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Sentimental/Romanesque
placebo : La fuite en rêvant [concours]
 Publié le 28/11/13  -  16 commentaires  -  9582 caractères  -  130 lectures    Autres textes du même auteur

J'ai tendu la main
Sur ta peau bientôt ridée
Par notre bonheur

(elle)


La fuite en rêvant [concours]


Ce texte est une participation au concours n°16 : Haïbun à thème (informations sur ce concours).




2013


Sur les conseils de Marie, j'ai fait des folies. Le soir venu, après qu'il s'est installé lire dans son lit, j'ai défilé sous les bougies. Nous avons fait l'amour… non, je plaisante mon cher. Une lueur a éclairé ses yeux et s'est éteinte. Il m'a complimentée, s'est enquis de la marque puis est retourné à sa lecture.


Est-il devenu asexué ? Suis-je devenue laide ? Je m'ausculte sous les moindres coutures. Bien sûr que j'ai vieilli. Peu importe les crèmes que je passe sur ma peau, celle-ci perd de sa souplesse, des petites taches brunes apparaissent. J'en suis presque certaine, je reste belle. Au travail, le nouveau m'a dévisagée et m'a souri, a rougi un peu, c'était mignon.


Simon semble s'être installé dans son monde artistique. Il écoute de plus en plus de musique, lit, regarde des films… j'ai l'impression qu'il cherche un moyen de communiquer avec moi autrement que par la voix. Il ne connaissait pas d'autre manière de me parler, il n'a jamais compris mes gestes ou mes attitudes. Pourquoi les choses deviennent-elles compliquées maintenant alors que nous avions vécu sans trop de complexe pendant des années ?


Mais je ne perds pas espoir, tu me connais. Je vais dénicher ce qu'il faudra pour faire repartir la flamme. Qui sait, peut-être finirai-je par prendre un amant…



Des coffres de bois

Pourrissent de souvenirs

Trop vite oubliés


(elle)



2010


Plaisir de t'écrire…


Troisième semaine de régime consécutive. Je me sens un peu faible, mais tout va pour le mieux. J'ai un suivi régulier avec la nutritionniste, je pèse les aliments, j'alterne Pilates et yoga tous les deux jours. Les premiers effets positifs ne vont pas tarder, je table sur du long terme, pas envie de voir mon poids jouer au yo-yo !


Simon rentre tard du travail, sa nouvelle prise de poste l'oblige à des heures supplémentaires. Je ne reviendrai pas dessus, je t'en ai déjà parlé plusieurs fois. Bien sûr, je suis très contente pour lui, et au niveau financier nous sommes définitivement à l'abri du besoin, mais, quand je l'attends alors que la nuit tombe, je me demande : est-ce tout dans la vie ? J'ai retrouvé une liste de voyages que nous nous étions juré d'accomplir ensemble, c'est terrible mais je commence à voir la retraite comme un horizon plus si lointain où nous aurons à nouveau du temps pour nous.


Porte-toi bien !



Dans le vent glacial

Qui viendra se réchauffer

Au feu de ma voix


(lui)



2005


Très cher,


Je rentre de l'hôpital sans encombre, quelques jours ont suffi à me rétablir. Les marques sur ma peau disparaîtront au fil des semaines, le médecin me l'a affirmé. Il m'a questionnée avec insistance sur notre couple, sur Simon, j'ai continué à parler d'évanouissement avant la chute dans l'escalier et ils m'ont laissé repartir.


Je le connais mieux que personne. Nous aurons besoin de temps, mais ça viendra, il arrivera à se contrôler, d'ailleurs ce n'est arrivé que deux fois. Nous nous sommes pardonné nos disputes, bien entendu, il a admis que j'avais raison. Demain sera plus beau.


D'ailleurs, pour mon retour, nous avons prévu un pique-nique, ça fait longtemps ! Je suis sûre que malgré la gêne entre nous due aux récents événements, nous arriverons à rire en débouchant une bouteille et à nous rappeler le bon vieux temps.


À bientôt.



2000


Mon cher,


Faites vos jeux, rien ne va plus ! J'ai du mal à m'en sortir aujourd'hui, entre le travail et les tâches ménagères, et Simon ne m'aide pas du tout, parfois je pense qu'il est même au cœur du problème.


Il a toujours été attiré par la fête, c'est même un élément de sa personnalité qui fait son charme. Seulement, il bascule petit à petit des soirées alcoolisées avec amis aux soirées alcoolisées seul… J'avoue que je pourrais me montrer plus compréhensive et l'aider à remonter la pente, mais quand je vois le bordel qu'il me fout dans la maison, ça me met en rogne.


Est-ce qu'il me prend pour sa mère ou une boniche ? Dans tous les cas, pas question de me faire avoir par son regard de chien battu. On doit se serrer la ceinture pendant quelque temps avec le crédit pour la maison (à défaut d'enfants qu'il ne veut pas, je ne vais pas revenir dessus, on en a discuté pendant des mois) bref, j'ai pas le moral.


Souhaite-moi bonne chance !



1996


Mon cher,


Tu me connais, j'aime pas l'indécision, j'ai envie d'un homme qui sache où il va et ce qu'il veut. Et c'est ce que j'ai trouvé chez Simon, sincèrement, tout roule pour le mieux et même le sexe (surtout le sexe) est fantastique avec lui. On passe de plus en plus de temps ensemble, on s'est présentés aux familles respectives… Mais il freine des quatre fers !


Et sur ce point-là, j'avoue que je ne le comprends pas. Il me l'a dit : il m'aime, et je l'aime aussi. Je ne me vois pas vivre sans lui. Espère-t-il en trouver une autre ? On peut toujours trouver mieux, mais une personne avec qui il se sente mieux ? Je ne pense pas, nous sommes tellement sur la même longueur d'onde.


Ça me fait un peu peur, j'avoue. J'essaie de ne pas y penser, mais en même temps je nous imagine mariés et ça ne pourra être que mieux !


Nous cohabitons presque sans souci, pour les tâches ménagères ça va s'équilibrer petit à petit et pour les soirées, même si on continuera à voir du monde et nos amis, on en fera aussi de plus en plus entre nous, entre couple ou en invitant des célibataires à caser ensemble, j'ai trop hâte !


Bisous bisous,



J'ai aimé un rêve

Fleurissant sur l'arbre jaune

Danger : gros serpents


(elle)



1995


Mon cher,


Si tu as des talents dans la compréhension des hommes, tu trouveras une personne toute ouïe en face de toi, parce que là je suis perdue ! Je t'ai déjà parlé de Simon, tu connais la bête : le sourire et la confiance en soi si énervants et si craquants, il embrasse super bien, à l'aise avec tout le monde…


Et c'est le dernier point qui gêne ! On dirait que rien ne peut le retenir, une semaine il flirte avec moi, la suivante il fait les yeux doux à Magalie et celle d'encore après il revient vers moi ! Je lui montre que ça me déplaît en étant un peu plus distante, il me dit qu'il ne me comprend pas, devient tendre, je craque et il s'éloigne à nouveau, je n'en peux plus !


Bref, c'est la merde, je deviens folle, c'est comme si j'étais à la fois heureuse et malheureuse, mais ça va s'arranger.


Merci pour ton oreille attentive,

Et surtout, que la force soit avec moi.



1991


Yo,


Les nouvelles du front : les cours sont à chier, ça m'insupporte au possible ces profs qui croient connaître la vie alors qu'ils répètent leurs mêmes cours depuis des années. Le fond n'est pas inintéressant mais la forme… Je préférerais rester chez moi écouter de la musique et me plonger dans les bouquins.


Presque.


Heureusement, il y a les soirées ! Rien à voir avec le lycée, c'est beaucoup plus marrant. Je m'entends bien avec les filles, ça se tire un peu dans les pattes, surtout quand il y a des garçons, mais rien de bien méchant, on s'adore.


À propos de garçons, pour Élodie c'est le bal continu, moi je ne pourrais pas, je cherche plus de stabilité. Certes, je dis rarement non à un kiss (sauf si le mec est trop con ou bourré) mais je sais poser des limites. Je ne suis pas comme ces prudes qui veulent attendre le mariage pour se faire déflorer (quelle idée !) mais je préfère attendre le bon, question de respect de soi si tu veux mon avis.


À plus, traîne pas trop au soleil !

Que la force soit avec moi.



1987


Cher journal,


Je trouve ça un peu stupide d'écrire cher journal, mais bon…

Je trouve ça un peu stupide comme cadeau, mais bon… faut pas trop en demander à maman.


Autant te prévenir tout de suite : il se peut que je t'abandonne assez rapidement, a priori raconter ma vie (!) aux inconnus (!) qui ne peuvent pas me répondre (!) ne correspond pas du tout aux choses qui m'attirent.


Je vois que tu es curieux, alors je vais te dire ce qui m'intéresse : les maths, le français, la danse, la photo, les voyages. Je veux voyager le plus possible, rencontrer des gens, apprendre leur langue, comprendre le monde. J'ai l'impression qu'autour de moi personne ne pense à ce genre de choses, ils sont tous dans leur petite vie avec leurs petits problèmes, et machin a dit ça, et il paraît que truc… ça me dépasse, je ne pense pas qu'on devienne heureux comme ça.



Bon, puisque j'ai vérifié que ta serrure ferme bien, je peux te le dire tranquillement : j'ai passé l'âge du prince charmant mais je sais, au fond de moi, que je rencontrerai quelqu'un de vraiment bien, qu'on passera notre vie ensemble et qu'au final, chaque jour on fera des efforts pour s'aimer davantage.


À bientôt (j'espère pour toi),

Laura



2013


J'ai l'impression qu'après toutes ces années d'intimité, quelqu'un d'autre a enfin tourné tes pages, et je m'en réjouis. J'ai fait une scène à Simon, pour la forme, nous sommes fâchés mais je préfère cet état à l'absence d'émotion. Je suis sûre que notre situation va évoluer pour le mieux, et ma dernière phrase d'hier, pas très subtile j'en conviens, provoquera peut-être un déclic.


Un jour, je te relirai depuis le début (depuis le premier tome), mais pas maintenant.



La page se tourne

L'odeur de l'encre se dissout

Dans un peu d'espoir


(lui)


 
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   Jano   
15/11/2013
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Une construction originale qui m'a un peu désarçonné au début mais qui finalement trouve trouve sa pertinence. Ces aller-retours brossent en effet avec précision le portrait d'une femme confrontée à ses espoirs puis à ses doutes. De 1987 à 2013, on voit bien l'évolution qui a conduit la narratrice de l'espérance naïve au constat désabusé. Une prise de conscience de la mort du couple, de l'âge aussi, accompagnée d'un refus de cette fatalité.

Un bon texte, judicieusement mis en valeur par les haïkus. Il n'y a que ce vers "Danger : gros serpents" que j'ai trouvé un ton en dessous des autres.

   Anonyme   
18/11/2013
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour

Construction ingénieuse, j'aime beaucoup les transformations de l'écriture qui suit le cours des ans.
Un plus pour les haïkus, plaisants et imagés.
Je salue l'originalité, les silences, regrette seulement d'en savoir si peu sur le personnage principal mais d'un autre côté il semble que l'essentiel de l'histoire soit écrit.

   senglar   
28/11/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Placebo,


Oui moi-aussi j'ai trouvé ça bien ; désarçonné au début, tout s'éclaire à la fin et je me dis que c'est habile. Les notations sont réalistes, le lecteur n'est pas mené en bateau. Dissolution d'un amour ordinaire que la partenaire s'efforce de voir perdurer. Le style est clair, agréable.

Le monsieur ne me semble pas à la hauteur (d'ailleurs il est couché !) ; le "vilain mari"* est apparu assez vite... et, quoi qu'elle s'en avoue, la dame aime bien les robes de princesse. La vie est-elle supportable sans une part de jeu ?

:)

Senglar-Brabant

* Nougaro

   Bidis   
28/11/2013
Un chouette texte qui se lit avec plaisir, sinon profonde admiration. Voilà un style dont je ferais bien de m'inspirer, mais je sens que de l'eau coulera sous les ponts avant de m'y risquer...
Deux ou trois petites choses :
- « s'est enquis de la marque » : on comprend qu’il s’agit de la marque de la lingerie mais moi je vais beaucoup mieux quand on me met les points sur les i. Cependant, vu que ma propre façon d'écrire pèse des tonnes, je ne suis pas sûre du caractère tout à fait judicieux de ma remarque…
- Je ne comprends pas les (elle) et les (lui) qui suivent les haïkus.

Difficile d'évaluer. Objectivement, ce n'est pas une écriture dont je chanterais les louanges. Mais d'autre part, j'ai passé un bon petit moment, sans prise de tête, c'est bien reposant et agréable... En définitive, je m'abstiens.

   Robot   
28/11/2013
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Ce texte fort bien construit, avec aussi ses haïku bienvenus ne m'a pas déçu. Je suis allé sans peine au bout de cette lecture. Découverte d'un cheminement du passé, avec les espoirs et l'envie que la réalité corresponde aux souhaits. Dans une certaine mesure, j'ai songé au "Journal à rebours" de Colette. Je vais d'ailleurs m'y replonger pour rafraichir ma mémoire.
La simplicité du style est pour beaucoup dans le plaisir pris à lire cette nouvelle.

   Anonyme   
29/11/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Je me perds un peu, Cebo, dans les dates. Mais j'aime beaucoup l'esprit, le sujet, l'introspection, les regards croisés.

Le style est celui d'une nouvelle mais il sert admirablement les haïkus. C'est tout en équilibre/déséquilibre, c'est original et j'aime plutôt très bien.

   Pepito   
29/11/2013
Hello Placebo,

Forme: juste un couac curieux "qu'il s'est installé" ? m'a surprit, qu'il se soit, non ?
Puis tout baigne à mon gout.

Fond : ouah, du grand art.
Le "mon cher" interpelle, mais je n'ai pas vu venir l'interlocuteur avant un bon moment.
Le travelling arrière, au top.
Le sujet, casse gueule, est hyper bien traité.

Je suis loin d’être un fan du sent/roman/nian-nian mais ici, j'en ais particulièrement apprécié la lecture.
Félicitations pour l'exploit.

Pepito

   alvinabec   
30/11/2013
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour placebo,
Voilà un texte malin, bien posé sur une construction originale sans en faire des tonnes.
Par petites touches on agrippe la mélancolie de Laura à travers le désinvestissement amoureux, les espoir et les peines rêvées comme vécues de cette vie de couple.
Parfois un brin elliptique mais ça n'est pas gênant.
A vous lire...

   costic   
30/11/2013
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J’ai beaucoup aimé la structure du texte. Au début on pense qu’il s’agit d’une vraie relation épistolaire. Les différentes phases du temps remonté me paraissent très justes (malheureusement !) Le ton s’adapte parfaitement aux âges évoqués. L’écriture est fluide, j’ai pris plaisir à lire ces instants qui résument une vie. L’humour toujours présent donne une sensation de légèreté. On traverse l’existence avec une sorte d’insouciance.
Les haïkus s’adaptent bien à l’ensemble, avec une préférence
Pour

J'ai aimé un rêve
Fleurissant sur l'arbre jaune
Danger : gros serpents
Et surtout le dernier :

La page se tourne
L'odeur de l'encre se dissout
Dans un peu d'espoir

Un très agréable moment.

   Acratopege   
1/12/2013
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Un vrai plaisir de lecture, mais qui oblige à se concentrer pour s'identifier à ce rebroussement du temps. La forme est aérée, presque un peu trop légère il me semble pour le sérieux du propos. Les haïkus sont suggestifs et bien posés en marge du récit. Du joli travail sur la thématique banale du couple qui s'altère, et traité sans banalité.

   placebo   
1/12/2013
Mes réponses aux commentaires et quelques explications sur la genèse dans des portrait de femmes.

   Perle-Hingaud   
2/12/2013
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J’ai bien aimé. La structure, déjà, qui demande un petit effort de la part de mes neurones. Le récit, ensuite, brossé par touches légères, de cette femme « grise », avec ses faiblesses, ses idéaux, ses renoncements. Elle me semble très humaine.
L’écriture me séduit moins, un peu « plate ». Enfin, si, j’ai apprécié qu’elle évolue au fil des années, ça, c’est bien mené.
J’ai du mal avec les « (elle) » et « (lui) », je trouve le procédé lourd.
J’aime bien la fin, le « retour » en 2013.
Merci pour cet agréable moment de lecture !

   widjet   
2/12/2013
 a aimé ce texte 
Pas
Certes l’écriture n’est pas faramineuse, mais dès lors qu’il s’agit de missive, alors ça devient crédible. Pour moi, ce n’est pas reprochable. Au contraire.

En revanche, si la construction se tient, il n’y a pas de quoi se taper le cul par terre. Ingénieux, perso, je ne vois pas en quoi ; cette inversion est un artifice assez vain, pour ma part (tout bien considéré, j’aurai préféré qu’on reste sur une chronologie en mode « plus » vers le « moins » pour assister à la longue désillusion) .

Personnellement, je suis resté en retrait et ce n’est pas le sujet (universel s’il en est) qui en est la cause, mais bien la profondeur toute relative et l’absence d’intensité qui anime le récit.

J’ai lu et je n’ai rien ressenti.

Pardon Cebo, prochaine fois, sans doute

Widet
PS : « mon poids jouer au yo-yo ! ». Plutôt mon poids faire du yo-yo, non ?

   Margone_Muse   
2/12/2013
 a aimé ce texte 
Bien
Pour le thème "retourner", la chronologie inversée est un joli clin d'oeil. Le problème pour moi, c'est que j'ai eu du mal à m'installer dans la vie de cette femme. C'est en partie du à ce rebour ; mais aussi parce qu'il manque comme un liant entre tous ces passages intimes. Et en fait, à bien y regarder (à la seconde lecture), je ne t'aurai sûrement pas fait cette remarque si tu n'avais pas fait mention du pseudo accident dans l'escalier.
Je m'explique : quand tu parles de "cicatrice" j'ai pensé dans la seconde à une maladie, genre elle vient de subir une ablation des seins et malgré ces ciscatrices dont les médecins assurent qu'elle disparaitront, l'homme ne touche plus sa femme (liant avec le premier paragraphe). Et finalement non, c'est un épisode complètement à part dans la vie de cette femme. Du coup, je le regrette et je me serais bien plu avec un tissage plus simple qui va des espérances d'une jeune fille à la fatigue et à l'essoufflement de son couple sans que dans un texte aussi court intérefère des problèmes plus spécifiques.

L'écriture se prête à la correspondance. Ce n'est pas ce que je préfère mais tu n'as pas dérapé là dessus et en cela, c'est une bonne chose. Je note aussi l'évolution du phrasé selon l'âge de la narratrice. Ce "yo," si disgracieux à mes yeux mais qui renvoit tellement bien aux adolescents, par exemple ; où comment elle parle de sa mère et du cadeau.

Les haïkus sont bons, je ne vais pas dire le contraire. Seulement, de ta part, je suis un poil déçue, je t'attendais sur le kigo, d'autant plus que je savais que ton thème n'était pas spécialement en rapport avec la nature ou les saisons de quelconque façon et ça me rendais curieuse de ce que tu aurais pu trouver. Mais bon, je répère, je les trouve très bons (sauf le " : " qui, vraiment, que je me trompe ou pas, n'a rien a faire dans un haïku à mon avis).

Au final, un texte que je qualifierais de ciselé dont chaque partie n'aurait pas souffert d'être légèrement étoffée pour mieux installer le lecteur dans la vie de cette femme, malgré tout très attachante. Il y a de la douceur, de la nostalgie, un progression bien traitée et un traitement du thème imposé original. J'ai assez bien aimé l'ensemble, même si je m'attendais à être plus touchée que ça à la lecture des premiers paragraphes.

Bravo (et merci) pour ta contribution (in extremis) au concours ! :)

mumuse

   toc-art   
4/12/2013
Bonjour,

j'aime bien l'idée de la remontée dans le temps. pas vraiment convaincu par les différences de langage, pas par toutes en tout cas, même si je salue l'effort. Par exemple, est-ce qu'on disait déjà "Yo" en 91 ? Peut-être, hein, mais j'avoue que ça me parait plus actuel. De même, une lycéenne qui parle en ces termes des prudes qui ne veulent pas se faire déflorer, je sais pas, j'y crois pas vraiment (mais là encore, c'est une impression peut-être infondée).

Les pensées d'une femme entrant dans la maturité m'ont semblé manquer de profondeur, presque scolaires dans la narration comme dans le fond des choses

Une autre chose m'a gêné : l'évocation de la brutalité du mari. Je trouve que ça manque de consistance, qu'on passe trop vite sur cet épisode qui, allié à l'alcool, a dû être plus pesant dans la vie du couple.

Dans l'ensemble, il m'a semblé que le personnage de cette femme manquait de complexité, restait trop en surface. C'est d'autant plus gênant qu'on est au coeur de son intimité à travers son journal, dans une sphère où elle est censée se livrer le plus et là, ça me semble quand même très plat.

Ceci dit, peut-être est-ce dû aussi à la contrainte de brièveté du concours qui oblige à ne pas s'attarder sur les épisodes d'une vie. En tout cas, je le répète, j'ai bien aimé l'idée, même si je trouve que sa réalisation manque de relief et d'épaisseur psychologique (mais bon, l'aspect psychologique, c'est ma marotte, donc je suis peut-être un peu obsessionnel sur cet aspect des choses...)

Bonne continuation.

   aldenor   
8/12/2013
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Le procédé est bien trouvé : retourner dans le temps. Pour retrouver le rêve tel qu’il était à l’origine.
Je vois une usure du rêve au contact de la réalité plutôt qu’une fuite dans le rêve. A cet égard, je n’aime pas trop le titre.
L’idée du journal intime comme interlocuteur est attendrissante, sur la durée. Cette connivence grandissante ! Même plus d’en-tête ou de formule de conclusion pour finir ! Bien imaginé, bien construit.
Joli haïku final.
Un certain humour égrène le récit ; mais je pense qu’il n’est pas suffisamment appuyé ; on n’est d’abord pas sûr qu’il soit voulu, par exemple : « ...j'ai l'impression qu'il cherche un moyen de communiquer avec moi autrement que par la voix. », «...j'ai continué à parler d'évanouissement avant la chute dans l'escalier » ou « Bon, puisque j'ai vérifié que ta serrure ferme bien, je peux te le dire tranquillement »
Sur le fond, je ne suis pas aussi emballé ; rêves falots, héroïne exagérément crédule, horizons étriqués... Vous me direz, c’est un choix de personnages. Je ne sais pas. Cette femme secrète, qui se confie à son journal depuis 30 ans, qui est capable de prendre ses distances avec les drames de son existence, au point de s’en amuser, peut difficilement porter de telles ornières, tant manquer d’esprit d’analyse.
Alors que la forme se prêtait justement à des rêves perdus qui soient plus exaltants !
A noter : je n’ai pas saisi le sens des (lui) / (elle) dans les haïkus.


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