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Sentimental/Romanesque
matcauth : Le temps perdu [concours]
 Publié le 17/02/12  -  15 commentaires  -  13208 caractères  -  152 lectures    Autres textes du même auteur

Ils se sont aimés en dépit de la folie des hommes et de leurs différences.


Le temps perdu [concours]


Ce texte est une participation au concours n°13 : L'amour, c'est mieux à deux ! (informations sur ce concours).


Le co-auteur de ce texte est Sybelhe.



Ainsi débute notre histoire.


Il se nomme monsieur Müller. J'apprends que c’est une forte personnalité, un résident à l’écart des autres, maugréant souvent dans son coin. Je n’ai pas souvenance de l’avoir croisé ou aperçu. Il est vrai qu’en ce lieu bien souvent on disparaît pour ne plus jamais revenir. Impossible pourtant d’ignorer son fauteuil roulant, me dit-on.


C’est un bel homme, je l’avoue. J’ai pu l’observer aujourd'hui même, dans l’ascenseur. Tenue soignée, eau de toilette discrète. Il se distingue vraiment des veufs éplorés et autres esseulés de la maison. Son regard n’a pas craint de plonger dans le mien en me saluant. Avec curiosité.


Je demeure à la résidence de La Source depuis plus de six mois. Un problème de santé et une fragilité nouvelle ont guidé mon choix. Je ne pouvais plus vivre isolée. De mon plein gré j’ai donc opté pour cette maison de retraite. Je dispose d’un petit appartement et d’une généreuse pension. Je vis bien, c’est vrai. Mais je suis seule avec mes souvenirs.


La vie n’a pas toujours été aussi tendre avec moi. Je suis une enfant de la guerre. Le village de mon enfance se trouvait en France, en zone occupée, à deux pas de la ligne de démarcation. C’est pourquoi j’ai, à ma manière, aidé les résistants français. Il n’y avait pas de questions à se poser : il fallait juste donner. Moi, j’ai tout donné, même le pire. Nous avions faim et nos assiettes étaient vides. Après la libération, j'ai vécu avec la certitude que mes actes avaient été bons et guidés par la justice. Et voilà que, désormais, toutes mes convictions s'effacent devant le regard méprisant de quelques pensionnaires. La vie m’a joué un drôle de tour.


Une nouvelle journée s’écoule, emplie d'un vide lancinant. Monsieur Müller ne m’a pas regardée. Ne m’a pas vue ? Il semble vivre avec son passé, le regard dirigé vers quelque chose que personne ne voit.


Soudain, je me retourne, il est face à moi. Ses yeux gris bleu fouillent mon regard.


– Bonsoir, madame, me dit-il en inclinant doucement la tête.


Déjà, il fait mine de passer son chemin. Je fais un pas vers lui.


– Bonsoir monsieur Müller. Je suis ravie de vous voir. Vous êtes si... discret.

– Je l’avoue. Je crains de ne pas être à la hauteur, chère madame. Bonne soirée.


Sur ces mots, il pivote les roues de son fauteuil et me laisse là, seule. Plus encore que d’habitude. Que signifie sa crainte de ne pas être à la hauteur ? Il porte son passé comme un fardeau, je le sais. J’aimerais qu’il me parle.


De sourire, je me surprends. Cet homme me plaît ! Je me languis d’être à demain. Ce soir, après le souper, je lui proposerai une petite escapade en lieu et place de l’animation du jeudi après-midi. Je connais en ville un salon de thé où l’on déguste de merveilleuses douceurs. Nous ferons demain plus ample connaissance, loin des regards indiscrets. Certes, les ateliers « récréatifs » de la maison sont conviviaux, mais la vie hors les murs est bien plus palpitante.


* * *


Étonnante cette dame Jeanne, que mon fauteuil n’effraie pas. J’ai accepté sa proposition avec plaisir. J’ai apprécié sa façon maladroite de m’en faire part... elle en rougissait presque !


Ce soir je me sens bien, heureux. À tel point que j’abandonne la lecture de mon quotidien pour rêvasser. C’est vrai que Jeanne étonne au milieu de toutes ces mamies en bas à varices et cheveux permanentés. Elle pourrait n’être qu’une visiteuse de la maison. Pour elle, je serais prêt à prendre mes repas au sein des autres pensionnaires. Toute sa personne est admirable de simplicité, j’ai longuement observé cela. Sa chevelure d’un blond cendré se rassemble en une jolie tresse qui danse joyeusement derrière son dos. J’ose, oui, j’ose imaginer la cascade blonde répandue la nuit dans son sommeil. Je suis un vieil idiot ! incapable de résister au pouvoir mystérieux de la femme. Mon grand âge n’y change rien, je sais cela au fond de moi. Cette folle espérance de croire en l’autre ne m’a jamais quitté. Pourtant les horreurs de la vie ont fermé la porte de mes rêves pendant trop longtemps.


Je me souviens...


J'étais celui par qui tout arrivait. Loin d'ici, quelque part entre la distance et le temps, je me tenais près d'une barrière brisant la liberté des hommes. J'avais sur moi un uniforme flambant neuf et mes pieds étaient solidement ancrés le long de la ligne de démarcation. J'aboyais, je gesticulais, je jugeais. Et puis, ces simagrées ridicules cessaient lors de ses nombreux passages. Elle arrivait poussant sa bicyclette, la femme jeune et belle au corsage rouge, le regard implorant ce précieux laissez-passer vers la liberté.


Le souvenir est encore indistinct : j'avance contrit dans le tunnel de mes fautes. Tant de crimes j'ai commis ! Derrière moi gisent les corps d'hommes, de femmes et d'enfants. C'était la guerre et il n'y a rien d'autre à en dire.


Plus tard, deux fous en colère ont brisé mes jambes, mon dos, mon corps. Ma seule faute, avoir tenté de ravir le cœur de leur sœur de sang et d’armes ; la jeune femme au corsage rouge. Pour elle j’ai trahi mon pays et fui mon armée, mais ils ne m’ont pas pardonné. Elle n’en a jamais rien su. C’était la guerre, encore. Cette femme, personne ne l’a remplacée.


L'automne est ma saison préférée ; la douce mélancolie des arbres aux branches décharnées, celle du vent froid qui oblige à se parer de laine, celle du camaïeu de rouge sur les feuilles presque mortes. J’avance vers notre rendez-vous et traverse le petit square. Les tristes pensées s'éloignent comme par miracle. Madame Jeanne n'est pas arrivée, bien sûr ! Une femme doit toujours se faire désirer. Et je crois bien que je la désire, oh ! pas comme on pourrait l'imaginer ! Je la souhaite près de moi, afin que mes craintes et mes regrets s'envolent. Elle a ce don, je ressens cette force en elle. J'espère qu'elle n'aura pas trop de retard !


Je m'installe à la terrasse du Café de la Paix. Là-bas, un employé de la ville vengeur ratisse les feuilles qui le narguent. Une douce musique effleure mes oreilles.


Ils sont arrivés

Se tenant par la main

L'air émerveillé

De deux chérubins

Portant le soleil

Ils ont demandé

D'une voix tranquille

Un toit pour s'aimer


Je réajuste fébrilement ma cravate et regarde autour de moi. Édith Piaf s’est tue. Une silhouette se dessine près du portail en fer forgé. La voilà !


* * *


Un homme particulier m’attend dans les couleurs de septembre. Bientôt sa main se posera sur la mienne dans les murmures du salon de thé. Il aura ce désir de vérifier la réalité de ma présence. Il me dit peu tant l’émotion le gagne et se propage jusqu’à moi.


Les autres ont disparu autour de nous. Nous sommes seuls. Magie de l’instant. Heureux et indifférents du temps écoulé. Une voix s’interpose, le salon va fermer nous dit la jeune fille impatiente. Nos regards se croisent en un sourire entendu. Les douceurs à peine grignotées sont enlevées prestement.


Le vouvoiement s’est imposé entre nous dès les premières paroles échangées. J’aime son timbre de voix ! Sur le chemin du retour il m’offre quelques vers évoquant l’automne dans le tournoiement des feuilles du square. Il me dit aimer lire. Et plus encore aimer la poésie. Sans elle, il serait devenu un autre. Un type amer et froid.


Mon pas s’adapte. Ou plutôt, son fauteuil roule en suivant ma cadence. Ensemble nous rentrons sous les regards surpris des pensionnaires déjà attablés pour le souper. Nous avisons une petite table rien que pour nous et ignorons les chuchotements.


Fin du repas : cédant à leurs réflexes d'automates, les pensionnaires regagnent leur appartement. Comme une gamine je dis et redis doucement son prénom :


Jeff...


Il ne m'entend pas. Je suis si bien.


Je suis heureuse de cette sortie au cinéma prévue pour demain soir. Plus question de m'ennuyer seule en soirée, désormais nous allons éplucher avec soin l’agenda culturel de la ville.


– Merci de m’avoir accompagnée jusqu’ici, lui dis-je devant la porte de mon appartement.

– Je vous en prie. Bonsoir, Jeanne.


Je m'assieds devant mon psyché couleur ébène. Au moment de dénouer ma tresse j’entends une voix derrière moi. Je me retourne, la porte est entrouverte. Jeff me demande :


– Jeanne ? S'il vous plaît, accordez-moi une faveur. Me laisserez-vous peigner vos longs cheveux ce soir ?


* * *


Je plonge dans ses cheveux parfum de miel et je me noie dans un flot d’émotions sensuelles. C’est un mélange de joie et de tendresse. De souvenirs, aussi. Montent en moi les effluves des femmes aux senteurs d’autrefois. J'entrevois la douceur de mes vertes années. Devant moi, Jeanne est silencieuse mais je sens que sa respiration est rapide. La mienne s'affole et mes mains sont fébriles.


– Aïe ! s’écrit-elle soudain.

– Que se passe-t-il ? demandé-je.

– Quelque chose vient de me griffer la peau. Ce doit être une bague, ou quelque chose comme ça.


Jeanne glisse une main dans ses cheveux. Elle repère un petit objet brillant qu’elle s’apprête à me remettre. La chevalière, un cadeau et un lien de ma famille, ne m'avait jamais quittée ces cinquante dernières années. Elle s’est nichée dans les cheveux de Jeanne qui pose dessus un œil distrait. Soudain, son visage se glace d’effroi et l’objet lui échappe. Le tintement de la bague contre le sol carrelé sonne comme un glas terrible : Jeanne hurle et s’enfuit.


J’ai repassé mille fois les évènements dans ma tête. Je n’ai cependant pas d’explications. Deux semaines déjà se sont passées depuis ce terrible incident. Jeanne m'ignore. Son attitude est d'autant plus cruelle qu'elle avait rallumé l'étincelle dans mon cœur sombre. La vie m'apparaît indistincte derrière la fenêtre embuée. Les couleurs sont ternes et les bruits feutrés. Je fronce les sourcils, soudain inquiet : Jeanne est dans la cour, une valise à la main.


– Noooon ! hurlé-je.


Je pousse les roues de mon fauteuil et dévale la rampe, inconscient des autres que je pourrais blesser. Le fauteuil me précipite tout en bas dans un concert de protestations métalliques. Je traverse la grande salle et bouscule les badauds accourus vers l'escalier. La scène est irréelle : autour de moi fusent les regards médusés des pensionnaires. Ils gesticulent et crient.


Il y a un taxi garé dans la cour. Jeanne pénètre dans l'habitacle.


– Jeanne !


La portière du véhicule se referme au moment où mon fauteuil bascule sur une marche du perron. Mon visage heurte le sol et s'écrase sur les graviers de la cour.


Tout est fini.


* * *


J'entends un bruit sordide au moment où le conducteur du taxi démarre.


– Attendez ! lui dis-je d'un ton péremptoire. Je me glisse hors de la voiture et découvre le spectacle misérable de monsieur Müller gisant sur le sol.


Devant moi se tient tout ce que la maison de repos compte de personnes valides. Peu m'importe. Il veut des comptes. Il en aura. Je m'approche de lui et j'éclaircis ma voix.


– Monsieur Müller, pardon ! Oberleutnant Müller ! Officier de la Wehrmacht...


Le silence autour de nous est total.


– Nos pays étaient en guerre. Pendant des mois, j'ai rejoint ma mère malade restée en zone libre. Malheureusement, j'étais de l'autre côté de la ligne. Pour la franchir, vous m'avez forcée et contrainte à collaborer avec votre corps d'officier nazi. NAZI ! Je vais fuir, fuir à nouveau oberleutnant Müller. Sans répit, vous aurez brisé ma vie. Je disparais.


J’ai trouvé refuge auprès d’une vieille amie à la campagne. Elle a vu mon trouble mais elle sait m'accueillir sans poser de questions. Loin de lui je peux réfléchir en paix afin de prendre la bonne décision.


Comment ai-je pu ignorer cette chevalière à son doigt ?


Sous le coup de la colère j’ai menti, cet homme ne m’a en rien forcée. Jamais.


La colère fait place au doute.


En vérité c’est moi qui l’ai séduite pour obtenir ce précieux bon de sortie. Il me fallait passer souvent de l’autre côté, aussi ai-je joué de mon charme. Il y a répondu de manière naturelle, comme n’importe quel jeune homme tombant amoureux. Sentiment rapidement partagé.


Quand cette relation intime avec l’ennemi fut découverte j’ai failli être tondue. Heureusement, des frères résistants ont témoigné en ma faveur. De lui, je n’ai plus rien appris alors.


Ils sont lourds et douloureux ces souvenirs, mais nous nous aimions vraiment Jeff et moi. En dépit de la folie des hommes et de nos différences. J’en suis certaine. Pour preuve cette attirance toujours présente après ces longues années d'absence.


C’est décidé, demain je le retrouve. Nous irons tous les deux grignoter quelques douceurs, au salon de thé.



On les a trouvés

Se tenant par la main

Les yeux fermés

Vers d'autres matins

Remplis de soleil

On les a couchés

Unis et tranquilles

Dans un lit creusé

Au cœur de la ville



 
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   socque   
8/2/2012
 a aimé ce texte 
Bien
Cela me surprend beaucoup que Müller n'ait pas reconnu en Madame Jeanne son grand amour... Cette invraisemblance mise à part, j'ai tendance à trouver l'écriture trop solennelle, mais d'accord, le sujet veut cela. Cependant, pourquoi ces moments qui me paraissent chargés d'une inutile afféterie :
"De sourire, je me surprends.",
"une barrière brisant la liberté des hommes." ?

Sinon, je n'ai pas senti de différence marquée de style, le texte est bien "unifié" et cela me paraît en soi un point très positif !

   macaron   
8/2/2012
 a aimé ce texte 
Un peu
Non, je ne suis pas convaincu par cette histoire d'amour. Trop d'invraisemblances à mon avis. Ce Müller dans une maison de retraite française? La chanson de Piaf dans un café, aujourd'hui? Le regard des pensionnaires...Le texte est aéré, bien construit avec le partage entre les deux héros de cette nouvelle. La lecture est plaisante sans susciter une impatience pour le dénouement. L'intrigue manque franchement d'originalité. On s'attend à une conclusion de ce type et cela, très haut dans le texte!

   Anonyme   
18/2/2012
 a aimé ce texte 
Bien
Pas banale cette histoire de retrouvailles, même si l'on en pressent la fin. Le poème intercalé entre les paragraphes sied joliment à cette nouvelle et en fluidifie la lecture.

On ne distingue guère non plus les deux écriture, il serait aisé de penser que chacun a usé d'un des personnages. N'empêche que le style soutenu et appliqué apparait comme fait d'une seule main, d'un seul esprit. Le résultat n'en est que plus méritoire.

Un bel exemple de symbiose entre deux auteurs, j'ai bien aimé.

   widjet   
17/2/2012
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Ce qui m’a surtout dérangé, c’est le manque de nuance dans l’étude psychologique des personnages. Et la fin que je trouve expédiée.

Alors, je sais bien que le sentiment amoureux infantilise toujours un peu (même les personnes les plus expérimentées), mais ici, on passe un peu trop vite à mon goût dans le registre bluette. Même si on ne tombe jamais dans la mièvrerie adolescente, l’abus de point d’exclamation (« La voilà ! », « j’espère qu’elle n’aura pas trop de retard ! », « quel vieil idiot je suis ! »… etc.…ainsi que « Noooon ! » résonnant de l’homme) nuit un peu à la pudeur et à l’intériorité de ses personnages que j’imagine abimées par la vie et dont leur amour a été victime de l’Histoire.

Aussi, j’aurai préféré rester dans cette progression lente et que le voile sur l’identité de l’homme se fasse de façon plus subtile. Ici la suspense passe vite à la trappe.

Le revirement de la femme est également trop brusque (elle l’engueule le mec et dans la minute qui suit elle fait son mea culpa) et me donne une impression de dénouement bâclée et sur-expliquée (je me serais bien passé de phrases comme « Pour preuve cette attirance toujours présente après ces longues années d'absence »).

Une histoire pas désagréable en soi, malgré un côté déjà vu (j’ai pensé à « La Jeune fille et la Mort » de Polanski, mais dans une version plus sentimentale), une totale absence de surprise et une grande prévisibilité (jamais agréable d'avoir un temps d'avance sur le récit...et dire que je n'avais même pas lu l'incipit qui dévoile déjà tout !), une écriture appliquée et globalement sobre (à part les réserves déjà citées) même si la finesse du trait fait parfois défaut.

W

PS : ok pour que style reste solennel, mais attention à ne pas tomber dans trop de préciosité qui pourrait confiner au ridicule : "De sourire, je me surprends "et "Tant de crimes j'ai commis !" : vous êtes surs que votre Muller n'est pas le fils caché de Maitre Yoda !?

   toc-art   
17/2/2012
En premier lieu, bravo pour être arrivés au bout du défi. Ces félicitations vaudront d'ailleurs pour tous les textes, mais comme vous êtes les premiers que je commente, vous y avez droit.

Pour le texte lui-même, en revanche, j'avoue que je n'ai pas adhéré du tout. L'histoire est très romantique, ça encore, après tout, pourquoi pas, mais surtout, je l'ai trouvée très mal racontée.
Comme j'ai lu ce texte plusieurs fois, je me suis demandé d'où me venait cette impression et je crois qu'en fait, c'est dû à la façon dont vous utilisez le "je" de narration. En fait, vous ne vous en servez pas. Vous dites "je", mais vous restez dans l'officiel, la distance et le déclaratif comme si quelqu'un observait la scène et la décrivait. Donc, ça ne va pas, on n'est pas à l'intérieur des pensées de chacun de vos protagonistes, on reste en surface... ( je sais pas si je suis très clair, là). je prends un exemple pour illustrer ce que je veux dire :
"Ce soir je me sens bien, heureux. À tel point que j’abandonne la lecture de mon quotidien pour rêvasser. " / A quoi sert la précision sur l'abandon de la lecture ? Juste à montrer la scène au lecteur, alors qu'en fait, si votre héros est dans ses pensées, ce genre de trucs n'a rien à faire là (selon moi). A un autre moment, vous faites écrire à un de vos personnages "je me souviens..." / désolé, mais c'est hyper maladroit.

Ensuite, il y a trop d'invraisemblances, de raccourcis. Par exemple, votre héroïne exprime avec force ses convictions mais semble en proie au doute depuis qu'elle est arrivée à la maison de retraite parce qu'on la juge mal. Franchement, je doute que ce soit le moment le plus pénible de sa vie, surtout si elle a failli être tondue, ça devait quand même bien pire à l'époque, non ? de plus, je doute que bcp se souviennent de ce temps très lointain.
Ou bien encore, ce "il porte son passé comme un fardeau, je le sais." Ah bon, elle est aussi voyante ? Non, parce que quand même, il vient d'arriver, ils ont échangé 3 mots, elle est forte, la mamie ! :-)

Et plein de détails comme ça qui font que pour moi le récit ne tient pas du tout et qu'il n'est malheureusement pas sauvé par l'écriture.

Mais vous avez participé et bravo à vous pour avoir tenu bon !

   brabant   
28/2/2012
 a aimé ce texte 
Pas ↑
Bonjour,


Chacun sa partie, alternativement, on voit bien le partage des tâches, mais cela s'harmonise et se répond bien. Pas de heurts de ce côté-là.

Peut-être a-t-on un problème de vraisemblance : Jeanne est aisée qui était pauvre au départ, comment cette richesse lui-est-elle venue ? Comment est-il possible que ces deux êtres marqués par la guerre ne se soient pas reconnus (d'autant plus que l'on a là un Allemand et une Française qui ont collaboré) ? Le comportement de Jeanne est pour le moins déconcertant... Vous me direz que c'est le thème imposé, mais...
Malgré tout cela, si le lecteur joue le jeu (et il en a finalement envie) le texte passe plutôt bien.

Ah ! "cette dame Jeanne" n'est pas très heureux (conférer "dame-jeanne") même dans la bouche d'un ancien officier allemand qui ne connaît pas forcément tous les tenants de la langue française.

   zenobi   
18/2/2012
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Un récit bien mené, classique dans l'écriture. J'avoue avoir eu du mal à avaler cette double ignorance qui justifie la fin du récit.

   Charivari   
18/2/2012
 a aimé ce texte 
Pas ↑
Si l'idée de départ était plutôt bonne, et le texte assez bien écrit, en revanche deux choses me chiffonnent beaucoup, une sur la forme et l'autre sur le fond.

-Sur la forme : ça a déjà été souligné, il y a un décalage énorme entre ce "je" et la manière totalement externe et détachée de raconter les événements. Ça ne contribue pas du tout à se faire une idée de la personnalité, de la psychologie des deux personnages.

-Sur le fond : ce n'est absolument pas vraisemblable que ces deux là ne se soient pas reconnus. Et puis, que vient faire un vieil allemand dans cette maison de retraite ? Le coup de la chevalière m'a fait penser aux "croix de ma mère" du XIXème siècle, quand les romanciers écrivaient des feuilletons et ne savaient pas comment les finir. A la différence près que les "croix de ma mère" étaient utilisées au bout de centaines et de centaines de pages, et ici, c'est très abrupt, on n'a même pas le temps d'évoquer le doute, le suspense, que la fin arrive déjà.

Désolé, je n'ai pas trop apprécié. mais je vous félicite d'avoir participé et d'être allés jusqu'au bout. Le style ne donne pas l'impression d'un récit écrit à deux mains: une bonne collaboration...

   wancyrs   
21/2/2012
 a aimé ce texte 
Un peu
Si l'idée du texte est bonne, l'intrigue est mal ficelée ; on aurait dit un grand puzzle où il manquerait des morceaux... puis, j'ai du mal avec la crédibilité du texte ; comment ne peut-on reconnaitre un homme qu'on a séduite des années en arrière ? Je trouve aussi que la mélodie de Piaf ne colle pas bien au sujet, surtout la deuxième réplique, celle qui clôture le texte.

Je félicite néanmoins les auteurs pour leur travail d'équipe ; ici il est presque impossible de distinguer un auteur de l'autre par rapport au style.

   alvinabec   
22/2/2012
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Bonjour,
Le texte s'articule de façon très classique, premier paragraphe, scène d'exposition puis alternace du discours des deux protagonistes, c'est presque trop sage, si je puis dire...
Le lecteur est bien (trop) averti que Müller et Jeanne doivent s'être déjà croisés et se reconnaitront sans doute (ou pas).
La chute est un peu plate à mes yeux.
Très bonne unité de ton, il y a un réel travail de couple.
A vous lire...

   caillouq   
22/2/2012
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Avant même de toucher à la spécificité de l'histoire (les conséquences douloureuses de la seconde guerre mondiale), j'ai tiqué au début de l'histoire d'amour entre Jeanne et monsieur Müller. Le ratio hommes-femmes est tellement déplacé dans les maisons de retraites qu'un "bel homme", fût-il en fauteuil roulant, y est tout de suite la coqueluche de ses camarades de réfectoire. Alors j'ai du mal à croire à la facilité avec laquelle les deux tourtereaux se trouvent. Et je regrette que les auteurs n'aient pas un peu profité des opportunités liées à la situation (maison de retraite), riche de potentialités. Je suis généralement très intéressé par les vieux en tant qu'héros (nouvelles, romans), mais ici, à part pour l'aspect historique, je n'ai pas trop senti la différence avec deux ados tombant amoureux. Bref, pas hyper convaincu. Mais l'homogénéité du récit et de l'écriture montrent que la symbiose a marché.

   Selenim   
27/2/2012
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Un texte qui n'arrive pas à se démarquer. Un style trop effacé et une trame trop convenue.

Alors que la vie en maison de retraite est une pente doucereuse vers l'oubli, où le temps plombe les heures, il y a dans ce texte trop de vitesse. On survole.

Le cœur de l'intrigue, cette relation oubliée entre Jeff et Jeanne, point de tension en guise de conclusion, est si rapidement traité qu'il s'écrase avant d'avoir décollé. Quant à la crédibilité de la chose, elle titille le bon sens.

Je trouve dommage d'avoir "expédié" ce texte car il y avait un certain potentiel. Il aurait fallut plus d'ambition, peut-être. Plus de temps, c'est certain. Dommage que le cadre étriqué d'un concours vienne étouffer la création.

Selenim.

   jaimme   
1/3/2012
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Dans le cadre temporel très court de ce concours vous avez su construire une histoire. Merci à vous deux pour ce courage.
Mais déjà de prime abord je me pose la question du choix de l'histoire: une femme qui découvre un ancien nazi, c'est un sujet déjà souvent traité. Mais pourquoi pas en fait, on peut faire des choses splendides en modifiant juste un élément d'une histoire rebattue.
Si je n'ai pas vraiment adhéré à cette histoire c'est qu'à mon avis elle est trop courte. Pour que l'ensemble soit crédible il aurait fallu un net approfondissement de la psychologie des personnages, là on reste en survol. La description de leur sentiment naissant n'a pas eu le temps de prendre corps. Et surtout c'est la fin qui ne me convient pas: le pardon et même le retour à l'amour interviennent trop rapidement. Je n'ai pas réussi à y croire. Les petites révélations s'enchaînent pour rendre crédible l'histoire mais l'ensemble manque de consistance, de force pour que j'arrive à croire à l'ensemble.
Deux petits détails: la Libération prend une majuscule; et "dame jeanne" fait trop jeu de mot avec "dame-jeanne" la grosse bouteille...
Merci et bravo pour votre participation!

edit: je viens de lire quelques commentaires, et en particulier celui de Widjet... Ce qu'il te dit le maître Yoda tu sais? :)))))

   Margone_Muse   
5/3/2012
 a aimé ce texte 
Un peu
Bravo aux deux auteurs pour avoir relevé le défit, pas évident du tout.
Là, comme ça, je dirais déjà que la fin est super rapide : on passe de viol à liaison amoureuse en quelques lignes. Je veux bien que le temps et la culpabilité fassent voir les choses autrement à Jeanne mais un cheminement plus "soigné" aurait été le bienvenu pour la ramener à la (sa) réalité du passé.
Pour le reste, j'ai trouvé l'histoire et les évènements assez plats, en définitive. Pas vraiment emballée mais c'est une remarque tout à fait personnelle, en rapport avec mes goûts, donc bon...
Le coup des cheveux peignés, j'ai trouvé ça assez guimauve mais pourquoi pas, chez les personnes âgées, ça fait assez chou. Par contre, le coup de la chevalière qui glisse du doigts sans que le type s'en rende compte, qui se coince dans la chevelure (soyeuse, vraiment ?) et qui griffe la dame... Très difficile à visualiser, tout ça.
Pour ce qui est de l'écriture, je n'ai pas de choses particulières à relever.
Désolée de ne pas avoir pu apprécier votre texte mais il ne convient tout simplement pas à mes goûts, je crois.
Margone

   Jagger   
7/3/2012
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Le plus gros défaut, à mon gout, est peut-être le peu de crédibilité au fait que ni l'un ni l'autre ne se reconnaissent.
Pour le reste, plutôt séduit. Je trouve bien écrit et bien tissé. L'histoire est original bien que la suspicion s'installe vite. Mais je trouve le texte convaincant.

Merci


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