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Poésie classique
Anje : Petite voix [Sélection GL]
 Publié le 27/08/19  -  15 commentaires  -  1188 caractères  -  284 lectures    Autres textes du même auteur

Il reste toujours un espoir un peu fou pour consoler l'amour sans espoir.
(Anne Barratin, De toutes les paroisses, 1913)


Petite voix [Sélection GL]



Depuis longtemps le vent dans sa voile s'est tu.
Et la vieille pinasse à l'espar abattu
Croupit dans une crique où le remords pullule.
Dans le fond du carré, sombre un vieux loup de mer
Qu'obsède chaque soir un babil doux-amer,
Un chant de libellule.

La petite voix bleue exprime des mots d'où
Court la risée ondant sur son cœur d'amadou.
Elle arpège en bémol la croche qui détresse,
Lisse les nœuds de l'âme. Il lui tourne le dos
Mais le sylphe sorcier récitant ses rondos
Fait tanguer sa détresse.

« Fuis, pars, évade-toi de ton ponton sans mât,
Chante le chuchotis. Défais-toi de ton bât
De désespoir et hume. Un petit frais se lève.
Mets le cap sur bonheur, hisse ton pavillon
Par-dessus les chagrins. Sans peur du tourbillon,
Laisse voguer ton rêve. »

Alors, soudain, le solitaire éperonné,
Par une demoiselle exquise patronné,
Repart comme autrefois sur les courants du monde.
Vers la félicité sans plus aucuns détours,
Du quai de solitude, il largue les amours
Pour son ultime ronde.


 
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   BeL13ver   
31/7/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
L’auteur compatit aux souffrances et aux joies de ce vieux loup de mer qui rêve d’aventures. La deuxième strophe est extraordinaire, et les images en sont bien maîtrisées ; on a vraiment le sentiment d’assister à un concerto sublime et fin, à l’œuvre d’un virtuose.
On a le sentiment mêlé d’être face à un marin et à un poète en même temps. L’auteur joue avec les images et sème intelligemment le sentiment que nous sommes face à la mer et à un marin désespéré, mais ne serait-ce pas plutôt qui affronte son vague à l’âme. Bref, ce texte interroge et demande à être lu, et relu. Lu pour profiter de son style, et relu plusieurs fois pour profiter pleinement du sens et des images. Un véritable chef d’œuvre de style, de prosodie (il me semble – je reste prudent sur ce sujet sensible) et de symbolique.

   poldutor   
1/9/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,
Poème : un vieux marin vit retiré sur son petit voilier, en cale sèche depuis longtemps ; mais le démon de l'aventure, en l’occurrence une libellule bleue, qui rappelle de la fée Clochette de Peter Pan, l'encourage à reprendre la mer.

"Fuis, pars, évade-toi de ton ponton sans mât,
Chante le chuchotis. Défais-toi de ton bât
De désespoir et hume. Un petit frais se lève.
Mets le cap sur bonheur, hisse ton pavillon"

il résiste, mais un beau jour, il repart heureux
"Repart comme autrefois sur les courants du monde.
Vers la félicité sans plus aucuns détours,
Du quai de solitude, il largue les amours"

De bien beaux vers.


Belle poésie donc mais qu'il faudrait peut être déclasser de "poésie classique".
Il y a (à mon avis ) un certain nombre d'erreurs de césure :
2ème vers : Et /la /vieil/le /pi/nas/se à /l'es/par /a/bat/tu
3 : Crou/pit /dans /u/ne /cri/que où /le /re/mords /pul/lule
10 :Lis/se /les /nœuds /de l'ame il /lui /tour/ne /le /dos
15 :De /dé/ses/poir /et /hu/me Un /pe/tit /frais /se /lève
19 :A/lors /sou/dain /le /so/li/tai/re é/pe/ron/né
20 :Par /u/ne /de/moi/sel/le ex/qui/se /pa/tron/né
23 :Du /quai /de /so/li/tu/de il /lar/gue /les /a/mours

Il y aurait tellement "d'erreurs" que je me demande si je ne me trompe pas...
Cordialement.
poldutor en E.L

   Eclaircie   
4/8/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Bonjour,

Un poème classique dont je ne sais pas s'il est conforme à sa catégorie,
n'étant pas spécialiste du genre.
Je l'ai apprécié pour son vocabulaire soutenu, autour des termes marins, pour sa fluidité, son harmonie, la présence d'allitérations bien choisies et évocatrices, les renvois présents mais pas systématiques.

Un petit bémol pour les deux premiers vers du dernier paragraphe un peu moins dans l'harmonie de l'ensemble à l'oreille.

Du beau travail.
Merci du partage,
Éclaircie

   Lebarde   
27/8/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Une vieille pinasse ( en métaphore) et un vieux loup de mer qu'elle abrite au fond de son carré, ruminent ensemble avec nostalgie et a priori sans espoir de retour, leurs gloires, aventures et conquêtes passées que mettent subtilement en scène les deux premières strophes.
"Depuis longtemps le vent dans la voile s'est tu.
Et le vieille pinasse à l'espar abattu
Croupit dans une crique où le remords pullule"

Et puis "le chuchotis" (pourquoi pas clapotis?) essaie bien de les convaincre que tout n'est peut être pas perdu ( Troisième strophe) jusqu'à ce qu'un bateau patronné par une "demoiselle exquise" les prenne dans son sillage pour une ultime ronde.
Comme quoi il n'est jamais trop tard pour rien, encore faut il garder espoir et savoir saisir sa chance jusqu'au bout.
Puisse ce nouveau départ ne pas être une aventure trop courte et décevante?

L'idée est séduisante et les alexandrins (hexasyllabes en fins de strophes ) sont bien tournés et rimés, sauf pour quelques sauts de vers qui en cassant le rythme rendent la lecture moins fluide.

Les spécialistes jugeront si le classement en classique est mérité.

Un beau travail néanmoins que j'ai apprécié.

Merci

En EL

Lebarde

   papipoete   
27/8/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
bonjour Anje
Dans un coin tel un pauvre porte-parapluie, un marin en mal de mer, en douleur d'amour, se lamente sous le poids de ses remords. Cependant une petite voix lui chuchote, de sécher sa peine et repartir dans le sillage d'un jupon... quand justement vient à passer une " exquise demoiselle... "
NB tel un conte qui finit bien en général...l'auteur plante le décor autour de ce coeur en peine, que l'amour finira par sauver !
C'est bien écrit, avec un vocabulaire " maritime " qui ne laisse pas de doute sur l'origine de sa plume !
Ardu que de vouloir citer un passage aimé, il y en a beaucoup ( croupit dans une crique où le remords pullule ) ( elle arpège en bémol la croche qui détresse )
et bien d'autres !
au 10e vers, le point après " âme " rend difficile l'élision du " e "
idem plus bas pour " hume. Un "
idem pour" solitude, il "
Mais ce ne sont là que des bémols.

   Davide   
27/8/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Anje,

Quatre sizains layés (je crois qu'on peut dire qu'ils sont layés puisque le dernier vers de chaque strophe est un demi-alexandrin, un hexasyllabe) évoquant chacun un paysage différent, suivant une trame narrative bien précise.

On pourrait imaginer - et c'est sans doute l'intention de l'auteur - que ce périple en mer, avec ces ports de fortune, est la métaphore de la vie, de cette petite voix qu'il faut savoir écouter lorsque la tempête fait rage ou que le bateau s'est embourbé.

Outre le vocabulaire marin, propice à de superbes jeux de mots (dont "l'espar abattu"), j'ai beaucoup aimé le champ lexical du "sonore", de la musique, référence au titre, toujours en lien avec l'univers maritime et son "petit frais" qui se lève. Cette petite voix est tour à tour celle d'une libellule, d'un sylphe et de la mer (belle allitération : "chante le chuchotis").

Mais les jeux avec les mots ne s'arrêtent pas là : magnifiques "mots d'où", inattendus, de même que la rime "détresse" (verbe détresser) / "détresse" ou le rapprochement "libellule" (v.6) /"demoiselle" (v.20), deux insectes très proches.
Cela dit, je ne crois pas que la libellule chante ; on peut l'entendre voleter cependant.

Dans la deuxième strophe, j'ai trouvé compliquée cette image : "Elle arpège en bémol la croche qui détresse, / Lisse les nœuds de l'âme".
Si le double-sens de croche est évident pour moi (note de courte durée / espèce de crochet), l'image me paraît alambiquée.
Puis, je me suis demandé : pourquoi en "bémol" ? Peut-être encore un jeu sur le double-sens de ce mot (bémol = problème).
Un peu compliqué tout ça ;)

Beaucoup de rejets dans la 3e strophe rendent la lecture plus difficile et moins fluide, c'est dommage, mais le balancement 6-6 syllabes est toujours maintenu. Dans la narration, ce changement de point de vue est judicieux, cette exhortation devient alors "l'élément de résolution".

Un beau travail d'ensemble, surtout en classique, franchement remarquable pour le choix de rimes, étonnantes et "sonnantes", sans parler des quelques jolies trouvailles.
Hormis les quelques broutilles relevées plus haut dans mon commentaire, rien n'a vraiment dérangé ma lecture.

Bravo Anje et merci du partage,

Davide

   Hananke   
27/8/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Bonjour

Ma foi, un bien joli poème classique que cette petite voix qui susurre
au vieux loup de mer.
Mais bon, quelques trucs m'interpellent :

La répétition du sujet à la fin de la première strophe me parait
engendrer une certaine lourdeur : un babil doux-amer, un chant de
libellule.
J'aurais préféré un début de deuxième strophe un peu plus simple
que ce ondant ou cet arpège en bémol la croche qui détresse,
encore de la lourdeur.

Mais après le poème repart sur un bon rythme et la strophe 3 est
pour moi la meilleure des 4.
Encore une bricole avec cette rime éperonné/patronné que je
n'admire pas beaucoup.

Malgré toutes ces petites bricoles, le poème tient la route
et se digère aisément. Les quelques pesanteurs présentes par endroit n'empêchent pas l'assimilation.

   senglar   
27/8/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Anje,


Si j'aime le maquereau, fumé ou à l'huile, à la tomate, au citron, il me semble qu'ici on n'a pas affaire à un thon !

Et puis, pour un dernier voyage, Tagada Tsoin Tsoin...

C'est vrai que Mac aimait l'accordéon :))) Celui d'avant Giscard, non orchestré mais qui jouait juste...


Merci de m'avoir fait connaître Anne Barratin. Oniris ne connaît pas de limites grâce à ses AMATEURS (sens XVIIémiste avant que XVIIIè) ECLAIRES type Diderot relatant Caylus.

Bref ici c'est beau et natif comme du Mac Orlan (du XXè celui-là, un copain de Desnos et de Prévert, Excusez du poète !...). J'aime ces embruns à venir où le marin aura à prouver ce qu'il a éprouvé pas sûr qu'il suffise d'être un vieux loup de mer, pas sûr non plus que le souvenir suffise mais les alizés seront son allié alors la sirène sera gagnante, y perdra sa nageoire pour retomber sur ses jambes.

Après tout le plancher des vaches peut être un paradis pour la gent poissonnière à condition d'échapper à l'étal pour l'étale sur la plage aux romantiques.

Pas vrai Pascal Danel... et les autres...


Senglar

   sympa   
27/8/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonsoir,

Une belle poésie classique maîtrisée et originale.
De bien belles images, des vers fluides et cette touche d'optimisme face au désespoir du "vieux loup de mer" qui, grace à cette "exquise demoiselle", retrouvera peut être l'amour et le sourire.
A vous relire avec plaisir.

   Robot   
28/8/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Cette petite voix nous accompagne avec une certaine douceur et beaucoup de fluidité tout au long de cette agréable poésie.

Le second sizain est réussi du point de vue de la poésie délicate et du rythme ondoyant des vers.

Vers la félicité sans plus aucuns détours,
Du quai de solitude, il largue les amours
Pour son ultime ronde.

Belle conclusion.

   Cristale   
28/8/2019
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Bonjour Anje,

Avant de poursuivre mon voyage, forte de ma lecture de votre poème sur mon smartphone, j’ai fait étape dans le Bassin d'Arcachon pour découvrir « la vieille pinasse à l’espar abattu » qui « Croupit dans une crique où le remords pullule. »
Sous les lueurs du crépuscule j’entendais « Un chant de libellule. » qui « obsède chaque soir » de son « babil doux-amer » «un vieux loup de mer ».
Oui oui...je l’ai vu, triste, « Dans le fond du carré ».

Une jolie représentation d’une vie déjà bien vécue qui n’attend plus grand-chose de l’arrière-saison.

Mais « La petite voix bleue exprime des mots d’où »
Bravo pour le jeu de mot-rime !

« Court la risée ondant sur son coeur d’amadou »
Allitérations et musicalité sont plaisirs d’yeux et d’oreilles.

Quant on connaît les propriétés hautement inflammables de l’amadou la risée ondant risque d’apaiser ce coeur brûlant...brûlé…

« Elle arpège en bémol la croche qui détresse »
J’évoquais la musicalité, nous y voilà : la petite voix joue de la harpe et
« Lisse les nœuds de l’âme »
Je la nommerais - Espérance - mais c’est sans compter sur le pouvoir malfaisant du
« sylphe sorcier récitant ses rondos »
que je nommerais - Doute -Désillusion - .

« Fuis, pars, évade-toi de ton ponton sans mât » « Un petit frais se lève » « Chante le chuchotis »

Un chuchotis que je nommerais - Désir - dans le « petit frais » du vent de - L’espérance -.

«Alors, soudain, le solitaire éperonné, » Voilà ce que je nommerais - Amour -

Alors, soudain voici un superbe trimètre ! Une jolie surprise pour couronner la dernière strophe.
"A/lors/sou/dain // le/so/li/taire_é/pe/ron/né" 4/4/4 (pour ceux que cela intéresse http://www.areopage.net/a20.htm)

La demoiselle, variété de libellule, est en principe courtisée sans répit au point de simuler la mort pour échapper aux prétendants un peu trop insistants mais ici, voici notre vieux loup de mer désillusionné
« ...éperonné » et « Par une demoiselle patronné »…autrement dit, courtisé par une belle, pourvu qu'il ne laisse passer sa chance en faisant le mort !

Diantre ! Ce commentaire est un peu long...non ? Tant pis, je continue...

Mais comment résister au pouvoir de ces images où la métaphore est reine ?

Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir et il n’est pas d’âge pour rencontrer l’amour : il suffit de savoir entendre, écouter et suivre la « petite voix »...bleue, et cesser de fuir. C'est ce que je veux entendre entre les lignes.

Des alexandrins de bon aloi, des rimes dont je divine l’'amusement sérieux' de l’auteur, rimes qui respectent l’agencement exigé du sizain (aabccb), des mots peu usités, musicalité, assonances et allitérations, rejets élégants, vers layés en fin de strophes, un poème qui respire l’aisance où rien ne m’a particulièrement perturbée.

Quoi que, fichtre, j'ose (si si, vous n'y échapperez pas)...l’auteur sans doute hypnotisé par le chant d’une libellule, relâche doucement la barre sur le rimage un peu trop à l’étale des deux dernières strophes :
"mât-bât, pavillon-tourbillon, éperonné-patronné, monde-ronde, détours-amours".
Sur l'onde, ni vagues, ni creux :)
Le pouvoir de la petite voix est grandiose, chacun sait que l’amour rend aveugle, mais bon, je pardonne (oui ma tolérance est grande tant je sais combien la prosodie est exigeante) imaginant les yeux perlés d'embruns de ce sympathique vieux loup énamouré qui hisse la grand voile du bonheur.

Vos progrès en prosodie sont remarquables Anje, je suis admirative de l’aisance apparente de votre plume qui allie le fond et la forme sans que plus rien ne semble forcé. Et pourtant...quel travail derrière tout cela !
Bravo et Merci pour ce plaisir de vous lire, et celui de commenter un poème haut en images sonores et colorées.

Cristale
qui reprend la route vers les terres bretonnes

P.s.; Je note hautement l'ensemble du poème avec un + soulignant la qualité de la versification...et oui.

Pour le plaisir du partage :
https://www.youtube.com/watch?v=jTuBnZrLbq0

   Miguel   
28/8/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
"Repart comme autrefois sur les courants du monde." Si ce poème n'avait que le mérite de ce vers, cela suffirait à me le faire admirer. Mais c'est un émerveillement d'un bout à l'autre, tant les images, les rythmes parfois inattendus, les sonorités concourent à nous faire prendre le large, à nous aussi. La rime féminine finale crée une ouverture qui est elle-même une invitation au départ. Belle lecture, apaisante et régénérante à la fois.

   jfmoods   
31/8/2019
Qu'est-ce que commenter sinon servir d'escorte à un précipité de mots ?

Fouiller, trier, classer : exercice à la fois vain et urgent, nécessaire et superflu.

Se fondre, quoi qu'il en soit, dans la trame (chatoyante, ondoyante) du texte.

Le poème est composé de 4 sizains à rimes suivies et embrassées, pauvres, suffisantes et riches, majoritairement masculines, égalitairement réparties entre éventail de vocaliques (u, ou, o, a, on, é) et éventail de consonantiques (r x 2, l, s, v, d). Dans chaque strophe les 5 premiers vers sont des alexandrins, le dernier un hexasyllabe.

La vie est semblable à une longue traversée maritime soumise à l'usure du temps et aux caprices incessants des éléments ("vent", "voile", "la [...] pinasse à l'espar abattu / Croupit dans une crique", "le fond du carré", "sombre", "loup de mer", "tanguer", "ponton sans mât", "Un petit frais se lève", "cap", "hisse", "pavillon", "tourbillon", "voguer", "courants", "quai", "largue").

La bande-son du poème (titre, "s'est tu", "babil doux-amer", "chant", "La petite voix bleue", "arpège en bémol la croche", "récitant ses rondos", "Chante le chuchotis") illustre la charge d'idéal qui nous porte (personnification : "le sylphe sorcier", métaphore : "Lisse les nœuds de l'âme").

En effet, jusqu'au seuil de la mort (marqueur temporel : "Depuis longtemps", adjectifs qualificatifs : "vieille", "vieux", litote : "ultime ronde"), l'utopie du comblement amoureux demeure inaltérable (entête, images gracieuses de la femme : "libellule", "demoiselle exquise", verbe : "obsède chaque soir", jeu homophonique : "mots d'où", métaphore : "son cœur d'amadou", glissement assonantique : "largue les amours", jeu antithétique : "détresse" x 2, "chagrins" / "bonheur", "félicité").

Merci pour ce partage !

   Anje   
2/9/2019

   VDV   
2/9/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Anje,

Sur la forme, les images me sont plaisantes. J’aime cet univers marin, ce typique vieux loup de mer en quête d’amour, ce côté fabuleux qui me replonge dans les petits émerveillements de l’enfance. Le vocabulaire est recherché, riche et évocateur. L’ensemble est joli, et me pousse à la rêverie.

Mais c’est le fond de votre poème qui m’intéresse davantage. Un fond avec une grande profondeur, qui me laisse méditatif. Je peux facilement comparer mon âme à ce vieux loup de mer. La vieille pinasse me fait songer à la platitude de mon intériorité. Comme l’espar sert à manœuvrer le bateau ; la joie, la reconnaissance, l’amour, les valeurs, … servent à manœuvrer mon âme vers de magnifiques horizons. Mais l’espar est abattu ! Et le vent dans la voile s’est tu : c’est le désespoir, plus rien ne fait avancer ce vieux bateau à fond plat, même pas les chances du hasard ou de la providence, représenté ici par l’élément naturel. Croupit dans les noirceurs de mon âme, je ressasse les misères de mon existence. Vos mots sont semblables à une peinture réaliste : ils dépeignent avec beauté l’état de mon âme ; l’état d’un être humain en dépression, qui n’arrive plus à avancer.

Ce babil doux-amer, ce chant de libellule qui obsède le vieux loup de mer, n’est-ce pas mon petit espoir de vivre d’amour malgré ma solitude ? J’aime particulièrement votre expression « doux-amer ». Elle décrit avec un vaste champ de réflexion toute l’ambivalence de l’amour. Mon cœur d’amadou veut en entendre le doux arpège qui apporte sérénité, plaisirs et confiance. Car mon cœur d’amadou croit en l’amour, seul sujet capable de lisser les nœuds de l’âme, tout comme la bonté défait les nœuds de l’égoïsme, ou la paix ceux de la guerre. Mais il sait aussi que l’amour est un chemin difficile, rempli d’incompréhensions, de compromis, de sacrifices, de combats et de blessures. Alors le vieux loup de mer tourne le dos à cette petite voix bleue.

Mais ici, à travers cette voix de l’espoir et du rêve, vous stimulez l’homme à agir, car au final, chacun est le navigateur de son âme. « Défais-toi de ton bât de désespoir et hume ». « Mets le cap sur bonheur, hisse ton pavillon par-dessus les chagrins ». « Sans peur du tourbillon, laisse voguer ton rêve ». Ces mots disent que l’amour est un éternel présent, qu’il est là dans l’air, tout autour de nous, prêt à être humé à chaque instant, et qu’il dépend de nous de le saisir. Je comprends votre poème comme une invitation au lâché prise, une invitation à vivre ses rêves sans plus redouter quelques obstacles encore inexistants qui peuvent inciter le vieux loup de mer à ne pas prendre la route. Non seulement c’est joliment dit, mais en plus c’est porteur. Et ce vieux solitaire, ce marin pouvant représenter n’importe quel être humain en proie à la détresse, se sent alors éperonné, sous la protection de cette demoiselle qui supplante peurs et chagrins par de simples mots. C’est ce qu’on peut appeler la puissance des mots. Alors que ses pensées sont lourdes comme des pierres, votre libellule les rend aussi légères qu’un oiseau, et :

« Vers la félicité sans plus aucuns détours, du quai solitude, il largue les amours pour son ultime ronde ».

Comme c’est magnifique de pouvoir larguer les amours d’un quai de solitude. Je peux toucher ici à l’amour dans ce qu’il a de plus pur ; celui qui donne sans rien attendre en retour.

Merci pour votre partage.


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