Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Fantastique/Merveilleux
Sylvaine : Le bleu des chevaux
 Publié le 27/09/18  -  12 commentaires  -  10112 caractères  -  121 lectures    Autres textes du même auteur

Démons et merveilles de la contemplation.


Le bleu des chevaux


11 janvier


Ce n’est pas tout à fait par hasard si je suis entré dans cette galerie. Je passe devant presque tous les jours, et je n’en avais jamais poussé la porte, mais cette fois l’affiche m’a attiré, qui montrait deux chevaux endormis sous une tombée de rayons multicolores. Je ne connaissais même pas le nom du peintre, mais la paix qui émanait de cette image m’a paru idéale pour me nettoyer l’esprit et me détendre les nerfs. J’en avais besoin, comme tous les vendredis soirs, à l’issue de ces deux heures de cours qui, situées de trois à cinq, épuisent mon énergie sans profit pour personne, et surtout pas pour des élèves englués dans leur apathie narquoise et dans l’attente de leur week-end. Aujourd’hui, saisi par le vertige de l’absurde, j’ai parfois cru vaciller au bord de l’estrade. Alors oui, j’avais vraiment besoin de cette exposition.

J’y suis resté plus longtemps que je n’aurais dû. On y trouve des aquarelles aux couleurs franches, du bleu, du vert, du jaune, du rouge, qui leur confèrent l’éclat d’un monde neuf, lavé par une averse récente. Les sujets, répétitifs, sont surtout animaliers ; tout un peuple de chevreuils, de gazelles, et plus encore de chevaux, habite ces tableaux dont le rapprochement exhale une fraîcheur de paradis perdu, antérieur à la présence humaine. Sans doute est-ce cela qui m’a séduit. J’aurais voulu m’attarder sur chaque peinture, sur ces paysages géométriques qui servent d’écrins aux bêtes tranquilles, perdues dans la contemplation de leur rêve intérieur. Il me semblait que l’une d’elles éveillait en moi des résonances singulières, mais j’étais incapable de l’identifier.

Mon portable a sonné, Monique s’inquiétait de mon retard. Depuis qu’elle est en congé, elle est devenue plus anxieuse, et sans doute aussi plus possessive. La grossesse réveille en elle l’instinct du nid, un besoin d’intimité tiède qui rend ma présence plus nécessaire. J’ai regretté de l’avoir inquiétée pour rien et suis rentré aussitôt.


13 janvier


J’ai profité de mon jour de liberté pour retourner voir l’exposition, et cette fois encore je suis resté sous le charme. J’aime l’irréalisme des couleurs, le rouge vif des antilopes et l’outremer des taureaux. J’ai trouvé la peinture qui me parle tant. C’est une détrempe de taille moyenne, environ trente centimètres sur quarante, un groupe de chevaux d’un bleu de jacinthe sauvage, sur un fond jaune pâle où s’incurve un arc-en-ciel. Ils sont au nombre de quatre, et les uns derrière les autres sur toute la hauteur du tableau. Croupes rondes, encolures flexibles, les formes courbes dominent. La tête tournée vers la gauche, ils observent quelque chose qui reste invisible au spectateur. Quel mystère dans ces regards, dans ces profils attentifs que souligne un trait de peinture noire ! Des étoiles, des croissants de lune parsèment leurs corps harmonieux, les inscrivent dans un cosmos paisible et sans fêlure. L’arc-en-ciel relie la terre au séjour des dieux.

Je suis resté longtemps devant ce tableau, devant l’énigme de ces regards fixés sur une vision où j’aurais voulu me perdre aussi. J’ai demandé le prix de ces Chevaux fabuleux. Au-dessus de mes moyens, bien entendu. Je suis rentré chez moi pensif, encore immergé dans mon enchantement. J’aurais voulu le partager avec Monique, mais elle n’y a vu qu’un témoignage de l’immaturité lunaire dont elle s’efforce de me guérir. Il est vrai que j’ai échappé grâce à elle à une bohême irresponsable. Grâce à elle, j’ai aujourd’hui un couple solide, un enfant bientôt, et des projets d’avenir.


15 janvier


J’ai rêvé cette nuit des chevaux bleus, un rêve immobile, sans événements, une pure vision paradisiaque. J’étais à la fois dans le tableau et hors de lui, contemplateur et contemplé, dilué dans la substance même de la peinture qui colore ces bêtes d’azur nocturne au poitrail semé d’étoiles. Et je voyais par leurs yeux, je partageais le songe de quiétude cosmique qui pacifie leur regard, dont je comprenais enfin l’énigme. Au réveil, elle m’était redevenue impénétrable. Étreint par une nostalgie aiguë, je n’ai repris mon assiette que tardivement. Ces chimères ne me valent rien. Je ne céderai plus à l’attraction qu’elles exercent, et je ferai désormais un détour sur le chemin du lycée pour éviter l’exposition.

Cet après-midi, j’ai accompagné Monique chez le radiologue et assisté à l’échographie. J’ai pu voir à quoi ressemblait mon fils. Mon fils. Est-il possible que je sois père ? Je devrais en être très heureux. Je suis heureux, bien sûr, mais encore tout étourdi de cette paternité future. Plus encore que le mariage, elle me leste, elle m’alourdit, elle me rattache à la substance solide de la vie réelle. Elle m’empêche de me dissoudre dans les mirages où je me perdais souvent jadis.


20 janvier


J’ai tenu toute une semaine, mais ce matin j’ai senti au réveil un besoin si poignant de revoir Chevaux fabuleux que je n’ai pas résisté. Je crois que j’avais encore rêvé, sans souvenir de mon rêve. Seule me hantait la crainte que le tableau fût vendu. Je suis donc retourné à l’exposition, où heureusement il se trouve encore, mais pour peu de temps puisqu’elle s’achève dans deux jours. J’en ai éprouvé le choc d’une perte prochaine, qui m’a poussé à une contemplation d’autant plus ardente. Encore une fois, j’ai donc posé mon regard sur ces chevaux couleur de jacinthe, sur leur profil apaisé que souligne un cerne noir, j’ai tenté de percer le secret de leur immobilité bleue. Mais la presse des visiteurs, plus nombreux que d’habitude, gênait ma concentration. La foule m’indispose vraiment de plus en plus.

Je me suis arraché au tableau comme on tranche dans la chair vive, et j’ai quitté la salle sans me retourner, concentré sur l’impression de perte qui se creusait en moi. Je me sentais dépouillé d’un bien à peine entrevu, et pourtant plus précieux que tout, dont je ne ferais jamais le deuil. Mais à qui en parler, à qui confier la détresse où me plongeait la fin de l’exposition ? Qui serait capable de comprendre ? Monique était la dernière à qui je pouvais songer. J’étais si troublé que je remettais en cause mes choix essentiels. Je me suis surpris à me demander si je souhaitais vraiment être père, si je n’avais pas seulement modelé mon désir sur celui de ma femme. À quoi bon faire naître un enfant de plus, qui ajouterait à l’encombrement du monde ? Ma pensée s’égarait sur des chemins dangereux.

De retour chez moi, je suis revenu à des sentiments plus normaux, mais le vide de la perte est toujours incrusté dans mon cœur.


22 janvier


La scène qui vient de m’opposer à Monique était d’une violence inédite entre nous. J’en éprouve du remords, car j’ai prononcé des paroles très dures qui l’ont visiblement bouleversée, alors que son état exige des ménagements. Mais elle est vraiment trop terre à terre, fermée à toute esthétique, et c’est un point de friction inévitable, auquel nous devons nous résigner.

J’ai acheté Chevaux fabuleux cet après-midi. Je suis rentré le tableau sous le bras, pressé d’en partager la beauté avec ma femme. Je m’étais persuadé que sa vue suffirait à la séduire, et qu’elle comprendrait alors mon émerveillement. J’ai déballé soigneusement le paquet, et j’ai attendu sa réaction.

« Combien l’as-tu payé ? » a-t-elle dit simplement.

J’ai avoué les deux tiers de la somme. C’était encore beaucoup trop.

« Où as-tu la tête ? s’est-elle indignée. Nous aurions pu rénover la chambre du bébé avec cet argent ! »

La chambre du bébé est en excellent état, mais Monique veut un décor neuf pour sa maternité neuve. Elle a aussi parlé de l’emprunt, de nos ressources modestes, de ma légèreté irresponsable. J’ai accusé son matérialisme, qui coupe toujours court à mes élans. J’ai été jusqu’à lui reprocher sa grossesse. J’ai dit qu’elle m’avait piégé dans le mariage en refusant d’avorter.

Je ne le pensais pas, naturellement. Non, je ne le pensais pas. Je crois. Je ne sais plus ce que je pense. Monique a dit qu’elle ne voulait plus voir la peinture. Tant mieux. Je l’ai accrochée dans mon bureau où je l’aurai pour moi seul.


25 janvier


Monique me presse d’accepter les leçons particulières qu’elle m’a trouvées, et mes collègues me harcèlent aussi pour que je corrige plus vite les copies de l’examen blanc. Tous voudraient m’accaparer sans partage, m’interdire les espaces de contemplation où je m’absorbe et qui me permettent de respirer. Je regarde mes Chevaux fabuleux. Si je m’imprègne suffisamment du bleu profond de leur poitrail, si j’épouse d’assez près la courbe de leur encolure et la direction de leur regard, peut-être pourrai-je à nouveau partager le songe enchanté qui les maintient dans leur extase immobile, et tout ce qui m’entrave se déliera enfin. Ma vie, ma femme, mon fils, l’appartement dont il faut payer les traites, tout me harasse, tout est en trop, je voudrais tout effacer d’un coup de gomme, tout recouvrir d’une coulée de peinture bleue comme une nappe de jacinthes recouvre les sous-bois.


27 janvier


Je suis enfermé dans mon bureau depuis des heures, et voici trois jours que je manque le lycée. Le proviseur a téléphoné, mais j’ai raccroché quand j’ai reconnu sa voix. Maintenant je ne prends plus les appels. J’entends Monique qui tambourine à la porte, elle pleure, je crois. Ne pleure pas, Monique, bientôt tout sera terminé, j’aurai bientôt percé l’énigme de Chevaux fabuleux.

Heure après heure, je m’immerge dans la contemplation du tableau, dans la sérénité attentive des chevaux palpitants d’étoiles que le peintre a modelés dans le ciel nocturne pour leur confier sa vision secrète, et heure après heure je m’approche de cette vision. Quand je poserai mon stylo, quand je porterai de nouveau les yeux sur l’aquarelle pour un recueillement ultime, je me coulerai tout entier dans leur regard, et je partagerai enfin leur songe de quiétude cosmique et leur extase immobile. Alors Monique pourra faire enfoncer la porte. Libre de toute entrave, à la fois contemplateur et contemplé, je me serai dissous à jamais dans la peinture, pour toujours absorbé par le bleu des chevaux.


 
Inscrivez-vous pour commenter cette nouvelle sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   izabouille   
6/9/2018
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Désolée, je ne suis pas arrivée à entrer dans ce tableau représentant des chevaux bleus, je suis restée complètement en-dehors...
Je n'ai pas trouvé le fantastique ou le merveilleux auxquels je m'attendais.
Je suis pourtant restée accrochée jusqu'à la fin espérant y trouver une chute, mais là encore j'ai été assez déçue.
L'écriture est cependant très belle et le texte est bien construit. Seul petit bémol, la phrase "...mais cette fois l’affiche m’a attiré, qui montrait deux chevaux endormis sous une tombée de rayons multicolores." Je mettrais plutôt "...mais cette fois l’affiche m’a attiré. Elle montrait deux chevaux endormis sous une tombée de rayons multicolores."
Quant aux chevaux couleur DE jacinthe, je supprimerais le "de".

   Mokhtar   
9/9/2018
 a aimé ce texte 
Passionnément
Quand un désenchanté trouve l’enchantement…

Désenchanté parce qu’il ne trouve pas de sens à la vie qu’il mène. Parce que son boulot de prof lui semble improductif et absurde. Parce que sa vie conjugale n’est qu’une convenance confortable routinière, parce que sa prochaine paternité lui semble incongrue, inutile, injustifiée. Et parce qu’en fait, il n’adhère à rien.

Dans sa vie privée comme dans son activité professionnelle, il est là sans être là. Ce n’est pas de « l’immaturité lunaire », de la distraction de rêveur. Il n’est pas dans « la lune », il est déconnecté, comme dédoublé, spectateur de sa propre vie.

Il est atteint d’un syndrome de déréalisation, qui le détache du concret, de la réalité tangible. Et quand il est odieux avec son épouse, bien que sachant qu’il agit mal, il ne peut s’impliquer, se responsabiliser. Son comportement rappelle celui du Meursault de Camus, quand il tue avec détachement.

Et survient le choc artistique : le tableau dégageant une impression de paix, dans une exposition de sujets animaliers, « à la fraîcheur de paradis perdu, antérieur à la présence humaine ». On pense un peu à la virginité des peintures rupestres. Les chevaux sont dans « leur quiétude », dans le bleu du ciel, libres, loin, très loin du prosaïsme de ces activités humaines qui le rebutent. Et ce fameux tableau devient la seule chose à laquelle il trouve une signification, au point de vouloir s’y projeter, de partager la vie des chevaux dont il voit dans les yeux la « quiétude cosmique » qu’il envie.

Enfin quelque chose dans sa vie a du sens. Le tableau devient sa raison d’être. Il craint de le perdre. Il fait la folie de l’acquérir, puis s’isole pour entrer en communion avec lui, se « dissoudre en lui », dans une scène finale de crise dépressive franchement pathologique.

Ce récit est servi par une écriture remarquable, qui explique avec clarté L’étude psychologique est très fine, très détaillée. Les chapitres datés sont comme des marches de la recherche obsessionnelle de celui qui s’enfonce dans sa recherche de la liberté absolue, celle de quitter le gris pour se perdre dans le bleu.

Je suis très impressionné par le niveau littéraire de ce texte profond, très travaillé. L’adéquation entre la scène peinte et la recherche de sérénité du narrateur est un procédé habile, très réussi, pour analyser la quête monomaniaque du personnage.

Qui ne s’est jamais senti, face à certaines situations, comme en dédoublement avec une réalité dont il se sent étranger ? On a ici un développement de ce genre d’état, quand il prend toute une vie et qu'il est poussé à son paroxysme.

Avec talent.

Mokhtar, en EL

   Thimul   
27/9/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai trouvé unr atmosphère très particulière dans cette nouvelle.
Une espèce de romantisme fantastique à la Edgar Allan Poe.
La progressivité de cette folie contemplative est remarquablement écrite.
C'est inéluctable et pourtant je ne pouvais me détacher de la contemplation de ce texte.
Heureusement, il est court. Sinon, qu'elles auraient été les conséquences ?
Bref un très bon moment de lecture.

   Willis   
27/9/2018
 a aimé ce texte 
Passionnément
J'étais le narrateur, l'espace de ces lignes. Je ne le comprenais pas, j'étais lui.
Quand l'âme est mise à contribution, la plume est si légère, que le texte semble court.Trop court.
Je ne veux voir aucune erreur (s'il en est), car je fus transporté par ce style hors du commun, cette écriture qui parvient à expliquer, décrire et surtout emmener le lecteur dans le monde d'un schizophrène,
l'histoire de cet être, trop fragile pour subir notre société, dans laquelle il tenta, en vain, de se fondre.
Félicitations.

   jfmoods   
28/9/2018
J'ai une fâcheuse tendance à ponctuer à l'oreille. Aussi ai-je du mal à comprendre la présence d'une virgule à l'entame de la relative...

"... cette fois l’affiche m’a attiré, qui montrait deux chevaux endormis..."

La première question que pose la nouvelle est, pour moi, celle de l'adéquation du choix amoureux, le mystère insondable qui fait que deux personnalités aux antipodes peuvent sérieusement envisager de construire une vie à deux avec tous les engagements que cela suppose.

D'un côté, nous avons un homme fragile, vonlontiers rêveur, qui se voit comme un enfant ("l’immaturité lunaire dont elle s’efforce de me guérir", "j’ai échappé grâce à elle à une bohême irresponsable") ; de l'autre une femme dépourvue d'imagination ("elle est vraiment trop terre à terre"), vaguement castratrice ("elle est devenue plus anxieuse, et sans doute aussi plus possessive. La grossesse réveille en elle l’instinct du nid, un besoin d’intimité tiède qui rend ma présence plus nécessaire").

Ce texte, de très belle facture, s'inscrit cependant dans une réflexion plus large : il s'interroge sur le sens de la vie.

Dans son commentaire, étayé, particulièrement agréable à lire, Mokhtar fait référence à Camus et le journal intime présenté ici fait état d'un "vertige de l’absurde".

Notre homme s'éprouve dans l'usure accablante d'une fonction ("... ces deux heures de cours qui, situées de trois à cinq, épuisent mon énergie sans profit pour personne, et surtout pas pour des élèves englués dans leur apathie narquoise et dans l’attente de leur week-end."). Sans doute a-t-il, par le passé, trouvé un certain équilibre, un certain épanouissement dans son travail. Il n'est plus, aujourd'hui, qu'un fonctionnaire au sens le plus plat du terme, qu'une coquille vide, qu'un enseignant désabusé confronté à des apprenants amorphes. La nouvelle épingle, au passage, le naufrage - programmé depuis bien longtemps - du système éducatif à la française.

Dépourvu de repères, de plus en plus déboussolé ("Je ne le pensais pas, naturellement. Non, je ne le pensais pas. Je crois. Je ne sais plus ce que je pense."), le narrateur doit, en outre, se préparer à la redoutable épreuve de devenir père ("Je devrais en être très heureux. Je suis heureux, bien sûr, mais encore tout étourdi de cette paternité future. Plus encore que le mariage, elle me leste, elle m’alourdit, elle me rattache à la substance solide de la vie réelle. Elle m’empêche de me dissoudre dans les mirages où je me perdais souvent jadis.").

Est-ce tout à fait un hasard si son regard se cristallise alors sur ces "chevaux fabuleux"... au point d'acheter le tableau à un prix exorbitant ? Est-ce un hasard si la tête des chevaux est "tournée vers la gauche", direction désignant symboliquement le passé, la régression ? Ces équidés signalent un point de fuite : celui de l'utopie ("bêtes tranquilles, perdues dans la contemplation de leur rêve intérieur.", "... ils observent quelque chose qui reste invisible au spectateur."). C'est sans doute le monde insouciant de l'enfance dont il est question ici ("une fraîcheur de paradis perdu").

Camus distingue deux manières de sortir du sentiment de l'absurde : l'affrontement (par la révolte, la passion, la liberté) et la fuite (par la religion, le suicide). Il n'est pas illusoire de penser que c'est cette dernière hypothèse qu'évoque le narrateur à la fin du texte ("Quand je poserai mon stylo, quand je porterai de nouveau les yeux sur l’aquarelle pour un recueillement ultime, je me coulerai tout entier dans leur regard, et je partagerai enfin leur songe de quiétude cosmique et leur extase immobile.").

Merci pour ce partage !

   Jean-Claude   
28/9/2018
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour Sylvaine,
Du fantastique traditionnel dans la veine la plus pure.
Bref, j'ai acheté un tableau et je vais m'y dissoudre....
Au plaisir de vous relire.
JC

   toc-art   
29/9/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,

J'ai beaucoup aimé cette histoire classique dans le genre mais très bien mise en scène. Sans doute parce que n'importe quel spectateur a pu ressentir à un moment ou un autre devant une toile ce désir de s'y fondre et qu'on s'y retrouve parfaitement.

On ressent bien le désarroi de cet homme perdu entre une vie professionnelle peu épanouissante et sa vie sentimentale qui l'aliène plus encore avec l'arrivée d'un enfant, désarroi qui se cristallise dans la contemplation hypnotique de ce tableau.

La progression de cet état est très bien rendue par la construction choisie. Par ailleurs, vous n'hésitez pas à explorer les sentiments de cet homme, quitte à flirter avec des formulations qui pourraient prêter à sourire, comme ici : "De retour chez moi, je suis revenu à des sentiments plus normaux, mais le vide de la perte est toujours incrusté dans mon cœur." Le incrusté dans mon coeur pourrait apparaître comme un effet mélodramatique un peu surjoué, mais en fait, non, ça passe, et je trouve ça très bien mené.

Pour ma part, j'ai toujours été attiré par un autre tableau de ce peintre, Les chevaux bleus. :-)

PS : j'ai lu les autres commentaires et contrairement à certains, j'aime beaucoup : "mais cette fois l’affiche m’a attiré, qui montrait deux chevaux endormis...", c'est ce qui donne à mon sens sa juste musicalité à la phrase.

   Alcirion   
29/9/2018
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
Bonjour,

j'ai beaucoup aimé votre nouvelle, qui m'a rappelé la façon de faire des écrivains français du XIXe siècle (Gautier, Maupassant, Balzac à quelques occasions...). Le découpage par dates du récit (technique utilisé par Maupassant dans Le Horla), permet à l'auteur de réguler la progression dramatique avec précision.

La mise en place et l'ambiance sont très réalistes (informations, détails sur le narrateur, sa vie quotidienne). La focalisation en je narratif donne une appréhension brute de la progression de la folie du personnage, qui lui échappe, mais qui n'échappe pas au lecteur. Cela introduit une connivence auteur/lecteur et une possibilité d’extrapolation : les propos du narrateur suggèrent sans imposer, le lecteur étant induit vers une hypothèse fantastique sans qu'elle soit clairement énoncée.

L'écriture est élégante, très classique et colle parfaitement au ton de la nouvelle. En bref, j'ai vu un exercice de style réussi.

   SQUEEN   
4/10/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai beaucoup aimé, l'écriture est extrêmement efficace, d'une grande concision comme ici:..."« Combien l’as-tu payé ? » a-t-elle dit simplement.

J’ai avoué les deux tiers de la somme. C’était encore beaucoup trop."...

La progression du récit est totalement maîtrisée, ça coule agréablement. Vous exploitez le contraste entre les préoccupations prosaïque du quotidien et la volonté obsessionnelle de s'en exclure par le biais de l'art, et vous rendez cette tension admirablement en la poussant "à bout". Merci.

   in-flight   
18/10/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Votre narrateur a agit comme un miroir (paternité récente, enseignement, recherche du sublime et une certaine agoraphobie).
Comme toujours avec vous, j'adhère: je ne crois pas avoir été déçu par un seul de vos textes.
Sur celui-ci, j'ai toutefois une remarque: j'aurais enlevé le dernier paragraphe afin de laisser une fin plus franche et plus ouverte et d'autre part, pour mieux appuyer la fascination du narrateur qui n'est pas loin de se transformer en folie.

   Liptonight   
11/11/2018
Juste sublime !
L'art face à la réalité .. Une fenêtre salvatrice au détour d'un tableau.
Le cheval, la liberté, la course effrénée. ..
De l'autre côté, la fixation , la peur..
Deux courses paradoxalement identiques...
Bravo.
Lipton Night

   Liptonlight   
12/11/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Magnifique texte, D’une subtilité sublime,
la métaphore du tableau est pour moi bien présente.
Chacun peut comprendre et voir sa propre histoire.
Il n’en parle pas moins d’un homme malheureux subissant ses choix de vie.
Rêvant d’autre chose ou ( vivant) autre chose.
Le tableau est une métaphore permettant d’y inscrire des mots.
Tout en restant dans un cadre d’art évocateur de sensation,de sentiment bien au delà de ce fabuleux tableau.
Merci pour ce délicieux voyage que vous m’avez offert.
Liptonlight.


Oniris Copyright © 2007-2018