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Sentimental/Romanesque
Bellaeva : Entre chien et louve
 Publié le 29/05/12  -  8 commentaires  -  30647 caractères  -  104 lectures    Autres textes du même auteur

« Et quant à la vieille ironie, l’Amour,
Je voudrais bien qu’on ne m’en parlât plus. »
Verlaine


Entre chien et louve


Les mains douces le caressent, le pétrissent, l’étirent, le palpent, le frôlent, s’arrêtent, puis recommencent. L’écoulement d’eau de mer noie ses oreilles, dégouline le long de ses joues et sale ses lèvres. Il aime ça. Les mains habiles glissent sur l’huile de massage dont la fragrance de jasmin enivre son odorat.

Deux jours déjà. Enfin, il sent son corps se relaxer. Pas tout à fait. La victoire lui semble acquise, mais pas certaine, sans la confirmation de son adjoint demeurera ce petit doute qui le titille, ce petit rien qui empêche la détente absolue.


– C’est terminé, monsieur. Cela s’est bien passé ? demande la blouse blanche avec amabilité.


Sans réponse, sans salut, après avoir enfilé son peignoir, il sort de la salle ruisselante en quête de son prochain soin. Il tâte la poche sur son torse pour vérifier la présence de son iPhone. À ce moment précis, celui-ci se met à vibrer. Fébrile, il l’extrait avec difficulté du tissu éponge humide. Il lâche un juron en lisant son écran et grogne un « oui » sec après avoir appuyé sur le bouton d’appel.


– Ah enfin ! Je t’ai au téléphone. Tu vas bien ? Tu es revenu de Chine ? Ton affaire s’est bien terminée ? demande une voix féminine précipitée et anxieuse.


Charles Andrieu soupire d’une manière ostentatoire.


– Oui c’est bon, ment-il agacé.


Surtout ne pas s’étendre, ne pas lui laisser un tout petit fil qu’elle pourrait tirer à l’infini pour en faire une montagne gigantesque de questions, des pistes à explorer, des endroits aux odeurs douteuses à renifler. C’est simple, il ne la supporte plus.


– On se voit bientôt, alors ?

– Pour l’instant, je me fais une semaine de thalasso. Je suis lessivé. Les pourparlers ont été très longs et tendus, des journées sans fin et peu de sommeil pour couronner le tout.


La plainte est une arme parfaite pour solliciter son côté maternel. Elle compatira et ainsi lui fichera la paix. Un silence annihile son espoir. Sans le souffle de la respiration, il supposerait une coupure de la conversation. Une petite voix larmoyante, avec une pointe de langue vipérine, finit par murmurer :


– Ta femme est avec toi ? C’est ça, hein ?


Un sourire se dessine sur ses lèvres. Sa femme ? Décidément, elle ne lui a jamais été autant utile que depuis leur séparation. Il l’instrumentalise comme protection contre les femmes possessives. Mais qu’ont-elles toutes à être si collantes, aussi ? Le signal d’un double appel lui fait répondre abruptement :


– Je te laisse, mon adjoint au téléphone, je dois le prendre. À plus tard.


Conscient qu’il l’abandonne dans les affres de la jalousie et de la paranoïa, une moue amusée apparaît sur ses lèvres, il apprécie qu’une femme se morfonde pour lui, il préférerait ne pas en subir les conséquences, c’est tout.


– Bonjour monsieur Andrieu, Julien au téléphone.

– Oui Julien ! Alors ? Il a signé ?

– Oui monsieur, c’est fait, nous avons l’accord, il a enfin cédé ses parts. Nous voilà propriétaire majoritaire de sa société !


La voix triomphante de son collaborateur le remplit d’aise. Cette opération place sa propre entreprise en situation de monopole.


– Très bien, très bien, mais pas question de nous reposer sur nos lauriers. Lançons le projet de délocalisation, envoyez-moi sans tarder l’étude de faisabilité.

– Mais… mais monsieur… Nous nous sommes engagés à garder tout le personnel.

– C’est un engagement oral.

– Moral aussi.


Ce brave Julien, il n’a pas commis d’erreur en le recrutant, d’ailleurs, il ne se trompe sur personne. C’est un jeune homme plein de talents, engagé, bosseur et surtout très très scrupuleux. Avec lui, pas d’ambition déloyale qui se construit à coup de chausse-trapes pour devenir calife à la place du calife.


– Faites les comptes, vous comprendrez que nous n’avons pas d’autres choix. Allez, envoyez-moi tout ça rapidement, bonne journée.


Il raccroche.

Il respire longuement et étire les bras vers le plafond. La joie l’inonde d’un coup. Avant le soin suivant, quelques longueurs de piscine lui décrisperont ses dernières contractures.

Dans la salle d’attente, pour l’ultime cure de la matinée, Charles bâille, signe que le relâchement a pris place dans son corps. Mais un sentiment perfide subsiste comme une pierre dure. Ce repos est nécessaire mais il déteste la vacuité qui l’accompagne. L’action, la lutte le nourrissent comme tout guerrier. Dans un article, sa directrice de la communication le présente comme un chevalier des temps modernes. L’idée vient de lui, évidemment. L’image de Lancelot du Lac, galopant sur son fier destrier, pourfendeur d’ennemis implacables, le représente à la perfection jusque dans sa manière à mener les combats. Oui c’est ça, des conquêtes, des défis pour vivre et des victoires, toujours… Soudain, une femme glisse devant lui. Avec maladresse, elle se rattrape à l’accoudoir d’un fauteuil mais son peignoir s’ouvre largement. La vision qui s’offre à Charles est tout à fait alléchante : une toison noire, brillante et bouclée et deux cuisses galbées quoique pas assez longues, à son goût. Il se repaît de ce spectacle tandis qu’une blouse blanche compatissante l’aide à reprendre son équilibre. Le tissu éponge voile à nouveau pudiquement l’intimité féminine. Le regard de Charles remonte vers le visage, il jouit par avance des signes de gêne légitime que provoque un tel évènement dans une salle bondée.


Mais la jeune femme éclate de rire. Elle ne cherche pas un coin discret où se cacher, mieux encore, elle ne s’enfuit pas, honteuse. Il aurait aimé la voir détaler comme une biche affolée. Mais non, simplement, elle éclate de rire et s’installe avec aisance dans un fauteuil face à lui. Le comble, elle ne serre pas sagement les jambes, elle les croise, tranquille. Il scrute son visage, déterminé à débusquer les micro-stigmates d’une émotion, art dans lequel il excelle. Il traque les rictus rigides des rides d’expression, les tremblements au coin des lèvres, le rougeoiement traître et révélateur, le regard en fuite ou en dedans. Mais rien. Ou plutôt si, tout, mais tout autre chose.


Elle regarde autour d’elle, affronte les yeux voyeurs, ceux-ci se détournent, gênés. Incroyable ! Mais elle va voir ! Charles l’attend, embusqué, prêt à croiser le fer du regard. C’est un as à ce jeu-là. Son œil noir et perçant ne la lâche pas. Il l’acculera, au minimum, il parviendra à lui faire baisser les yeux, ou mieux, à la faire rougir, ou mieux encore, à la faire se lever et s’enfuir. Une peau aussi blanche parsemée de taches de rousseur, cela doit changer facilement de couleur, non ? Il en profite pour l’examiner. Pas vraiment jolie mais elle a du chien. Ses yeux sont remarquables, grands et bleu myosotis, ils lui confèrent une certaine candeur. Et surtout, surtout… Son visage étroit, plutôt anodin, se transforme littéralement lorsque son sourire peint ses lèvres d’une jolie arabesque et dévoile de petites dents blanches bien plantées. Une infime seconde, le regard bleu le frôle mais il passe, s’éloigne, déjà. Charles est furieux. On appelle les bains jets de 11 heures. Elle se redresse et lui tourne le dos. Lui, il patiente pour la gym aquatique et il ne décolère pas. « Mais qu’est-ce que c’est que cette pétasse ? Elle se prend pour qui ? Elle s’est vue, peut-être ?! » Le regard féminin aurait dû s’arrêter sur Charles, il aurait du être aimanté par le magnétisme connu et reconnu de ses yeux sombres. Toutes les femmes qu’il a séduites, il ne les compte plus, lui ont confié qu’il avait un regard irrésistible. Des femmes bien plus belles qu’elle. Plus belles, pas difficile, c’est un boudin.


+++


Lors du dîner, il la revoit. Elle était sortie de ses pensées ou presque. D’abord, il la repère en tant que femme seule, un peu à l’écart. Il ne la reconnaît pas tout de suite, tant le passage du peignoir à la tenue de ville change une femme. Les cheveux bruns en cascade sur les épaules, le visage baissé sur un livre, elle attend qu’on la serve.


Sa colère s’est transformée en simple irritation mais un autre sentiment sous-jacent lui donne le désir d’en découdre. Pas d’attirance réelle, son type de femme se situe à l’opposé. Il aime les femmes grandes, élancées, genre mannequin, habillées de manière « classe » quelle que soit la circonstance. En si bonne compagnie, le regard envieux des hommes le comble.


Mais elle ! Elle est petite, un peu trop ronde à son goût et habillée d’un jean et d’un pull. Oui mais… Il y a quelque chose d’indompté, de libre chez elle qu’il veut dominer, qu’il veut posséder. Entre les proies et les prédateurs, les agneaux et les loups, il a toujours choisi son camp. Il sait résolument de quel bord il est. Il l’aura ; il connaît son pouvoir de séduction. Une femme choisie est une femme conquise. À ce moment précis, leurs yeux se croisent. Ils se toisent. Il lève son verre et lui fait un léger signe de la tête en souriant. Elle lui rend son salut, puis cherche le serveur du regard et replonge dans son livre sans plus d’égard pour lui. Ne serait-elle pas lesbienne, car elle ne lui a même pas concédé un sourire tandis qu’elle accueille chaleureusement la serveuse et plaisante avec elle. Pendant tout le reste du repas, elle ne tournera pas la tête vers lui. De cette maigre confrontation, il apprendra qu’elle est logée comme lui à l’hôtel de la thalasso. La chasse est ouverte et le territoire circonscrit.


+++


Le lendemain, il s’installe à un point stratégique : le bar de la piscine, situé au carrefour du parcours aquatonique, des différentes salles d’attente et de l’escalier principal qui mène aux chambres. Tous les curistes passent et repassent à cet endroit. Il attend sans attendre vraiment. Le « Viendra, viendra pas » pimente son état de vacuité.

Il sirote un cocktail vert lagon lorsqu’il l’aperçoit. Elle cingle droit vers le bar et demande un jus de tomate au serveur. Charles se lève et s’approche.


– Pourrais-je avoir quelques amuse-gueule, s’il vous plaît ?


Son ton est aimable et désinvolte. Elle lui jette un regard de biais. Il lui sourit.


– Cette boisson est délicieuse mais elle ouvre l’appétit, je vous la conseille malgré tout.

– Pourquoi pas ? Je change d’avis, plutôt le cocktail du jour, dit-elle en s’adressant au barman.


Sa voix est claire et affirmée.


– Acceptez-vous de partager ma table ?


Elle hésite une fraction de seconde après un regard circulaire, puis elle hoche la tête. Leur installation se fait dans le silence, l’odorat de Charles est séduit par un parfum au thé vert. Il les aime habituellement plus musqués mais il lui va bien. Les odeurs l’agressent vite et il ne supporte pas les dissonances. À chacun sa fragrance. Le pire manque de savoir-vivre est d’exhaler une odeur qui ne correspond pas à son image.


– Vous avez commencé votre thalasso depuis longtemps ?

– Oh non ! Je suis arrivée hier, dit-elle en mettant son nez au-dessus du cocktail comme pour en savourer l’arôme avant de le laisser couler en bouche.

– Une habituée, peut-être ?


Les yeux bleus se posent sur lui, paisibles.


– Non, c’est un cadeau de mon mari.


Charles vérifie ce que son œil acéré a déjà enregistré : pas d’alliance à l’annulaire du mariage. La jeune femme éclate de ce rire si agréable à ses oreilles.


– Je ne porte pas d’alliance car j’ai horreur des bagues en général. J’aime les situations claires, sachez que je suis très amoureuse de mon mari. Vous semblez chercher une aventure, ça ne sera pas avec moi.


Ses yeux myosotis pétillent de malice tandis qu’elle croque dans une tomate cerise, une goutte couleur sang perle sur ses dents blanches.


– Pfft ! Moi aussi, je suis marié et très amoureux de ma femme… réplique-t-il d’un air légèrement mélancolique.


La chasse va être ardue mais excitante. Un mari n’est pas pour lui déplaire, un conjoint aimant et aimé de surcroît, cela rend la conquête d’autant plus complexe et la reddition de qualité. Plus la compétition est difficile, plus il est stimulé, il sait qu’il gagnera.


– L’amour n’a pas l’air de vous rendre heureux ?


Ni discrétion ni délicatesse chez elle, elle est du genre droit au but. Pourquoi pas ? Il soupire, fixe son cocktail pour y lire les pensées qui lui permettront de répondre.


– Ma femme m’a quitté… Il y a peu de temps. Je suis venu ici pour prendre un peu de recul.

– Désolée, j’ai été trop directe, comme toujours.


Ses grands yeux bleus semblent réellement embarrassés.


– Ne vous inquiétez pas ! Pas question de fuir cette réalité, je dois bien apprendre à vivre avec.


Les épaules tombantes et la tête inclinée montrent son accablement. Après un long silence, il reprend :


– Je ne vous ai même pas demandé votre nom ?

– Emma, cela suffira.

– Moi, c’est Charles. N’imaginez pas que je recherche une aventure, je n’en ai aucune envie, mais en cette circonstance une compagnie féminine m’est bien agréable.


Emma illumine l’instant de son beau sourire et acquiesce.

Ils passeront les jours suivants ensemble…


+++


Emma l’attend dans une salle de restaurant aux lampes tamisées. Les nappes blanches, îles de lumière, illuminent ça et là la pièce sombre. Les conversations et les bruits sont feutrés.

Son regard se brouille dans les pétales carmin d’une rose à tête lourde penchée au bord d’un mince vase d’argent. Femme et fleur se courbent dans la même posture songeuse.

Son ventre la tenaille, ce n’est pas la faim mais la peur.


Que fait-elle là ? Ne va-t-elle pas trop loin, trop près ? Il est dangereux, elle le sait. Mais le genre humain l’intéresse et ce spécimen plus que tout autre. Pour le connaître, pour aller au plus près de lui, elle doit jouer le jeu. Oui ça, mais autre chose aussi… Elle ne va pas se raconter d’histoire, il ne s’agit pas de simple curiosité intellectuelle, c’est plus profond, plus sournois. C’est le vieux serpent qui resurgit. Tué, écrasé, enterré, il renaît toujours. En finira-t-elle un jour avec lui ?


Pendant deux jours, Charles n’a pas donné de nouvelles, il lui a manqué. Cette absence s’est remplie de lui, du temps trop intense mais délicieux passé les heures précédentes. Emma a fini par le contacter et il lui a offert ce dîner. C’est ce vide des deux jours qui l’a poussée à agir.

Diriger leur relation lui permet de la maîtriser. Là, seulement, elle se sent en sécurité. Elle connaît trop bien sa vulnérabilité face à cet homme, à ce genre d’homme, il lui est tellement familier. Sa puissance, sa séduction ont un fort pouvoir d’attraction sur elle, comment résister ? Mais, mais ce n’est pas sa plus grande crainte, elle sait, elle sait comment s’en protéger. Non. Elle a peur d’elle, elle a peur de la résonance de sa faille, de sa fragilité en elle. Et puis non, en fait, c’est le mélange des deux qui l’aspire violemment. Un homme puissant sans faille ou un homme fragile sans force lui sont indifférents. Mais les deux extrêmes, ensemble, la lient. Elle est perdue. Elle le sait depuis si longtemps, depuis ses origines, depuis ce premier homme qui a déterminé sa vie et tracé la pente vers ses semblables. À jamais et pour toujours.


Elle a d’abord subi, souffert, terriblement souffert, elle a cru mourir, elle a voulu mourir. Tellement souffert que seule la fuite lui permettait de survivre. Fuir et recommencer, fuir un homme et répéter avec un autre différent en apparence, mais si semblable dans le fond. Elle est attirée par ce type d’homme à cause du premier, à cause de son père. Pour toujours et à jamais.


Comme un alcoolique qui a compris que son salut passait par une abstinence totale, elle a fui tous les hommes, décision salvatrice mais éphémère. Ses désirs de femme réclamaient leurs droits. Alors, elle a appris à se laisser aimer, sans aimer. Puis, elle a appris à aimer autrement, sans passion. Puis, elle a dit stop car elle passait à côté de ses sentiments, pire, de sa vie.


Maintenant, non seulement, elle affronte, mais elle les cherche, elle les chasse et pourchasse, c’est sa solution à elle, sa résilience ultime.


Avec lui, c’est particulier, elle ne se contente pas de rester à l’orée du bois et de l’observer comme avec les autres, elle a décidé de s’approcher très près, de se mettre en jeu, même. Toutes ses peurs l’accompagnent, surtout la plus terrible celle qui lui hurle : halte, attention danger de mort. Mais elle sait qu’elle a raison, c’est le seul moyen de se libérer définitivement de ce lien originel mortifère. Oui… oui, si elle gagne, autrement… elle sombrera à nouveau.


Mais pour gagner, elle doit accepter de jouer le jeu, se laisser porter par ses envies, ses pulsions profondes qui risquent de la perdre, de la dévoiler dans sa plus grande vulnérabilité. Mais si elle réussit sans se retrouver exsangue, elle a gagné, enfin. Alors, elle s’approche, elle se nourrit de sa force et voudrait l’aider sur sa fragilité. Elle a trouvé sa puissance à elle. Si elle parvient à l’aider, elle domine. C’est plus fort qu’elle, c’est inscrit dans son histoire, il faut qu’elle le sauve. Comme elle a tenté de sauver le premier homme… à se perdre elle-même.


Mais ne réalise-t-il pas, lui, combien il se piège lui-même ?


Sa haute silhouette se découpe soudain dans l’encadrement de la porte. Un serveur l’accompagne avec déférence jusqu’à la table. Lui reste droit, indifférent à la traversée, il se conduit comme un acteur qui rentre en scène, porté par les yeux aimantés de tous les convives.


Il n’est pas que beau, il est plus que cela. Tout son être aspire à être vu, reconnu, admiré, c’est ainsi.


Son large sourire, ses yeux noirs brillants ne sont que pour elle. Il lui donne tout, là. Tout ce qu’il reçoit des autres, il lui offre à cet instant. Toute sa puissance accumulée, tout son pouvoir, il lui livre comme un gigantesque bouquet coloré. Elle le prend et s’en délecte, bien plus, elle jouit de cet instant. Comment résister à ça ?


C’est bon de se sentir aimée, désirée par un tel homme. Même pour une parenthèse. Même si ce n’est pas de l’amour, surtout pas. Mais face à cet homme puissant, adulé ou craint par tant de monde, qui n’a d’yeux que pour elle, comment rester indifférente ? Comment refuser une telle énergie, un tel soleil ? Comment refuser d’être tout pour lui ? Tout au point de se perdre, de disparaître, de n’être plus rien comme dans son enfance.

Mais surtout, surtout… Toujours, il y a…

Il y a cette faille. Cette fragilité qui la touche plus que tout. Elle la sent, la pressent, elle l’attire comme un vide au bord du vertige. Qu’y a-t-il de plus irrésistible qu’une force extrême mêlée à une fragilité secrète chez un homme ? Elle se le répète, se le répéter l’empêche de succomber. Tant qu’elle prendra cette position d’analyste, elle ne risquera rien. Elle est hors-jeu et dans le jeu. Seul moyen pour sortir de ce qui l’emprisonne.


Il lève un sourcil interrogateur. Sa voix chaude et grave fait soudain partie du lieu, elle lui manquait.


– Eh bien, vous me semblez bien soucieuse ?

– Que faisons-nous là, Charles ?


Elle sait que seule la transparence, la lumière pourront la préserver. Elle sait, elle ne doit pas oublier qu’elle sait.

Il encaisse avec un sourire moqueur, il connaît ses armes, maintenant.


– Nous profitons de la vie, où est le mal ? N’apprécions-nous pas tous deux notre compagnie ? N’est-ce pas vous qui m’avez appelé alors que je respectais votre désir d’être seule ?


Bien sûr, bien sûr, il a réussi à lui faire porter la responsabilité de leur présence dans cet endroit infiniment romantique. Elle sourit, ses yeux bleus luisent d’éclats espiègles. Pour l’instant, elle s’amuse, elle aime cela. Elle se sent vivante. Pour l’instant seulement. Elle ne doit pas oublier qu’elle joue avec le feu. Elle se souvient petite fille solitaire comme elle aimait approcher sa main au plus près des flammes, elle faisait des paris avec elle-même, plus près toujours plus près, il lui fallait de la stimulation lorsque son père avait disparu sans prévenir, une fois de plus, elle ne vivait qu’en sa présence si forte, le reste était mort. Une fois, elle s’est brûlée gravement et elle a passé la nuit à l’hôpital.


– Charles, ne me dites pas que cette distance soudaine ne fait pas partie de votre tactique de séduction ?


Ses yeux se plissent à devenir un rayon noir scintillant.


– Vous êtes redoutable, vous ! Vous déjouez tous mes pièges !


Emma mesure soudain le danger éminent ; il vient sur son terrain de clarté.


– Écoutez Emma, je vais être franc. Oui, c’est vrai vous me plaisez terriblement. C’est la première fois qu’une femme me déstabilise comme vous le faites. Enfin, quelqu’un à ma hauteur. C’est pour cela que je me suis éloigné, par respect pour vous, je vous laisse d’ailleurs décider de notre relation jusqu’à la fin de ce séjour, cela vous va ? dit-il avec une grande douceur.


Le filet se resserre. Après avoir posé tous les pièges autour d’elle, il lui dit qu’elle est libre.


+++


Emma s’appuie sur son bras tandis qu’ils arpentent la plage du Sillon. Elle rit de ses plaisanteries. Jamais, il n’a autant aimé faire rire une femme ou il ne s’en souvient plus.

Ils s’approchent d’une falaise de roches. Des mouettes piaillent tout en haut, elles tournoient dans le ciel et parfois piquent vers un promontoire et disparaissent à leur vue. Un concert de cris d’oiseaux résonne contre la pierre.


– Peut-être attaquent-elles le nid de l’une d’entre elles ? remarque Emma en plissant les yeux pour suivre et comprendre le vol des volatiles marins.

– Peut-être, répond Charles machinalement, tant sa pensée est centrée sur sa compagne.


Oubliant les mouettes, la jeune femme scrute à nouveau le sable pour trouver des verres polis. Il regarde la mer habillée de couleurs fluorescentes. Le soleil luit au-dessus d’eux, éclaire les vagues d’un vert lumineux, celles-ci se lissent à leur pied. À l’horizon, le ciel noir couvre l’eau d’une chape gris foncé. Deux mondes qui ne se confondent pas, les contrastes sont saisissants. Des mouettes querelleuses se désintéressent de leur possible butin, tournoient au-dessus d’eux en jacassant, leurs cris se perdent à peine dans le flux et le reflux.

Emma se penche pour saisir un coquillage, sa main gauche glisse doucement le long du bras de Charles, il attrape cette main restée en suspens dans l’air. Elle se redresse, surprise. Ils se font face. Elle, la bouche légèrement entrouverte, lui, en arrêt, prêt à saisir l’infime instant. Il la tient à sa merci. Au moment précis où il se penche pour s’emparer d’un baiser, premier gain de sa chasse, une mouette fonce sur lui, menaçante. Il manque perdre l’équilibre, il bat des bras pour la faire fuir et obtient l’effet inverse, furie, elle l’attaque sauvagement. Il a peur pour ses yeux et ne pense qu’à les protéger. L’oiseau donne de violents coups de bec sur son crâne. Par instinct, pour donner le moins de prise possible dans l’espace, il tombe à genoux la tête cachée sous ses bras comme pour un rituel de prière improbable. Dans sa position, il n’entend que les cris de l’oiseau, les battements d’ailes, le ressac, et ne voit sur le sable que l’ombre de mouvements qui semblent vouloir repousser la mouette. Les bras d’Emma sans doute. Cette idée le révulse immédiatement. Soudain la jeune femme perd tout attrait. Elle est séduite, elle est à sa merci. Et déjà, elle s’occupe de lui, elle cherche à le protéger comme un enfant. La haine l’envahit, violente. Il veut en finir avec elle, il va s’en débarrasser et vite fait.


Enfin, l’oiseau se calme et retourne vers les rochers. Charles, sidéré, découvre sa totale solitude sur la plage. Une silhouette s’éloigne rapidement au loin, trop loin pour avoir tenté de lui porter secours. Emma l’a abandonné dans une situation périlleuse. Il n’en revient pas. Une souffrance si ancienne, si familière et désespérante lui monte des tripes, il a envie de crier, il a envie de frapper. Il exècre cet état qu’il noie dans une colère sourde. Il en veut à Emma ; curieusement, son attirance pour elle reprend le dessus. Le goût de la chasse revient, il ne lâchera pas sa proie et il gagnera. La prochaine fois, il n’y aura pas de mouette, elle est perdue, elle a laissé voir sa vulnérabilité.


Le nuage noir recouvre la plage, seules les maisons de front de mer demeurent inondées de soleil. Sans imperméable, Charles presse le pas. Il reproche furieusement à Emma de ne pas être revenue vers lui. En voyant l’ondée s’annoncer, elle devrait arriver empressée avec un parapluie de l’hôtel. Avec brutalité, une bourrasque l’affronte de face suivie d’une averse grise et cinglante. Il fulmine. Il guette entre les gouttes une silhouette compatissante. Mais la pluie se transforme en épingles blessantes, il est contraint de marcher courbé et de fermer à demi les yeux.


Trempé et transi, il franchit le seuil de l’hôtel, il cherche Emma des yeux, elle doit être là, harcelant le personnel de l’accueil afin d’envoyer quelqu’un à sa rencontre.

Pas d’Emma.

Les hôtesses semblent débordées par l’arrivée de deux familles bavardes et bruyantes. D’une voix pleine d’autorité et glaciale, il lâche par-dessus le brouhaha :


– Des serviettes, tout de suite !


Un silence étonné tombe dans les rangs des familles. Charles ignore les regards qui le balayent des pieds à la tête. Il fixe l’hôtesse qui a décroché son téléphone pour répondre à sa demande. Elle pose le combiné et lui précise aimablement que le nécessaire lui sera apporté dans un instant.


– Appelez la chambre 26 pour demander que l’on me rejoigne dans le hall, rajoute-t-il du même ton impérieux.


L’autre hôtesse, occupée à servir ses clients, lève des yeux étonnés de son écran.


– La chambre 26 ? Mais son occupante vient de monter dans un taxi, c’est moi-même qui lui ai fait sa note.


+++


Charles fait pivoter son grand fauteuil directorial, les arbres illuminés en bleu de la plus belle avenue du monde happent son regard. Les cloisons abattues à sa demande lui permettent de disposer d’un bureau agrémenté d’une baie vitrée monumentale en coin d’immeuble. Tout ceci vient honorer avec justice ses fonctions de DG.


La vue magnifique lui met les Champs-Élysées à ses pieds et l’arc de triomphe face à lui. Un espace et une vue à sa mesure se répète-t-il mentalement avec délectation. Il se le répète car il s’étonne de ne pas trouver au rendez-vous la joie espérée et méritée. Toujours la même chose, dans la bagarre, il jouit par avance de sa réussite, le but atteint, il ne ressent pas le plaisir escompté. C’est sapé par… par quoi ? Un vide ? Un manque ? Une frustration ? Tout cela à la fois ? Ne pas parvenir à se l’expliquer le rend davantage irritable et cela finit par lui gâcher totalement son plaisir. « Merde, j’ai tout pour être heureux et… non. »


Machinalement, sa main tâtonne sur le bureau à la recherche de son courrier. Moment de paix solitaire qu’il s’octroie en fin de journée. Il saisit une enveloppe contenant un livre ou un document épais. Pas rare que des boîtes de conseil en management lui envoient leur dernière œuvre pour lui proposer leurs prestations et lui souhaiter la bonne année.


Il saisit l’ouvrage, un grand post-it est collé dessus. Tout de suite, il est frappé par le large « smiley », dessiné en jaune fluo, qui accompagne la signature. C’est incongru. Les cabinets professionnels ne se permettent pas une telle familiarité. Il se fige. Tous ses sens sont en éveils. Il lit tout haut : « Emma ». « Mais qu’est-ce… Qu’est-ce que cela signifie ? Emma ? »


Oh ! Il se souvient. Oh oui ! Il se souvient. Sur le « smiley » se surimpose un autre sourire qu’il a trouvé fort séduisant avant que cette pétasse ne détale sans crier gare. Mais, il s’est rapidement consolé en se disant qu’elle a préféré fuir. Rester, c’était se rendre. Elle ne se sentait plus de taille à lui résister. Il avait donc gagné, une fois de plus. Et là, elle revient. Elle lui confirme ainsi qu’elle ne l’a pas oublié. « Tiens, tiens, elle me cherche, elle me veut, on va jouer ma petite, tu ne perds rien pour attendre. » Il sent une tension dans sa nuque, signe d’une excitation naissante pour un nouveau défi.


Au-dessus de la signature, quelques mots sont gribouillés d’une petite écriture indéchiffrable sans ses lunettes. Il se lève pour aller les récupérer dans son pardessus et soulève le post-it pour lire le titre du bouquin. C’est le choc. Le titre le frappe comme une gifle. Il reste debout, le livre dans les deux mains, incrédule.


– Mais c’est quoi, ça ? « Pervers narcissique : comment s’en protéger ? »


Le livre est rédigé par un collectif de femmes qui a pour but d’aider les victimes de pervers narcissiques. Il est aux aguets, il se sait en péril sans comprendre pourquoi. Après avoir récupéré ses lunettes, il lit le post-it.

Bonjour Charles, grâce à votre ex-épouse qui après une longue dépression a rejoint une association de femmes victimes de maltraitance conjugale, j’ai été mise sur votre trace afin d’avoir des éléments concrets pour écrire ce livre. Vous n’êtes pas le seul, bien sûr, j’ai mené ainsi une vingtaine d’enquêtes. J’ai beaucoup souffert personnellement de relations avec des PN, c’est l’histoire de ma vie, je sais d’où ça vient, j’ai fait une longue psychothérapie pour m’en sortir, je croyais en être sortie. J’ai mis mes compétences (oui je suis journaliste comme je vous l’ai dit, mais spécialisée en psychologie, comme j’ai cru bon ne pas vous le préciser) au service de femmes victimes de PN. C’était aussi un moyen complémentaire pour me guérir. Oui mais voilà, je croyais tout maîtriser. Je ne m’attendais pas à être encore touchée, touchée par « je-ne-sais-quoi », sans doute par l’écho d’une souffrance en vous, si lointaine. Je vous le dis en sachant que cela ne servira à rien. Mais c’est ainsi, votre mal me fait mal. Je sais que vous n’êtes pas conscient de cela, c’est aussi votre moteur, celui qui vous pousse dans une fuite en avant. Charles, vous qui aimez tant vous battre, sachez que la bataille la plus difficile c’est celle avec soi-même, et à mon avis, c’est la seule qui vaille la peine. Ces quelques mots pour vous ouvrir une voie, sait-on jamais ? Sans rancune. Emma.


Sidéré, Charles continue de fixer le « smiley », il voit le sourire d’Emma qui perd tout son charme et devient carnassier. Il jette l’ouvrage à travers la pièce.


– Petite conne ! hurle-t-il.


Dans sa chute, le livre heurte une lampe, il se redresse, lui fait face et le toise de son sourire moqueur de vainqueur.



 
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   socque   
7/5/2012
 a aimé ce texte 
Bien
J'avoue que je ne m'attendais pas à la fin qui change complètement les enjeux de l'histoire. Une histoire bien menée, d'ailleurs, des personnages cohérents, crédibles. J'aurai un bémol sur la longue introspection d'Emma dans le restaurant, j'aurais préféré moins de précisions sur son passé, que le récit fût plus ouvert de ce point de vue. J'apprécie le manque de manichéisme, malgré ce que j'ai pu penser au début quand Charles était présenté de manière univoquement odieuse.

En tout cas, dans l'ensemble, j'ai trouvé le texte intense, avec un bon mouvement, et plus subtil que je pensais après les premières phrases ; quelques longueurs peut-être, au restaurant donc, au tout début aussi pour camper le personnage de Charles. Trop de détails là aussi à mon goût, comme lectrice je me suis sentie bridée, sans guère de marge de manœuvre pour imaginer les choses.

   Pattie   
20/5/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai surtout aimé les ambiances. La couleur locale (le décor) et l'ambiance entre les personnages : la tension du jeu de chat/souris (ou chatte/rat !).

   jaimme   
20/5/2012
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Une histoire qui tient par deux éléments essentiels: la qualité des introspections de la première partie et par la chute, qui pour moi démarre avec le volatile. L'introspection, à mon avis, est mieux réussie pour la femme. Et c'est dommage car le narcissisme de l'homme est un peu trop caricatural. En fait je pense qu'il aurait fallu l'accentuer plus encore car une personne de ce type "EST" une caricature. Accentuer la caricature aurait individualisé le personnage en le faisant détester. Difficile, très difficile, j'en conviens. Celle de la femme est très réussie car elle ne laisse rien préjuger de la suite. Joli tour de force.
La fin. La chute: inattendue pour moi, donc réussie, et bien amenée car elle ne se limite pas aux derniers mots. J'aurais aimé, goût personnel, en savoir un peu plus sur l'épouse précédente, sans doute aurait-il alors fallu l'inclure dans les réflexions de l'homme. J'y vois un intérêt car alors on aurait encore plus savouré sa "vengeance", je ne sais si on peut l'appeler ainsi, du moins l'enquête de la femme.
Une critique: alors que l'on sent une qualité d'écriture, il est dommage qu'elle ne serve pas plus le récit. Les touches de poésie sont peu nombreuses et n'amènent pas assez vers l'histoire d'amour. Bien sûr on peut se dire qu'il n'y a pas vraiment d'histoire d'amour, seulement narcisse et la journalisme au travail. Pourtant je me plaît à penser que cette histoire d'amour existe quand même, ne serait-ce que pour jubiler à l'encontre de cet homme destructeur.
Bref, une histoire bien menée, dont j'aurais aimé une première partie plus marquée, i-e, plus dans le narratif et l'accrocheur et avec des introspections plus courtes et plus fortes. Ce côté se retrouve très bien ensuite, mais, là encore goût personnel, j'aime les nouvelles qui sont fortes du début à la fin.
Quelques ponctuations (des virgules) à repositionner. Dans la dernière phrase par exemple. C'est une question de rythme de lecture.
Merci pour cette histoire surprenante!!

   brabant   
29/5/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
bonjour Bellaeva,


Ben oui ! ça se laisse lire, mieux ça se lit bien. Vous nous orientez adroitement sur de fausses pistes, et, bien que très magazine féminin, très collection Harlequin (ça n'est pas péjoratif du tout), vos jeux de l'amour et du hasard (qui ne doivent rien au hasard) en même temps que liaisons dangereuses (elles pourraient le devenir) font vrai, sont réalistes (eh oui, les comportements sont réalistes, ils ne sur-subliment pas l'échec par la pleurnicherie), vous évitez - et c'est sans doute le plus difficile - de tomber dans le sirupeux (j'avais envie d'écrire : sirupeux sans être sirupeux ! et c'est encore un compliment. Car je vous complimente là, depuis le début... Vous aurais-je rendu justice ?).

Bonne continuation à Charles ! La muflerie lui va comme un gant. En amour comme en affaires.

Personnage antipathique au possible, pas un Monsieur c'est sûr !


p s : Charles et Emma : clin d'oeil à "Madame Bovary, moeurs de province" ? Lequel ? Anti-''Madame Bovary" ?

J'aime beaucoup le titre. Ironie et profondeur. Et même humour. Bravo !

   alvinabec   
29/5/2012
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Bonjour,
Le sujet traité est tout à fait intéressant, vos deux personnages occupent bien le terrain, le récit n'est pas mené à un train infernal ce qui permet au lecteur de s'installer dans cette atmosphère ambigue de thalasso moite.
Le texte pourrait sans dommage être relu et corrigé par l'auteur.
Qqes babioles stylistiques:
A mon sens bcp trop d'adjectifs qui n'apportent guère au récit.
Attention au rythme binaire systématique.
...soupire d'une manière ostentatoire, ostensible suffirait.
Rictus Rigides des Rides...Proies et Prédateurs...de ci de là des allitérations sans grâce poétique.
Même remarque pour: ...yeux se croisent, ils se toisent; les dissonnances...sa fragance.
Mais elle sait, mais pour gagner, mais si elle réussit, varier le genre renouvelle l'attention du lecteur.
Il me semble que l'on voit là un manque d'unité de ton, des ruptures sémantiques dommageables à l'harmonie de l'histoire. L'appel au bovarysme me paraît à contre-emploi.
La chute est bonne si l'on oublie la justification secondaire d'Emma
A vous lire...

   macaron   
29/5/2012
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Une histoire à la fin surprenante où les jeux de la séduction se révèlent nocifs, nauséabonds. Certes, Charles, bien campé dans son rôle de macho dominateur n'inspire pas la sympathie mais pour autant être ce pervers narcissique...Votre nouvelle m'a beaucoup plu, la psychologie du PN, certainement très difficile à illustrer un récit. Entre cette Emma chasseresse et Charles, homme puissant avec failles, vous avez trouvé un équilibre qui ne nuit pas à l'intrigue. Je trouve la scène de violence avec la mouette très juste, il y a une punition pour Charles et cette peur, cette phobie des oiseaux, très présente dans les troubles psychologiques. Une nouvelle réussie même si à la première lecture, Charles semble être plus dans la caricature qu'un dangereux PM.

   matcauth   
17/6/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Bellaeva.

Je trouve que ton texte a surtout une grande valeur par tout ce qu'il ne montre pas. On sent derrière la plume un regard acéré sur le comportement humain face à un certain type de société, la notre.

Mais, vraiment, je trouve qu'il y a autre chose. J'ai le sentiment que l'auteur a exploré des facettes un peu plus élevées de l'humain en général, en a tiré quelques enseignement qu'il tente de retranscrire ici. Ce n'est qu'un avis, bien sûr.

en tout cas, moi, ce texte m'a plus parlé sur le fond, voire derrrrriiiiiiière le fond, plutôt que la forme (agréable également il faut quand même le souligner).

c'est plus un concept, presque, de spiritualité que j'entrevois ici. Une façon non arrogante de regarder ce héros pervers et de lui dire : tu es malheureux de ne pas savoir que tu es malheureux !

Un concept d'acceptation, aussi : la journaliste souffre et a souffert mais elle comprend que les autres ne sont pour rien dans tout ça, alors elle accepte de ne pas en vouloir aux autres, même à ce pervers. Elle sait que le combat n'est jamais que contre soi-même, elle sait qu'elle ne changera pas le monde mais que, si ce concept était integré par tous, ou par beaucoup, nous ne serions pas en train de vivre dans le même monde.

Alors après, peut-être me suis je complètement gouré dans mon interprétation. Mais la lettre, à la fin du texte, ne pourrait faire que confirmer ce que je pense : que ce texte est une réussite pour le lecteur, mais qu'il est surtout un travail plus que littéraire pour celui qui l'a écrit. Peut-être également est-ce une autre pierre à l'édifice, celui auquel on devrait tous participer.

   Anonyme   
21/11/2012
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Un texte que j'avais lu déjà sans l'avoir commenté.

Une bonne structure, un espace/temps de nouvelle respecté, des personnages correctements campés, une intrigue, un léger suspens, voilà les points forts, une chute un peu trop française à mon goût.

Le point faible de ce texte c'est l'écriture, elle manque de rondeur et de rythme.

Toutefois l'ensemble est de belle facture.


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