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Poésie libre
Passant75 : Fidèles sont les gestes
 Publié le 12/09/26  -  9 commentaires  -  1621 caractères  -  72 lectures    Autres textes du même auteur

« Ceux que nous avons aimés et que nous avons perdus ne sont plus où ils étaient, mais ils sont toujours et partout où nous sommes. »
(Alexandre Dumas)


Fidèles sont les gestes



Chaque matin, la maison recommence.

Les volets s'ouvrent
avec leur plainte familière.
La lumière entre,
douce et silencieuse.

Sur la table,
une seconde tasse n'est plus là.
Pourtant la main hésite,
comme si le vide
avait gardé sa place.

Dans l'armoire,
les vêtements demeurent.

Le tissu ne porte plus de parfum,
mais conserve encore
le pli d'une épaule,
l'ombre d'une présence.

La chaise reste légèrement écartée.
Le livre attend,
refermé sur une page
que personne ne reprendra.

La maison ne connaît pas l'absence.

Elle répète.

Le même couloir.
La même poignée.
Le même pas ralenti
à l'approche de la chambre.

Ce ne sont pas les souvenirs qui reviennent.

Ils demeurent plus loin,
dans la pénombre des jours,

Les gestes, eux,
habitent les mains.

Ils ouvrent une fenêtre,
redressent un coussin,
frôlent le dossier d'une chaise
avec une douceur demeurée intacte.

Ils traversent les saisons
sans rien demander au temps.

Comme l'eau retrouve la pierre
qu'elle a longtemps façonnée,
ils retrouvent le chemin
d'une présence ancienne.

Puis vient cet instant,
presque imperceptible,

où un geste s'interrompt,

où le silence,
plus lent que le jour,
s'assied à la table.

Alors l'absence
n'est plus un souvenir.

Elle devient une manière
de continuer à vivre.


 
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Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   Pussicat   
28/8/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Difficile de faire court en EL pour commenter un texte aussi long, riche d’ouvertures, de portes, de fenêtres, de liens.

J’aime beaucoup l’idée première de la maison qui vit (« Chaque matin, la maison recommence »), qui semble respirer par le geste, ne dit-on pas habiter une maison, la rendre vivante par nos gestes qui l’habillent, par nos répétitions, nos habitudes, par nos souvenirs de gestes qui « demeurent plus loin, dans la pénombre des jours, » parce que là, c’est le présent toujours recommencé.

« La maison ne connaît pas l'absence. », elle garde en mémoire les gestes toujours recommencés, « Elle répète. ».

Les gestes donnent vie à la maison qui recommence, avec ce gage d’indépendance des objets qui mènent leur vie comme des grands : « Les volets s'ouvrent » seuls « avec leur plainte familière. », « La lumière entre, douce et silencieuse. », « Dans l'armoire, les vêtements demeurent. », « La chaise reste légèrement écartée. Le livre attend, », je pourrais continuer et citer toute la première partie.

La deuxième partie développe l’origine du geste (« Les gestes, eux, habitent les mains. »), sa fonction, de sa naissance à sa fin, une fin qui se fait silence, absence, devient matière pour habiter la maison.

Un texte magnifique sur la mémoire, le souvenir, la perte, les empreintes, les traces laissés, moins fan du titre et son inversion.

   Polza   
12/9/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Je suis désolé de ne pouvoir mieux commenter votre poème pour l’instant, mais j’ai 11 invités ce soir et je dois commencer à éplucher mes patates pour le gratin dauphinois (un vrai, sans gruyère)…

Je tenais néanmoins à saluer la poésie de ce poème dès le premier jour de publication !
Tout est dit avec élégance et retenue, c’est vraiment une poésie libre très réussie et ceux qui vous suivent depuis vos débuts sur Oniris savent bien que vous écrivez sans IA, rassurez-vous…

J’essaierai de revenir sur votre poème plus tard (et j’ai aussi celui de Cyrill à commenter en premier)

   Eskisse   
12/9/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour Passant 75

C'est très beau; vous avez fait vivre cette maison avec grâce. Par des personnifications adroites. Vous l'avez douée de volonté.
Elle semble habitée par des fantômes-automates...
C'est une maison qui paraît "vide mais qui se révèle " pleine" : emplie de tissus, de "pli d'une épaule", de gestes....
On suit un parcours : entrée de qqun dans une maison "vide". "la main hésite "serait sa main.
qqun qui connaît cette maison et reconstitue les gestes de ses habitants.

L'absence est une manière de continuer à vivre fait écho chez moi.

Merci pour ce très beau poème.

   Cristale   
12/9/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour Passant,

Voici un poème libre tout à fait plaisant en lecture. Libres vers pour un enfermement de la pensée axée sur la présence d'une absence, absolument touchante, entre les murs d'une maison vivante de tous ses souvenirs.

L'écriture est fine, légère, qui met en scène les objets du quotidien de façon familière, et familiale oserais-je dire. Les "choses" parlent où tout semble suspendu au temps qui ne s'écoule plus.

Très beau poème !

Merci.

   Boutet   
12/9/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Un joli texte en forme libre qui semble s'apparenter à du Prévert et ses inventaires de la maison.
Lorsque les maisons ne sont pas vidées rapidement, la passé devient du présent pour celui ou celle qui reste. C'est pourquoi, j'espère m'en aller le premier.

   Lebarde   
12/9/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Faire vivre le vide et l’absence par habitude, dans des gestes contenus; quelle magnifique idée pour un sujet somme toute tellement de fois traité…mais ici avec tellement de subtilité et délicatesse.

« Ce ne sont pas les souvenirs qui reviennent »…non ils sont là, figés dans le silence du présent qui se poursuivra demain…
Très touchant poème, très jolie écriture faite de simplicité et de sérénités mélancoliques qui demande au temps de s’arrêter sur des instants et des gestes d’hier éternellement présents.

Bravo je suis ému et comblé.

Merci Passant

   Marite   
12/9/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Superbe poème évoquant avec une subtile justesse l'atmosphère qui enveloppe et accompagne la personne qui reste seule après le départ d'un compagnon ou d'une compagne. Tous les mots sont d'une justesse étonnante et rien n'est oublié ...
Le passage que je préfère :

"Ce ne sont pas les souvenirs qui reviennent

Ils demeurent plus loin
dans la pénombre des jours

Les geste, eux, habitent les mains "

Traduire la réalité vécue en ces moments de façon si simple mais si belle est tout simplement remarquable et merveilleux, c'est là tout le pouvoir de la poésie telle que je la conçois.

   Provencao   
12/9/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour Passant75,

"La chaise reste légèrement écartée.
Le livre attend,
refermé sur une page
que personne ne reprendra"

Le vide coloré par ce livre qui attend, infère par l’absence, la forme de présence, une présence qui se décline certes à partir de ce qui n’est plus mais où ce qui n’est plus, se rapporte à un passé qui n’est pas révolu donc qui fait face à l’oubli.

J'ai beaucoup aimé cette absence n'essaimant pas l'éloignement, mais au contraire s'animant à la proximité.

Au plaisir de vous lire,
Cordialement

   BlaseSaintLuc   
12/9/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
En nouvelle comme en poésie, parfois c'est l'angle d'attaque qui est déterminant, et là, on peut dire que l'auteur ne s'est pas planté.

Quelle belle idée que de déléguer aux gestes du quotidien le souvenir, la charge du manque, mais quelle solitude, quel fantôme !

C'est un texte très original pour un thème rebattu ; c'est vertigineux, d'une telle délicatesse, c'est beau, simple, tendre.


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