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Réalisme/Historique
hersen : Duo raté [concours]
 Publié le 21/09/18  -  15 commentaires  -  13370 caractères  -  89 lectures    Autres textes du même auteur


Duo raté [concours]


Ce texte est une participation au concours n°25 : Duo de choc !

(informations sur ce concours).



Oh, gamin, tu prends les cinq balles et tu vas t'acheter des bonbons. Prends le temps de choisir, t'es pas pressé.

Ma mère a rien dit.


L'épicerie du coin deux rues plus loin, c'est la mieux ; y a tous les bonbons qu'on veut, toutes les sortes.


– Bonjour madame.

– Ah te revoilà, toi ! On t'a encore mis dehors. Pauvre gosse, soupire l'épicière derrière sa caisse.

– Je voudrais de ceux-là, de ceux-là et de ceux-là, mais pas les bleus, j'aime pas ça. Pour cinq euros s'il vous plaît.

– Eh bien, ils t'ont augmenté ! Reste un peu plus longtemps dehors, sinon tu vas t'en prendre une bonne si tu rentres trop tôt.

– Oui madame. Et pis je peux avoir aussi des rouleaux de réglisse ?


Je suis sorti avec mon sac de bonbons et je cherchais un coin pour m'asseoir. Y a un grand qu'est venu. J'aime pas trop les grands, ils m'appellent Bouboule ou Baballe. Mais celui-là, il était tout seul. Un vraiment grand, je dirais peut-être treize-quatorze ans. Il m'a fait remarquer qu'il aimait bien mon T-shirt et pis aussi il a dit, je m'appelle Tony. Ma mère, elle me dit souvent qu'il faut rien répéter aux autres. Je sais pas si ça veut dire aussi mon nom, mais là, je trouvais ça bien, il m'avait pas encore appelé Bouboule. Ni Baballe. J'ai répondu, je m'appelle Kevin, et lui, tout de suite, il répond, oh ! Kevin, c'est cool comme nom.


On s'est assis tous les deux sur un banc qui traînait là, les gens passaient dans la rue sans faire attention à nous. Je lui ai offert des bonbons, et il a pioché une grosse poignée. Y a pas de bleus, j'ai dit, parce que j'aime pas tellement ça.


– T'inquiète, c'est pas grave, c'est normal, tu paies, c'est toi qui choisis… Je t'ai vu les acheter. Elle t'a drôlement à la bonne, la mémère de la caisse, elle discute avec toi. Avec moi, elle fait jamais ça.


Je me tais, je mange un nounours.


Tony aussi.


Au bout d'un moment, il se remet à parler.


– On s'entend bien, non ? On pourrait faire équipe, tous les deux. Toi, tu vas acheter des bonbons et tu parles à la vieille et moi, ben, pendant ce temps-là, je t'attends dehors.


J'ai pas trop compris c'est quoi l'équipe, moi qui fais tout et lui qui attend. Pourtant, j'avais drôlement envie que ça se passe comme ça. Je me rappelais plus quand c'était la dernière fois que quelqu'un m'a dit des trucs que ça me coince dans la gorge tellement c'est gentil. Alors je lui ai répondu que ce serait bien, une équipe.


OK, je t'explique, alors, et il a repris des bonbons dans le sac.


*


On devait se retrouver sur le banc. J'avais jamais eu de rendez-vous avec des copains avant, j'étais jamais invité à rien. Super impatient, je suis arrivé quarante-cinq minutes en avance. Quand je l'ai vu arriver, j'ai fait comme il m'avait expliqué. Je suis entré dans le magasin.

J'ai dit bonjour à la dame en enlevant mon bonnet, Tony il m'a expliqué que c'est bien d'enlever son bonnet quand on parle à quelqu'un. Bonjour, elle a répondu avec un gros soupir, encore toi ? Alors, je voudrais les roses, mais de ceux qui sont petits et pis aussi des verts, mais j'aime pas les ronds, je veux que les carrés. Et aussi des bleus. Tiens, elle a remarqué, tu les aimes, maintenant ? Moi, j'ai rien répliqué sur les bleus, et j'ai ajouté, je veux aussi des jaunes. Non, pas ceux-là, les plus gros. Vous pouvez me mettre les bleus à part, madame ?


C'est à partir de là qu'il fallait jouer. C'est comme ça qu'il m'a appris, Tony. Je me suis mis à raconter un tas de baratin pas clair, sur les bonbons et sur d'autres choses et la dame, elle soupirait des fois, mon dieu, pauvre gamin, et à un moment, elle m'a dit, bon, mon garçon, maintenant, j'ai du travail, va dehors manger tes bonbons. Et je me suis mis à pleurnicher. Des vraies larmes coulaient sur mes grosses joues. Ça m'a étonné parce que j'étais pas triste, c'est juste que ce que je racontais, ça faisait de la peine. La dame, elle a fait le tour de son comptoir et m'a donné un mouchoir. Elle m'a mis la main sur l'épaule et même elle m'a expliqué, tu vas voir, ça va s'arranger. Dans la vie, ça s'arrange toujours.


J'ai dit merci madame, j'ai remis mon bonnet et, en m'essuyant la figure d'une main, j'ai pris le sac de bonbons de l'autre et je suis sorti du magasin.


La dame est repartie derrière son comptoir.


En sortant, tout de suite j'ai vu que Tony avait disparu. Je comprenais pas, surtout que je lui avais pris des bleus. Et puis je l'ai vu ! De l'autre côté de la rue, il courait avec des sacs dans les mains. Je lui ai crié, attends-moi ! Mais lui il traçait sa route. À un moment, je l'ai perdu de vue, y avait plein de voitures et j'ai pas pu passer au feu. Alors j'étais là, tout seul avec mon sac de bonbons.


J'ai commencé à les manger en marchant, sauf les bleus que je regrettais maintenant d'avoir achetés. De toute façon, ça se passe toujours comme ça, des vrais copains, j'en ai jamais.


*


Bientôt, ce sera fini les vacances. Pour l'instant, je peux encore me promener avec un billet de cinq euros. Quand y a école, je me fais racketter.


Des fois, je vais loin acheter des bonbons, des fois j'en ai marre.


Cet aprèm, quand je suis sorti de mon immeuble j'ai entendu quelqu'un m'appeler. Hey, Kevin !

Je me suis retourné, c'était Tony. J'en revenais pas ! Tony, il s'était tout simplement envolé, je l'avais plus revu.


J'étais drôlement content de le voir, mais je voulais pas le montrer après le coup qu'il m'avait fait. Moi, je le laisserais jamais tomber comme ça, à disparaître dans la foule. Il m'a tout de suite expliqué, tu sais, l'autre fois, j'ai pas pu faire autrement, j'ai rencontré un copain qu'avait des problèmes, il arrivait de Tours, il connaissait personne, alors je l'ai aidé.


J'aimerais bien être ce copain-là de Tours, que j'ai pensé, mais je me suis retenu, j'ai juste dit, je suis super content de te voir. Il répond que lui aussi, il est content, qu'il a de la chance de tomber sur moi comme ça. Je lui ai demandé comment il savait que j'habitais là, mais il savait pas, en fait. Le hasard, qu'il m'a expliqué, quand tu penses à quelqu'un, hop, tu le rencontres. C'est ça qui m'énerve, chez lui, parce que j'ai pensé plein de fois à lui et je l'ai pas rencontré.


On a marché un peu. Il m'a raconté qu'il avait pas mal de copains. Mais pour lui, le mieux, c'est quand il discute avec moi. Parce que je suis réglo, qu'il dit. Réglo, je sais pas trop c'est quoi, mais de la manière qu'il prononce, je crois que c'est bien. Il m'a demandé mon âge, aussi. J'ai dix ans. J'ai hésité à dire douze, pour pas qu'il me prenne pour un nul, parce que dix, c'est pas beaucoup, mais il a aussi sec répondu, ben dis donc, je te donnais plus. Ça m'a fait plaisir, et du coup, j'étais bien content de pas lui avoir menti, ça la fout mal de mentir à son meilleur pote. Alors comme j'ai bien vu qu'il y avait de la confiance entre nous, je lui ai dit que j'avais failli répondre douze, pour faire plus grand. Il m'a dit, non, t'inquiète, dix c'est bien, tu crains rien. Je sais pas pourquoi je crains rien. Tony, il explique pas tout.


On disait plus rien et on marchait au hasard. Dans ma tête, c'était comme si j'étais parti dans un grand voyage avec mon meilleur pote, on visitait des pays nouveaux, c'était une aventure et j'étais pas tout seul. C'était franchement chouette. Une des meilleures choses dans ma vie de jusque-là.


Et puis tout à coup, il a pilé. On était devant le magasin où la dame est gentille. Il m'a dit, hey, tu veux pas acheter des bonbons ? J'avais pas trop envie parce que depuis quelque temps, je gardais mes sous. Je voulais m'en aller, alors il me fallait de l'argent pour le billet du train ; ma mère, elle le savait pas, c'était mon secret. Et là, sur le trottoir, j'ai dit à Tony que j'avais un secret. Que je garde mes sous pour partir loin. Sur le coup, il a rien dit. Même que ça a duré un peu longtemps.


Et puis après, il m'a demandé si je lui faisais confiance. Oh ben alors là, à fond, c'est sûr, que je lui réponds. Quand il a bien compris que c'était à la vie à la mort entre nous, il m'a dit, OK, t'es réglo. Viens, on va s'asseoir. Mais t'irais pas acheter des bonbons, qu'on puisse parler tranquillement longtemps ? Et puis il me fait un clin d'œil en ajoutant, dis donc, si tu lui refaisais le même coup, à la vieille, de chialer et tout ça, ce qu'on rigolerait !


Ça m'a étonné ; comment il savait que j'avais pleuré ? Mais je lui ai pas demandé tellement je me suis pris la honte.


Bon, je savais pas trop si j'avais envie de faire ça, je l'aimais bien, la vieille dame, que j'ai expliqué et il m'a donné un petit coup de poing dans l'épaule en me disant, oh, tu vas pas faire ta chochotte, non ? Si ? J'en reviens pas, t'avais l'air plus drôle que ça.


Drôle ? Ça m'a fait un coup dans le ventre parce que je pense que personne, jamais, ne m'a trouvé drôle. Alors j'ai pas voulu le décevoir et j'ai dit d'accord. Avant que j'y aille, il me rappelle d'enlever mon bonnet et de regarder la vieille dans les yeux, avec un air bien triste, comme si j'étais malheureux et que personne pouvait rien pour moi.


Ça m'embêtait. Mais Tony, c'est mon copain, et on est bien obligé de faire plaisir à ses copains, non ? Surtout qu'il avait l'air tout content de jouer un tour de cochon.


Alors je suis entré et la dame qui a dit, tiens, voilà mon pitchoun. Je sais pas ce que c'est un pitchoun, mais elle avait l'air de bien m'aimer en disant ça. Et puis après, j'ai fait comme l'autre fois. La dame aussi. Elle a marmonné que vraiment, la Ddass, elle se fatigue pas. J'ai rien compris. Cette fois, elle m'a donné un bisou, bon, ça m'a fait un peu honte, mais comme y avait personne dans le magasin, j'ai accepté. Et puis je suis parti avec mon sac de bonbons.


Et c'est là, j'avais pas fait trois pas dehors, que j'ai tout compris. Parce que la dame, elle est sortie de son magasin juste derrière moi en criant qu'on lui avait volé des choses.


– Ah, t'es là, qu'elle m'a dit, et elle a ajouté, t'as vu personne qui serait parti avec des sacs ?


De l'autre côté de la rue, j'ai vu Tony qui était à fond. Il avait un sac dans chaque main et ça avait l'air lourd. J'ai couru après. Je veux dire, j'ai vraiment couru.


*


J'ai passé une sale semaine.


J'ai pas acheté de bonbons pendant plusieurs jours, j'avais plus envie d'en manger. Le seul avantage que je voyais, c'était que bientôt, je pourrais m'acheter un billet de train. Avant la rentrée.


Je marchais sans rien faire dans la rue en me rappelant quand je me promenais avec Tony. Et comment j'aimais me promener avec lui. C'est comme ça que sans faire attention, je suis passé devant l'épicerie. La dame m'a vu et elle m'a fait un signe. J'avais pas tellement envie d'entrer, ni tellement envie de parler. Comme je passais la tête baissée, elle est sortie.


– Pitchoun, viens un peu là !

– J'ai pas le temps, madame, faut que j'aille voir quelqu'un.

– Ton ami, sans doute ? Celui qui t'a appris à être complice ?


Je me suis arrêté. Comment elle savait tout ça ?


– Ne t'inquiète pas, je n'ai rien dit.

– Il est où ?

– Je ne sais pas, pitchoun, mais quand il s'est fait arrêter, il avait des bouteilles d'alcool plein ses sacs. Pour les revendre. Je t'ai vu lui sauter dessus, et je dois dire que ça m'a fait plaisir, tu sais attaquer ! J'ai vu aussi les trois autres te bousculer, puis te donner des coups. Ils ont frappé fort, hein ? Ce que j'ai bien aimé, c'est quand tu as fait un croche-pied au plus grand. J'en ai bien ri après... quand tout a été fini. C'est moi qui ai appelé la police.

– Mais pourquoi la police elle m'a rien dit à moi ?

– Tu as quel âge ?

– J'ai dix ans.

– C'est bien ce que je pensais, à cet âge-là, la police ne peut pas grand-chose. Alors pourquoi leur parler de toi ?


*


L'école a commencé la semaine dernière. Finalement j'ai pas acheté de billet de train parce on n'a pas voulu m'en vendre un, le monsieur m'a expliqué qu'à mon âge, on ne va pas tout seul au bord de la mer. Et que le bord de la mer, c'est pas une destination pour un train. Il faut donner le nom d'une ville. Ça m'a énervé, alors j'ai lancé, Tours, je veux un billet pour aller à Tours.

C'est pénible quand c'est les adultes qui se moquent, parce que qu'est-ce que je peux répondre ? C'est vrai, je savais pas que la mer, c'est pas à Tours. Il m'a dit, le monsieur, allez, petit, rentre chez toi, ça va s'arranger…


Ils disent tous pareil. Mais chez moi, ça s'arrange pas pour ma mère.


*


Ça se passe bien à l'école. On m'embête pas. Le premier qui m'a appelé Bouboule, je l'ai appelé Crevard. Y en a qui ont rigolé...


Après, l'un d'eux est venu me proposer des bonbons. Des bleus.

Je les ai trouvés bons.


Des fois, je pense à Tony. Les plus chouettes moments, c'est quand on discutait tous les deux. J'ai compris maintenant que c'était pas en vrai qu'il était copain avec moi. Mais je me dis que quand même, dans ma vie, j'ai eu un copain. Même faux, c'était un copain. On était tous les deux.


Peut-être que je vais avoir des vrais copains, un jour.


 
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   Thimul   
2/9/2018
 a aimé ce texte 
Bien ↑
La forme :
Je n'appellerais pas ça un véritable duo. Le fait que tout soit centré sur un des personnages déséquilibre le "couple".
Je n'ai pas trouvé le flashback et la scène d'action est... une petite scène d'action ponctuée d'une petite surprise.

Le fond et l'écriture :
C'est une histoire très agréable à lire. La détresse de ce gamin est bien rendue et j'ai trouvé son langage crédible. Ce n'est pas si facile de faire parler un enfant et, pour moi, vous vous en êtes bien sorti.
J'ai bien aimé aussi que vous laissiez les blancs dans l'histoire, sans chercher par exemple à expliquer clairement ce que fait la mère. Ce qui échappe à la compréhension de l'enfant n'est pas développé ce qui renforce la crédibilité du récit.

Bonne chance pour le concours

   vb   
4/9/2018
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,

J'ai bien aimé le ton de la nouvelle, cette manière enfantine de parler des choses simplement m'a beaucoup plu. J'ai tout de suite embarqué de ce récit qui m'a d'emblée très intéressé. Mon ressenti général est pourtant assez mitigé. Peut-être est-ce dû à une impression de déjà vu: l'histoire est très similaire au scénario du Gamin au vélo des frères Dardenne.

J'ai eu le sentiment d'un certain piétinement sur place. On comprend relativement vite que le père (le beau-père ou l'amant de la mère) veut se débarasser du fils en l'envoyant acheter des bonbons. La vendeuse insiste à mon avis un peu trop sur la question et rend le sujet un peu trop évident.
De même, il apparaît assez rapidement que Tony veut utiliser le narrateur pour faire diversion. J'ai trouvé un peu lourd que toute la scène du vol soit racontée en détail, y compris par la vendeuse dans un flash-back qui n'était pas vraiment nécessaire.
Cela ne m'a pas non plus semblé bien naturel que la vendeuse explique au gamin la raison pour laquelle elle ne l'a pas dénoncé.

Au niveau du style, je n'ai pas compris l'intérêt des dialogues introduits par des virgules et des majuscules. Je n'ai pas trouvé que cela apportait grand chose.

   izabouille   
7/9/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Quand on commence, on est tout de suite dans la peau du gamin. Le ton est donné avec les bonbons, le langage. On comprend aussi le milieu dans lequel ce gamin évolue. Tout est expliqué sans être dit, j'aime beaucoup.
Le duo qu'il forme avec son copain Tony est très crédible. Le gamin est naïf juste ce qu'il faut, et Tony est le caïd de service. Tout est dans le discours intérieur du gamin.
On sent arriver la fin, il n'y a pas vraiment de surprise mais je m'en fiche, cette nouvelle m'a fait du bien, sa lecture est agréable et l'histoire est bien construite.
Merci pour ce bon moment de lecture

   Bidis   
21/9/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
J'ai passé un très bon moment à la lecture de cette nouvelle. C'est vivant et réaliste avec un brin de suspense même si on comprend ce qui se passe. Bref, on entre vraiment dans le texte.
Il me semble que l'auteur a fait d'une pierre deux coups : le flash back et la scène de violence tout en un. C'est astucieux.
Mais le duo n'en est pas vraiment un. Il y aura sans doute encore beaucoup d'autres Tony dans la vie de Kevin...

   SQUEEN   
21/9/2018
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Jolie histoire de crédulité enfantine et d’apprentissage du monde des adultes. C’est dur ce qui est raconté, ça l’est à hauteur d’enfant et vous ne tombez jamais dans la sensiblerie ou le pathos. Des expériences qui font grandir et dont on aimerait préserver les enfants, la fin me fait dire que Kevin à gagner en maturité, même s’il n’est sans doute pas tiré d’affaire. La complicité est factice puisqu’un personnage la subit en méconnaissance de cause, même s’il la vit à un autre niveau, c’est intéressant. Kevin se satisfait de cette fausse relation, c’est vrai que pendant quelques semaines il a vécu de son point de vue un début d’amitié, il n’est pas exigeant et prend ce qu’on lui donne, il ne s’encombre pas de jugement et de déception. Duo un peu bancal, pour le reste les directives sont respectées. Merci.

   PIZZICATO   
21/9/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Ce que j'ai trouvé intéressant dans ce duo de gamins, c'est l'antagonisme de deux caractères.
En centrant la majorité du texte sur la naïveté et crédulité de Kevin, l'auteur met autant en valeur, par opposition, la roublardise et l'esprit manipulateur - déjà - de Tony.

Bien sûr on saisit très vite la situation, mais c'est dans la façon de le conduire que j'ai trouvé ce récit attrayant.
Le langage des enfants est bien maîtrisé.

J'ai bien aimé cette lecture,
et la chute
" J'ai compris maintenant que c'était pas en vrai qu'il était copain avec moi. Mais je me dis que quand même, dans ma vie, j'ai eu un copain. Même faux, c'était un copain. On était tous les deux."

   toc-art   
24/9/2018
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Bonjour,

j'aime bien l'histoire dans sa globalité, même si je la trouve par moments trop insistante et trop pathos, et je pense que ce ressenti est accentué par le langage utilisé, là par exemple :" Je me rappelais plus quand c'était la dernière fois que quelqu'un m'a dit des trucs que ça me coince dans la gorge tellement c'est gentil."

Le gamin a dix ans. Je suis instit, je parle tous les jours à des gamins de cet âge-là et vraiment, je n'y crois pas (mais bon, ceci dit, c'est très relatif ; quand je vois des gamins du même âge être interrogés à la télé, j'y crois pas non plus, je les trouve toujours tellement cohérents et structurés !). De même, le fait qu'il ne connaisse pas l'expression "réglo" utilisée dans la moindre dispute de cour d'école, j'ai un doute. En fait, j'ai l'impression que le langage vise un enfant plus jeune. Ce serait possible, bien sûr, qu'il soit plus naïf que la normale, mais vu sa vie quotidienne, on s'attendrait plutôt à ce qu'il soit plus mûr au contraire. Là, par exemple, quand il voit son "copain" courir les sacs à la main la première fois, je le trouve quand même bien con-con pour pas comprendre. Après, bien sûr, on pourra me dire qu'il est tellement en mal d'amour qu'il est prêt à accepter n'importe quoi.

Par ailleurs, on imagine une petite épicerie de quartier et la commerçante ne semble pas née de la dernière pluie. Je la vois mal se laisser attendrir par le môme au point de ne pas remarquer l'adolescent qui rentre dans sa boutique à sa suite et qui va farfouiller dans les bouteilles d'alcool (qui sont en plus souvent près du comptoir ou de la caisse). La première fois, passe encore, mais la seconde, bof quoi. Ou alors, faut vraiment qu'elle prenne sa retraite, la petite dame.

Et le dialogue d'explication finale de la commerçante avec le gamin m'a paru maladroit, trop explicatif et peu crédible. Même si le môme a "participé" au vol d'une certaine manière, elle va le laisser se faire rouster par les copains du grand ? qui par ailleurs surgissent là de façon assez inexpliquée (s'ils attendaient leur pote, étonnant que le petit ne les ait pas repérés).


Mais bon, ce sont des détails, hein, ça ne m'a empêché d'apprécier l'histoire parce qu'on a envie d'y croire et de trouver ça mignon et ça fait toujours plaisir de se sentir empli de compassion. Mais un peu moins de sirop pour moi la prochaine fois, si possible.

Après, je reconnais qu'il y a deux écoles :

- ceux qui aiment que les personnages et les situations soient clairement appuyés
- ceux qui préfèrent que les choses soient plus suggérées

Vous l'aurez compris, je fais plutôt partie de la deuxième école, mais les deux ont leur public et c'est très bien comme ça.

En revanche, dans l'optique du concours, j'aime bien l'idée d'avoir ciblé un duo raté, je trouve la revisite du critère intelligente et bien trouvée.

   Donaldo75   
23/9/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

Je préviens tout de suite: je ne vais pas vérifier si les contraintes sont respectées au micron près, parce que je crois que la sélection de ce texte pour publication sert de sésame délivré par le comité éditorial sur les bases mêmes du règlement du concours, et bien sûr de la qualité de l'écrit.

Et question qualité, je n'ai pas été déçu par cette narration à la première personne, dans la peau de Kevin, un pauvre garçon parti pour en baver dans la vie. Le lecteur rentre facilement dans l'histoire et imagine les scènes, plaint Kevin, maudit Tony et remercie la vieille dame. En plus, il y a quelque part une morale puisque Kevin ne se fait plus marcher dessus par ses condisciples.

Bravo, j'ai apprécié ce moment de lecture !

   Willis   
23/9/2018
 a aimé ce texte 
Pas
Narration d'une histoire cousue de fil blanc.
Les ingrédients sont là, misère, enfance maltraitée, rejet. Pourtant, il manque "l'âme". J'ai lu un compte-rendu, un procès-verbal.
Non, je n'ai pas apprécié.

   Jean-Claude   
24/9/2018
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,
Histoire sympathique un peu trop cousue de fil blanc à mon avis, un peu trop appuyée aussi (on comprend vite quand même), et avec un peu trop de clichés.
Tordre ainsi le thème est une très bonne idée.
Bonne chance.
Et au plaisir de vous (re)lire
JC

   Pepito   
29/9/2018
Commentaire modéré

   GillesP   
27/9/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai lu ce texte avec plaisir, poussé par le charme de cette narration enfantine, à laquelle j'ai trouvé un côté suranné très agréable. Alors, évidemment, on pourrait chipoter, dire que cette reproduction du langage enfantin n'est pas du tout réaliste. Aucun garçon de dix ans ne s'exprime ainsi aujourd'hui. Mais justement, c'est cette absence de réalisme qui m'a enchanté, qui m'a emporté vers un monde de l'enfance mythique, fantasmé. Ce petit Kévin, malgré son prénom un peu connoté, semble tout droit sorti de La Guerre des boutons. C'est peut-être pour cela que je me suis vite attaché à lui, alors même que l'auteur n'en fait pas trop. Il n'y a pas d'emphase, pas vraiment de pathos, toute l'émotion passe par le langage.

Pour ce qui est du fond, je n'ai pas grand-chose à dire: l'histoire est somme toute assez banale, mais elle est bien racontée. J'aime bien les ellipses de ce que l'enfant ne comprend pas (le fait qu'on l'envoie faire un tour pour sans doute faire l'amour sans être dérangé). Je suis un plus partagé à propos de l'ellipse du plan de Kévin: certes, il s'agit de maintenir un certain suspense, mais celui-ci est levé à peine quelques lignes plus loin.

Quant aux consignes propres au concours il me semble qu'elles sont respectées à la lettre, même si dans l'esprit ce duo n'en est pas vraiment un, si ce n'est dans l'imaginaire du jeune narrateur.

Bonne chance pour le concours.
GillesP.

   David   
29/9/2018
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonsoir,

C'est un texte vraiment bizarre, je lui trouve une certaine poésie avec ce personnage improbable, ce cumulard de toutes les poisses. Il y a cette présence obsessionnelle des bonbons (les bleus !) et ce faux frère qui cueille l'abyssale manque d'affection du héros, malgré la caricature, je poursuivais ma lecture, comme si une telle accumulation ne pouvait pas mener nulle part. Le happy end, l'épicière qui se dévoile et prend la place d'un personnage à part entière, ça bouclait la boucle joliment.

C'est un beau conte républicain en fait, l'histoire d'un fils de pute qui s'en sort grâce à lui-même, l'honneur d'une bourgeoise, le refus du profit à tout prix d'un cheminot, et malgré la fourberie d'un lumpenprolétaire... si ça se trouve, il va finir par dénicher un bon job !

   papipoete   
6/10/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
bonsoir hersen
je lis cette histoire qui semble se passer hier, avec moi dans le rôle du héros, à part que je n'avais pas de bonnet mais un béret comme greffé à ma tête ! Le gamin a du " bouboule " pas bien malin, mais parfois du " Michel " des jeux interdits, et l'on sourit puis comme tombé du trottoir, on essuie une larme qui pointe ...
J'aime bien le langage du petiot du haut de ses 10 ans, il n'est pas inventé ! c'est comme ça que je parlais en 1959 ...
J'ai eu un " grand " dont la pélerine était déchirée, c'était de ma faute jurait-il et nous passâmes avec Maman et Papa un moment au commissariat de police et je fus innocenté de ce crime !!!
Nous nous perdîmes de vue, et un beau jour ( dans les années 2000 ) nous retrouvâmes, et il m'accorda définitivement son amitié !
j'ai marché dans les pas de ton Kevin avec bonheur, et par moments, j'essayais de lui souffler quoi faire, face au rusé Tony !
Pour moi, un récit " flash-back " alors que l'intrigue se déroule aujourd'hui !

   hersen   
6/10/2018

   jlm30   
9/12/2018
 a aimé ce texte 
Bien
Globalement, j'ai aimé cette histoire bien que par certains côtés elle ne me semble pas très crédible.
Certaines expressions ou mots ne font pas partie du langage d'un enfant de 10 ans. Le copain de Tony qui arrive de Tours me fait d'avantage penser au parler d'un adulte qu'à un enfant de 14ans. La vieille epiciere qui ne se rend compte de rien! On n'y crois pas. Et puis le gamin qui a 5 euros a dépenser chaque jour alors que l'histoire transpire la misère n'est pas très réaliste. Kevin qui enlève son bonnet devant l'épiciere et qui pleure de ce qu'il dit, c'est un peu trop sirupeux.
Mon avis global, c'est que cette histoire n'est pas dans la bonne période, l'auteur aurait dû la situer dans les années où le franc était encore là monnaie nationale.


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