis   
16/9/2018
 a aimé ce texte 
Bien
Dès le premier paragraphe, une image me vient : « Philémon et Baucis ». Voilà, me dis-je, un vrai duo, un vrai couple. Il n'était pas besoin d'accoler leur deux noms, ce qui pour moi a un petit côté forcé pour coller aux règles du concours.
Le « Salon de thé du Soleil » est un lieu où l’auteur nous donne envie de nous installer. Et ça j'aime bien quand je lis un texte : l'envie me détendre dans l'environnement qu'il met en scène.
Mais...
"En effet, on n’avait jamais vu l’un sans l’autre : ils faisaient leurs courses ensemble, etc... " : que Marc parle tant du vieux couple (à ce moment-là du récit, je les imagine vieux, plus loin je constaterai qu'ils ne le sont pas), semble un peu artificiel. Un boulanger-pâtissier a certainement trop de choses à faire et de soucis que pour que l'attitude de simples clients prennent tant de place dans sa vie.
Il aurait, à mon avis, été beaucoup mieux de faire évoluer le couple en question ici ou là de façon plus directe, plus vivante avec des dialogues avec les uns et les autres, de façon à entendre Thibault parler chaque fois à la place de sa femme. Et illustrer la réaction des commerçants. Par exemple, la femme de l'un d'eux dire : "Faudrait voir à pas me couper comme ça tout le temps, c'est qu'elle se laisse drôlement faire, c'te bonne femme."
L'on pourrait tout à fait n'avoir qu'un seul dialogue entre les personnages avec une discussion à ce sujet, et donc, le dialogue entre Marc et ses amis est le bienvenu, en tout cas, il résonne de façon naturelle. Mais il est suffisant. Peu importe si la nouvelle est plus courte. Car je trouve l’allusion à l’homme-d’affaires-ancien-propriétaire également tout à fait superfétatoire ainsi que la généalogie de Mathilde, c'est à dire les informations qui n'ont rien à voir avec le noeud de l'intrigue, qui est l'amour vrai et la curiosité malveillante des gens envers les relations entre un mari et sa femme.
Pour moi, donc, un vrai duo et une intrigue intéressante dont je n'avais pas vu venir la chute, laquelle est vraisemblable et touchante. Et ça, c'est une grande qualité pour une nouvelle.

   hersen   
16/9/2018
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
A mon avis, les trois-quarts de la nouvelle sont une mise en place de la chute, mais sans qu'il y ait d'intérêt particulier porté à ladite chute.

Le bégaiement vient comme une solution, mais je ne trouve pas qu'il étaye tant que ça tout ce qui précède. Il y a bien sûr, les questions que se posent les habitants en ce qui concerne ce couple, avec tout ce qu'on peut imaginer de malveillant, comme par exemple l'attitude du cafetier, mais que le couple cache l'infirmité est quelque peu déroutant. Ainsi que le fait que le jardinier ne va pas vendre la mèche, pas facile j'imagine dans un village, ou petite ville, de garder un secret.

J'ai été étonnée de la forme du bégaiement, puisqu'il me semble que ce sont surtout les toutes premières syllabes que l'on a du mal à articuler lorsqu'on est atteint de ce dysfonctionnement.

De plus, j'ai du ml à adhérer à la main-mise du mari sur sa femme. Qu'elle ait un problème de diction ne devrait pas lui empêcher la liberté de parole. car alors, à part demander une baguette, se lance-elle dans une phrase que son mari ne pourra finir ? que pense-t-elle, elle ? Le faire passer pour de l'amour, là, je coince grave !

Le souci ici est que ce qui est pris pour une symbiose n'est qu'un emprisonnement par la non-parole; si son mari l'aimait vraiment, il ne tenterait pas de cacher la faiblesse de sa femme, mais de la faire accepter et de tenter d'améliorer cet état, par tous les moyens médicaux et psychologiques; Ici, il fait l'inverse, il ne veut sans doute pas perdre ce pouvoir qu'il a sur elle; je pense que cette attitude est quelque chose de terrible;

Une nouvelle que je trouve un peu dérangeante dans ce qu'elle dit de l'emprise d'un être sur un autre. Le sujet aurait dû aller plus loin pour que j'adhère. Par exemple, insister tant sur le cafetier n'apporte pas grand-chose, tandis que la relation au bégaiement qu'a le couple m'aurait grandement intéressé. Car je ne suis pas loin de penser qu'il y a ici main-mise sur un être à qui on ne laisse pas la liberté de parole.

Je pense aussi que le rôle du personnage du jardinier aurait pu être un catalyseur : il aurait dû se poser des questions, avoir mauvaise conscience. D'autant que c'est le mari qui lui demande le silence. Pas la femme. Point crucial pour moi.

Donc, pour moi, un excellent sujet sous-jacent mais pas développé.

   Jean-Claude   
17/9/2018
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour.

"Mathilde était ce matin-là maquillée comme une vérité sur un site conspirationniste." : ce début m'a attiré mais les jeux d'expressions se sont dilués.

C'est bien écrit mais je relève deux problèmes
1°) La crédibilité : cela suppose qu'en dehors de chez eux Malthilde ne parle jamais (ils ne fréquentent donc personne).
2°) Le scénario : la découverte du secret aurait mérité une mise en scène plus frappante.

Le choix de narration est sympathique mais gomme l'histoire, somme toute très brève puisqu'il n'y a qu'un questionnement sur le comportement du couple et la découverte inopinée par le narrateur.

Au plaisir de vous (re)lire
JC

   toc-art   
17/9/2018
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Bonjour,

J'ai eu une impression bizarre tout le long du récit car j'ai trouvé la narration très appuyée et pas crédible du tout. Je ne dis pas que c'est forcément un inconvénient mais du coup, cette forme très théâtralisée, un peu comme si on découvrait un décor et des personnages peints de couleurs trop vives, trop propres, fait passer l'intrigue au second plan.

ça m'a rappelé ce film avec Jim Carrey, le nom m'échappe, où il est toujours sous l'oeil d'une caméra et où toute la ville est fabriquée autour de lui. Là, j'ai le même sentiment de fabrication mais je pense que c'est voulu par l'auteur car tout sonne faux, les personnages, les décors, les dialogues, l'histoire elle-même... tout est exagéré dans une sorte de caricature d'une micro-société.

Je n'ai pas l'impression que le réalisme soit vraiment l'intérêt de ce texte, ou du moins, le facteur que l'auteur ait voulu mettre en exergue.

Je n'ai pas été particulièrement intéressé ni séduit par ce récit et je trouve dommage d'avoir ressenti la nécessité de conclure en dévoilant de façon aussi explicite le handicap de la jeune femme, le "elle était bègue" me parait vraiment superflu, le lecteur l'avait compris.

   David   
17/9/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

La chute est délicieuse et l'histoire m'a beaucoup plu, et c'est raconté avec brio, je n'ai rien vu venir ! Le ton, la narration, sont géniaux : alors que le narrateur reste dans une humilité assez marqué (bien qu'en fait, il se décrit en débrouillard et en futé à travers quelques anecdotes, mais l'atmosphère globale ne semble pas le mettre en valeur) il va bien mené le petit monde de ses lecteurs au bout de son histoire ! J'ai pensé à Pagnol, mais je n'ai guère de souvenir de lecture, c'est plus pour le folklore méditerranéen : ici, au contraire de la sardine dans le port de Marseille, c'est plutôt une histoire qui repose sur une finesse de vue, tout le contraire d'une exagération, mais avec un peu de "tricherie à la belote du déroulement" en quelque sorte.

Je n'arrive pas à trouver de défaut majeur... bon, c'est pas inoubliable, c'est plus un beau talent de conteur qu'un truc très littéraire.

   Pepito   
29/9/2018
Commentaire modéré


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