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Poésie contemporaine
Robot : Ailleurs…
 Publié le 18/01/21  -  16 commentaires  -  1654 caractères  -  200 lectures    Autres textes du même auteur


Ailleurs…



J’ai dépassé le rêve après un long voyage
pour découvrir un monde où j’étais étranger ;
des éblouissements, des chants à partager,
des lointains sans relief à peine paysages.

Modifiant la couleur de brumes indécises
les horizons vibraient comme un vent métallique.
Cent soleils expulsaient des sons mélancoliques
qui flottaient, agités, en longues vagues grises.

Pour former une phrase impossible à traduire,
incessants tourbillons d’un étrange ballet,
des alphabets vivants se croisaient, s’emmêlaient,
hélas à peine lus avant de se détruire.

C’étaient des poésies d’arpèges lumineux
où se noyaient des mots parfumés de silence,
des éclairs fugitifs, des éclats de conscience
sans logique et pourtant ardents comme des feux.

Et loin, plus loin, très loin, l’espace déployé :
une illumination aux rives éclatantes
m’attirait, m’attirait… si belle et séduisante !
Vers elle j’avançais sans pouvoir résister.

Une clameur soudaine arrêta mon élan :
« revenez ! » « revenez ! » me semblait-il entendre.
Quand je me retrouvai j’étais dans une chambre
sur un lit d’hôpital… Retour chez les vivants !

J’ai parcouru le temps d’une étoile filante,
des minutes vécues comme une éternité ;
l’illusion de plonger dans l’ultime beauté
d’un abîme rempli d’attentes rayonnantes.

Cette vive impression était-ce une chimère,
un appel pour ailleurs, un signe, un autre port ?
Je ne saurais le dire… Un prélude à la mort ?
L’ai-je vraiment vécu ce chemin de lumière ?


 
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   socque   
3/1/2021
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
En lisant ce vers
qui flottaient, agités, en longues vagues grises
j'ai su que je commenterais votre poème ; je le trouve fort beau, simple et visuel.

Sinon, ben, à mon goût l'ensemble apparaît trop flou, nébuleux, pour vraiment m'entraîner ; puis je me rends compte qu'il est question d'une expérience de mort imminente suivie d'un réveil à l'hôpital... Soit, mais cette conclusion me semble bien prosaïque ! Une mention toutefois pour le dernier vers qui me plaît.

   fugace   
4/1/2021
 a aimé ce texte 
Passionnément
Le voyage dans cet "ailleurs" est époustouflant!
Un flot d'images flamboyantes qui frappent avec justesse, tout est magnifique.
"Cent soleils expulsaient des sons mélancoliques", "des poésies d'arpèges lumineux où se noyaient des mots parfumés de silence", "l'illusion de plonger dans l'ultime beauté d'un abime rempli d'attentes rayonnantes"...
Puis, le retour à la vie, avec une pointe de regret et l'interrogation de savoir si on a vraiment vécu ce chemin de lumière.
Merci pour cette petite merveille

   embellie   
11/1/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
L'auteur nous conduit jusqu'à la frontière entre la vie et la mort.
Il nous fait part de ce qu'il a ressenti à l'approche de la mort, qui n'a pas voulu de lui cette fois-ci.
J'aime cette idée de la représentation d'une fin de vie qui n'a rien de terrorisant.
J'apprécie que l'auteur n'ait fait aucune allusion mystique.
J'ai déjà lu des témoignages sur ce sujet, qui nous concerne tous, mais l'exprimer en poésie est original et lui confère une esthétique particulière.
La description qu'il fait de ces instants nous les montre si beaux, si agréables « l'illusion de plonger dans l'ultime beauté d'un abîme rempli d'attentes rayonnantes » - « C’étaient des poésies d’arpèges lumineux où se noyaient des mots parfumés de silence, des éclairs fugitifs, des éclats de conscience sans logique et pourtant ardents comme des feux » que le côté dramatique de la mort est gommé, d'autant plus que dans cet écrit la vie gagne contre la mort. Ce happy end nous réconforte.
Merci du partage.

   papipoete   
18/1/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
bonjour Robot
Je crois que j'ai dû rêver ; mais au lieu de rester dans son cadre, je me suis téléporté au-delà de lui ! Ca parlait une langue inconnue, avec des histoires qui zébraient mon cerveau d'arcs d'aurores boréales... Je n'étais ni le héros, ni le méchant du film, je le vivais comme au commandes d'un vaisseau incontrôlable, mais qui, tombant d'une route n'arrive jamais au fond !
- revenez, revenez ! réveillez-vous, réveillez-vous !
NB un mauvais rêve dans un lit mécanique, avec des " bip " de tout côté et l'infirmière qui vous " ressuscite " d'une mort interrompue.
Et l'on s'interroge ; suis-je allé jusqu'à la porte du trépas ? et au dernier moment, mon cerveau irrigué de sang a-t-il crié " halte-là, je ne vais pas plus loin ! "
Personnellement, je tâtai à ce sommeil fort souvent, et me souviens dire ces mots à ma mère me veillant ( on venait de m'opérer des petons ; avais deux gros plâtres en guise de botte intégrale ) " enlèves-moi mes godasses ! " je n'aurais jamais en possession de mes moyens dit " enlèves... mais " tu ne peux pas me retirer mes chaussures ? "
Je connais cette route que nous montre l'auteur, et voici un texte l'illustrant fort à propos ! Distances, couleurs, bruits, tout y est !
la 4e strophe est ma préférée
texte écrit en synérèse : chaque vers me semble mesurer 12 pieds

   Dugenou   
18/1/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Robot,

Le sujet est original : une expérience de mort imminente, ce fameux tunnel avec au bout, sensations, sons, couleurs imprécises, comme l'accession à la connaissance universelle propre aux défunts, une accession aussi au statut divin, où le tout est l'être au delà de tous les êtres, et chacun une part infime de ce tout.

Vous avez réussi à évoquer cet ineffable, bravo !

Dugenou.

   Castelmore   
18/1/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Robot,

Le dernier quatrain vous est indispensable ?
Pourquoi choisir pour le lecteur le moment où la raison force chacun à l’abandon du rêve, au retour à une réalité blafarde ... Supprimez le je vous en prie et laissez nous planer encore le temps qu’il nous plaira dans les limbes où
« les horizons vibraient comme un vent métallique.
Cent soleils expulsaient des sons mélancoliques
qui flottaient, agités, en longues vagues grises /
des alphabets vivants se croisaient, s’emmêlaient,
hélas à peine lus avant de se détruire./
où se noyaient des mots parfumés de silence,
sans logique et pourtant ardents comme des feux...»

Il me semble que les deux vers
« Quand je me retrouvai j’étais dans une chambre
sur un lit d’hôpital… Retour chez les vivants ! »
suffisent à conduire sur les rives du réel où chacun peut reprendre les rênes... au pas, au trot ou au galop suivant son rythme...

Peut-être, pour ne pas éliminer totalement votre intention, mettre en exergue les deux vers extraits de cet ultime quatrain :

« Cette vive impression était-ce une chimère,
Ai-je vraiment vécu ce chemin de lumière ? »

Pardon pour cette suggestion appuyée qui dépasse très largement le cadre de mes remarques habituelles, mais cette strophe m’a fait m’écraser à l’atterrissage d’un vol au travers d’un éther que j’ai rarement parcouru.

Merci pour ce voyage d’une rare poésie.
Castelmore

   Cristale   
18/1/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Une jolie façon de décrire cette ascension vers la phase terminale et heureusement un voyage...avec retour.

De très belles descriptions nous offrent des images hautes en couleurs non dépourvues de quelques hypnotiques décibels.
"...
des éblouissements, des chants à partager,
des lointains sans relief à peine paysages.

Modifiant la couleur de brumes indécises
les horizons vibraient comme un vent métallique.
Cent soleils expulsaient des sons mélancoliques
..."

Vaste sujet concernant l'EMI, mais ainsi décrite, l'approche du point final est moins angoissante.

Beau moment de lecture.
Bravo Robot et merci du partage.

Cristale

   Davide   
18/1/2021
Bonjour Robot,

Le narrateur rapporte dans ce récit son expérience de mort imminente, jusqu'à percevoir cette fameuse lumière parée d'amour, et s'interroge sur la nature et la réalité de cette expérience.

Eh oui, la poésie, éperonnée par la magie de ses images, a le pouvoir extraordinaire de franchir la frontière de l'indicible et de la mort, de se jouer du réel et de ses limites. Pourtant, comme le déclare Christiane Singer, "quand quelqu'un vous raconte qui il aime et comment l'amour l'a harponné, ce qu'il a perçu reste invisible autres, à tout jamais !". Les mots détaillent les paysages, tracent les chemins, révèlent les émotions, et c'est cette tentative, que l'on sait vouée à l'échec, que l'on sait inatteignable en soi, qui porte toute la beauté du geste poétique.

Les personnes ayant vécu des NDE décrivent toutes un monde au cœur duquel ils se sentent aimés - ils se sentent "amour" - comme retournés à la maison. En cela, le terme "étranger", dans le premier quatrain, s'entend donc, par rétrospection, comme une intellectualisation, depuis la conscience ré-incarnée du narrateur, de retour dans sa chambre d'hôpital, et non depuis sa perception immédiate. Pour moi, ce n'est donc pas le narrateur qui était "étranger" au monde ici décrit, mais le monde qui lui était étranger, et ce, jusqu'à ce qu'il vive cette étonnante expérience.

Malgré des images assez sages, belles toutefois, et une narration convenue (dès lors que l'on comprend de quoi il en retourne !), je me suis laissé bercer par cette lecture sur un sujet original, ce voyage intérieur, mais quelques passages assez déroutants m'en ont extrait, empruntant une voie peut-être un peu trop prosaïque pour le coup, comme ce retour à la réalité (strophe 6), avec ce "« revenez ! » « revenez ! »" ! ;)

Sinon, j'ai juste trouvé bizarres ce "vent métallique" (le métal m'évoque davantage un lit d'hôpital qu'un monde éblouissant de beauté !) et ces soleils qui "expulsaient..." (le mot "pulsaient" conviendrait beaucoup mieux je crois...).

   sympa   
18/1/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonsoir Robot,

L'expérience de mort imminente est un thème qui me plait et qui a toujours attiré ma curiosité .
Je ne pouvais donc pas découvrir celle du narrateur sans y apposer un commentaire.
De beaux vers et de belles images pour décrire ce court passage dans l'au delà :
La fameuse lumière qui attire, le sentiment de bien-être, de sérénité etc... avant de se réveiller dans un lit d'hopital.

Était-ce un rêve ?
Il paraît qu'après avoir vécu cette expérience, on ne craint plus ou presque la mort
J'ai beaucoup aimé la manière dont l'auteur a décrit ce "voyage" hors du commun.

Merci pour le partage.

   inconnu1   
28/1/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
bonjour,

c'est à la 5eme strophe que j'ai compris de quoi vous parliez, mais peu importe, je m'étais depuis longtemps laissé entrainer par la musicalité. Peu importe le thème, on se laisse bercer. Quand j'entends un adagio, je ne cherche pas à savoir de quoi cela parle, j'écoute et je ferme les yeux. Ici, on ne peut pas fermer les yeux mais on se laisse emporter par les impressions et les adjectifs voire les épithètes y sont pour beaucoup

bien à vous

   Alfin   
18/1/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Robot,
Je ne commente plus en poésie depuis des mois, mais là, impossible de résister. C'est vraiment magnifique.
Le quatrième quatrain est un moment suspendu. A tel point que l'on regrette de revenir sur terre, ne voulez-vous pas prolonger un peu ce voyage par delà la conscience ?

J'ai un peu butté sur le mot "retrouvais" dans le 6e quatrain, il ne m' a pas semblé à sa place, mais cela n'entache pas le plaisir du reste, c'est certain.

Merci et bravo pour cette perle !

   hersen   
19/1/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
j'aime beaucoup ce poème qui, tout en images que je dirais timides, donnent une belle notion d'un inconnu qui ne fait pas peur.

Je dis "timides", mais peut-être que "doux" conviendrait mieux, rien ne heurte, il y a dans ce quasi départ de la sérénité.

Par contre, je me suis un peu cassée la figure devant l'hôpital :))
j'aurais aimé que la chute, ou plutôt le retour, restât dans la même veine poétique.

"des minutes vécues comme une éternité"
je lis ce vers comme un bien précieux au plus haut point.

Merci de la lecture.

   assagui   
20/1/2021
 a aimé ce texte 
Passionnément
bonjour Robot,

Craignant de ne plus te revoir demain,
nous étions tous fort inquiets
de te savoir prendre ce chemin.

De découvrir ici le récit de ton voyage
en nous signant si magnifique paysage
nous rassure et combien enfin.

Car le grand poète que tu es
a su être grand jongleur de mots
pour se jouer du mal et le rendre beau!

   Robot   
21/1/2021

   Louis   
26/1/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Ce poème se présente comme le récit, pourtant assez bref, d’un «long voyage ».
Singulier périple où ne s’effectue aucun déplacement spatial ; on n’y change pas, en effet, de position dans l’espace, on change d’espace, qui n’est plus celui à trois dimensions. Dans ce lieu, qui n’en est pas un, où le voyageur est transporté, le corps absent, tout semble au loin, tout paraît pris dans un lointain, rien ne semble proche, à portée de main, saisissable.
Une visite apparemment déroutante dans un foyer de lumières, impalpable, fuyant, intangible.

C’est un long voyage, parce qu’il emmène loin, plus loin que tout rêve, par-delà toute image onirique : « J’ai dépassé le rêve », est-il dit, dès le premier vers. C’est dire que le monde découvert ici ne serait pas purement imaginaire. D’une consistance telle qu’il ne partagerait pas la nature du songe, il ne serait pas le produit d’un cerveau dans son fonctionnement inconscient et présenterait une objectivité qui en ferait une réalité indépendante du voyageur pourtant embarqué sur la nef de ses fantasmes.
Difficile néanmoins de distinguer le songe de la réalité, tant il est vrai que l’un bien souvent peut être confondu avec l’autre. La certitude du voyageur d’être passé au-delà du rêve repose sur un sentiment, qui n’est pas une preuve, mais une sensation forte et prégnante de se retrouver face à un monde inconnu, très différent de celui auquel on est confronté habituellement.

Ce monde d’au-delà du rêve semble ne pas avoir de dimensions spatiales, dessiné par de mystérieux et indiscernables « lointains sans relief à peine paysages » (v.4). Lieu sans lieu, espace non-spatial, étendue sans véritables dimensions, ce monde se révèle sans proximité, ouvert sur des horizons reculés. Rien ne semble proche, tout se découvre dans un lointain insaisissable.
Existence d’un monde à distance, dépourvu pourtant de toutes distances.

Deux sens seulement interviennent, ou leur métaphore : la vue et l’ouïe, et aussi l’odorat dans une brève allusion : « mots parfumés de silence » ( v. 14).
Ne sont concernés que les sens permettant une perception à distance ; ceux fondés sur un contact direct avec une réalité matérielle, le goût et le toucher, ceux-là sont absents. Il ne se produit aucun contact physique, aucune expérience tactile, aucun test donc de la réalité par le toucher qui est le sens dans lequel a lieu la rencontre originelle avec la réalité matérielle.
C’est que la matérialité n’est pas présente.
En absence : le proche, le contact, le tangible.

Privilégier le toucher, c’est donner la priorité au processus de la pénétration du monde, alors que le privilège accordé à la vue représente, pour reprendre le mot du philosophe Merleau-Ponty, l’attitude du ‘’survol’’. Ainsi « la vue glisse le long de l’univers » : disait Focillon, l’historien de l’art, et ne pénètre pas le monde.
Un monde, oui, que l’on ne peut ‘’tenir en main’’, impénétrable.

Le voyageur ne se sent donc pas enveloppé par ce qui se révèle à lui, pas immergé dans cet univers ; il ne "pénètre" pas dans ce monde qu’il observe en spectateur, « un monde où j’étais étranger » : précise-t-il ( v. 2).
Ce monde ne l’accueille pas comme un hôte attendu.
Il ne s’agirait pas du retour vers un royaume d’où l’on serait venu, l’entrée dans sa ‘’vraie’’ patrie, l’authentique chez soi par rapport auquel l’existence sur la terre ne serait qu’un exil. L’odyssée de la vie ne conduit pas à Ithaque, quittée le jour d’une naissance.
Le voyageur se sent donc « étranger » dans ce monde qui, en apparence, ne serait pas le sien.

Ce royaume, où il n’est pas Ulysse, est à peine visible, tout de lumière plutôt que de matière, mais de lumière éblouissante.
« Des éblouissements » : précise le troisième vers du premier quatrain. Des lumières trop vives, trop éclatantes, aveuglent-elles ? Ou bien fascinations, enchantements, émerveillements subjuguent-ils le voyageur ? Les unes et les autres, sans doute, dans un proche ‘’ravissement’’.

Mais si le visible ne ravit pas encore tout à fait, s’il tient encore à distance par son éclat, c’est l’audible qui se donne, par des « chants à partager », en alliance, en une plongée dans un monde plus pénétrant par son audition que par son éclat visuel ; en une communion avec un chœur du monde dans les voix d’une harmonie, où c’est le vocal qui réalise l’être-ensemble.

Le deuxième quatrain montre ce monde en mouvement, et non figé comme une image d’Épinal. Monde vibratile : « les horizons vibraient comme un vent métallique » (v.5) ; monde sonore, où vibrent les horizons comme un diapason de métal, alors que « cent soleils » pulsent des « sons mélancoliques » (v.6).
Tout un océan sonore se présente au voyageur, où ondulent des vagues sombres et phoniques : « des sons mélancoliques / qui flottaient, agités, en longues vagues grises » (v.8).

Le visuel et l’auditif se mêlent pour composer ce monde en mouvement qui, malgré l’éclat de ses soleils, ses éruptions de lumière, sonne tristement, traversé d’ondes autant sonores que visibles, sombres, dans la tonalité de l’élégie plutôt que de l’euphorie.
Que des soleils « expulsent » du gris et du mélancolique, cela laisse pourtant supposer un mouvement autre que celui de la seule pulsation, le processus aussi d’une évacuation, d’un écoulement de tristesse et de souffrance hors de ce monde où ne doit subsister qu'un pur éclat lumineux, sans part d’ombres et de ténèbres.

Le poème expose un monde de transition, se vidant des noirceurs qui le polluent, pour laisser place à la splendeur ; il révèle un purgatoire, un « bardo » comme l’appelait Antonin Artaud, en référence au Livre des morts tibétain.

Aucune chose ne se trouve dans ce monde, et pas d’animaux non plus pour le peupler ; pas même d’arbres, ni de brins d’herbe, aucune plante, rien, mais foisonnent des mots en vie, « des alphabets vivants » (v.11).
Ce monde s’avère en écriture. Les voix y chantent, et ne parlent pas. La parole, elle, prend la forme écrite, elle se voit. Insaisissable pourtant.
L’écrit est en vie, mais ne se laisse pas lire, résiste à la tentative d’un « traduire ». Cet écrit, n’en est pas vraiment un. Se manifestent plutôt les virtuelles possibilités d’un dire, et d’un écrire. Rien ne s’écrit, mais s’expriment la possibilité et la potentialité, le pouvoir et la puissance de tout dire.
Cette vie des mots est mouvement, par lequel ils se « croisaient », « s’emmêlaient », en un « étrange ballet » (v. 10,11). Leur vie est dans cette danse combinatoire, par laquelle les mots s’associent pour virtuellement faire sens.
Ce monde n’est pas un langage ; il est la possibilité même du langage.

C’est un monde aussi de « poésie » : « poésies d’arpèges lumineux » (v.13). Une poésie associée au son et à la lumière ; c’est la poésie faite monde.
Le langage s’efface dans son dire, dans sa dimension référentielle de désignation, pour ne conserver que celle-là : musicale, chantante, mélodieuse. Il ne reste des mots qu’un « parfum de silence » ; les mots ne disent plus rien, ne dénotent rien, ne s’enchaînent plus selon les règles de la logique, mais éclairent la conscience par leur musicalité.
Par cette musique des mots se fait l’illumination : « des éclairs fugitifs, des éclats de conscience » (v. 15), dans une intuition qui rend présent à l’esprit un « ailleurs »
Le ravissement se produit enfin dans l’attirance d’un resplendissant et radieux lointain.

Le poème est à la recherche de la poésie d’un monde, ou du monde de la poésie. Il cherche à fixer des mots sur une évanescence poétique, qui rend le langage infini ; cherche à dire au moyen des mots une poésie silencieuse ; essaie de les faire chanter à nouveau.
Les derniers quatrains veulent expliquer, veulent comprendre l’expérience d’un état qui n’était plus tout à fait la vie, qui n’était pas encore la mort.
Mais à cette quête de compréhension s’applique bien ce que disait Antonin Artaud : « Comprendre, c’est polluer l’infini ».

Ce monde ni préhensible, ni compréhensible, il faut pourtant lui tendre une main.
Il faut comprendre pourtant. Juste un peu.
Engagé sur le chemin qu’offrent la possibilité des mots, leur musique, leur chant, leur poésie, le désir du voyageur se manifeste encore, le dernier désir, qui est aussi le premier, le désir dans sa force et sa portée ultime, le désir dans son essence, qui est force de vie, puissance d’exister ; face à la mort menaçante, s’exprime le désir de vivre dans la lumière, et la conscience des autres ; le désir de rester vivant par les mots, ces « alphabets vivants », de rester en vie par le vécu de la poésie ; le désir d’une vie authentique, celle sans souffrance, sans mélancolie, allégresse de vivre quand on se trouve délivré de toutes "passions tristes".

Cet « ailleurs » prend l’allure d’un vif éclat, celui d’un ici sublimé ; la vie est lumière, et ne veut pas s’éteindre.
Ce monde, rendu méconnaissable par son atmosphère éthérée, n’est autre que celui du voyageur.
Seul le ‘’bardo’’ triste et mélancolique lui est « étranger », comme cet aspect de la vie nié, vers lequel le désir se refuse un retour.
Mais le voyage demeure le périple d’un mendiant d’existence qui n’a voyagé que vers lui-même.

   Donaldo75   
30/1/2021
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Robot,

J'ai bien aimé ce poème, surtout sur un thème pas si souvent abordé ici - peut-être que ce n'est pas plus mal, en fait, cela signifierait que peu de personnes ont vécu cette expérience - et pas facile à faire partager avec des lecteurs. Le format long risque peut-être de rendre le message délayé et c'est le principal reproche que je fais à cette poésie. La narration en souffre également, alors que justement c'est à la base la force de ce poème. Les trois premiers quatrains donnent de la force à l'ensemble et le pont du cinquième renforce la narration. Une belle construction qui permet aux images de se déployer, de bien exposer le sujet.

Don


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