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Poésie contemporaine
Boutet : À ma Loire
 Publié le 28/06/26  -  9 commentaires  -  2030 caractères  -  76 lectures    Autres textes du même auteur

« Plus mon Loire gaulois, que le Tibre latin. »

Joachim Du Bellay


À ma Loire



Fleuve ! Serpent d’acier sur mon sol étiré,
Tu t'écoules au bord des couvertures vertes
Où des troupeaux d’albâtre en tes berges ouvertes
Viennent boire l’eau vive au calice azuré.

Ton onde se déverse ainsi qu’une avalanche
Ou s’étale et paresse en rythmes langoureux,
Pilastres alignés et se mirant nombreux
Au reflet de ton cours les grands aulnes se penchent.

Tous tes méandres sont par un site envahis :
Nids d’aigles des châteaux, palais à fière allure
Par les siècles posés coiffent ta bosselure
Et brillent sur ton front, phares de mon pays.

Coule, coule, ma Loire, ô source inépuisable,
Parmi les graviers blonds arborés de verdiaux*
Où sous l’astre estival en superbes joyaux
Des sirènes d’amour se dorent sur le sable.

Combien d’enjambements t’exposent leurs dessous ?
Les arches franchissant ton courant, imposantes,
Font se tendre la main aux terres différentes
Et chutent leurs couverts tremblant sur tes remous.

Sillon préhistorique unissant les extrêmes
Par la pente conduit du Massif où tu nais
À ma ville natale, escale en Nivernais,
Je goûte à ton rivage aux délices suprêmes.

Te rejoignant souvent et sans modération,
J'adore contempler ton vallon d’une côte
Ou cheminer songeur près de tes grèves, hôte
À son amphitryon puisant l’inspiration.

Comme deux vieux époux déambuler ensemble,
Faire communiquer ta vague avec mes pas,
Toi glisser, moi fouler les galets ronds ou plats
Et les sentiers tracés sous le vergne ou le tremble.

Compagne des meilleurs ou plus sinistres jours,
Que plaisent à mon cœur les belles étendues
Je resterai fidèle aux saisons épandues
Et nous ferons rimer aimer avec toujours !


________________________________________________________________
* Verdiaux : en patois nivernais, des buissons qui naissent sur les grèves en été.


 
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   Passant75   
9/6/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Heureux qui comme écrit
L'amour de son pays.

S'inspirant de du Bellay, l'auteur chante les beautés de sa région baignée par la Loire. Rien ne semble valoir "la douceur nivernaise". Une déclaration d'amour aux nombreuses images, j'ai notamment apprécié "Combien d'enjambements t'exposent leurs dessous ?". Le fleuve est ainsi personnifié et devient une compagne à laquelle l'auteur promet fidélité.

Même si clore le poème par l'association d'amour avec toujours a une très longue barbe blanche, le choix d'user, dans le registre de la poésie contemporaine, d'alexandrins et de rimes ajoute au plaisir de la lecture et crée un sentiment de douce nostalgie.

   LeChevalier   
13/6/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Quelle chance d'être originaire d'un pays aussi riche en beautés, en châteaux, en poètes... bref, en tout. Il fallait bien un long poème pour parler du fleuve le plus long de la France. Je ne suis pas amateur des quatrains embrassés, mais ici je les ai trouvés bien faits, ma foi, avec rimes intéressantes et une syntaxe aussi pompeuse et calme que nécessaire. La majesté. Si le texte contient des références à l'oeuvre de J. Du B., elles m'ont échappé, je suis désolé.

J'ai bien aimé la première strophe (irai-je jusqu'à dire que c'est ma préférée ?), sans doute en raison de sa qualité oratoire, de cette fière apostrophe qui l'ouvre et des images qu'elle contient.

LeChevalier en EL

   BlaseSaintLuc   
13/6/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
"Plus mon petit Liré, que le mont Palatin,"

moi, je citerais "La Loire, Agnès et les Garçons",
roman de Maurice Genevoix, car Genevoix et la Loire, c'est aussi toute une histoire !

Mais revenons à nos berges , ce texte reflète très bien toute la passion de l'auteur pour son sujet ;
c'est de là que le texte tire toute sa qualité.

Et puis, on y est presque, au bord de cette Loire, et avec la chaleur, on y tremperait bien les pieds !

Merci pour ce beau texte .

   Cyrill   
19/6/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Un poème qui coule à la lecture, avec une lenteur majestueuse. Presque trop d’emphase mais en amour on ne compte pas. Certains quatrains (le 3, le 6) tournent hélas à la brochure touristique et cassent l’émotion d’un regard plus personnel, comme je le lis par exemple dans le pénultième et le dernier. Trois vers que j’ai proprement adorés, si j’excepte le verbe communiquer dont la sonorité me chiffonne :
« Faire communiquer ta vague avec mes pas,
Toi glisser, moi fouler les galets ronds ou plats
Et les sentiers tracés sous la vergne ou le tremble. »
La communion (tiens : communier... Arf, manque un pied) du locuteur avec le fleuve se ressent, le fleuve prend son sens et sa raison d’être pour lui.
Merci pour le partage.

   Provencao   
28/6/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour Boutet,

J'ai beaucoup aimé ce Fleuve qui m'illusionne discrètement par une exquise et fine musique de la nostalgie. Un frisson au temps le traverse, dans un joli mouvement qui plaît à nos coeurs.

J'aime cette caresse et cet écho du temps qui se font consonnance.

Au plaisir de vous lire,
Cordialement

   rendu   
28/6/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Une fresque magnifique sur le dernier fleuve sauvage d'Europe où l'on devine que l'auteur a mis tout son coeur dans cette composition.
Une première partie descriptive et un final plus personnel où le poète rejoint son fleuve
pour semble-t-il ne jamais vouloir le quitter même s'il sait pertinemment
qu'il partira avant lui car l'éternité s'incarne dans la nature originelle. ( fleuve, montagne, etc...)

   Cristale   
28/6/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour Boutet,

Un hymne à la Loire aux vers rafraîchissants de poésie, de cette poésie qui réfléchit au fil de l'eau les pensées vagabondes du promeneur qui aime son fleuve et sa région.

Le choix des synérèses est intéressant, les rimes sont d'autant plus légères tout en restant chantantes.

L'ensemble offre un joli poème, vivant, riche en images.

   Damy Cantarrieu   
28/6/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Vraiment une belle ode à ce long fleuve tranquille sur la rive duquel je vécus ma vie estudiantine à l'ombre des tourelles d'un vieux château et du clocher de la cathédrale Saint Gatien.

"Comme deux vieux époux déambuler ensemble,
Faire communiquer ta vague avec mes pas,
Toi glisser, moi fouler les galets ronds ou plats
Et les sentiers tracés sous le vergne ou le tremble."

Tout un pèlerinage.

   marcolev   
28/6/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Bonsoir Boutet,

À travers cette succession de tableaux, le fleuve est à la fois paysage, mémoire et confident.
Mais surtout certains passages coulent comme le fleuve qu’il célèbre.
Les différentes parties s’enchaînent bien. Le souffle est contemplatif, parnassien et plaisant.
Le choix de certains mots pourrait être discutable notamment « pilastres » qui est un élément quadrangulaire...

On se laisse volontiers mener au fil de l’eau, merci de ce joli poème


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