Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Sentimental/Romanesque
Artexflow : Dusk [concours]
 Publié le 10/12/12  -  12 commentaires  -  10212 caractères  -  79 lectures    Autres textes du même auteur

Effondrement au crépuscule.


Dusk [concours]


Ce texte est une participation au concours n°15 : Hopper l'Inspirateur (informations sur ce concours).



Shakespeare at Dusk, Hopper, 1935


Je n'avais pas dormi de la nuit. Ni de la journée. Cette sensation étrange dans la poitrine m'avait tenu debout, immobile, combien de temps je n'en sais rien. Je n'avais mangé qu'une fois, et c'était vers quinze heures, un bol de nouilles chinoises, au bœuf ou au poulet, bref, à la viande. La brûlure dans mon estomac, cependant, je l'ignorais, je veux dire, je ne la savais pas. Dès l'instant que j'en prenais conscience, je l'oubliais, comme ces idées qui meurent d'elles-mêmes à peine à la surface. Je ne sais pas bien pourquoi, peut-être que j'aimais cette douleur, peut-être que j'avais besoin qu'elle se fonde en moi, qu'il fallait que je me plonge dans la métaphore qui planait autour de cette aigreur.

Chaque heure depuis des heures, je regardais ma montre, que je portais à l'intérieur du poignet, le cadran du côté de la paume. Je n'avais finalement pas si peur que ça. Je la détestais cette ville. Je haïssais tous les gens qui y vivaient, et eux me détestaient encore mieux. J'y avais vécu tellement d'histoires, versé tant de larmes, hurlé tant d'insultes, qu'elle était devenue comme ce musée de ma propre vie. Chaque coin de rue m'évoquait une anecdote, chaque banc une discussion que j'y avais eue. Toutes ces reliques maintenaient en vie des souvenirs que j'aurais préféré oublier, ou tout simplement ne pas vivre.

Bref, rien n'était plus possible ici, et il m'a fallu quarante-sept ans pour m'en rendre compte. Pour oser partir.


Ma femme rentrerait bientôt. J'en étais malade. Pas exactement triste, ni vraiment angoissé – qu'elle rentre plus tôt que prévu et me voie, assis au milieu de salon, le manteau sur les épaules, la valise prête. Non, finalement, j'en étais malade parce que je savais qu'elle ne supporterait pas mon départ, je savais que ça la tuerait. Je sais à quel point elle m'aime. Ça me détruisait aussi, cette idée que mon bonheur, mon accomplissement soient intrinsèquement liés à son désespoir, sa déconstruction.

C'est d'ailleurs en grande partie ce qui m'a maintenu si longtemps au milieu des artefacts de ma douleur. La peur de faire du mal. La lâcheté en somme.


Je me souviens encore avoir fait une crise d'angoisse dix jours plus tôt. Perdu comme à l'accoutumée dans mes pensées, j'ai soudainement eu comme une révélation, en tous cas une image très précise s'est formée devant mes yeux. J'ai vu cette masse gigantesque qui nous liait tous, cette somme hallucinante de causes et de conséquences, ces milliards d'interdépendances, les idées, les actes, les personnes, les mots, les souvenirs… Je l'ai vue grande comme une carte à l'échelle de l'univers, et ça m'a effrayé, ça m'a foutu à terre, ça m'a noyé. J'ai perdu la respiration, je suis tombé dans les pommes. Aujourd'hui je ne me souviens plus que d'une forme, comme une toile d'araignée. Je ne tombe plus dans les pommes quand j'y pense, d'ailleurs ; comment se fait-il que tout change, tout évolue ? Pourquoi est-ce que je ne tombe pas dans les pommes à chaque fois que j'imagine de nouveau cette toile effrayante et tous ces gens, tous ces croisements ? Franchement, je le souhaiterais presque. Histoire d'avoir au moins une certitude.


J'ai rédigé mon petit mot d'adieu. J'en ai caché un autre sous l'oreiller de ma fille. Je me suis détesté de ne pas pleurer, alors que je tapotais le coussin, pour personne d'autre que moi-même d'ailleurs, comme si je me jouais ma propre petite pièce de théâtre, comme si là tout de suite il n'y avait rien d'autre à faire que ce truc absurde, replacer mille fois le coussin de ma fille sur son lit, sur ses petits draps violets. C'est le genre d'événement symbolique, le genre de moment où on craque pour de bon mais je n'ai pas su pleurer. J'ai inspiré un grand coup, lentement, pour sentir une dernière fois l'odeur de mon enfant. On n'aurait rien suspecté s'il n'y avait mon accoutrement, et puis, la valise dans le salon. Et les deux mots, désormais, ainsi que ce poids, cette lourdeur, presque quantifiable qui commençait à emplir l'atmosphère autour de moi, dans l'appartement, ce même poids qui fera comprendre à ma femme que je ne reviendrai pas avant même qu'elle ne remarque les vêtements manquants, et les mots griffonnés au stylo Bic, ces quelques mots maladroits qu'on peine à lire, ces lettres gravées dans le papier, sans encre, parce qu'il n'y a pas un stylo neuf.


Sur mon téléphone, toujours pas de message. Je relis sans cesse le mien en revanche, ce message désespéré comme je ne le suis qu'avec elle, ce message où je lui donne rendez-vous devant la statue de Shakespeare, au crépuscule. Elle viendra, je le sais. C'est écrit sur les murs, dans le ciel, c'est écrit dans la douleur de mon ventre.

Je pars, dans trois jours. Je m'en vais, loin. J'ai mal au cœur et les murs de la ville me hantent. J'ai mis du temps à me décider, je sais… J'en ai souvent parlé sans jamais le faire, comme à cette époque où je parlais souvent de mourir. Mais cette fois-ci c'est différent. J'ai trouvé la force.

Écoute… Viens avec moi. Je t'aime. Comme au dernier jour. Je t'aime. Tu le sais, je le sais… Viens, pars avec moi. Tu es mon poison, mon remède, ma force et mon expiration, mon monde, mon univers.

Je ne l'aimais pas mon message, je l'avais tapé d'un coup, il avait comme surgi de l'espace-temps, et puis je l'avais envoyé, sans relecture ni rien. J'en faisais trop ; dans la maladresse des mots que j'avais choisis, on sentait presque mes tremblements, ma fébrilité.


Il a fallu que je parte. Je suis parti. J'ai fait le chemin à pied vers le parc, les yeux rivés sur le sol, réduit à la contemplation de la Terre tournant sous mes pieds. Il n'y avait toujours rien en moi, en tous cas pas de tristesse, juste cette vague angoisse, cette brûlure dans l'estomac qui avait donc fini par se fondre dans le décor, au même titre que les animaux errants, que les fleurs aux fenêtres. Je frappais du pied dans les pierres sur le chemin, comme déjà lassé de ma fuite. Je ne lèverai pas les yeux avant d'arriver sur place.

Encore assez loin du parc, j'ai croisé une vieille femme qui était souvent dans le coin, poussant son caddie. Le regard vitreux, elle fixait devant elle comme si, loin sur l'horizon timide, il y avait, en évidence, gigantesque, le fruit de tous ses désirs, la somme de toutes ses frustrations. C'est son regard vide, presque affolé, dément qui me reste le mieux en mémoire, ça et ce tout petit obstacle, cette toute petite portion de bitume qu'on avait coulé il y a peu, plus haute que le reste du trottoir d'un centimètre à peine, qu'elle n'arrivait pas à franchir, manquant de la force nécessaire pour y hisser son fardeau. Une sorte de frisson m'a traversé. Pour moi aussi il est trop tard…


Finalement je suis arrivé aux abords du parc. Mon ventre a cessé de grogner. Le chemin, par cœur, et le son des graviers sous mes chaussures, unique, mais toujours le même.

En levant les yeux ça m'a frappé comme ces idées qui semblent émerger du néant mais qu'on sent bien au fond de nous depuis longtemps, latentes, attendant simplement les mots justes pour surgir : il n'y avait que Shakespeare, le crépuscule, et moi.

Je me suis abandonné. Écroulé comme dans les films. J'ai pleuré bien sûr, mais sans y faire attention, sans presque le savoir. J'ai pleuré des souvenirs brûlés, brûlants, pathétiques.

Le soleil invisible éclairait à contre-jour les quelques immeubles de l'arrière-plan, qui fracturaient l'horizon, découpant des formes géantes dans cet autre monde qu'est le lointain. J'étais seul au milieu de la restreinte immensité, emprisonné dans ce jardin public. J'ai trouvé dégoulinante cette profusion de beauté. J'ai trouvé détestable que Dieu imprime en moi pour toujours ce souvenir terrible, dans la douceur, dans le brouillard magique du crépuscule. Un crachat. Le monde entier a implosé, tout s'est détruit. Tous les animaux sont morts. L'ordre, éclaté dans le chaos.

Ironique au possible, sale et vicieux, le temps, cette entité mortelle, a jugé bon de s'arrêter pour toujours à ce moment précis. Je ne verrai plus jamais aucun autre soleil que cette radiance subtile, je n'entendrai plus jamais aucun autre son que le murmure effroyable de la ville au loin, de la vie qui ne décide jamais, elle, de s'arrêter, je ne verrai désormais plus rien sans le flou éternel des larmes couvrant mes yeux. Et ce temps arrêté s'est installé dans la statue de Shakespeare, en face. Un chef-d'œuvre nouveau.

Et puis tout cela a dû finir. Je me suis levé, d'une manière ou d'une autre. L'océan, l'eau de mes larmes formait au sol une petite forme indéfinie, ridicule, qui disparaissait à vue d'œil, bue par le sable avide, sans cœur, ce sable qui devait en voir d'autres que moi, des vies désespérées, des êtres déjà morts. J'ai regardé le crépuscule en face. La mâchoire serrée, j'ai jugé toute l'ironie de ma présence ici, mais je suis resté debout, face à l'univers dédaigneux qui m'embrassait pour mieux me foutre à terre. J'ai dit "le crépuscule passera", et il est passé. Les splendeurs ont laissé place à la nuit. Violence et banalité.


Je me rappelle avoir repris ma respiration. Je me souviens de l'air frais qui fait mal aux dents, des genoux fébriles, des larmes qui ne coulent plus, mais sèchent, s'évaporent doucement dans le vent. La statue de Shakespeare me tournait le dos. L'idée absurde d'aller en face et de la regarder dans les yeux m'a tenu quelques minutes, comme si soudainement plus rien d'autre n'avait d'importance.

J'ai regardé ma montre. Il était l'heure. Un sentiment nouveau s'est alors emparé de moi. Quelque chose d'ineffable ; comme s'il fallait que je craque encore. Comme si le monde avait prévu cet autre moment au cas où j'aurais manqué le premier. Le plan de secours du désespoir. Comme la fumée derrière les avalanches. Un mot écrit à moitié. La réplique d'un séisme. Un pincement, une colère froide, un soulagement.


 
Inscrivez-vous pour commenter cette nouvelle sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   socque   
21/11/2012
 a aimé ce texte 
Bien
J'ai trouvé ce texte expressif, et transposant à merveille les ambiances d'Hopper. Une réussite, pour moi, de ce point de vue. L'écriture en fait peut-être un peu trop à mon goût, mais enfin cela marque l'égocentrisme de ce personnage uniquement préoccupé de son exquise souffrance, à tel point que j'ai bien l'impression qu'il laisse la vieille dame à moitié clodo du quartier se dépatouiller avec son centimètre de bitume et son chariot.

Bon, disons-le : le sujet ne me passionne pas et je trouve le narrateur antipathique ; du coup, ma lecture n'a pas été franchement agréable, mais cela vient de mes réticences propres.

   Anonyme   
21/11/2012
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Des choses qui me semblent bonnes et d'autres, moins bonnes.

Je trouve que le tableau n'est qu'un prétexte, que l'histoire se greffe sur la toile sans lui parler vraiment, sans se saisir d'elle. La statut de Shakespeare ou ailleurs, c'était pareil. N'empêche, arrivé à point nommé, l'auteur donne au protagoniste et au parc une consistance. Parce qu'avant ça pédale un peu, même si ça me gêne pas, même si ça me semble justifié par l'explication des ressentis du personnage. C'est une introspection, un soliloque, c'est quelque chose de très romantique. Le romantisme est bien campé.

Après si l'écriture fait bien ressortir le côté torturé, il y a des choses qui sont dites, genre cette douleur à l'estomac, l'auteur dit "je ne la savais pas" ou quelque chose comme ça. Il dit, je cite :

"La brûlure dans mon estomac, cependant, je l'ignorais, je veux dire, je ne la savais pas. Dès l'instant que j'en prenais conscience, je l'oubliais, comme ces idées qui meurent d’elles-même à peine à la surface. Je ne sais pas bien pourquoi, peut être que j'aimais cette douleur, peut-être que j'avais besoin qu'elle se fonde en moi, qu'il fallait que je me plonge dans la métaphore qui planait autour de cette aigreur."

Figure de style inutile, incohérence, maladresse, car si on ne sait pas une douleur, on l'ignore, elle n'est pas nommée alors. Et si elle vient par alternance, c'est qu'on l'a mesurée, identifiée.

Le récit est touchant, et j'ai apprécié ce crépuscule bien posé.

Il me semble dommage que ce texte intimiste n'ait pas été davantage ciselé. On dirait un premier jet. Toutefois c'est un texte intéressant car n'oublions pas que Hopper est une personnalité comme ça, tourmentée. Ainsi, certes le tableau semble greffé, mais l'auteur a su mettre en avant une caractéristique du peintre.

   jamesbebeart   
2/12/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Très joli texte, en demi-teinte où sont convoqués Sakespeare, le crépuscule et le narrateur. Fin de vie ou nouvelle vie, la statue dans le parc restera toujours à la même place ; belles variations sur l'espace-temps où vous avez bien fait sentir un évènement à venir, l'instant où tout peut basculer. Merci pour cette lecture.

   macaron   
10/12/2012
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Plutôt étonné par quoi le tableau de Hopper vous inspire. Un texte déprimant sur un départ un peu forcé alors que le jardin public en demi-teinte appelle à la rêverie, au fantastique. Mais cela vous regarde; et si j'ai lu difficilement votre nouvelle ce n'est pas à cause du style ou de l'écriture que je trouve excellent mais l'intrigue ne m'a pas intéressée. Mais bon, il n'est pas si facile à cerner ce Hopper...

   Flupke   
10/12/2012
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Un exercice de style bien réussi. L’atmosphère oppressante, pessimiste m’a impacté.
Certaines phrases m’ont beaucoup parlé.
« devenue comme ce musée de ma propre vie ». Glop glop, très bon. Très évocateur. J’aime bien.
« dans la maladresse des mots que j'avais choisis, on sentait presque mes tremblements »
« réduit à la contemplation de la Terre tournant sous mes pieds. »
« qui fracturaient l'horizon, découpant des formes géantes dans cet autre monde qu'est le lointain. »
« face à l'univers dédaigneux qui m'embrassait pour mieux me foutre à terre. » Symptomatique du ressenti subjectif. Un bon instantané de l’état d’esprit du protagoniste.


Si désir de peaufiner, voici quelques pistes et suggestions :

Certaines précisions superfétatoires et répétitions pourraient être évitées :
« Chaque heure depuis des heures ( improbable, trop précis, trop ponctuel à moins d’un bip horaire et répétition rapprochée du mot heure – un trait danger, deux traits sécurité) , je regardais ma montre, que je portais à l'intérieur du poignet (perso je la porte autour du poignet), le cadran du côté de la paume » (du côté intérieur me semblerait plus précis, car côté paume fait plutôt penser à la main, parallélisme décalé, ligne de vie cachée). Cette phrase gagnerait en fluidité et en évocation si elle était re-ciselée style « à chaque regard crispé vers l’intérieur de mon poignet droit, le verre fêlé de ma montre semblait vouloir ralentir l’écoulement des heures/du temps ».
« eux me détestaient encore mieux » (me semble imprécis) => eux me détestaient en retour ?
« des souvenirs que j'aurais préféré oublier (oui), ou tout simplement ne pas vivre ». Peut-on vivre des souvenirs ? je suggère « ne pas revivre »
« Je sais à quel point elle m'aime ». Tout le paragraphe est au passé et cette phrase au présent. Je conçois la pérennité du sentiment, mais pour la concordance des temps je l’aurais préféré au passé également.
« Je me souviens encore avoir fait une crise d'angoisse dix jours plus tôt » => Je me souviens encore de ma crise d'angoisse dix jours plus tôt ?
« comme si je ME jouais MA propre petite pièce de théâtre » ME/MA => comme si je jouais ma propre petite pièce de théâtre ?
« la restreinte immensité ». Pas glop, pas sûr que l’inversion apporte un plus.

Amicalement,

Flupke

   alvinabec   
11/12/2012
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour Artexflow,

Le tableau... prétexte à ce texte... bonne idée sur le traitement d'une atmosphère...ça se gâte quand on entre de plein pied au coeur d'une introspection un peu atone pour laquelle un crédit d'empathie-même négative- fait défaut. Beaucoup de mal à lire cette nouvelle...
Il me semble que les états d'âme de votre héros sont tour à tour excessifs et, comment dire, élitistes, de sorte que le lecteur ne ressent pas grand-chose au long de sa lecture si ce n'est un ton emphatique autour de ce 'mal de vivre'.
Jolie écriture, chute un peu plate.
A vous lire...

   brabant   
11/12/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Artexflow,


Ah ! J'ai compris tout de suite que ce tableau ne présageait rien de bon ! Il vient un moment dans la vie où le courage consiste à couper les ponts. Parce que c'est la seule solution pour vivre... quand on a compris que l'on s'est trompé, se réaliser quand il en est encore temps.

J'ai lu ici un texte sartrien, un texte philosophique, un texte einsteinien dans lequel ce savant universel, ce génie, aurait intégré - enfin et complètement - la physique/mécanique quantique/s, jusqu'au boson de Higgs et l'idée de multivers, élaborés après sa mort. Cosmique/Cosmogonique ! J'ai lu aussi un texte psychanalytique/psychologique aussi dans ses implications, ses tenants et ses aboutissants. Qué lecture ! Ma Doué !

Et puis Shakespeare ! Ah ! Il n'est bon que pour les tragédies celui-là !

L'esprit du tableau et cette sorte de désespérance, de couleur/tonalité ocre orangé dans le poudroiement du ciel qui s'étiole et s'éteint, sont à mon sens parfaitement intégrés ; j'ai lu moi-aussi une atmosphère morbide, faussement sereine, traîtreusement, comme une chape plus que comme un voile... wououiii... j'arrête de te voler ton texte, ton histoire Artexflow. La nouvelle est remarquable.


C'est le troisième défi que je lis. Comme les deux autres il a été parfaitement relevé et tenu. Et ici, sans parti pris, par quelqu'un qui m'est éminemment sympathique, pas tout seul, faut pas pousser non plus ! lol


Félicitations Artexflow !

:)))))))


ps : Bon, y a quand même pas le travail de documentation que j'ai trouvé dans les deux autres textes, hein ! lol :D :D :D, mais après tout c'était pas un passage obligé puisqu'il n'y a ni discordance ni anachronisme :)

   Artexflow   
12/12/2012

   wancyrs   
14/12/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Sans avoir lu les explications, je commente...

J'aime beaucoup la construction de ce récit. Les sentiments et les sensations y sont décrites avec une précision d’horlogerie... même si on a l'impression de faire du surplace, on voyage quand même dans le psychique du narrateur ; bref cette accumulation d'adjectifs et autres est adéquate à l'objectif du récit. On peut dire que la forme sert bien le fond ici.

Merci

Wan

   Bidis   
24/12/2012
 a aimé ce texte 
Bien
Beaucoup d’atmosphère dans ce texte. Mais aussi plusieurs choses qui ont légèrement heurté ma lecture.

- « … chaque banc une discussion que j'y avais eue » : je trouve que la précision « que j’y avais eue » lourde et inutile
- « Toutes ces reliques » : je trouve le mot « reliques » mal choisi pour désigner des rues et des endroits publics, ce terme est plus adapté à un objet particulier (au « reste » de quelque chose).
- « J'ai vu cette masse gigantesque qui nous liait tous, » jusqu’à « Histoire d'avoir au moins une certitude. » : Nous sommes dans les méandres des pensées du personnage. Or les méandres d’une pensée, même s’ils sont intéressants, sont toujours difficiles à suivre. D’autant que l’écriture se révèle plus faible. Bien entendu, nous sommes toujours dans le langage coloré et donc pas forcément correct du personnage, mais on arrive aussi dans de la lourdeur, par exemple avec le trop familier « tombé dans les pommes » (par ailleurs aussi un peu outrancier, un évanouissement n’est pas une mince affaire, est-ce bien de cela qu’il s’agit ?) lequel revient par trois fois. Cela sent la conversation facile, le laisser aller, on quitte le personnage pour se dire que l’auteur ne fait plus beaucoup d’effort d’écriture…
- « mais je n'ai pas su pleurer. » : on n’apprend pas à pleureur, on peut ou on ne peut pas. Le verbe « savoir » ici me semble donc utilisé à mauvais escient.
- « parce qu'il n'y a pas un stylo neuf. » : pour fonctionner, un stylo n’a nul besoin d’être neuf. J’aurais préféré : « un stylo qui fonctionne ». Et cette idée de non fonctionnement s’intégrerait d’ailleurs, à mon sens, peut-être mieux dans le contexte général qui est celui d’une sorte de débâcle…
- « Sur mon téléphone » : le possessif (toujours lourd) n’est pas nécessaire, on sait que c’est le téléphone du personnage. De plus, je trouverais plus précis de dire : « sur le répondeur du téléphone ».

J’ai bien aimé le moment où le personnage rencontre la vieille femme. Je ne sais pourquoi, toute une série d’images se sont mises en place, j’ai vu un quartier pauvre, des rues désertes, de la misère. J’aime beaucoup quand la lecture me donne de ces impressions, de ces images…
J’aime aussi l’imprécision dans laquelle on reste en finale du texte, quoique son emphase m’ait gênée par moments.

   David   
2/1/2013
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Artexflow,

C'est noir de charbon comme récit, avec juste une description de la journée et presque rien sur le contexte, les tenants et les aboutissants. Je pencherai pour un suicide à la fin, mais c'est plus par pseudo rationalité que par conviction de lecture, par recherche de sens plutôt que par sensibilité véritablement je veux dire, encore que l'idée qu'il attend un message de la mort elle-même sur son téléphone est assez loufoque, d'autant qu'il l'aurait même appelé à plusieurs reprises apparemment.

Je vacille en fait entre suivre le narrateur dans une espèce de folie douce, où ses interpellations ne sont pas vraiment réelles : si le message téléphonique est pour la mort elle-même, alors il se pourrait tout aussi bien qu'il s'invente et une femme, et une enfant "dormant sur des draps violet", tout cela n'est peut-être qu'une mise en scène de sa propre vie, sa propre mort, en toute solitude et avec toutes les angoisses de l'indifférence. Après tout, il se décrit comme assez peu sociable au début.

Je peux aussi lire l'histoire d'un homme qui quitte sa famille et sa ville pour une autre femme, un amour clandestin qu'il irait vivre au grand jour plus loin, mais alors pourquoi cette lourde atmosphère morbide, du moins telle que je l'ai ressentie ?

"Dusk" signifie "crépuscule" mais ça ne m'éclaire pas plus, sans que ce soit un défaut en soi. En tout cas c'est bien la couleur du récit.

   Pimpette   
3/1/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai eu beaucoup de mal à dégager une lecture-Pimpette de ce texte, mais c'est fait!

Un homme malheureux dans sa vie, dans sa ville, dans son couple, a enfin réuni toutes ses forces et pris la décision de partir...il en est bouleversé et même malade, ce qui est bien naturel! Il ne dort plus, ni ne mange...il a peu de gestes de tendres regret sauf pour son enfant...normal ça aussi...

Parcontre, le soir même,une femme qu'il aime doit le rejoindre derrière la statue de Shakspeare, après le crépuscule dans le jardin publique de la ville...Il est beau le regard qu'il porte sur cette dernière fin du jour dans cette ville détestée mais qu'il connait par coeur depuis 47 ans...

C'est l'heure du RV derrière Shakespeare....
Une dernière douleur...
Tout est décidé
Un soulagement immense, soudain, définitif....c'est TOUJOURS ainsi la conclusion des grandes décisions.

Rien de surréaliste à mes yeux.
Une très bonne histoire que j'aime!


Oniris Copyright © 2007-2017