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Poésie libre
framato : Ma pomme
 Publié le 05/06/26  -  11 commentaires  -  941 caractères  -  177 lectures    Autres textes du même auteur

C'est partout le bruit des bottes.


Ma pomme



joli fruit aux oreilles décollées
prune brune cravatée
et lèvres bien lippues
pas de l’oie

pas de toit
pas pour toi
belle orange
toi t’es pas d’ici

chez toi
les grenades
sont rouges
de sang quand elles éclatent

chez toi
l’air
tout droit sorti de fûts largués
brûle les poumons


pas de toit
pas pour toi
belle orange
toi t’es pas d’ici

la prune brune aux oreilles décollées
marche au pas de l’oie

ce fruit veut me faire croire
belle orange
que tu manges mon pain

il veut me faire croire
belle orange
que tu voles mon air

le fruit aux oreilles décollées
la prune brune qui marche au pas de l’oie
te fait peur
belle orange

le fruit aux oreilles décollées
me fait peur

et pourtant
je suis une pomme.


 
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Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   Curwwod   
13/5/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Une subtile évocation de l'idéologie puante des fascistes et nazillons de tout poil par le biais d'une jolie métaphore fruitière dont les couleurs permettent d'identifier l'origine (prune brune cravatée marche au pas de l’oie :rappel des uniforme nazi, pas de toit belle orange : d'outre méditerranée, les grenades sont rouges de sang : ...)
et le comportement de chaque symbole :( racisme : que tu manges mon pain, belle orange toi t’es pas d’ici), (génocide, répression : l'air sorti de fûts largués brûle les poumons, ici je pense à la Syrie d'El Hassad et aux manifestations d'Iran).
La pomme symbolise ceux qui croient ne rien craindre de la peste brune et pourtant elle n'est pas bien loin et nous guette sous des dehors doucereux.
Cette belle condamnation des dictatures passées, présentes et à venir, est exprimée sans langue de bois, de façon minimaliste et percutante dans une langue au vocabulaire précis, sobre et expressif.
C'est un très beau travail très inspiré.

   Passant75   
13/5/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Le poème dénonce la peur de l’étranger et les mécanismes de propagande qui sont utilisés. Choisir, pour ce faire, un univers de fruits est une idée originale. Par ailleurs, si le refrain « pas de toit / pas pour toi » est simple, il n’en est pas moins efficace, car il reproduit la logique répétitive du rejet.

La référence au fascisme avec « la prune brune » et « le pas de l’oie » ne fait pas dans la nuance, tout est immédiatement lisible, presque démonstratif, ce qui réduit la portée poétique. On a presque l’impression d’un tract versifié !

Le poème gagne cependant en profondeur avec la chute finale, « et pourtant / je suis une pomme » qui introduit une dimension d’autocritique intéressante. Au final, c’est un texte engagé et sincère, mais qui touche plus par son atmosphère et son rythme que par une recherche de beauté formelle.

   Ornicar   
20/5/2026
trouve l'écriture
convenable
et
aime bien
Un p'tit poème en guise de recette pour nous mettre en appétit ?
Allez ! C'est parti, suivez le chef. Réservez quatre beaux fruits bien juteux parvenus à maturité : une prune, une orange, une grenade, une pomme. Disposez au milieu un morceau de pain (bien blanc le pain, c'est mieux pour le storytelling). Brodez une historiette à peu près plausible pour lier le tout, laissez courir votre imagination, portez à ébulition puis servez sur la table bien chaud. Ou plutôt bien frappé.

Sans être forcément explosif en bouche - c'est pas du brutal ! - le cocktail poétique obtenu se laisse boire. Avalé d'un trait, il a l'avantage de m'avoir fait sourire sans que je me noie et me traîne par la suite un mal de crâne carabiné. Ce p'tit texte, à l'heure où la politique et ses relents de basse cuisine s'invitent dans nos assiettes ne manque pas d'à propos. Question timing, entre la polémique "Master Poulet" et les réunions du "Canon français", c'est du tout bon. Un vrai travail de pro. Et Dieu sait que, derrière le comptoir comme en politique, le timing revêt une importance cruciale.

Au plan gustatif, la troisième strophe, très imagée ("chez toi / les grenades / sont rouges / de sang quand elles éclatent") apporte, de par ses possibilités multiples d'interprétation, une réelle plus-value poétique. C'est d'ailleurs cette strophe, que je trouve très réussie, qui me pousse à déposer ce commentaire.
Sur la longueur, il me semble néanmoins observer une certaine dilution et affaiblissement. Pour un effet boeuf, le dosage dans l'expression me semble à revoir. Ainsi, certains vers me paraissent trop explicites ou appuyés, notamment vers la fin, comme ici : "la prune brune aux oreilles décollées / marche au pas de l’oie" ou encore "le fruit aux oreilles décollées / me fais peur". Au final, pour moi, l'ensemble devient caricatural et perd un peu de sa force. Plus de subtilité et de finesse dans l'expression n'aurait pas nui à la puissance de la charge.
Mais j'ai apprécié l'originalité du mélange, le choix des ingrédients, les agrumes en particulier, qui, à l'inverse, ont le bon goût d'allier de façon discrète et non tapageuse leur couleur exotique et leur saveur acidulée. La métaphore est parlante, tout le monde comprend sans qu'il soit nécessaire d'en rajouter.

La petite note d'amertume dans le propos que je crois déceler en fin de bouche ("et pourtant / je suis une pomme") est bienvenue. Mais le narrateur aurait pu aussi bien faire le choix d'une poire sans que l'issue, possible mais pas certaine, s'en trouve modifiée. Pourquoi ? Parce que, hélas, le ver est déjà dans le fruit. Santé !

Ornicar

   LeChevalier   
5/6/2026
J'ai cru lire l'histoire d'une jeune fille (fruits du genre féminin, « aux oreilles décollées ») immigrée (« pas d'ici ») d'un pays en guerre (« fûts largués ») et devenue SDF (« pas de toit ») dans un pays méfiant (« veut me faire croire »).

Cependant, au total je n'ai pas aimé le texte. Pourquoi ? Je le trouve déséquilibré : trop osé dans la comparaison aux fruits, trop réservé de par l'absence d'un avis clair. S'il faut bien laisser deviner des choses, je trouve qu'ici c'est exagéré. J'ai l'impression, personnellement, d'un manque d'affirmation.

   Eskisse   
5/6/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour Framato,

J'ai trouvé judicieux le détour fruitier; cela rend la dénonciation plus subtile et signifie peut-être que à leur début ces différents pouvoirs veulent apparaître inoffensifs, se masquent.

Je ne suis pas toujours fan des poèmes engagés mais là, la l'argumentation indirecte me plaît.

Le plus dérisoire, c'est que les fruits finissent en nature morte !

   Cyrill   
7/6/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Salut Fram.
Il y a de toutes les variétés dans ce panier, pourtant les fruits ne font pas toujours bon ménage entre eux. L’éthylène contenu dans certains, comme la prune, accélère la maturation et donc le pourrissement. Eh ouais, j’ai fait quelques recherches !
La peste brune est parmi eux, son « pas de l’oie » répond à l’orange : « pas de toit / pas pour toi ».
Grenade ! où coule le sang de la répression durant la guerre d’Espagne.
Fruit après fruit, les allusions sont acides, amères, et exquises à la lecture.
Un poème libre – et et pour le propos c’est important – qui a la pêche et se joue du sens, où la pomme n’est pas si poire qu’elle le dit. À moins que son pourrissement ait commencé dans la proximité des prunes.
Merci pour le partage.

   Lariviere   
8/6/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Coucou Fram !

Déjà, c'est une grande joie de te retrouver aussi côté auteur !

Et en plus de constater que tu n'as pas perdu la main ;)

J'ai beaucoup aimé ce poème.

Le fond, bien sur, me touche particulièrement. Ce qui se passe actuellement en France, en Europe, aux USA est flippant et dangereux et particulièrement grave. J'espère que "le monde" en a conscience. C'est le retour des populistes, des discours simplistes, de la force brute et des droites extrêmes, malgré ce qu'elles ont amenées comme horreur et comme chaos, comme abomination humaine, il y a à moins de cent ans. Qu'apprenons nous de nos erreurs ? Ce point est assez démoralisant. Le racisme décomplexé prolifère, par des mots, par des actes, par des pensées. Le schéma est toujours le même, seul le bouc émissaire, leitmotiv efficace et éternel de l'extrême droite, change de couleur de peau et d'origine.

Sur la thématique donc, j'adhère à 200% et je suis content (soulagé) de lire des choses chez les poètes sur ce thème, vu l'urgence.

Sur la forme et sur la réalisation d'ensemble je suis plus que convaincu.

Il y a quelques choses de ta patte personnelle, dans la construction et le choix des images, ca flirte avec un certain minimalisme, mais c'est très abouti. Les images, le rythme, les sonorités sont exprimés dans une tonalité naïve qui est touchante, donne de la tendresse et de l'impact, car c'est tout à la fois léger et profond (profond par cette alternance d'images : certaines sont légères, certaines sont fortes et précises, tapent et argumentent pile poil), et qu'ainsi ca procure pour moi beaucoup d'émotion et ca reste agréable à lire et à entendre. Et l'aspect presque chansonnier, que tu avais déjà souvent, est ici encore présent.

Enfin, j'ai beaucoup aimé le final : il possède à mon avis un double sens et sur le second sens en forme d'avertissement, il m'a rappelé cette citation du pasteur Martin Niemöller, qui est devenu célèbre :

"Quand les nazis sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste.

Quand ils ont enfermé les sociaux-démocrates, je n’ai rien dit, je n’étais pas social-démocrate.

Quand ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste.

Quand ils sont venus me chercher, il ne restait plus personne pour protester."

Merci encore pour cette lecture, au plaisir de te lire et bonne continuation !

   Laurent-Paul   
10/6/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour framato,
je découvre votre texte et j'écris sans l'avoir relu tant il m'a plu ; je ne sais pas si on peut parler de métaphore filée, mais je pense que l'intention est claire. Moi qui adore les fruits et les prunes en particulier, je suis servi.
La vision d'une prune brune marchant au pas de l'oie est tellement juste visuellement et bien trouvée qu'elle va faire ma soirée et sans doute un peu plus encore !
Et puis vient cette orange qui mange du pain. Nouvelle belle trouvaille !
C'est un beau travail, léger mais qui dit des choses graves d'un ton sautillant, frais, fruité oserais-je dire.
Pourtant le sujet est grave et les vilaines prunes brunes cravatées au bras tendu défilent à nouveau dans nos rues...
Au plaisir de vous relire !

   hersen   
11/6/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
’jour Fram,

"Toi t’es pas d’ici !" Oulà!
D’ici ou là, ça gagne du terrain, une terre bien riche bien acide.
Mais gardons les pieds sur Terre dans son entièreté.
Botaniquement, c’est moins con qu’humainement : ça voyage. Les visas, ça s’en tamponne.
Alors ton texte, je l’ai lu avec un sourire en coing, du même jaune. Et puis maintenant, j’aimerais bien qu’il fasse datte, parce que.

Parce que quand je lis ici ce que j’ai pu lire fort récemment, le commerce des oranges va en prendre un sale coup.
Enfin, ce serait logique. Mais finalement, on préfère presser le citron autant qu’on peut, ça on le tait, mais on le sait, et casser de la canne à sucre sur des dos tout trouvés : toi t’es pas d’ici, des "toi t’es pas d’ici, tu manges mon pain", pain abondamment tartiné de fraise ou de noisette, et qui c’est qui les cueille, les ramasse, pour que les "d’ici" ne les paie pas trop cher ?

Et encore, avec la salade que tu nous sers, j’en reste au domaine agricole, bien connu de moi. Mais chacun peut extrapoler dans ses domaines de prédilection.
Alors que dire ?
Ah si, l’abricot !
L’abricot a choisi ses routes, il s’est epanoui de deux branches principales, une plus au nord, un plus au sud. Il y est bien.Et ca se mélange bien.Comme quoi, l’Homme pourrait s’asseoir par Terre, au lieu de courir partout, et profiter du fruit de ses reflexions qui, forcément, à plus ou moins long terme, devraient aboutir.
Non ?

Merci Fram, pour ce poème, pour ces sujets qui toujours perdurent. Ne pas lâcher. Mais toujours revenir au noyau de ce qui fait notre. humanité. Un p’tit poème qui voit grand.

Sur ONIRIS, oui.

   BlaseSaintLuc   
13/6/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
J'ai loupé mon tour pour commenter le fruit frais, maintenant c'est un peu tard, surtout que l'auteur nous a refilé les clefs.
Avec les clefs, c'est sûr, on ouvre le cabanon et vlan, on se prend la salade en pleine poire !
Je prends une posture prudente en appréciant bien, mais sans en faire de trop
(j'aurais l'impression de tricher pour avoir vu la fin du film).

C'est que, sans le décodage, le texte est un peu dans l'ombre (vu le thème...).

Merci à l'auteur.

Le fond est très profond de sens.

   framato   
15/6/2026


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