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Fantastique/Merveilleux
Acratopege : La veste [concours]
 Publié le 16/11/13  -  19 commentaires  -  8037 caractères  -  129 lectures    Autres textes du même auteur

Une histoire d'ici et d'ailleurs, d'aujourd'hui et d'autres temps.


La veste [concours]


Ce texte est une participation au concours n°16 : Haïbun à thème (informations sur ce concours).



Retourner sa veste,

Se retourner, s'endormir

Enfin et rêver.


L'Aveugle a retourné sa veste devant tout le monde sans prononcer une parole. Sa vêture en cuir de licorne laineuse, pyrogravée par les meilleurs artisans d'entrelacs de cendre dans lesquels nos yeux aimaient se perdre, s'est transformée, le temps d'une passe de magicien, en une fourrure tachetée d'or et de vert-de-gris. Nous avons pleuré en revoyant le poil moiré de l'animal que nous avions sacrifié pour habiller l'Aveugle quand il avait frappé à notre porte, nu et tremblant, des décennies plus tôt. Nous l'avions accueilli avec allégresse, l'avions fêté à n'en plus pouvoir, jusqu'à nous dépouiller de tout ce qui nous était précieux, jusqu'à sacrifier pour lui, le cœur léger, l'animal tutélaire qui protégeait notre cité depuis toujours.


L'Aveugle savait que son silence resterait dans nos mémoires comme le plus douloureux des messages d'adieu, mais il ne voulait pas nous épargner. Lui, notre ami de toujours, savait qu'il deviendrait par ce geste rituel, retourner sa veste, celui qu'on pourchasse parce qu'il a trahi, celui qu'on enfermerait pour ne pas le perdre s'il ne parvenait pas à s'échapper.


Pour lui comme pour cent autres avant lui, le temps d'abandonner sa terre d'accueil était venu, annoncé par des signes ténus dans le ciel que seuls les Sages savaient lire. Ils nous avaient ordonné de nous rassembler sur la place qui surplombe le fleuve au moment exact où le soleil commence à basculer vers l'ouest, et nous étions tous là, avec du plomb dans l'âme, pour faire nos adieux à l'Aveugle.


Le temps était venu pour lui de nous abandonner, mais nous l'aimions encore davantage de ce cruel sort qu'il nous infligeait. Nous avions grandi dans son ombre, étudié à son côté dans nos écoles de marbre, mangé à sa table les soupes du soir de la cantine et les festins du dimanche, dormi dans son lit trop grand pour nos corps d'enfants. Il avait été notre compagnon de jeu, notre animal de compagnie, notre ange gardien, notre mère, notre ami de toujours. Sans lui, nous étions condamnés à vivre nus, à grelotter, à gémir. Depuis les premiers instants de sa présence parmi nous, nous savions qu'il partirait un jour, mais nous feignions de l'ignorer, préférant nous réjouir de le sentir chaque matin à nos côtés comme un ange gardien de chair et de sang.


Quand l'Aveugle a disparu dans l'ombre d'une ruelle, notre ferveur immobile a volé en éclats de rage et de désespoir. Dès lors plus rien ne nous retenait. Nous avons compris, tous ensemble, que nous devions le rattraper avant qu'il eût franchi la frontière, le convaincre par nos larmes et nos discours de ne pas nous laisser sans guide, le capturer s'il le fallait, l'enfermer dans une cage de verre où nous viendrions le contempler. Même enchaîné, nous le savions, il saurait régner sur nos vies sans faillir.


Guidé par une main venue d'ailleurs, l'Aveugle s'est perdu dans le labyrinthe de venelles du port avant que nous puissions le rejoindre. Nous avons couru comme un seul homme en criant des obscénités dans son dos, nous nous sommes dispersés dans toutes les directions, mais notre battue est restée stérile. Avait-il traversé le fleuve pour se perdre dans les collines ? S'était-il laissé glisser au fil de l'eau dans une pirogue effilée ? S'était-il volatilisé comme le font les oiseaux enchantés quand l'hiver menace ?


S'imaginer vivre,

Se retourner dans sa tombe,

Rêver de mort douce.


De l'autre côté de la frontière, le retour de l'Aveugle au pays de son enfance n'a surpris personne. On l'attendait depuis longtemps, depuis beaucoup d'années perdues, gâchées, alourdies par le chagrin, mais on n'avait jamais perdu l'espoir : chacun savait qu'il reviendrait un jour au pays, par surprise, sans même avertir les Maîtres. Alors la vie refleurirait dans les villes et les campagnes, de nouvelles promesses alourdiraient le ventre des femmes, des chants de joie oubliés depuis des décennies s'entrecroiseraient de ville en village et dissiperaient la brume qui pesait sur le cœur de tous. Alors, le temps d'un clignement de paupières, on oublierait les jours de disette, les hivers qui n'en finissent pas, les guerres fratricides, la mort partout qui rampe et se faufile.


Ce jour était arrivé. On disait que l'Aveugle, venu d'ailleurs, avait franchi la frontière vers son pays d'enfance sans se retourner, car il n'aurait rien vu de ce qu'il quittait, ni les collines plantées d'amandiers roses, ni le fleuve bruissant, ni la ville de pierre aux ruelles fraîches, aux places rondes comme des puits de soleil émergeant de l'ombre. Il n'aurait rien vu de ce qu'il quittait, et ses yeux se seraient mouillés en vain, écrans morts où aucune image, aucun souvenir, ne s'imprimait plus depuis qu'il avait défié le soleil en face pour l'amour d'une femme.


De cette histoire d'amour, il n'avait jamais parlé ici, avant son départ, qu'en fragments informes qu'aucun conteur n'a su rassembler pour leur donner l'apparence d'un récit cohérent. On sait qu'il était très jeune, que la jeune fille qu'il aimait lui était interdite, qu'il avait lutté pour la conquérir contre des ennemis implacables, contre ceux qu'il aimait, contre les forces rassemblées du bien et du mal, contre lui-même enfin, et que l'issue en avait été l'échec malgré le sacrifice de sa vue. On sait qu'il n'en avait gardé aucun dépit, aucune rancœur, mais que son amour pour cette femme n'avait jamais faibli. On sait aussi qu'il n'avait pas quitté son pays d'enfance pour s'éloigner d'elle. Il avait seulement suivi la voie qui lui était tracée. Voilà ce qu'on connaît ici de son histoire. On préfère ignorer ce qu'il en a dit, peut-être, de l'autre côté de la frontière pendant son exil.


C'était le jour de son retour. Les Maîtres ont rassemblé tout le monde. Debout face à la foule sur la place du Grand Tertre, l'Aveugle a parlé pendant de longues heures. Les mots qu'il prononçait n'avaient pas d'importance, seuls comptaient le ton de sa voix, la musique envoûtante des phrases qui s'insinuaient dans le cœur de tous. Les poils or et vert-de-gris de sa veste tremblaient dans la brise au rythme de ses paroles. On se suspendait à sa parole comme à une ultime espérance. On admirait son visage inchangé malgré les années, sa silhouette élancée comme elle l'était déjà autrefois, ses gestes empreints de noblesse et d'élégance. En face de lui, la foule était immobile comme une armée de figurines de pierre, silencieuse comme un lever de pleine lune à l'horizon. Même les enfants avaient interrompu leurs jeux et retenaient leur souffle.


Aux arbres, les feuilles ont reverdi. Dans les champs, les épis ont gonflé. Les brebis de la montagne, très loin de la cité, ont mis bas des agneaux pleins de vigueur. Pourtant, personne n'avait compris grand-chose à ce que disait l'Aveugle, sauf qu'il s'agissait toujours de la femme aimée, du soleil trop brûlant, du noir éternel qui dessinait les frontières de son monde aussi loin qu'il se souvenait de sa propre histoire. Encore une fois, comprendre n'avait pas été le plus important.


Pour fêter son arrivée, toute la ville a festoyé sans compter pendant une semaine entière, gaspillé ses biens les plus précieux, sacrifié même, pour lui construire un lit, le plus vieil arbre de la cité. Quand le lit fut achevé, garni de draps blancs, d'un édredon et d'un oreiller de plumes d'ange, l'Aveugle a salué d'un geste la foule réunie une deuxième fois autour de lui, s'y est couché sans attendre et s'est endormi pour toujours.


Cette histoire m'a été contée comme véridique. En ces temps-là, pourtant, qui sont les nôtres aussi, il n'y avait qu'un seul pays sur Terre et aucune frontière. Tous les hommes étaient aveugles d'avoir trop aimé et les licornes, à ce que j'en sais, n'ont jamais existé que dans les vieux livres.


 
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   socque   
23/10/2013
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
J'ai trouvé ce texte absolument superbe, chargé d'un merveilleux sans esbroufe, comme naturel. L'histoire qui se déroule est simple mais totalement étrangère à notre expérience. Les haïkus, de même, s'y insèrent aisément tout en introduisant un décalage, un ailleurs dans cet ailleurs même qu'est le récit ! Chapeau très bas, et pour moi le style est magnifique.

Un bémol sur les trois phrases de fin, la coda en italiques. Vous introduisez encore un changement de perspective, une espèce de mise en abyme, et pour moi c'est la touche de trop, le petit point où l'auteur se manifeste devant le récit et vient faire le beau pour le lecteur : le point où le metteur en scène vient saluer son public une fois de trop après la pièce.

[EDIT : Ce commentaire a été rédigé à l'origine sur une version un peu trop courte pour ce concours, retirée pour retravail par l’auteur. J’ai lu cette nouvelle version et retrouve les mêmes impressions.]

   Jano   
23/10/2013
 a aimé ce texte 
Un peu
Je n'aime pas trop le premier haïku, la répétition "Retourner/Se retourner" l'alourdit beaucoup je trouve.

Je ne sais pas si j'ai bien compris le texte, peut-être ai-je manqué d'attention mais pas mal de choses m'échappent. Je ne vois pas à quel moment et pourquoi l'Aveugle a retourné sa veste.
Les aller-retours entre sa patrie d'adoption et sa terre de naissance sont flous également. Pourquoi a t-il quitté l'une pour se rendre vers l'autre ?
Enfin, cet Aveugle a tellement d'attributions qu'on ne sait pas au juste quelle est sa fonction véritable. Chef ? Messie ? Prêtre ?
Autant d'inconnus qui m'empêchent d'apprécier ce texte.

Rien dire sur une écriture tout à fait correcte.

   placebo   
25/10/2013
 a aimé ce texte 
Bien
Un texte qui prend le parti de la lenteur sur une remarque finalement assez bien vue : retourner au pays, c'est à la fois partir de son pays d'adoption et revenir parmi les siens. J'ai lu assez peu de ces témoignages, un Kundera notamment.

Il y a un aspect mythologique dans le texte : la relation entre retourner sa veste et retourner au pays. Les événements sont liés, ils participent à la marche du monde, mais on ne comprend pas bien pourquoi.

Si je faisais un reproche à ce texte, ce serait celui du rythme, mais c'est très ardu dans un texte à la fois court, fantastique et divisé en deux portions. Niveau personnage, tout est concentré sur cet aveugle envers lequel l'empathie est difficile.

Le paragraphe de fin n'est pas très clair sur sa tournure avec les licornes.

Les haikus m'ont modérément plu : un peu trop égotiques et manquant de lien au monde, à mon avis.

Bonne continuation,
placebo

   Lunar-K   
26/10/2013
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour,

Je ne suis pas tout à fait convaincu par ce texte, un rien trop confus je trouve quant aux différents enjeux et personnages qu'il met en scène. L'Aveugle est un personnage très intéressant, certes, entouré de mystère, avec quelque chose de quasiment messianique même, du moins est-il perçu de cette manière par les deux peuples qu'il touche, tant son peuple d'accueil que son peuple d'origine. Mais précisément, ce symbolisme qu'il incarne m'échappe largement. D'où cela lui vient-il ? Et quel est-il surtout ?

Je ne dis pas, bien sûr, qu'il aurait fallu en faire le background complet et exhaustif, mais au moins rendre plus clair ce qui fait de lui un être si exceptionnel au regard de tous. Car, pour ce qui me concerne, cet homme aurait aussi bien pu être une espèce de paria détesté ou ignoré de tous, dans son exil comme dans son retour, ça n'aurait pour moi absolument rien changé à ce que j'ai compris de votre propos. Ce qui, admettons-le, est plutôt problématique...

Concernant l'écriture, je n'ai pas grand-chose à dire. J'ai juste un petit souci avec le second haïku et son deuxième vers : "Se retourner dans sa tombe". Est-ce vraiment ce que vous avez voulu dire ? "Retourner dans sa tombe" me paraît beaucoup plus juste et dans la continuité du récit. A moins de considérer que l'aveugle est déjà dans sa tombe, métaphoriquement au moins, du fait de son exil et de son passé apparemment peu réjouissant. Ce qui reste une possibilité bien sûr.

Quelques répétitions également. "L'Aveugle" notamment qui revient souvent, et parfois de façon trop rapprochée à mon goût. Peut-être aurait-il fallu varier un peu ses nominations. Pareil ici avec "parole" : "... tremblaient dans la brise au rythme de ses PAROLES. On se suspendait à sa PAROLE...". Ça m'a gêné.

Bref, un texte pas mauvais du tout dans l'intention, mais qui gagnerait beaucoup je trouve à être approfondi. Pas entièrement conquis en l'état.

Bonne continuation !

   costic   
28/10/2013
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Comprendre n'est certainement pas le plus important et on se laisse porter par ce récit très onirique, par la magie de quelques images mythiques et légendaires qui nous emmènent à suivre les pas de cet aveugle charismatique et fascinant. L’effet de son départ et de son arrivée, pour repartir encore me semble très expressif, animé, coloré. J’aime beaucoup la description de cette veste qu’on retourne pour pouvoir aller vers de nouveaux horizons.
Je regrette un peu que la présence des haikus ne soit pas plus importante et davantage lié au récit.
Nouvelle un peu énigmatique mais non dénuée de charmes…

   Robot   
16/11/2013
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J'ai apprécié le mystère de ce texte et son déroulement. La rédaction fluide a retenu mon attention sans ennui. Cet être qui apparemment ne demande rien mais que chacun veut posséder, que tout le monde écoute sans comprendre confirme une impression: Ce ne sont pas les prophètes qui s'imposent aux hommes, mais ce sont les hommes qui créent les messies.
Au second haïku, écrire "Retourner dans sa tombe" en supprimant le "se" semblerait plus judicieux et cohérent avec le récit.

   Pepito   
16/11/2013
Bonjour Acratopege,

Forme : curieux ces petits paragraphes de 3 lignes qui parsèment votre texte... nan, j'déconne.

"s'il ne parvenait pas à s'échapper" c'est pas le contraire ?
"aux places rondes comme des puits de soleil émergeant de l'ombre." wouah, celle là est magnifique !

Fond : voilà le genre de texte que j'adore, on ne sait pas ou on est, ou on va, on s'en moque, on est bien. On se laisse porter, pas désireux d'en connaitre plus, juste heureux des impressions laissées.

Et crotte, on trébuche sur une histoire d'amour, transi bien sur, j'avais oublié qu'on étaient sur Oniris. ;=)

Puis çà repart de nouveau du bon pied, un régal jusqu'à la mort de l'aveugle. Du grand art...

Puis l'ajout du dernier paragraphe, dont on peut garder "En ces temps-là, pourtant, qui sont les nôtres aussi," pour le coller quelque part au début et, à mon avis, virer le reste qui atténue la super impression laissée par la mort de l'aveugle. Dommage.

Un super texte, félicitations.

Pepito

   David   
16/11/2013
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Acratopege,

La lecture est assez simple à résumer, trop même parce que le titre comme l'expression des Haîkus, les expressions même (retourner sa veste/se retourner dans sa tombe) sont posés dans un sens propre, tout en ayant un sens figuré assez répandu, alors ça me fait chercher une double lecture, comme un idiot observant le doigt de son sage avec attention :) Ça va peut être se décanter, j'ai pensé à une histoire d'initiation, de rituelle de passage à l'âge adulte avec cet aveugle, ses séjours, son amour et ses déplacements, comme une part de rêve, de liberté, d'amour ou tout un tas de grands mots, à laquelle il faudrait renoncer pour progresser, avant de la retrouver aux portes de la mort.

En tout cas, plus formellement, le récit a un ton de conte bien rendu, avec une dose de mystère bienvenue.

   Bidis   
16/11/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Je sais bien que l’allégorie convient absolument à l’esprit du haïbun, et d’ailleurs, j’ai d’abord pensé ne pas participer à ce concours, dans la crainte de me trouver hors sujet. Car l’allégorie est un genre que je déteste, je ne sais pas pourquoi. En tout cas, je n’en suis pas capable moi-même, d’où mon admiration mêlée de réticence à l’abord de ce texte.
Réticence qui s’accroît avec le premier haïku. Il me semble mêler deux genres : l’allégorie pure « retourner sa veste » et le réalisme « se retourner… rêver ».
Cependant l’écriture extrêmement belle rend la lecture aisée, agréable, attachante et je m'étonne d'être emportée par ma lecture.
Je relève en passant quelques petites choses, remarques tout à fait contestables d’ailleurs :
- « mais nous l'aimions encore davantage de ce cruel sort qu'il nous infligeait. » : j’aurais préféré « de par ce cruel sort… », ce qui rendrait le cause à effet plus évident.
- « les soupes du soir de la cantine » : je trouve le mot « cantine » trop prosaïque dans ce texte toute élégance et poésie - « soupe du soir » suffisait à mon sens.
- « Quand l'Aveugle a disparu » : le fait de disparaître serait plus fort et imagé si au lieu du passé composé on le mettait au passé simple. « Quand l'Aveugle disparut »
- « Se retourner dans sa tombe, » : je trouve l’expression trop prosaïque, trop « lieu commun » pour ce texte, et surtout dans un haïku

La seconde partie du texte m’a déçue. Je trouve que le retour au pays de l’enfance a moins de puissance et surtout que la romance sentimentale réduit l’histoire à la banalité.
En définitive, si je me suis laissée emporter par un indéniable souffle poétique qui me laisse d’ailleurs très admirative, je n’ai pas compris grand chose. Pour moi, retourner sa veste, c’est être opportuniste, ce qui n’est pas du tout évoqué dans ce texte…

   alvinabec   
16/11/2013
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Acratopège,
J'ai lu ce petit conte philosophique comme un travestissement qui vous est tout personnel d'Oedipe-roi. J'en ai apprécié la portée universelle bien rendue, à mon sens, par les attentes du peuple qqe peu sidéré par le silence de 'l'aveugle'. Le retour sur le pays de l'enfance ne m'a pas causé plus que ça.
Pour ce que j'ai moins goûté, on pourrait s'attacher à cette construction en deux parties un peu manichéenne, presque trop facile pour vous ainsi qu'à une fin comme tronquée, comme si, justement, il fallait bien une fin pour satisfaire le lecteur.

   senglar   
16/11/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Bonjour Acratopège,


Oui... Vaut mieux une mauvaise licorne qu'un bon aveugle. Dépouiller l'une pour habiller l'autre a été un mauvais calcul. Retourner une peau est une opération plus aléatoire que celle qui consiste à retourner une veste. Et ceux de l'autre moitié (qui n'en est pas une) se sont retrouvés bien dépourvus quand l'aveugle supposément illuminé s'en est retourné mourir chez lui.

Plus mythologique que légendaire ce récit me fait penser à la Toison d'or, le bouc lui-aussi est un fou d'amour.

Et cette nouvelle est donc la relation d'une faille où ce qui est censé rendre fort affaiblit.

Mais je dois avouer que je cerne mal sa signification profonde, le regard de mes femmes m'ayant été à ce jour plutôt Lune que Soleil, j'ai été plus infra-rouges que Ray Ban. Forcément.


Ah ! Et si l'aveugle avait été un cheval de Troie ? Mythologie vous dis-je, au pays du monomane, monomaniaque, mono-femme :)

Ah Oui Vraiment l'Amour aveugle !


(-) : parce que c'est compliqué tout ça...


Senglar-Brabant

   Anonyme   
17/11/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un haïbun. Même si les trois haïku flirtent de trop près avec la syllabe supplémentaire. Ce texte raconte une histoire onirique, s'intègre dans la catégorie "merveilleux", se plaît à déployer finement l'allégorie, se montre poétique. Le thème est "retourné" dans tous les sens. Narratif, proche du conte, doux avec ce phrasé classique, sans lourdeur, sans appui, sans accroc. L'auteur a su s'accomoder des contraintes et raconte un lointain moment de poésie, de vie, un récit murmuré au coin du feu. Une histoire pour l'hiver. Et puis c'est un pari difficile que de s'inscrire autrement que dans le sentimental/romanesque et ça, j'ai bien aimé :)

   Anonyme   
17/11/2013
J'ai beaucoup aimé ce récit, qui se lit comme de la poésie en prose. Il a toute sa place dans la catégorie "Fantastique/Merveilleux" car au monde des contes de fées il appartient bien sûr, tant dans la description archétypée du personnage de l'Aveugle, présenté un peu comme le Messie, que dans la ferveur à la fois religieuse et magique affichée par les villageois.

Le fait qu'une femme soit à l'origine du périple de l'Aveugle, lui conférant ainsi une dimension "charnelle" n'est pas gênant selon moi, bien au contraire : après tout, les femmes n'occupent-elles pas également une place centrale dans nombre de récits mythologiques ? Une excellente lecture donc, un peu comme une chanson de geste, qui a juste accroché sur deux détails :

Dans la deuxième partie, je n'ai pas réussi à identifier qui parlait: la même personne qu'au début (un habitant du pays d'accueil de l'aveugle donc) ou un nouveau narrateur, habitant du pays d'origine ? Cette dernière partie, par sa forme, envoie à ce sujet des signaux que j'ai trouvés un peu contradictoires. J'avais très envie de penser qu'il s'agissait d'un seul et même narrateur, car c'est ainsi que les contes de tradition orale étaient transmis, mais jusqu'au bout j'ai hésité, et cela m'a un peu gêné.

Le deuxième point concerne les lignes suivantes:

Pourtant, personne n'avait compris grand-chose à ce que disait l'aveugle, sauf qu'il s'agissait toujours de la femme aimée, du soleil trop brûlant, du noir éternel qui dessinait les frontières de son monde aussi loin qu'il se souvenait de sa propre histoire. Encore une fois, comprendre n'avait pas été le plus important.

J'ai accroché car c'est le seul passage que j'ai trouvé - question de point de vue - un peu heurté, surtout quand le narrateur insiste beaucoup pour nous expliquer que les gens n'avaient pas compris grand-chose au discours. Moi, en tant que lecteur, j'avais déjà réalisé cela dans la strophe (j'appelle cela une strophe, hein) qui précédait, car, d'une certaine façon, c'est dit en noir et blanc :-)

Mais ce ne sont encore une fois que des détails. Merci à l'auteur pour ce moment de lecture. J'ai lu le texte comme un enfant à qui on chante une berceuse ;-)

Jérémie Cassiopée

   melancolique   
17/11/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonsoir Acratopege,

J'ai beaucoup aimé cette nouvelle, elle a en fait un charme indéniable et déborde de poésie. L'histoire de cet aveugle est pourtant pleine de mystère, mais comme vous le dites "comprendre n'avait pas été le plus important".

J'aime l'idée qu'entre ces deux frontières, entre ceux qui lui disent adieu et ceux qui le retrouvent, l'Aveugle n'avait rien vu, et ses yeux étaient des
"écrans morts où aucune image, aucun souvenir, ne s'imprimait plus depuis qu'il avait défié le soleil en face pour l'amour d'une femme"

J'aime particulièrement le haïku:
"S'imaginer vivre,
Se retourner dans sa tombe,
Rêver de mort douce."

Merci beaucoup pour cette lecture.
Au plaisir de vous relire.

   stony   
19/11/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Je pense que je n'ai pas compris grand chose. Le plus drôle, c'est qu'il me semble que je m'en moque. J'étais dans un récit fantastique, dans la poésie, et ça me convenait bien comme ça.
C'est marrant : une licorne dans une cage de verre, il me semble avoir déjà lu ça quelque part. Seriez-vous obsédé par les licornes ? Il faut vous faire soigner ! Il y a des gens très compétent pour ça, vous savez :-)
Bon Dieu, Acratopege, que vous écrivez bien !

Les "machins de trois lignes", là, ne me laisseront pas un souvenir inoubliable, mais que de plaisir à se laisser bercer par la prose qui les entoure.

Ce n'est certes pas encore le sujet qui me fera grimper au plafond, mais je continuerai à vous lire jusqu'à la révélation, enfin, du chef-d'oeuvre que j'attends.

   Perle-Hingaud   
21/11/2013
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Alors, dois-je l’avouer, je n’ai pas tout compris (Œdipe ? …). J’ai donc lu au premier degré, et j’ai aimé le merveilleux de votre histoire. La veste en licorne sacrifiée, il fallait y penser ! Le retour de l’Aveugle dans son pays pour y mourir, beau thème. L’écriture est calme, précise, très agréable à lire bien qu’un peu trop lisse, à mon sens.
Une lecture agréable mais qui me laisse un peu sur ma faim.

   Margone_Muse   
27/11/2013
 a aimé ce texte 
Bien
Sur les haïkus d'abord :
Je regrette qu'il n'y en ait que deux, même s'ils sont judicieusement intégrés de manière à séparer les deux parties du texte. Peut être que vous auriez pu les centrer et en ajouter d'autres au sein des parties en prose en les alignant à gauche : ils n'auraient pas eu le même niveau d'impact.
Mais bon, ce n'est que mon avis. J'ai simplement trouvé, de prime abord, que le texte aurait gagné à en intégrer d'avantage. Après, la manière de le faire...
Sur le contenu : je préfère le second au premier, pour deux raisons. D'abord, à l'oreille, j'aime assez peu le doublon "retourner" et je trouve que ça manque un peu de subtilité quant à la prise en compte du thème. Et ensuite, je suis néophyte en poésie donc j'ignore si ça se fait mais en lisant, j'ai tendance à marquer une pause à la fin de chaque vers et pour moi, la coupure entre "s'endormir" et "enfin" n'a pas lui d'être, au contraire, et j'ai eu l'impression d'un haïku haché au lieu de coulant.

Sur l'histoire maintenant :
Il y a un côté mystique, légende d'autrefois, j'aime beaucoup. C'est brossé comme ça, de manière concise et au final, on ne sait toujours pas grand chose de l'Aveugle, et ce n'est pas important. J'ai su apprécier cette nouvelle plus "merveilleux" que "fantastique", dont l'écriture est quasi irréprochable. C'est à la fois simple et recherché, ça se lit très bien, c'est agréable. Vous avez su m'emporter dans cet univers, cette parenthèse.

Par contre, je trouve que votre haïbun aurait pu se passer des dernières phrases en italiques : ça casse l'ambiance (l'emploi du je ? Je ne sais pas), ça ramène à la (pseudo)réalité et j'aurais préféré terminer ma lecture sur l'Aveugle qui meurt en s'endormant.

Bravo pour cette contribution au concours :)
(et l'organisation, évidemment ^^)

Margone

   aldenor   
28/11/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un conte assez complexe avec cet aveugle retournant de son pays d’accueil à celui de sa naissance, amenant le bien-être là où il va ; que lui-même avait perdu dans une histoire d’amour.
« Retourner » est-il surexploité ? En tous cas, pour moi, le sens final se perd un peu entre retourner sa veste pour trahir, retourner au pays de l’enfance ou se retourner dans sa tombe...
La situation du narrateur est ambiguë. Il appartient d’abord à la terre d’accueil de l’aveugle, mais il suit celui-ci, l’accompagne dans son retour et on a l’impression qu’il s’identifie ensuite à l’autre peuplade. Les dernières lignes en italiques ajoutent à la confusion « Cette histoire m'a été contée comme véridique.... ». Qui est le narrateur ?
N’empêche que le texte est de qualité. De l’imagination. Une atmosphère énigmatique. De très beaux passages.

   toc-art   
29/11/2013
Bonjour,

je n'ai pas été vraiment sensible à l'atmosphère diffusée par ce texte. J'ai trouvé l'histoire trop confuse pour moi mais c'est une affaire de goût personnel, j'aime pouvoir éprouver de l'empathie pour un personnage (ou plusieurs), ressentir une émotion, quelle qu'elle soit et là, j'avoue que je suis resté en dehors.

J'ai apprécié la qualité de l'écriture, mais je l'ai trouvée un peu lente, sans doute était-ce voulu, et j'aurais aimé une différenciation de ton entre les deux parties, puisque l'angle de vue change (on est dans le nous dans la première partie, et on passe dans un on plus distant dans la seconde, cela aurait pu donner lieu à un rythme différent).

Je ne dis rien des haïkus, j'avoue que ça ne présente à mes yeux que peu d'intérêt (de manière générale, hein, je ne parle pas des vôtres spécifiquement).

bravo pour avoir participé au concours.


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