Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Sentimental/Romanesque
Pepito : Ma Maman
 Publié le 06/09/15  -  17 commentaires  -  25714 caractères  -  260 lectures    Autres textes du même auteur

C'est aujourd'hui dimanche, tiens ma jolie maman, voici des roses blanches, etc, etc.


Ma Maman


Ma Maman est très belle.


Même que c’est la plus belle des Mamans.


Même si des fois, aussi, elle se met en colère.


Quand ça va arriver, je le vois tout de suite. Elle fronce les sourcils, elle serre les mâchoires, son visage devient dur et elle me regarde avec des yeux tout glacés… Alors, elle me fait un peu peur…


Mais ça n’arrive pas très souvent.


Depuis trois mois que j’habite dans sa maison, elle vient maintenant me voir presque tous les jours. Elle sait que mon mal s’est encore aggravé. Elle dit que c’est pas de ma faute, que je n’y peux rien, que tout va bientôt s’arranger, mais en vrai, je sens qu’elle est un peu fâchée.


Je fais des efforts pourtant. Dès que j’entends le bruit de ses talons dans le couloir, je m’assois sur le bord du lit, je cache mon masque, je fais semblant de regarder la télévision, de m’occuper avec mes Lego, ma console ou un autre jouet…


Si elle reste pas trop longtemps, il n’y a pas de problème. Surtout si je lui dis que je vais bien. Mais si sa visite dure...


Comme j’ai peur de tousser, au bout d’un moment je ne parle plus. Elle doit trouver mon silence bizarre, alors elle se penche vers moi, elle me prend par le menton, elle me relève la tête. Moi je continue de regarder par terre. Parce que dès qu’elle me touche, j’ai le cœur qui bat trop fort et presque à tous les coups je fais une crise.


Quand ça arrive, ma Maman ne me prend jamais dans les bras. Elle a trop peur de me faire mal. Elle préfère appeler l’infirmière. Elle pense que l’infirmière s’occupe mieux de moi, mais moi je l’aime pas l’infirmière. Quand elle court vers mon lit pour voir ce qui va pas, elle a toujours des yeux tout ronds. On dirait mon poisson rouge, qu’est mort en lâchant plein de bulles.


– Oh, Mathis ! Mon pauvre Mathis !...


Quand enfin elle trouve le masque, qu’elle le pose sur ma bouche, que l’oxygène commence à soulager mes poumons, elle regarde discrètement vers ma mère. Je n’aime pas la grimace qu’elle lui fait, comme si c’était la faute à Maman. Ça dure pas longtemps, c’est si rapide que je suis le seul à le voir.


Je crois bien que l’infirmière, aussi, a peur de Maman.


***


Roulé en boule, Klong attend patiemment que cesse la grêle de coups. En neuf ans d’existence, il a eu maintes fois l’occasion d’éprouver sa méthode de défense. Chercher un coin pour s’adosser, replier ses jambes sur son torse, se protéger la tête avec les bras et… attendre. Découragés ou fatigués, les assaillants finissent tôt ou tard par se lasser. Ce coup-ci, Petit-gros et sa troupe semblent plus motivés que d’habitude. Il est vrai qu’un départ de l’orphelinat n’est pas monnaie courante. Alors ça se fête.


Klong a appris la nouvelle quelques jours après la visite médicale, un point de repère comme un autre. Juste que le clan de Petit-gros, aussi, l’a apprise ce jour-là. Depuis, chaque fois qu’ils le croisent hors de vue des surveillants, c’est le même rituel.


Klong s’en moque. Pendant que les autres se défoulent à coups de poings et de pieds, lui rêve à sa maman qu’il va bientôt rejoindre, là-bas, dans son joli pays. Comme les vrais enfants que l’on voit à la télé, lui aussi va bientôt avoir une maman.


De la femme qui l’a mis au monde, il n’a rien, pas même une idée. Dans les histoires, inventées par des gens qui ne savent pas, les bébés abandonnés ont toujours une chaîne autour du cou ou un bout de papier avec leur prénom épinglé au lange. Lui a simplement été déposé sur un tas de vieux cartons, le cordon à l’air, dans l’arrière-cour d’un immeuble. C’est d’ailleurs ce qui lui a valu son prénom, l’employé de l’état civil chargé de lui inventer un patronyme avait beaucoup d’humour. Jusqu’à lui donner pour prénom le bruit métallique d’un couvercle de poubelle que l’on referme.


***


C’est rigolo, quand je suis en train de jouer, les adultes pensent que je vois pas ce qui se passe autour de moi. Ce matin, tout en pianotant sur ma console, j’écoute l’infirmière pépier au téléphone. Pour se faire mousser auprès de son dernier amoureux, elle lui décortique mon cas. Entre deux séries de « ce pauvre petit », elle lui explique ce qu’est la… dyskinésie ciliaire primitive, qu’elle appelle DCP histoire de se la jouer pro. « ... Une malformation rare des poumons qui n’arrivent pas à évacuer le mucus chargé de bactéries. Du coup le moindre microbe aspiré s’installe dans son organisme. Ce pauvre gosse est resté depuis sa naissance dans une institution de luxe, mais son cas a été pris en charge trop tard et… »


Je sais beaucoup de choses sur ma maladie. Je sais évidemment que c’est grave et chaque jour, le mal que me fait le kiné en me dégageant les bronches est là pour me le rappeler. Mais écouter cette idiote raconter mon mal à un inconnu, ça c’est vraiment trop.


Pour ne plus l’entendre, je me lève discrètement, emporte, au cas où, la petite bouteille d’oxygène et je pars en exploration de l’autre côté.


Normalement, je n’ai pas le droit de me promener dans cette aile de la maison. Maman m’a expliqué que c’est pour mon bien, qu’il est dangereux pour moi de croiser des visiteurs, qu’ils peuvent me transmettre un germe ou un truc comme ça… Alors, depuis des semaines, je me promène en cachette.


La maison est immense, elle me fait penser à un château de contes de fées, avec tours, salles immenses, longs corridors et… caves humides. L’infirmière m’a dit un jour, qu’avant, elle appartenait à mon grand-père. C’était un moyen de montrer sa richesse et sa puissance, d’impressionner ses clients et adversaires. J’ai pas bien compris ce qu’elle voulait dire…


À force d’explorer tous les couloirs, j’ai fini par me trouver un petit coin secret, un placard où sont rangées des piles de vieux documents. En bas de la paroi du fond, une grille d’aération communique avec le bureau de Maman. Sans qu’elle s’en rende compte, je l’entends respirer, marcher, parler au téléphone ou à ses visiteurs… Je suis juste à côté d’elle.


Lors de ma première expédition, au détour d’un couloir, je suis tombé sur Diago, son garde du corps. Il m’a filé une de ces trouilles ! Je suis resté paralysé en le voyant, persuadé qu’il allait m’attraper avec ses grosses mains et me ramener dans ma chambre, ou pire, à Maman. Au lieu de ça, il m’a regardé dans les yeux une seconde, m’a fait un imperceptible signe de tête et a détourné le regard. Depuis, à chaque fois que je le croise, c’est la même chose. C’est drôle, je me sens plus copain avec un grand costaud à la tronche de méchant qui ne m’a jamais dit un mot, qu’avec cette dinde d’infirmière chargée de me soigner.


Je suis arrivé jusqu’au réduit sans croiser personne. J’entends des voix dans le bureau. Je me cale le plus discrètement possible près de la grille. Maman reçoit quelqu’un, en me penchant, je peux voir ses jambes et celles de son visiteur.


– … vos problèmes ne m’intéressent pas, je vous ai juste demandé de me confirmer une date.

– Allons, ma chère, ne vous énervez pas. Nous avons découvert l’enfant que vous recherchiez. C’était la partie la plus difficile. Maintenant il ne reste que quelques formalités à accomplir. Je ne doute pas de finaliser rapidement. J’ai juste besoin d’un peu plus de temps… et d’argent. Les frais pour ce genre de transactions… sont souvent plus élevés que prévu… comprenez-vous ?


Il laisse sa phrase en suspens et attend… sûr de son effet.


Le silence se prolonge, plus un bruit ne me parvient du bureau. Ce gars-là ne connaît pas bien ma Maman. À la position de leurs pieds, je devine ce qui se passe dans la pièce :


Derrière son bureau elle s’installe dans une position plus relaxe et lui ne peut s’empêcher de trouver, encore une fois, qu’elle est très belle. Un silence s’installe... et se poursuit. Les yeux de ma Maman sont plantés dans ceux du gars. Elle, elle reste aussi immobile qu’une statue, tandis que, lui, commence à se tortiller nerveusement sur son siège. Quand elle reprend la parole, seules ses lèvres bougent.


– Dites-moi, cher ami, chercheriez-vous à faire de moi votre ennemie ?


De l’autre côté de la cloison, j’entends l’homme déglutir. La réputation de ma Maman doit lui revenir en mémoire. Plus une parole ne franchit ses lèvres, il arrive tout juste à faire non de la tête.


Le silence se prolonge, encore, puis elle reprend la parole. Lui se remet à respirer.


– Tant mieux, je vous préfère raisonnable. Comme vous avez encore beaucoup à faire, je ne vous retiens pas plus longtemps.


En se retournant pour sortir du bureau, le gars tombe nez à nez avec Diago. Celui-ci le toise calmement, mains croisées dans le dos, sans faire le moindre geste. Le visiteur doit faire le tour de son impressionnante carrure avant de franchir la porte.


Il fait ensuite quelques pas dans le couloir, passe devant ma cachette, j’ouvre discrètement la porte dans son dos. Comme il s’éloigne, la mine dépitée, je l’entends murmurer : « Saleté de bonne femme ! »


Je suis le seul à l’entendre.


J’attends qu’il tourne vers le hall d’entrée et je repars vers ma chambre en pensant à ce que je viens d’entendre. Alors c’est donc ça, Maman a trouvé un autre enfant pour me remplacer… Je suis triste, bien sûr, mais pas vraiment en colère contre elle. D’après ce qu’a dit l’infirmière à son copain, je ne vais pas durer bien longtemps.


***


Des années plus tôt, dans la même maison.


Cela fait maintenant une quinzaine de jours et toujours rien, pas le moindre signe. Comment être sûre ? C’est pourtant une question de bon sens, si cela marche pour le rat cela doit aussi fonctionner pour le porc… il suffit d’ajuster la dose.


Devant le grand miroir de sa chambre, sans bouger les pieds, elle tourne légèrement sur elle-même, ausculte sa silhouette à chaque va-et-vient. La proéminence de son ventre est devenue une évidence.


Elle fronce les sourcils et se dirige vers son lit. De sous le matelas elle extrait un sachet plastique aux couleurs criardes. La cachette est simplette, trop même, pour qu’il ait l’idée de fouiller là. C’est l’heure de la préparation. Elle sort cinq petits triangles du sachet et, à l’aide d’une cuillère à café, les écrase consciencieusement sur un coin de sa table de chevet. Quand elle a obtenu un petit tas de poudre homogène, elle le fait glisser dans un mug et range le reste du sachet sous le lit. En se relevant, un dernier regard dans le miroir lui tire une grimace. Elle soupire, cligne des yeux et sort de la chambre.


L’eau arrive à ébullition, elle la verse délicatement par-dessus le sachet de verveine, diluant la poudre au fond du mug. Quand tout est bien mélangé, que la verveine a infusé, elle se dirige vers le salon. La télévision distille le brouhaha confus des informations.


Elle entre dans la pièce, il tourne vers elle un visage souriant, aux yeux cernés, aux lèvres lippues.


– Ha, merci ma fille, tu es une gentille petite… Gentille et si jolie, dit le gros homme en prenant le mug.


***


Le clac qu’a fait l’attaché-case en s’ouvrant m’a réveillé. Pas bien malin de s’endormir dans le placard, mais la nuit a été difficile. Les quintes de toux m’ont fait si mal que j’ai cru que j’allais m’étouffer pour de bon. Puis, vers le matin, c’est passé.


Dans le bureau de Maman, le gars à l’attaché-case parle avec un drôle d’accent. Tout en feuilletant une liasse de papiers, il se lance dans des explications pressées.


– Voyez, nous avons épluché tous les documents sans découvrir la moindre faille. Comme votre… culpabilité était évidente, même si elle n’a pas entraîné de condamnation vu les circonstances, les avocats de votre père n’ont eu aucun mal à invoquer l’indignité successorale. Par la suite, vous exhéréder et faire de l’enfant son légataire universel a été facile. D’autant que, dans ses derniers instants, votre père ne s’y est pas opposé.

– Je sais déjà tout cela, merci. Avez-vous plutôt une solution à me proposer ?

– Étant la mère d’un enfant mineur, vous êtes de fait sa gestionnaire de fortune. La seule façon de récupérer tout ou partie de votre dû est de le faire par des prélèvements continus avant la majorité de l’ayant droit.

– Je ne vous ai pas attendu pour mettre cette solution en pratique, il semble juste que le temps va me manquer.

– Cela est gênant. N’oubliez pas que le cabinet d’avocat choisi par votre père doit s’assurer périodiquement que l’enfant est bien traité.

– Oui, mon père craignait, à juste titre, que ma fibre maternelle ne soit pas très développée.

– Le cabinet doit aussi, à cette occasion, vérifier que l’enfant est bien le fils de son père par un test ADN.

– Merci, je sais aussi tout cela, vous ne m’aidez pas beaucoup. J’avais espéré que vous trouveriez une faille légale pour me rendre l’héritage de mon père. La première échéance approche et vu son état de santé, je doute que l’enfant résiste jusque-là. J’ai d’ailleurs été obligée de prendre quelques précautions à ce sujet.

– C’est prudent en effet. Une clause du testament stipule que si l’enfant ne se présente pas ou ne satisfait pas au test ADN, toute votre… toute sa fortune sera distribuée à des œuvres caritatives.

– En soi, il n’avait pas…


Je ne comprends pas du tout de quoi ils parlent. La fatigue ne doit pas arranger les choses. Je me suis rendormi.


***


Au milieu de la nuit, quand le dortoir bruisse des respirations de ses camarades dormant à poings fermés, Klong peut enfin profiter d’un peu de tranquillité.


Assis à même le sol de la salle de bain, adossé à une rampe de lavabos, il sort discrètement le prospectus de sa poche de pyjama. Comme il est un peu froissé, du revers de la main il le plaque sur le carrelage, lui donne une meilleure allure. Il l’incline ensuite vers le réverbère dont la lumière traverse à peine les carreaux poussiéreux de la fenêtre. Tout juste de quoi lui permettre de lire le texte coloré.

C’est l’une des gardiennes qui lui a donné le prospectus, l’accompagnant d’un sourire narquois.


– Tiens, normalement ce truc est destiné aux touristes de ton futur pays. Des fois que des riches de là-bas veulent venir visiter notre misère. Ça te fera un souvenir.


Il faut croire que les autres orphelins ne sont pas les seuls à être jaloux de son sort. La gardienne sourit en coin, persuadée qu’à neuf ans, il ne sait toujours pas lire. Encore une chose apprise par expérience, pour vivre tranquille dans l’orphelinat, mieux vaut ne pas paraître plus intelligent que les autres.


Il a pris le papier sans rien dire et l’a caché aussi vite que possible dans sa chemise. Depuis que sa bonne fortune est connue, ses camarades ne ratent pas une occasion de la lui faire payer. Inutile de leur offrir une opportunité supplémentaire de brimades.


Les images du pays qu’il va bientôt quitter ne l’intéressent pas, mais le feuillet est rédigé en deux langues. Patiemment, pendant une bonne partie de la nuit, il décortique les deux parties du texte et arrive à apprendre quelques mots dans sa future langue. Klong va pouvoir faire une bonne surprise à sa maman.


***


J’aime bien le docteur Breuer. Je me rappelle encore sa première consultation, le jour où je suis arrivé dans la maison de Maman.

Il a sorti son stéthoscope, cherché mon cœur et n’a même pas tiqué quand il ne l’a pas trouvé. Il a juste murmuré comme pour lui-même « ha, Kartagener… » et a déplacé son stéthoscope plus à droite sur ma cage thoracique. Sa réaction m’a impressionné, surtout en comparaison des têtes d’abrutis qu’ont fait les autres docteurs avant lui.


Mais surtout, le docteur Breuer ne m’a jamais parlé comme à un enfant. Après m’avoir examiné, il m’a expliqué la situation, clairement, sans essayer de cacher que mon état n’était pas terrible. Il m’a parlé comme à un adulte. Curieusement, après cette visite, je me suis senti rassuré…


Il est passé me voir tout à l’heure, pour une « visite de routine », comme il dit. Nous avons discuté un moment de trucs et d’autres, comme à chaque fois. Curieux, j’ai parfois l’impression que je suis plus pour lui qu’un simple enfant malade, plus que le fils d’une de ses riches clientes… mais je rêve sûrement. Au bout d’un moment il s’est levé, m’a dit un chaleureux au revoir et est parti en direction du bureau de Maman. Le temps de me débarrasser de l’infirmière et je suis venu m’installer discrètement dans ma cachette.


De l’autre côté de la paroi, j’entends Maman aller et venir sur ses hauts talons. C’est curieux de la voir agitée, elle d’habitude si sûre d’elle-même, si calme. Le docteur est en train de parler :


– … j’avoue ne pas vous comprendre. Vous n’avez jamais manifesté la moindre affection pour cet enfant et maintenant que ses jours sont en danger, vous voilà inquiète à son sujet. Bien que je ne la mette pas en doute, je suis quelque peu surpris par cette soudaine sollicitude.


Elle stoppe ses va-et-vient et se tourne vers lui.


– Cher docteur, il semble que, pour bien saisir la situation, certaines données vous manquent… Mon père n’était pas seulement un commerçant aussi avisé que peu scrupuleux, c’était aussi un immonde porc. Contrairement aux apparences, ce n’est pas d’un empire financier dont j’ai hérité, mais d’un legs beaucoup plus… personnel. Vous n’ignorez pas, je suppose, que la DCP et le syndrome de Kartagener se retrouvent souvent chez les enfants nés d’unions consanguines ?


Dans son fauteuil, le docteur Breuer décroise nerveusement les jambes, mais n’ajoute pas un mot.


– Je vois que vous comprenez mieux le pourquoi de ma relation si atypique avec cet enfant. Il est autant mon fils que mon frère et notre… père est l’homme que j’ai le plus détesté au monde.


Elle reprend ses va-et-vient.


– Mais vous n’êtes pas là pour que je vous raconte mes états d’âme… Quand je vous ai demandé de vous occuper de Mathis, je ne vous ai pas choisi seulement pour votre réputation de pneumologue, mais aussi pour les services, disons… moins classiques, que votre clinique pouvait me rendre… D’après mes renseignements, il vous arrive de temps à autre d’effectuer quelques extractions de balles n’ayant pas grand-chose à voir avec un accident de chasse et il semble que pendant leur séjour, certains de vos clients éprouvent le désir de moins se ressembler… suis-je dans le vrai ?


Toujours silencieux, le docteur se rencogne dans son siège. Maman continue.


– Alors voilà, Père et ses avocats ont profité d’une erreur de jeunesse, un sac de mort aux rats mal dissimulé, pour me déshériter au profit de mon fils et à défaut, au profit d’œuvres caritatives. Mon père avait le sens de l’humour, comme il savait avoir semé sa descendance dans tous les coins de la planète, les bénéficiaires sont essentiellement des orphelinats. Il était facile de deviner qu’en procédant à des tests ADN dans ces mêmes établissements, nous allions tomber tôt ou tard sur un des membres de ma… famille. Pour garder la mainmise sur ce qui me revient de droit, j’ai besoin de présenter un gosse ayant une ressemblance physique avec Mathis et prouver par un test ADN que l’enfant présenté est bien son fils…


Dans le bureau, le silence est complet. Au bout d’un moment, accroupi contre la grille d’aération, j’entends le docteur Breuer toussoter et reprendre la parole.


– Il n’est pas nécessaire que l’enfant soit aussi le vôtre… je suppose ?

– C’est un plaisir de converser avec vous, je vois que vous avez bien cerné la situation. J’ai un service supplémentaire à vous demander, j’aimerais que vous vous chargiez personnellement de rapatrier l’autre enfant.

– Heu… je n’ai pas l’habitude de travailler en dehors de mon cabinet. En plus je ne suis pas du tout habitué à ce genre de mission et…

– Docteur, si je vous demande ce service c’est que le passeur qui devait s’en occuper a eu un… accident. Cela vous fera le plus grand bien de voyager et vous pourrez pleinement apprécier l’ironie de la situation. Revenir avec un bâtard de mon Père, héritier de sa fortune et par la même occasion, de la mienne. Du moins dans un premier temps… Bref, êtes-vous prêt à m’aider ? Vous savez que je peux me montrer très généreuse…

– Hmm, nous nous côtoyons depuis si longtemps, vous savez bien que mon dévouement n’est pas motivé que par l’appât du gain. En fait je réfléchissais… il existe peut-être une autre solution et…


Je ne saurai pas la suite. J’ai dû déranger la poussière recouvrant les vieux papiers et je sens venir une quinte de toux carabinée. Par réflexe je saisis mon masque à oxygène, j’aspire une première goulée, rien ne vient, la bonbonne est vide. Je m’éloigne silencieusement de la grille et sors dans le couloir la bouteille sous le bras. La conversation n’est plus qu’un murmure. Au moment de fermer le réduit, une terrible toux me secoue la poitrine, la porte m’échappe des doigts et claque bruyamment. Les voix dans le bureau se sont arrêtées, j’entends des pas précipités. Une seconde plus tard Maman apparaît dans le couloir avec le docteur sur les talons. Tout en crachant une bonne moitié de mes poumons, je fais semblant de m’appuyer à la porte pour expliquer le bruit. Autant lui faire croire que je n’ai rien entendu de sa conversation…


Tout en toussant, le dos courbé par les quintes, je lève les yeux vers Maman. Je suis dans la partie interdite, elle va sûrement se mettre en colère contre moi. Il se passe alors une chose étrange. Elle s’approche, me prend délicatement dans ses bras, me soutient le front d’une main. Elle appuie sur le bouton du masque, comprend et hurle au docteur de courir chercher une bouteille d’oxygène dans ma chambre. Puis d’une voix douce, elle me répète les exercices respiratoires pour débarrasser mes bronches obstruées.


– Souffle lentement, voilà, comme pour éteindre une bougie, maintenant souffle fort, la bouche grande ouverte en tirant la langue, inspire fort, bloque ! Recommence, souffle lentement…


Exercices que je connais parfaitement depuis des années, je suis tellement surpris qu’elle les connaisse aussi. Le plus étonnant est que je n’éprouve aucun stress à son contact. Mieux encore, ma toux se calme plus rapidement que d’habitude, je commence bientôt à respirer normalement.


Je n’en montre rien, exagérant ma respiration rauque, ma faiblesse… Je suis si bien dans ses bras.


Tout en me cajolant, elle fait allusion à sa discussion avec le docteur Breuer. Sa voix est bizarre, toute tremblée.


– Ne t’inquiète pas mon… bébé. Tu ne vas plus souffrir, le docteur a trouvé une solution.


C’était donc ça, l’autre solution, le docteur lui a proposé d’abréger mes souffrances. Vu la douleur qui me déchire encore les poumons, cela me semble une bonne idée. J’espère juste qu’au dernier moment, comme maintenant, elle va me tenir dans ses bras.


***


Un petit aérodrome perdu dans la campagne, sur la grisaille des hangars délabrés, la blancheur rutilante d’un petit avion fait tache. La voiture longe la piste unique, se gare devant l’entrée d’un baraquement en tôle. L’homme assis à côté du chauffeur sort, ouvre la porte du côté de Klong. Tandis qu’il descend, légèrement ankylosé par deux heures de route, le garçon jette un œil intimidé vers son portier à l’impressionnante carrure. Déjà l’infirmière se dirige vers un portail métallique, il la suit silencieusement. La voiture repart aussitôt, n’emportant que le chauffeur. Depuis qu’ils sont venus le chercher à l’orphelinat, aucun des trois n’a prononcé le moindre mot.


Le sol du hangar est jonché de débris de toutes sortes. Juste à côté de l’entrée, au milieu d’un espace soigneusement balayé, se dresse une énorme tente cubique en plastique translucide. Intimidé, Klong suit l’infirmière à l’intérieur, passe à travers un sas à zipper et se retrouve nez à nez avec un homme en blouse blanche.


– Bonjour mon jeune ami, je suis le docteur Breuer. Je suis chargé de vérifier si tu es en bonne santé avant d’effectuer ce voyage.


Klong, un peu surpris par l’accent étranger du docteur, ne répond rien. Il le regarde de ses yeux doux pas très rassuré par sa moustache. Avec prévenance, le docteur lui tend un cachet rose.


– Tiens avale ça, bonhomme, c’est un médicament contre le mal du voyage. Il ne faudrait pas que tu vomisses pendant le trajet en avion.


L’enfant observe la pilule un instant, hésite. Difficile pour l’orphelin de faire confiance au premier venu. Mais le docteur ne peut être que quelqu’un de gentil, il est envoyé par celle qui sera bientôt sa maman. Il prend la pilule et l’avale avec le verre d’eau que lui tend l’infirmière.


De son côté le docteur Breuer détaille le gamin. Son calme l’impressionne. Il observe son visage, pense à celui de Mathis et se demande s’il sera capable de réaliser ce qui, dans le bureau de sa mère, lui semblait être une si bonne idée…


À la demande du docteur, Klong s’allonge sur la froide table métallique. Quand l’infirmière commence à défaire sa chemise et son pantalon, il se sent étrangement tranquille, surpris, lui-même, de ne plus ressentir d’impatience. L’excitation du voyage s’est envolée, il jette un regard un peu somnolent sur le décor qui l’entoure, observant tout de son regard curieux.


Le docteur a attaché sur sa nuque un masque chirurgical. D’une voix pâteuse, Klong l’interroge.


– Monsieur, ça veut dire quoi « organes » ?


De surprise le docteur lâche presque la seringue qu’il est en train de remplir. Par-dessus son masque il jette un regard interrogateur vers Klong.


Celui-ci hoche mollement la tête en direction d’une glacière sophistiquée dépassant de derrière une armoire blanche.


– Là, sur la valise, dans la langue de ma maman, y a écrit : « Transport d’or… ga… nes ».


****


 
Inscrivez-vous pour commenter cette nouvelle sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   AlexC   
14/8/2015
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour,


Cher auteur, merci pour ce texte abouti. Un thriller subtil, qui prend son temps pour installer le contexte et les personnages, mais qui ne manque jamais de justesse.

Je m’interroge sur l’unité de la narration. Sachant que Mathis est le narrateur dans les scènes où il apparaît, est-il logique de ne pas l’avoir comme narrateur dans les passages de Klong ?
Il serait dommage de se priver de ce point de vue subjectif si touchant et crédible, mais par souci de cohérence, n’est-ce pas nécessaire ? Je ne suis pas sûr.

Par ailleurs, petite question à propos de la mère. Dans un premier temps, elle affirme que son instinct maternel est mince et ne semble s’intéresser à son bien être que par souci pécuniaire, puis elle change de bord et le prend dans ses bras comme si c’était l’amour de sa vie. N’est-ce pas un peu abrupt comme changement d’attitude ?

   Pimpette   
6/9/2015
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bien vilaine histoire pour régaler les amateurs de séries noires!
A peine un brin d'humour, ce qui étonne car Pépito n'en manque pas!
Quelques personnages abjects pour faire bonne mesure!
Je ris en écrivant ce com...forcément...

L'écriture pourrait être encore meilleure en supprimant ces petits mots inutiles qui viennent automatiquement sous nos plumes...et...mais...un peu...très...etc...

Les clients du bon docteur' qui ne veulent plus se ressembler'?
On pourrait dire qu'ils veulent modifier les traits de leur visage,non?
Ce serait plus clair

Je confirme que notre auteur a un vrai don pour la nouvelle, depuis la plus sordide jusqu'à la plus tendre...(je préfère!)

Mais j'admire les autres aussi!
Donc, notation maxima

   myndie   
8/9/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Pepito,
alléchée par le titre et l'incipit, je suis venue tout de suite voir si le Pepito nouveau était arrivé, celui qui verserait dans la romance à l'eau de rose, avant de pourquoi pas, on peut rêver (^^) se lancer dans la poésie.
Raté! Ou plutôt très réussi; c'est bien le talentueux spécialiste des histoires noires et grinçantes que je retrouve...
Bravo pour ton inventivité, mais où vas tu donc chercher ton inspiration?
J'ai pensé en lisant à ce film d'Almodovar "El piel que habito" qu'en cinéphile averti, tu connais sûrement.
Sur le style, rien à dire, toujours très efficace, précis, concis.
Une petite remarque cependant:
J'ai trouvé une légère contradiction dans le passage où le gamin, caché dans son réduit, assiste à l'entretien entre sa mère et son visiteur :
l'enfant, en se penchant, ne peut voir que "ses jambes et celles de son visiteur." Puis d'un coup, il est capable de décrire toute la scène, leurs positions et leurs expressions.
Et aussi, j'émets quelques doutes sur cette réflexion « lui ne peut s’empêcher de trouver, encore une fois, qu’elle est très belle » qu'un enfant de neuf ans ne se fait peut-être pas spontanément, surtout dans cette situation où le mystère l'emporte. C'est plutôt une réflexion de l'auteur ça, non ?

Mais quelle affreuse, cette myndie ! ;))

A part ça, franchement, j'ai adoré


Je me corrige : Merci à Alice de m'avoir mis le nez sur le petit détail qui m'a échappé le "je devine ce qui se passe dans la pièce". Du coup, mon objection ne tient plus la route, au temps pour moi!
Mea culpa Pepito!

   Blacksad   
6/9/2015
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour

Nouvelle intéressante que j'ai lu d'une traite même si je dois le dire, j'avais le dénouement en tête depuis le début (pas la faute d'une erreur de l'auteur, mais il se trouve que je suis en train d'écrire un texte avec exactement le même sujet !!)

Hormis cette intrigue gâchée par ma faute, je dois dire que le texte est bien maîtrisé. J'ai notamment aimé que la mère soit dépeinte avec des nuances, on la devine dure et fragile, blessée et impitoyable, aimante et sans pitié, tout ça à la fois.

L'alternance des scènes entre orphelinat et la demeure est bien trouvée, ainsi que le flash back où l'inceste est suggéré de façon assez habile.

Bref, nouvelle réussie !

   carbona   
6/9/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Quel travail ! Bravo !

J'ai beaucoup aimé cette histoire qui est drôlement bien ficelée, complète, aboutie et rudement bien mise en valeur par une écriture au top.

J'ai été plongée dedans du début à la fin avec quelques retours en arrière parfois pour m'assurer d'avoir bien fait le lien entre tous les morceaux (ce qui m'arrive fréquemment à la lecture d'un thriller), et j'aime ça !

Peut-être que ça et là, il y a un chouilla trop d'explications comme à la fin " Là, sur la valise, dans la langue de ma maman, y a écrit : « Transport d’or… ga… nes »."


Good job, pépito ! Merci pour cette lecture !

   ameliamo   
6/9/2015
 a aimé ce texte 
Passionnément
Le sujet est très dur et il a réussi de transmettre beaucoup d’émotion. Je reconnais, je n’aime pas les actions morbides. J’ai espéré jusqu’au dernier moment que la partie lumineuse de l’être humain va triompher. Je n’aime pas les monstres, même s’ils existent parmi nous. Au-delà de tous ces considérations, j’ai lu le texte passionnément. En fond, jamais les choses tièdes et banales, ils n’ont pas eu d’audition. Mais, nous sommes des humains et dans chacun on trouve et de lumière, aussi.

   Anonyme   
6/9/2015
Bonjour Pepito

Un super bon texte. Me suis régalée.
Les détails ( qui n'en sont pas tous...)

Répétition de arriver : Quand ca va arriver, Mais ça n’arrive pas

« Si elle reste pas trop longtemps, il n’y a pas de problème. Surtout si je lui dis que je vais bien. Mais si sa visite dure... »
Bravo pour la fausse piste, mais à la réflexion que peut-il bien se passer si la « visite dure » ? Ben sincèrement, je serais curieuse de le savoir. Maintenant que le plat est servi, j’aimerais y goûter.

« C’est d’ailleurs ce qui lui a valu son prénom, l’employé de l’état civil chargé de lui inventer ne manquait pas d’humour »
Je crois que le point est indispensable après "prénom" , question de rythme, quand au contexte, j’aime beaucoup, ça file droit au cœur de la cible

« À force d’explorer tous les couloirs, j’ai fini par me trouver un petit coin secret, un placard où sont rangées des piles de vieux documents. En bas de la paroi du fond, une grille d’aération communique avec le bureau de Maman. Sans qu’elle s’en rende compte, je l’entends respirer, marcher, parler au téléphone ou à ses visiteurs… Je suis juste à côté d’elle. »

1 - Des piles de vieux documents : égal poussière et je m’étonne que le gamin qui ne doit pas aimer tousser se planque volontiers là-dedans
2 -Une grille d’aération dans un placard ?
3 -« Je suis juste à côté d’elle » : j’aurais préféré un « C’est comme si j’étais juste à côté d’elle » parce que image lecture, en fait il est au-dessus. Ca confusionne, interrompt la lecture, fait sortir de l’histoire, bref comme m’a dit quelqu’un qui m’est cher, c’est pas bon.

Pourquoi a-t-elle un garde du corps ? Quand on ouvre un tiroir, môôôssieur Pepito, il faut le refermer sinon on se le prend dans la cheville et ça fait mal.

Pourquoi ce gamin craint-il tant sa mère ? Parce qu’elle va le punir vu qu’il est sorti de sa chambre ? Mais c’est pas évident, ça manque de concision ou de précision et ça interrompt le fil de l’histoire : c’est pas bien d’interrompre en plein élan.

« Imperceptible » c’est trop riche pour ce gamin. A moins qu’il ne lise beaucoup. Et oups, une petite claque sur le nez de l’auteur qui dépasse du rideau

« Depuis, à chaque fois que je le croise, c’est la même chose. C’est drôle, je me sens plus copain avec un grand costaud à la tronche de méchant qui ne m’a jamais dit un mot, qu’avec cette dinde d’infirmière chargée de me soigner. »
Ici, c’est délicat et subtile. Le gamin est seul, personne ne l’aime et surtout pas sa maman. Très joli ! On comprend tout.

« Nous avons découvert l’enfant que vous recherchiez »
Tout ce passage me fait deviner la fin.. J’ai un doute gros comme un camion de pompier. C’est pas grave ni essentiel au contraire, ça fait redoubler d’intérêt

« Lui ne peut s’empêcher de trouver, encore une fois, qu’elle est très belle »
Faudrait que cette phrase entre dans le cadre des pensées de l’observateur caché dans son réduit et puis, trouver c’est pas très joli

« La réputation de ma Maman »
Ouaip, mais là c’est un tiroir ouvert et pas refermé. (Il est où le problème, c’est la marraine d’un clan mafieux ?)

« Se remet à respirer » moyen-moyen

Répétition de « entendre »

Simplette : simpliste ?

« Étant la mère d’un enfant mineur, vous êtes de fait sa gestionnaire de fortune. La seule façon de récupérer tout ou partie de votre dû est de le faire par des prélèvements continus avant la majorité de l’ayant droit. »
Comprends pas : pourquoi vouloir être déshéritée (j’ai regardé le sens de ce mot barbare, et c’est ce que google m’a répondu) pour ensuite batailler pour récupérer cette fortune ?

Manquerait pas un s à avocat, cabinets d’avocats ? Ca pousse pas en grappe ces fruits exotiques (en général ) ?

« Curieux, j’ai parfois l’impression que je suis plus pour lui qu’un simple enfant malade »
Des fois, l’enfant cesse de parler enfant. Il aurait dit je pense, « C’est » curieux, ou juste « bizarre. » (avis perso)

« Que l’enfant présenté est bien son fils »
Je ne comprends pas où est le problème et pourquoi le père doutait ou aurait douté que cet enfant soit son fils. Et si vraiment c’est ce à quoi je pense, alors ça manque de clarté ou de précision.
Cette femme n’est pas seulement froide, elle est inexistante dans ce récit. Elle a des mots mais pas de chair. En fait on ne sait rien sur elle, alors tenter d’avoir un peu d’empathie ou de sympathie pour elle, c’est difficile. Or, pour qu’un méchant soit « attachant » ou « sympathique » la règle veut qu’il inspire quelque chose et elle ne m’inspire rien parce qu’ici, elle n’est qu’un rouage de l’histoire.
La nouvelle est axée sur le gosse mais cette femme joue son rôle. C’est dommage de l’avoir sacrifiée et de l’avoir si peu « mise en chair ».

« de rapatrier l’autre enfant »
Pourquoi ? que veut-elle en faire ? D’autant qu’il ne s’agit pas de rapatriement, pas dans ce sens là. C’est une fausse piste ? Si le gosse est rapatrié, on devrait savoir pourquoi… à cause de la fin.
Je vois pas très bien ce qu’elle voulait en faire. Certainement pas réparer, c’est pas dans sa logique.
Même l’explication de la femme n’est pas claire. Que veut-elle faire de cet héritier potentiel qui en plus va lui bouffer son héritage ?
Ha… oui. C'est vrai qu’il « existe une autre solution » dixit ce cher docteur. Oui bon, d’accord. Mais ça ne m’explique toujours pas pourquoi elle voulait le rapatrier précédemment. Qu’en aurait-elle fait ensuite ?.

« Puis d’une voix douce, elle me répète les exercices respiratoires pour débarrasser mes bronches obstruées. »
La voix douce, c’est pour convaincre qui ? Le docteur présent à ses côtés ? Le convaincre de quoi ?
C’est dommage, on dirait que chaque tentative de mieux dessiner cette femme – et elle me passionne, ses motivations m’intéressent – quelque chose vous arrête.

« D’abréger mes souffrances »
La encore le gosse sort de son cadre et le nez de Pepito pointe sous le rideau. D’autre part, je ne crois pas qu’un gamin puisse envisager sereinement la mort.

« l’infirmière se dirige vers un portail métallique ».
D’où elle sort cette infirmière ? Elle était dans la voiture ? Avec le docteur, dans l’avion ? Oui, c’est probable, à la ré-flex-ion mais je lis, là, je ne fais pas de la gymnastique…
Le gamin la suit sans moufter ?

« il est envoyé par celle qui sera bientôt sa maman. » etc…
Comment sait-il tout ça ? Qui le lui a dit ?

Conclusion : Lors de la première lecture, j’avais envie de connaître la fin et de confirmer mes soupçons.
Me suis régalée. C’est un bon texte même si le « cadrage » est trop étroit et s’il me manque à moi, beaucoup de précisions. Qui c’est qui a dit déjà que le diable se cachait dans les détails ?

La fin… je ne sais pas. L’ayant vue venir, elle ne m’a pas surprise et pas non plus émue. On sent qu’elle est écrite pour que le lecteur comprenne bien ce qui se passe. Je ne l’ai pas lue du point de vue de l’enfant allongé sur la table et sa dernière (mais bon, après tout, il peut survivre, le toubib n’est pas un boucher) interrogation me parait peu crédible.

Merci pour cette jolie pépite et au très grand plaisir de vous lire.

Très bien ++++++++++

Ah et puis... je m'attendais à du sentimental romanesque...

   alvinabec   
6/9/2015
 a aimé ce texte 
Bien
Hi Pepito,
Dans l'ensemble c'est bien balancé, ça se tient même si le sujet ne fait pas preuve d'originalité outrancière...et si votre lecteur connait déjà les deux chutes annoncées ( mort ou remplacement).
En vrac au fil de la lecture qqes remarques:
+) mon poisson rouge en lâchant plein de bulles, comme une allégorie de ce que peut endurer Mathias.
-) Klong, dommage de le nommer comme un bruit de couvercle, du coup on a peu de considération pour lui, ça ou raclure de bidet, on sent qu'il va mal finir.
+/-) DCP ça nous donne un super Mathias qui explore partout le château de Mummy muni d'un sac à dos de survie alias O2...Ben l'est drôlement en forme le pitchoune pour une forme quasi terminale
-) Diago, pourquoi pas plus d'épaisseur à ce personnage en contrepoids de Mummy?
-) L 'ami cher fait non de la tête, Mathias le voit? Idem avec Diago.
-) Je ne vais pas durer bien lgtps, philosophe en diable le galopin...ou serait-ce Pepito qui surjoue la dérision?
-) Dormir dans le placard? Les nounous et autres infirmières ont l'air super relax avec un grand malade...Elles sont en stage ou payées pour leur job?
+) Le juriste qui, par l'action d’exhéréder expliquée, relance l’intérêt de l'histoire.
-) Klong est un super héros...apprentissage des mots en qqes heures, trop fort...
-) DCP + palpitant à droite, ben mon ami quelle rareté, allez un sur 100 000 et je suis loin du cpte...Plausible mais vous chargez la mule Pepito. (et que vont dire les SARM)
-) Le dialogue entre Breuer (j'aime bcp le patronyme) et Mummy où entrent en considération, outre des affects, de la morale.
-) Si Papy a essaimé sur la planète pourquoi ses rejetons seraient placés de facto en orphelinat? Certaines pourraient garder leur zovulon à l'instar de Mummy.
Dernier §: Réparer les vivants, why not...Que Klong déchiffre transport d'organes sur la glacière, c'est déjà top mais qu'en plus Breuer soit un cow boy multitâches, ouahhhh!
+) J'ai un faible pour les Folcoche...Mummy me semble presque parfaite nonobstant son attitude ambivalente en fin de texte ( mon bb...)
A vous lire...

   Bidis   
7/9/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Une écriture bien vivante pour une histoire bien scotchante et bien abominable comme les affectionne Pepito.
Cela se lit et se relit avec plaisir... et frissons.

   Alice   
8/9/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Comment mêler avec grâce le sentimental et l'horrible en 28 000 caractères, par Pepito.

Bon, ça a ses défauts et ses fausses notes, mais pour moi rien ne vient ternir l'histoire. Je n'y vois pas grande incohérence, notamment l'idée par laquelle l'enfant ne peut pas voir et donc ne peut techniquement pas décrire ce qui se passe dans la pièce pendant qu'il entend la conversation est en fait compensée par le fait qu'il déclare pouvoir parfaitement imaginer la scène lors de sa première séance d'espionnage. En terme de trame, ça ne m'en prend pas beaucoup. Vous commencez à me connaître : donnez-moi un peu de larmes, un enfant malade et une mère franchement déviante et fière de l'être, et le tour est joué ;)

Le début m'a semblé plus maladroit que le reste, dans le genre style enfantin, le tout me semble plus affecté que par la suite, d'autant plus que l'apparente innocence de l'enfant, notamment sa description des yeux "tout glacés" (ben oui, les enfants disent toujours "tout" devant les adjectifs, c'est littérairement bien connu :P), est contrebalancée par son grand sens de l'observation (il est un excellent juge de caractère par la suite) et par certaines tournures de phrases clairement plus adultes que je suis un peu trop paresseuse pour aller repêcher, vous me pardonnerez.

Pour le reste, stylistiquement, aucune anicroche, ça ne laisse pas un goût trop amer en dépit de la dureté de la conclusion, il y a une tendresse qui suinte et qui rassure, c'est un enfant qui raconte la plupart de l'histoire et il nous la raconte comme à des enfants, c'est légitime et suffisant pour que ça se digère très bien et qu'on n'ait pas envie de faire passer un test psychologique à l'auteur. :P

Un grand moment de plaisir, donc, que j'ai ici retrouvé hors centrale. Merci et à bientôt, les jeunes n'acceptez jamais d'avaler une pilule donnée par un inconnu.

Alice

   Francis   
8/9/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Le scénario bien ficelé m'a emmené dans un labyrinthe où vivent des êtres mi-humains, mi- monstres. J'aurais voulu qu'un Thésée tuât cette femme minotaure ! La naïveté me laisse penser que toutes les mamans sont à l'image de celle chantée par Berthe Sylva. J'en oublie les enfants qui meurent dans les lessiveuses ou les congélateurs. La plume et l'histoire savent captiver le lecteur. Bravo !

   Anonyme   
8/9/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour

En effet, c’est plus du thriller que du sentimental/romanesque, encore que… les sentiments sont bien présents, surtout ceux du lecteur qui est quand même bousculé par le sordide de l’histoire concernant ces enfants. En dessous il y a une réalité : le trafic d’organes. Et une autre : l'incorrigible besoin d'amour des enfants.

J’ai tout lu sans m’ennuyer, ce qui est déjà bien. J’ai eu les boules…ce qui est bien dans le contexte…

Au final je trouve que vous assurez, pour faire simple, je ne m’attarde pas sur les détails…pour moi une nouvelle est un tout qu’on lit (ou pas) d’une traite et on en ressent l’effet (OK, je ne suis pas un critique très pointu).
Il en reste parfois un arrière-goût ou un souvenir.
Pour votre nouvelle je me dis (arrière-goût) que ça ferait assez bien la trame d’un roman policier complet, ou d’un autre genre d’ailleurs, suivant les ingrédients.
(souvenir) Je ne pense pas que ce texte me marquera durablement, sauf si un jour je tombe sur le roman…

Cordialement
Corbivan

   Donaldo75   
9/9/2015
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Pepito,

Cette histoire mêle les fausses pistes, même si on sent que la mère aime son enfant. J'ai beaucoup apprécié l'incertitude de l'issue, le retour dans le passé, les va-et-vient entre les personnages, et la narration parfois elliptique. Pour moi, une nouvelle n'a pas besoin de tout expliquer, le lecteur étant suffisamment imaginatif pour se raconter sa version.

Le style ? Il est doux, presque neutre. Cette impression de douceur rend l'histoire supportable et pas seulement glauque.

Merci pour le partage, Pepito, c'était un voyage prenant.

   aldenor   
10/9/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
L’écriture et le découpage sont efficaces. Le récit parallèle des deux enfants frères est prenant.
Mais j’ai ressenti comme un trop-plein dans les thèmes de la noirceur : inceste, meurtre, mère indigne, enfant abandonné, maladie, enfant battu, trafic d’organes...
Heureusement que la fin reste ouverte et nous préserve de la dernière abomination !
Le procédé du passage « Des années plus tôt.... » perturbe le découpage et m’a paru artificiel.
Peu crédible que les mots « transport d’organes » figurent sur un prospectus touristique.

   Pepito   
11/9/2015

   in-flight   
12/9/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

J'attendais le week-end pour vous lire. Bah oui, en semaine mes yeux sont trop secs dans la soirée pour s'envoyer 25 000 signes. « Des excuses oui ! »

Écriture en jeu de pistes et recoupages : tout au long de la lecture, on émet des hypothèses et en cela le style est un subtil mélange de sentimental et de thriller. Du « noirimental » en somme ;-)

Certains passages narratifs m'ont paru peu raccord avec l'âge du narrateur : « Il laisse sa phrase en suspens et attend… sûr de son effet. ».

Nous s'en savons pas plus sur la réputation de la maman, je pense qu'il s'agit simplement de montrer que des organes, ça se paie et c'est pas pour les pauvres.

Du début à la fin, Klong est décrit ici comme un simple objet : du statut de bruit de couvercle de poubelle, il passe à celui de pièce de rechange. C'est cynique et froid comme une glacière... Oups. En tout cas, j'éprouve beaucoup d'empathie pour ce personnage.
A la réflexion, je pense que vous brossez un portrait ignoble des adultes : inceste, déshéritage, prostitution (quasiment), coups bas... En face, deux enfants victimes de ces êtres maléfiques.

Les dernières phrases sont superflues je trouve, j'aurais bien vu une chute plus directe :
''Klong hoche mollement la tête en direction d'une glacière sophistiquée :
« Monsieur, ça veut dire quoi org... Organes ? »''

Après Brisebonbon (http://www.oniris.be/nouvelle/pepito-brisebonbon-3754.html), on a le sentiment que vous souhaitez creuser le sillon des « relations » adulte/enfant. Vous le faites avec talent en tout cas.

   Acratopege   
12/9/2015
Eh bien voilà du Pepito plus complexe et contourné qu'à l'habitude! Avec ce scénario, il y a de quoi écrire un roman. Le suspense est maintenu jusqu'à la fin: plusieurs fois j'ai eu l'impression d'avoir tout compris et puis ça m'échappait. Agatha Christie réincarnée?
Le style direct et simple est tout à fait congruent avec le contenu. On sent bien les personnages. Vrai, comme on l'a dit, que la fin échappe au narrateur à moins qu'il ait un don de vue à travers les mers et les continents, mais cette rupture ne m'a pas dérangé.
Joli travail, Pepito.

P.S. Si tu n'as pas lu "Quand nous étions orphelins" de Ishiguro - auteur anglais! - tu dois te précipiter. On retrouve la même problématique et une ambiance faussement paisible qui fait penser à ton texte.


Oniris Copyright © 2007-2019