Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Sentimental/Romanesque
caillouq : Un supplément d'âme
 Publié le 04/10/14  -  10 commentaires  -  31020 caractères  -  316 lectures    Autres textes du même auteur

Qu'est-ce qu'on ne ferait pas pour gagner son bifteck.


Un supplément d'âme


Une fois de plus, je fais des plans pour changer de boulot. Ça m'arrive toujours à peu près au même moment, quand l'ambiance commence à se traîner vers la fin de la mise en bouche. Même si je ne suis pas censé participer à la fête, ça me déprime de voir la tête des convives déformée par l'envie de bâiller. Encore plus que l'étalage de bons sentiments, les promesses de bonheur parfait et la jovialité affichée de ces réjouissances ! Pour corser le tout, le sourire carrossé de Lomé Picker, la grande patronne du Renouveau Matrimonial, me menace affablement comme sur tous les murs de tous les Union Center de tout le pays et ailleurs. Désolé Lomé, mais les mariages, plus ça va et plus ça me fout la gerbe.

Il me reste encore au moins quatre heures à tirer dans mes chaussures vernies spéciales videur-de-noce, et même si, en général, mon coup de bourdon se calme un peu quand l'animation repart et que ça me vaut un peu de distraction, je sais que ça va être long. Et pas question de se visionner un petit film ou de surfer mine de rien tout en déambulant entre les tables : dans la salle de réception, toutes les communications sont coupées avec l'extérieur via une âme métal dans les murs et les portes, c'est dans le contrat des tourtereaux, pour que chacun puisse profiter au mieux de cette merveilleuse célébration d'amour. Ça va de pair avec l'accueil tout confort dans un lieu préservé pour une cérémonie inoubliable, sans oublier l'écrin végétal et ressourçant, loin de la promiscuité citadine, quelle tarte.

Sur ma gauche, j'entends pour la troisième fois de la soirée quelqu'un s'inquiéter de si la villarde est arrivée, et sur ma droite une mamie débite le pedigree de la mariée jusqu'à la septième génération, ce qui n'a pas l'air de passionner la surannée à qui elle parle. Je me finirais bien un des verres de champagne abandonnés sur les tables, mais méfiance. Âme métal ou pas, les plus jeunes des convives supportent assez peu que leur communicateur se taise à cause des bonnes idées de Sainte Lomé. Oisiveté est mère de tous les vices, il est déjà arrivé qu'ils se rabattent sur les petites photos vicieuses à publiciser plus tard – j'ai des collègues qui se sont fait virer pour aussi bête que ça. Pas de champ' en douce, donc.


Au bout d'un temps infini, le gentil rap de grand-mère qui nous berçait en musique de fond s'interrompt, et un crâne coup de cymbale secoue l'assistance. Il m'est remonté si brutalement des talons que je parie pour plus de quatre infra-parleurs par mètre carré, grand luxe petits détails. Les regards se font électriques. La voix du diji résonne partout, annonçant que Li et Cythère vont procéder au moment que nous attendions tous, le découpage oui le découpage, et c'est parti, à fond odorojets et musique symphonique, les tourtereaux s'avancent entre les tables surmontées de pancartes « Fidji », « Bora-Bora », et autres noms d'îles englouties qui vous titillent la nostalgie, c'est très tendance. Mines princières, sourires trop grands et dents rémaillées de frais, direction le petit autel rond qui trône au milieu de la salle.

La mariée est assez choucarde, pour autant qu'on puisse en juger au-dessus de la taille parce qu'en-dessous, évidemment, tout est noyé dans les volants pour cacher les volumes. Elle est attendrissante, aussi, avec son petit creux au milieu des joues, typique du régime tisane et fruits qu'elle a dû s'infliger depuis quelques semaines – comme toutes les gentilles promises soucieuses de la qualité de ce qu'elles vont offrir à leur homme. C'est le moment qui me réveille parce qu'il me console de ce boulot où je m'emmerde quatre-vingt-dix pour cent du temps : au moins, je vais pouvoir me rincer l'œil.

Les mariés sont accompagnés par le découpeur qui leur tient les mains bien haut façon arbitre de boxe. Derrière, le porte-lame soutient le plateau nuptial, sobre et classe tout comme la lame. Je parierais gros que Li et Cythère ont opté pour la totale en iridium et qu'ils le feront savoir aux amis. Faut reconnaître, au niveau hygiène, le massif irradié c'est quand même ce qui se fait de mieux.

La musique s'arrête tout d'un coup après un break particulièrement assourdissant, effet garanti, émotion maximum, tout le monde retient son souffle. La Cythère remonte lentement ses jupes, je ne m'étais pas trompé, jolies jambes. Joli reste aussi, très bien mis en valeur par un couvrant peau incrusté de microdiodes qui luisent en rythme juste ce qu'il faut pour souligner sans aveugler. De chaque côté de ses cuisses scintillantes, les lobes nuptiaux attirent tous les regards. Ils ont l'air à point. Ils sont fuselés et épousent bien la jambe, leur forme me rappelle les ailes des aigles empaillés, en position de guet, que j'allais voir au Biomémoriel quand j'étais gamin ; on les sent d'ici fermes et bien irrigués. L'impression est confirmée par la mine satisfaite du découpeur qui vient les tâter, puis les écarte doucement de la jambe matricielle pour dégager le col.

Et c'est parti : il sectionne le col du lobe droit avec une vitesse stupéfiante et applique immédiatement le pansement cellulaire que j'ai vu arriver il n'y a pas dix minutes dans son transporteur spécialisé, en direct de l'unité de régénération la plus proche. L'homme à la lame est un vrai pro : à la fin de son tour de passe-passe, le sang a fait pile-poil deux dégoulinures tout à fait photogéniques, d'un beau rouge vif qui tranche entre le pansement à découpe dentelle, la nostalgie y a pas c'est tendance, et la chaussure d'un blanc éclatant. Tout le monde se met à hurler de joie quand le découpeur dépose le lobe sur le plateau. Le porte-lame a légèrement flanché : pas loin de trois kilos à vue de nez, le morceau, et bien rose sous sa peau bien tendue… Belle pièce ! Le découpeur traite la jambe droite dans la foulée.

Rouge à lèvres étiré jusqu'aux oreilles, la mariée ne se prive pas de tourner et retourner pour donner à voir de tous les côtés, visiblement ravie d'être toute légère à nouveau. Elle ne semble pas avoir eu mal. Rien de surprenant : comme tous ceux en âge d'y passer, je sais grâce à la pub dont nous inonde la Picker que la greffe de cellules musculaires est garantie sans infiltration de terminaisons nerveuses. Et puis je commence à avoir assisté à une bonne tirée de découpages ! Mais quand même, c'est difficile de ne pas s'attendre à un gros « Aïe ! », ou pire, quand le lobe se fait trancher. Je me demande même si, parfois, je n'espérerais pas un petit incident de ce genre, histoire de pimenter un peu la routine de mon service…

Le marié, pas très galant, regarde sa promise radieuse avec moins d'appétit que la viande sur son plateau. Faut dire, ça doit être dur de se retenir dans cette situation. Ça fait quand même trois mois que le pauvre garçon regarde pousser son dîner de mariage sur sa fiancée sans pouvoir y croquer, et voilà que le grand soir est venu… Ouais, je me moque, mais je peux comprendre. Et pourtant je n'ai eu aucun problème pour me mettre aux trucs de base genre galettes de protalgues et purée de légumes aux truffes quand ils ont interdit même les insectes – comme si leur système nerveux, à ceux-là, pesait aussi lourd que celui d'une vache ! Putain, la conscience des insectes, ils y vont fort, quand même. Pas grave : ça ne me gêne pas, moi, la protéine d'origine végétale. Au contraire ! Quitte à ne pas faire très rebelle, je peux bien avouer que la purée de céleri, bien cuisinée, j'adore ça.

Sauf que… Quand même, végétarien dans l'âme macache, le rôti de convolante m'a été une révélation au mariage de mon vieux pote Charlie. On se connaît depuis l'école, j'étais son témoin, table d'honneur et tout, du coup j'y ai eu droit. De la viande, de la vraie ! Fondante et élastique à la fois. Et le goût… Le côté animal, je ne vois que ça. Une rousse, en plus, la Simone, il paraît que c'est ce qu'il y a de mieux au palais. Ou alors c'est ce qu'elle avait mangé, c'est bien connu que le régime prénuptial est de première importance pour l'arôme du mets… Rien que d'y penser, ça me fait un creux à l'estomac. Mais service, service. Pour ne pas me la jouer mort de faim, je me concentre sur le visage des plus de trente ans, ceux qui ont connu l'animal avant la prohibition. C'est mon grand jeu quand je plantonne dans les noces : cette envie qu'ils n'arrivent pas à dissimuler, ces yeux qui brillent un peu trop, ces gorges qui déglutissent… Un vrai spectacle.

Terrible.

Tout bien considéré, elles ont peut-être raison, les autorités, à nous bassiner depuis des lustres sur la dépendance potentielle à tout ce qui ressemble de près ou de loin à de la viande – villarde synthétique comprise, tout fait ventre dès qu'il s'agit de propagande. Quand on voit baver à ce point des gens qui, depuis un quart de siècle que les mammifères sont prohibés, auraient dû oublier totalement ce que c'est que le goût du bœuf, du lapin ou du chien… Moi je dis, quand même, il y a de quoi se poser des questions. Le problème, c'est que les services publics nous ressortent les mêmes études à chaque fois qu'ils diminuent la fréquence des Autorisations de Consommation Générale de villarde : la viande c'est mal, ça pourrit la santé à cause de toutes les toxines que ça contient, et puis ça rend agressif et dépressif… Ben voyons. Pourquoi pas chauve, eczémateux, gaucher et joueur compulsif, tout ça en trois bouchées chrono ? Résultat : tout le monde en a ras-le-comm de cette propagande – même la majorité qui, comme moi, n'a aucun problème à se passer de viande, qu'elle soit naturelle ou cultivée. C'est que les histoires d'alimentation, mine de rien, ça secoue. D'ailleurs, on sent bien que les gens sont nerveux, aujourd'hui, à cause d'encore une histoire de viande : les réseaux envoient depuis hier des rumeurs de contamination de villarde, et tous les convives se demandent si c'est à cause de ça que la fiesta a pris du retard. Dans une demi-heure le découpeur aura fini de préparer et de saisir les filets qui seront servis exclusivement à la table d'honneur ; si les carnivores frustrés des autres tables n'ont pas de villarde à se mettre sous la dent, alors que la dernière ACG remonte à plus d'un mois, ça risque de plomber l'ambiance de la fête. Les vieux en particulier ont beau cracher sur la viande synthétique, il n'y a qu'elle qui les calme quand ils ne font pas partie des petits veinards de la table des mariés. Parce que tous ceux qui en ont tâté le disent : il n'y a que le la chair de mariée qui vaut l'animal, la vraie bête, la bonne viande d'avant la prohibition. Pas de paix de l'âme sans cuisse de dame.


Mais moi, ce qui me travaille en zyeutant toutes ces gueules affamées, c'est que les croustilles betterave-igname auxquelles j'ai eu droit en arrivant commencent à être loin.

Je me taperais bien un petit sojaburger ou n'importe quoi d'autre qui traîne en cuisine, où j'ai eu soin d'aller me faire des amis d'enfance juste avant de prendre mon service… Mine de rien je recule vers le couloir tout en gardant mon air vigilant et concentré sur la salle, pour parer aux petites photos vicieuses.

Et c'est là que tout déraille.

À peine la porte passée, je sens un truc froid et dur se poser sur ma nuque. En même temps, juste à côté de mon oreille, une voix du genre à laquelle on ne résiste pas me susurre de ne surtout pas me risquer à jouer au héros.

Instantanément, mon cerveau se vide. Jouer au héros, c'est bien la dernière chose qui me tenterait, là tout de suite. En trois ans de métier, c'est la première fois qu'un truc pareil m'arrive. Je savais que ça existait, mais… En fait, je voudrais juste réussir à rester debout, parce que mes jambes sont devenues toutes molles et toutes lourdes. J'essaie de reprendre mes esprits pour envoyer un message d'alerte à mon boss, mais je réalise que je ne reçois rien alors qu'on est bien un mètre hors des murs âme métal. Mon agresseur doit avoir un brouilleur. Je le sens appuyer sur mon déconnecteur, visiblement il veut prendre toutes ses précautions pour que je ne puisse pas communiquer, puis il insiste deux secondes de plus, toujours derrière mon cou, et j'entends un petit bruit sec… Combien est-ce qu'ils sont, derrière moi ? On me souffle de faire demi-tour, lentement, sans que le truc froid et dur (un pistolet chimique ? Un tlaser ? Pire ?) quitte ma nuque. Il tourne, ou ils tournent, en même temps que moi pour rester dans mon dos : je n'ai toujours aucune idée du genre de personne qui tient une arme collée à la base de mon crâne. Puis le truc froid et dur passe sous ma veste, histoire de faire discret, j'imagine, pendant qu'on m'enlève le défenseur que j'avais glissé dans ma ceinture. On me pousse dans le couloir qui, pas de chance mais peut-être que si, est désert à ce moment-là, puis dans un autre, la voix derrière mon oreille me dit d'ouvrir cette porte sur la droite et d'entrer, je distingue des seaux et des balais, on me pousse, je trébuche, on referme sur un noir total et j'entends qu'on ferme un verrou.


Tout de suite, je veux récupérer la communication, mais que dalle. Au lieu du petit bouton rond, mes doigts ne rencontrent qu'une cavité vide. C'est donc ça qu'il tripotait, mon agresseur : il a dû faire sauter le bouton avec une lame, et arracher la connectique pour que je ne puisse pas me rebrancher à la première occasion. Si je veux appeler au secours, va falloir le faire à la papa…

Quels enfoirés.

Le temps de me relever en tâtonnant, je perçois des cris dans la salle, puis les cris sont recouverts par la musique, beaucoup plus forte tout d'un coup. Vu comme le placard où je suis enfermé est éloigné du lieu des réjouissances, je dirais qu'ils ont mis le son à fond. Ça doit être intenable.

C'est suivi d'une cavalcade dans le couloir, et puis plus rien. Pas dur de deviner qu'en quelques minutes et grâce à deux ou trois tlasers bien persuasifs, ils ont rassemblé la noce dans un coin de la salle, vidé le contenu du plateau dans un maxitherme, et décampé. J'appelle, je tape contre la porte pour qu'on vienne me délivrer, mais rien ne vient. Est-ce que ça veut dire qu'ils ont enfermé tout le monde dans la salle de cérémonie en partant ?

Si c'est le cas…

Si c'est le cas, personne ne peut réseauter au secours, grâce à l'âme métal.

Putain de Lomé, je risque d'y mariner longtemps, dans mon placard. Je me secoue pour trouver un interrupteur, ça marche mais la lumière ne me révèle pas la providentielle caisse à outils que j'aurais espérée. J'essaie de défoncer la porte avec un manche à balai, avec pour seul résultat de m'arracher les paumes… Rien à faire.


Je me connais : dès que je ne suis plus connecté, je m'endors. En temps normal, c'est bien pratique. Le soir, je coupe le flux d'images et de textes que, sinon, j'ai du mal à ne pas solliciter, et hop. Parti pour Morphée en quinze sec. Il paraît que ce n'est pas aussi rapide pour tout le monde, mais quand même, j'ai du mal à comprendre les gens qui ont besoin de la chimie pour dormir. L'inconvénient de l'avantage, c'est que je sais très bien que là, isolé dans mon placard sans connexion, je vais être incapable de guetter. Que je le veuille ou non, il y a de grandes chances pour que je finisse par sombrer – alors qu'il faudrait que je reste suffisamment vigilant pour appeler au secours à la première occasion. Dans l'hypothèse, bien sûr, où la première occasion ferait assez de bruit pour réussir à franchir le mur du son qui vient de la salle de noce.

Je me concentre à mort, l'œil rivé au balai. Une solution serait de trouver un truc pour signaler ma présence à l'extérieur du placard – un vrai truc matériel, pas un poque de réseau, qui reste en place même en cas de sieste brutale ou de coupure de courant. Je fouille sommairement le placard ; en plus des seaux et balais, je ne trouve qu'un aspirateur, des produits d'entretien, et une liasse de vieux papier sans rien pour écrire dessus. De toutes façons il est déjà imprimé.

Mort d'ennui, je finis par regarder de quoi il s'agit. C'est Le Rémanent, le dernier réseau à fournir tous les jours de l'info en version imprimable. Ça m'a toujours scié qu'il existe encore assez de lecteurs de bête papier pour qu'un réseau se fatigue à en imprimer, il y a vraiment des fétichistes ou alors je ne sais pas. Moi, ça me fatigue de lire avec les yeux des articles aussi longs, même pas illustrés de clips ou d'animations. Mais bon, nécessité fait loi, il faut bien reconnaître que là, coincé dans mon placard à balais, ces quelques feuilles tombent bien pour m'occuper. Comme mariée en prohibition, tiens.

À force de me concentrer, je comprends que ça parle d'un légume qui a l'air spécial, mais j'ai du mal à saisir exactement pourquoi. Depuis l'école, j'ai perdu l'habitude. Et puis cette espèce de papier qu'il faut tenir, qui est trop grand et trop mou, et qui, mais oui, quelle misère : l'encre bave sur mes doigts ! Ça me dégueulasse tout partout, et puis ça fait des sales traînées grises sur le texte, là où j'ai tenu le journal… Plus primitif comme technologie, tu meurs. Dire qu'il y en a qui appellent ça « lecture » !

Je regarde mes pouces maculés de noir, les traînées qu'ils ont laissées sur le papier. Est-ce que ça pourrait être la solution ? Je promène mon index sur le texte, mais ça ne bave plus. L'encre ne serait tout de même pas interactive ?! Je ne sais pas pourquoi, souvent, on se gratte quand on essaie de réfléchir. Comme je suis en train de cogiter, je me frotte machinalement les ailes du nez, là où c'est toujours plus gras. Je réessaie sur le papier juste après, et là l'index laisse une longue trace foncée, d'encre et de je préfère ne pas savoir quoi mêlés… Heure éclat ! Je m'empare d'une bouteille de détergent, je trempe le bout d'un doigt dedans, et je le frotte, frotte, frotte sur une des feuilles. Ça marche : on lit très bien « HELP » qui ressort superbement, en capitales, sur le texte imprimé, avec une flèche sur le côté au cas où je tomberais sur un débile ; puis je passe la feuille sous la porte, en faisant bien attention à ce que la flèche pointe vers le placard.

Ne reste plus qu'à attendre.


« Y a quelqu'un ? »

Je me réveille en sursaut, incapable pendant quelques secondes de me souvenir d'où je suis et pourquoi j'ai ces courbatures. Noce, agression, enfermement. Ça y est, le réveil est moins facile que sous connexion, mais je raboute les morceaux. « Hou hou ! Y a quelqu'un ? » Et que oui, y a quelqu'un, et qui aimerait bien sortir ! La voix, c'est une fille, me dit qu'il n'y a pas de clé, mais attendez. Et quelques minutes plus tard, j'entends qu'on tripote quelque chose du côté de la serrure, il y a un grand craquement et la porte s'ouvre. Dehors, une petite brune mignonne me regarde avec plein de points d'interrogation dans l'œil. Je la reconnais : elle faisait partie de l'équipe des cuisiniers quand je suis allé y poter plus tôt dans la soirée. C'est la première fois que je vois une fille forcer une porte de placard avec un manche de louche en guise de pied-de-biche, et pour un peu je lui ferais la bise tellement je suis content de sortir de mon trou, mais elle a l'air sur ses gardes.

« C'est eux qui vous ont enfermé ? » Mais non, ma belle, j'adore m'encastrer dans les placards de ménage, surtout menotté avec des pantys en latex.

Elle, elle les a vus. Elle était allée chercher un truc dans la remise, elle les a entendus menacer ses collègues et elle a jeté un coup d'œil par la porte entrouverte au moment où ils les emmenaient vers la salle de réception… Elle les a vus : jeunes, froids, précis, des vrais professionnels. Ils ont enfermé tout le monde dans la grande salle, elle les a vus mais elle n'arrive pas à ouvrir. Les tableaux de commande sont défoncés, ils ont dû tirer dedans avant de partir pour bloquer l'ouverture. Si ça se trouve, en plus de la musique à fond, les convives sont dans le noir depuis plus de deux heures.

Rien que d'en reparler, c'est visible que ça la secoue. Peut-être qu'elle commence à se demander ce qui se serait passé s'ils l'avaient trouvée après avoir tiré dans le système de verrouillage de la porte. Est-ce qu'ils se seraient sentis obligés de l'emmener avec eux ? Comme elle est vraiment mignonne, et même plus que ça avec ses grands yeux effrayés et sa bouche qu'elle ne peut pas empêcher d'être naturellement rouge et putainement sexy, je lui fais remarquer que là, elle ne craint plus rien et je lui entoure les épaules façon mâle protecteur. Coup de bol, elle se laisse faire. Ça a du bon, l'uniforme de vigile.

« Ils voulaient quoi, à ton avis ? Les bijoux ? Ils ont été si vite qu'ils n'ont pas pu avoir le temps de dépouiller plus d'une ou deux personnes ! » Elle a tout faux. L'or qu'ils auraient pu récupérer des bijoux ne vaut pas l'iridium de la lame, et de toutes façons ça fait un bon bout de temps que plus personne ne se risque à voler des métaux même précieux – le marquage isotopique les rend trop facilement repérables à la refourgue.

Je la mets au jus du trafic qui existe autour du steak de mariée. Ça me permet de me faire mousser avec la formation express qu'on m'a imposée pour faire ce boulot. Bien sûr, ma petite bombe (c'est quoi son prénom, au fait ? Marganne. Ça lui va très bien.), comme tout le monde, connaît la merveilleuse histoire de Lomé Picker, qui a utilisé une bonne partie de la fortune amassée pendant trente ans de show-biz pour faire mettre au point le cultivar de muscle sur humain, tout ça pour pouvoir offrir un peu d'elle-même à son chéri le jour de son cinquième mariage. Prenez et mangez-en tous, ceci est mon corps, version buzz maximal. Je lui rappelle comment, à cette époque, les autorités qui visaient Viande Zéro pour la fin de la décennie se sont retrouvées obligées à chercher comment lâcher du lest à cause des émeutes des carnivores radicaux. Le caprice de la Picker tombait à pic : après débat national, la dégustation de gigot de noceuse, étendue aux proches du couple nuptial, a été autorisée le jour J en tant que tradition ancestrale. Ça arrangeait tout le monde d'y croire. Il faut voir comment la tradition ancestrale mon cul a remotivé les foules pour les cérémonies, alors que le mariage était en nette voie de ringardisation ! Tout a marché comme sur des roulettes : la soupape du faux-filet nuptial a affaibli les protestations des carnivores, la prohibition s'est installée dans la durée et Sainte Lomé a encore doublé sa fortune en se lançant à fond dans le parrainage d'unions.

Marganne se dégage gentiment : « Oui, je suis au courant de tout ça, merci. Mais ça n'explique rien : c'est pas Lomé Picker qui s'amuse à attaquer les mariages qu'elle organise ! Viens plutôt voir la porte de la salle de réception, des fois que tu trouves comment l'ouvrir. »

Je continue pendant qu'on se dirige vers la salle de réception. Bien sûr, tout n'est pas aussi rose que ce que les réseaux officiels laissent entendre. L'idée d'une bonne tranche de steak un lointain jour de noce peut faire supporter quelques mois de villarde sans trop de pression au carnivore moyen. Mais à côté de ça, on trouve toujours des types prêts à payer une fortune pour se retrouver avec des fibres de viande entre les dents plus souvent qu'à leur tour. Des affaires de cultivars clandestins se sont multipliées jusqu'à ce que le fermage humain soit déclaré comme pénalement équivalent au meurtre d'animaux pour consommation, et, donc, puni d'esthérèse tout pareil. Ablation directe paf, plein de petits caïds se sont rendu compte qu'ils y tenaient, à leur cortex gustatif. Que c'est finalement moins risqué de braquer du rôti de promise prêt à l'emploi que d'entasser des pauvres types aux propriétés organoleptiques hasardeuses dans des planques pourries. En plus, d'un point de vue légal, on ne sort pas du simple vol avec violence, puisque le lobe, garanti sans connexions nerveuses, ne peut être classifié que « matériau biologique » – les réseaux parlent de vide juridique. Du coup, les raids se multiplient dans les mariages depuis quelques mois et ça gèle un peu la tendance montante aux envies de noce. Bon, le vide devrait se combler bientôt, paraît-il, et en attendant ça génère du boulot pour les mecs comme moi. Sauf que là, je n'ai pas réussi à éviter l'évaporation du meilleur d'elle-même, comme elles disent ; je n'ai même pas eu le temps de prévenir les flics, et ça risque de me coûter mon job…

La boîte de commande est bien défoncée, il n'y a rien à faire de ce côté-là. Et de l'extérieur, on ne peut pas forcer la salle de réception sans outillage spécialisé : c'est blindé, je le sais, et pas du blindé de lavette. Les Union Center sont toujours situés à l'écart des agglomérations et ne servent qu'un jour par semaine ; il faut ce qu'il faut pour protéger le matériel, généralement récent et coûteux, qui est à l'intérieur.

Peut-être qu'en s'y mettant à plusieurs, ceux qui sont à l'intérieur pourraient défoncer la porte façon bélier avec une table, s'ils en trouvent une capable de tenir le choc – mais j'ai des doutes : dans ce genre d'endroit, l'apparence des meubles compte plus que leur solidité. Et pour s'organiser, il faudrait encore que les enfermés puissent communiquer entre eux, ce qui est douteux avec la sono à fond. Surtout si, en plus, ils sont dans le noir. C'est bien pensé : ils ne sont pas près de sortir tout seuls, les noceurs.

J'éloigne Marganne pour qu'on puisse se parler plus facilement. On est un peu désemparés, tous les deux. Tout ce que je pourrais envisager de faire, sauf à elle qui, en plus, est très agréable à regarder marcher mais ce n'est pas la préoccupation numéro un dans l'immédiat, passe par mon communicateur. Ça fait déjà plusieurs fois que, par réflexe, j'essaie de le relancer mentalement, avant de me souvenir qu'il est cassé. Quels enfoirés, quand même. Je me tourne vers ma jolie brune et cherche ses yeux des miens.

« Mais au fait, ils ne t'ont pas détectée, quand ils étaient dans la cuisine ? »

Elle se marre, pas peu fière : « J'étais déconnectée ! » C'est bien notre chance : on ne peut même pas compter sur elle pour réseauter au secours…

Non, non, son communicateur n'est pas cassé, mais elle aime bien se déconnecter quand elle travaille en groupe. Et merde, encore une de ces fanatiques qui ne jurent que par la préservation du rapport humain. Pour moi, il n'y a qu'un rapport qui vaille qu'on se penche dessus, c'est le genre de celui que j'aimerais avoir avec elle. « Parce que tu vois, les communicateurs ça a tendance à détruire le lien social ! » Ça me la broie sévère, un truc de vieux pareil dans une bouche aussi… Cette fille est bizarre. Elle rit à nouveau, en voyant la tête que je fais. Ce qui expose plein de petites dents blanches. Son rire donne envie de mordre dans ses lèvres toutes gonflées tellement il est contagieux…

Le temps que la situation me revienne en tête, elle se reconnecte et m'annonce qu'elle réseaute les flics. Je la vois faire la grimace. Moi, je ne suis qu'un gros point d'interrogation : tout est tout de suite beaucoup plus long, quand on est offligne. Ma Marganne m'explique qu'elle est systématiquement redirigée sur des sites d'infos. Ça dit que les services sanitaires ont détecté une contamination de villarde dans un des sites de culture, du coup l'Autorisation de Consommation Générale qui devait être proclamée demain a été annulée, préventivement, sur tout le territoire, et, surtout, toutes les dérogations privées genre mariage ont été suspendues. C'était déjà arrivé il y a deux ans, mais les ACG étaient beaucoup plus fréquentes à l'époque. Là, ça fait plusieurs semaines que les plus carnivores sont sevrés, du coup des émeutes ont commencé à éclater un peu partout ces dernières heures. Pas de bol pour nous : avec ce qui se passe, les flics ont d'autres chats à fouetter que venir faire prendre l'air aux amis de Li et Cythère.

En attendant que les réseaux de secours réagissent aux messages que Marganne leur a laissés, on essaie de s'organiser. Par exemple, trouver par nous-mêmes un engin pour défoncer la porte de la salle de réception avant qu'ils deviennent tous fous à l'intérieur. Si mon communicateur marchait, je pourrais faire tout ça d'ici, mais je ne suis plus qu'un homme sans facilités informatiques. Quant à la mignonne, qui, elle, a toutes ses facultés de connexion, elle m'a l'air pas très dégourdie du réseau, même si ses hanches pleines d'intelligence appellent mes mains avec une force infernale – alors on sort, à tout hasard.

Il fait plus frais, dehors. Devant nous, juste après le parking, des prés et des champs font des courbes dans une lumière orange. Le soleil est tout près de se coucher, il y a quelques nuages, juste ce qu'il faut pour donner plein de couleurs au truc, sans bouffer la lumière. J'en ai le souffle coupé tellement c'est beau et que je ne m'y attendais pas. En plus, ou en moins, on n'entend pas un bruit. Pourtant la ville ne doit pas être si loin derrière nous, mais l'Union Center en est protégé par une colline couverte de forêt. En arrivant, je n'avais pas réalisé que l'endroit était si superbe et paisible.

Ma voiture est là où je l'ai laissée, tout inutile puisque je ne peux pas la démarrer sans mon communicateur. Je me tourne vers Marganne, plein d'espoir. Elle me fait une petite grimace désolée : elle est venue avec un de ses collègues, et d'ailleurs elle n'en a pas, de voiture. Tout bien réfléchi, ça ne m'étonne pas.

Si je me souviens bien, les maisons les plus proches se trouvent à trois ou quatre kilomètres. On doit pouvoir marcher jusque-là.

On se met en route, c'est bizarre de marcher sur de l'asphalte avec des chaussures vernies, j'ai l'impression que ça ne m'est jamais arrivé. Ce qui est bizarre aussi, c'est ce silence dans ma tête. Ça faisait combien de temps que je ne m'étais pas déconnecté pour autre chose que pour dormir ? Un oiseau se met à siffler, ça ne s'arrête plus et ça donne juste envie de s'asseoir là et d'écouter. Je prends la main de Marganne qui se laisse faire, elle est tiède et douce. Elle n'a rien dit, ma mignonne, depuis qu'on est dehors, et elle a une espèce de sourire sur ses jolies lèvres. En faisant palpiter mes doigts entre les siens, je rêvasse à tout ce que j'aimerais bien lui faire. Je me souviens que les filles aiment bien qu'on leur parle :

« Tu ne trouves pas que c'est trop beau, cette lumière ? »

Elle tourne la tête vers moi, et je lui découvre ce petit air absent des gens qui sont en train de réseauter :

« Tu sais quoi ? Les scientifiques ont trouvé quelques cellules genre système nerveux dans un légume, une sorte de scorsonaire. Pour l'instant, il ne savent pas si ça fait partie de l'ADN original ou si c'est une contamination génétique, mais il y a déjà des types qui disent qu'un système nerveux c'est un système nerveux, qu'il soit d'origine ou pas, et… »

Je la fais taire en la bâillonnant avec ma bouche. Ça n'a pas l'air de la déranger. Tout en l'embrassant, j'appuie doucement sur son déconnecteur.


Il va falloir que je me marie vite fait, si je veux manger des légumes avec mon faux-filet.


 
Inscrivez-vous pour commenter cette nouvelle sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   socque   
21/8/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
"Est-ce que ça veut dire qu'ils ont enfermé tout le monde dans la salle de cérémonie en partant ?" : j'ai cru que cette phrase annonçait une chute sinistre, genre les malfaiteurs ont découpé de la viande de convive en plus de piquer celle de la mariée, mais non ; le texte garde de bout en bout un ton léger, plaisant.
Quoi qu'il en soit, j'ai adoré l'idée et je la trouve excellemment présentée ! J'ai beaucoup apprécié que l'histoire commence comme un mariage "de nos jours" et que les éléments de science-fiction soient introduits peu à peu, que tout un univers soit dévoilé par petites touches. C'est très habile, pour moi, le mouvement est naturel et passionnant.

Un problème de cohérence ici, à mes yeux :
"Si ça se trouve, en plus de la musique à fond, les convives sont dans le noir depuis plus de deux heures."
Qu'est-ce qu'a fichu Marganne tout ce temps, alors qu'elle pouvait à tout moment appeler les secours ? J'ai pensé que cette phrase signalait qu'elle était en fait complice des bandits et allait enlever le narrateur, mais non, rien à voir. Je ne comprends pas à quoi correspond cette durée de deux heures.

La fin est un peu faible à mon goût : le narrateur coupé du réel qui le redécouvre avec émotion à l'occasion de son aventure, c'est un peu facile pour moi. La chute avec une (peut-être) prochaine interdiction de consommer des légumes, c'est peut-être un peu "too much" à mes yeux ; qu'est-ce que vont pouvoir manger les gens, alors ?

Mais l'idée de base, et sa déclinaison, sont vraiment excellentes à mon avis !

   Asrya   
4/10/2014
 a aimé ce texte 
Passionnément
Quelle idée.
C'est du pur génie.
J'ai été conquis par cette perspective de manger du "steak de mariée" le jour de ses noces. Mon petit côté rêveur n'en a été que charmé.
Et que dire de votre style d'écriture. Il me convient parfaitement. Je suis fasciné par chacun de vos mots, chacun de vos paragraphes, chacune des petites notes d'humour qui se glissent à travers ce nuage d'extravagance.
Ce fut une fabuleuse découverte et j'ai hâte de pouvoir m'en délecter à nouveau.
Je n'ai rien à vous reprocher, je n'ai rien à reprendre dans votre texte, c'est un tout qui m'a séduit, je préfère ne pas m'arrêter sur les deux, trois phrases un peu pesantes décelées.

Merci beaucoup pour cette lecture,
J'espère pouvoir vous lire à nouveau, avec le plus grand des plaisirs !

   Pepito   
4/10/2014
Bonjour Caillouq,

Forme : une écriture efficace, mais gare à la mise en page, les gros pavés sur ordi sont... indigestes.
Chipotons z'un peu :
"massif irradié" celui là, j’espère que c'est un trait d'humour, sinon... ;=(
"du genre à laquelle on ne résiste pas " et avez-vous essayé "irrésistible" ? ;=)
"surtout pas me risquer à jouer au héros." en me mettant en danger... Prendre des risques, pour un héro, c'est le minimum, non ?
Tout ça dans la même phrase, c'était pour vérifier si on suit, je suppose ? ;=)

"Quels enfoirés" > Enfoirés !
"elle les a vus (2 fois) mais elle n'arrive pas à ouvrir" ??

Puis des mots bien goûteux :
"aller me faire des amis d'enfance" = "poter" très bon
"tlaser" yeeeees !
"Picker tombait à pic" il faut savoir se faire plaisir
le "meilleur d'elle-même" miam, j'ai pas résisté au plaisir de l'accoler au "meilleur d'entre nous" ;=o

Fond : très bon départ avec un doute total sur la situation.
Bien aimé la description du mariage et du non viande.
Puis beeeerk ! Le "magret de dinde" que c'est dégeu ! Mais marrant aussi, fallait y penser. ;=)
Le rythme ralenti au niveau du placard. Puis ça repart avec Marganne mais la fin est pas au niveau de la première partie.La chute un poil parachutée (oups !) Des émeutes auraient pu être la raison de l'absence de flics... pour cause de système nerveux légumien expliqué lors de la chute. Du coup cela explique pourquoi Marganne n'a pas eu de succès en appelant les poulets de suite... enfin, c'est une idée.

Merci pour cette marrante et originale lecture.

Pepito

   Coline-Dé   
4/10/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
J'ai adoré cette transposition S-fictionnesque des rites ancestraux "virginité/défloration" et les réjouissances afférentes !
Faut avouer que trois kilos de bidoche par cuisse, ça présente mieux que les quelques grammes ( je suppose) d'hymen, on comprend mieux que les gens y attachent de l'importance...
La progression est excellente, surtout dans la première partie, qui démarre tout normal avec un gus qui en a marre de son boulot et sa critique sociale assaisonnée d'humour, et ça se corse de plus en plus pour culminer quasi grand guignolesque, bruit et fureur dont les autorités n'ont cure...
Après ça, le retour aux charmes bucoliques est bienvenu, avec en filigrane des espoirs d'agapes pleins d'ironie...
Pour moi, rien ne cloche hormis les deux heures dont Marganne aurait pu ou dû profiter pour alerter les autorités.
La pirouette finale m'a fait rire : on croit en avoir fini et non, y a moyen d'aller plus loin encore !

L'écriture colle parfaitement au sujet, légère et pleine d'humour et le coup des lobes nuptiaux à donner en pâture aux convives élus est génial : je te décernerais bien une excommunication !
J'ai vraiment apprécié cette façon de tirer tous azimuths sur le mariage, la pub, les organismes qui gèrent nos fêtes, les habitudes alimentaires, le réseautage, bref un monde dont on rit ... juste un peu jaune !
Merci, et surtout ne manque pas de m'inviter à ton prochain mariage... pardon, je veux dire ton prochain texte !

   Dupark   
5/10/2014
Une sacrée belle écriture. Et un vrai travail de démiurge. Mais créer un tel univers en si peu de mots n'était pas simple ! C'est peut-être pour ça que le héros a dû jouer deux rôles. Il est parfois blasé, parfois réactif. Il découvre parfois et en même temps explique ce qu'il vient de découvrir. C'est tout ce qui m'a gêné :

"Je me finirais bien un des verres de champagne abandonnés sur les tables" pas blasé.
"mais méfiance. Âme métal ou pas, les plus jeunes des convives supportent assez peu […]. Pas de champ' en douce, donc." blasé et bien informé. Il nous dit deux choses : ce qu'il veut et ce qui fait qu'il ne peut pas. C'est un peu lourd. Dans Hergé, c'est le capitaine Haddock qui veut boire et Tintin qui lui explique pourquoi ce n'est pas possible. C'est plus naturel.

"en-dessous, tout est noyé dans les volants pour cacher les volumes" mystère, pas informé
"je ne m'étais pas trompé, jolies jambes" pas blasé et finalement informé

"je sais grâce à la pub dont nous inonde la Picker que la greffe de cellules musculaires est garantie sans infiltration de terminaisons nerveuses" informé depuis peu
"routine de mon service" informé depuis longtemps

"émotion maximum" pas blasé.
"Et c'est parti :" blasé, il en a vu plein depuis trois ans (le chiffre 3 apparaît sept fois dans ce texte)

"Belle pièce ! " pas blasé
"histoire de pimenter un peu la routine de mon service" blasé

"purée de céleri, bien cuisinée, j'adore ça" pas blasé
"C'est mon grand jeu quand je plantonne dans les noces" blasé

"c'est la première fois qu'un truc pareil m'arrive." pas blasé, surpris
"Je la mets au jus du trafic qui existe autour du steak de mariée […] plein de petits caïds [...] les raids se multiplient dans les mariages depuis quelques mois" blasé et bien informé sur la probabilité d'une attaque


Bien aimé :
"Une rousse, en plus, la Simone, il paraît que c'est ce qu'il y a de mieux au palais."
Merci pour ce moment ! C'est bon de se lâcher parfois ;)

Merci aussi pour les clins d'œil à l'addiction aux images, au livre-papier, au végétarisme autoritaire… Même si ces clins d'œil ne sont pas exploités, et c'est la loi du genre, cela fait réfléchir.

   Jano   
6/10/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Elle est horrible votre histoire ! En vérité bouffer les cuisses de sa promise c'est carrément dégueu' ! Et vous avez eu le toupet de coller cette nouvelle en "sentimental/romanesque", je l'aurais plutôt vu dans la rubrique des épouvantes. Allez, je déconne, le fait est que le scénario est rudement inventif, le ton cynique en parfaite adéquation avec les péripéties et la fin romantique à souhait. Finalement c'est de la pure science-fiction dans sa façon de dévoyer les codes pour créer quelque chose de nouveau. Horreur, romanesque, SF, voilà une histoire protéiforme qui prouve toute sa richesse.

   alvinabec   
12/10/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Ah! l'auteur est un as de la drôlerie...Fallait la trouver cette histoire de filet de dinde.
Ça a du jus, du rythme, le discours du videur fleure l'authentique, me semble tout simplement juste, son monologue intérieur bien foutu entre deux plages d'action.
Y'a que la chute qui m’apparaît botter en touche mais c'est le choix que vous faites et pourquoi pas.
A vous lire...

   Marguerite   
14/10/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour caillouq,

C’est vraiment une bonne surprise ce texte, je ne m’attendais pas du tout à ça (sentimental / romanesque, vous êtes sûr ?). J’ai plongé tête la première au milieu des convives de ce mariage, dans ce futur bizarre.
Le narrateur est attachant, sorte de monsieur tout le monde dans ce monde qui pour nous est tout sauf banal, et l’action est bien menée, à un bon rythme.

Merci pour la lecture.

Marguerite.

   Bidis   
10/11/2014
 a aimé ce texte 
Passionnément
Pour l’écriture, rien à dire. Ce doit être fort bien écrit puisque je n’ai rien relevé. Mais l’histoire est tellement prenante que l’on ne pense pas à critiquer la façon de la raconter.
Pourtant, je m’y suis reprise à deux fois. Une première fois, j’ai cru qu’on entrait dans la métaphore au moment de la pièce montée. Or je déteste les nouvelles-métaphores parce qu’elles m’obligent à réfléchir quand j’ai juste envie de me distraire. Puis, à cause des commentaires élogieux de tous, j’y suis revenue. Et là je me suis… bien amusée.
Mais le plus fou de tout, c’est que tout à coup je considère mon steak Charal dans le frigo avec un œil différent et vaguement inquiet. C’est pourquoi je pense que ce texte doit être vraiment exceptionnel.

   matcauth   
30/12/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Il n'y avait pas de raison, depuis le temps que je le disais, qu'il fallait que je me penche de nouveau sur un des textes de Caillouq, je suis tombé sur celui-ci, tant pis pour moi !

Car Caillouq aime les expériences et oser.

Celle-ci est des plus savoureuses, du moins, si je puis dire. Cette nouvelle est horrible, c'est assumé, et nous fait voir un avenir proche et absurde. Mais le présent n'est-il pas absurde à bien des égards ?
Si un Homme du siècle passé avait pu voir notre présent, n'aurait-il pas trouvé ça horrible ? c'est ce message qui ressort et que l'auteur cherche clairement à faire passer.

Quelle richesse du texte et donc de l'auteur dans tous ces domaines : technologie, humour, anticipation et... gastronomie !

Il y a une logique implacable, le texte est construit en amont de façon très solide, très scientifique (mais ça je crois que c'est normal, vu le profil de l'auteur) afin qu'aucune faille ne puisse l'ébrécher.

C'est le seul reproche que je ferais, finalement. Ce côté chirurgical, presque froid, cette façon d'avancer et de dire "cher lecteur, tu ne m'auras pas, tu ne trouveras pas d'incohérence !" Il y a un côté loufoque, il y a de l'humour, une documentation, il y a cette envie d'en donner au lecteur pour son argent grâce à un texte qui part dans beaucoup de directions, toutes abouties !!

Mais rien ne se prête au hasard, tout est travaillé et parfois cela se voit un peu.

C'est pour pinailler.

Je garde quand même l'originalité, le travail d'imagination, la qualité de l'écriture.

Il y a une richesse rare, dans tes textes.


Bravo et merci.


Oniris Copyright © 2007-2017