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Réalisme/Historique
Cat : À la frange du volcan
 Publié le 15/11/17  -  16 commentaires  -  9226 caractères  -  331 lectures    Autres textes du même auteur

Parfois, la vie se joue à l’adolescence, entre les silences et leurs sons, sang mêlé.


À la frange du volcan


J’ai fait beaucoup de bruit, quelques années durant.


À l’âge où d’autres jouent aux billes, à la marelle, à saute-moutons, à se découvrir mutuellement, je passe le plus clair de mon temps à entrer par effraction dans la chapelle du château, en face de l’église.


Une grimpette casse-cou. Le mur est haut pour atteindre la seule fenêtre accessible laissée entrebâillée lors de mon dernier passage.


Le curé du village, un saint homme de l’avis unanime, est le gardien du temple. À ma première demande – celle que mon extrême timidité n’a pas gardée en mémoire, tant cela a dû me coûter d’efforts – il m’a confié la clef. Une belle et grosse clef, à la mesure de la haute porte en bois à deux battants qui protège le lieu. Il y a une confiance instantanée qui s’instaure entre personnes qui n’ont pas encore perdu l’innocence de l’enfance, car sans qu’aucune explication n’ait été nécessaire, il a compris le désir impérieux qui me pousse à lui demander cette faveur. Il ne me la refuse jamais.


Sa mère n’est pas aussi charitable. Elle est le cerbère de service. En l’absence de son fils, elle croit bon de refuser tout ce qu’il autorise. Certainement sa manière à elle de le protéger de sa trop grande gentillesse et des abus que cela entraîne de la part de ses ouailles. Les gens mesurent rarement leurs exigences. Ils ont une fâcheuse tendance, dès lors qu’on leur accorde la main demandée, de vouloir en sus, le bras, puis le corps tout entier.


Je vois à son air interloqué, qu’elle cherche à comprendre ce qui provoque chez moi un tel engouement. J’ai beau lui expliquer avec force détails, je sens bien qu’elle n’a aucune envie de me croire sincère. Qu’est-ce qui peut attirer cette gamine dans cette chapelle quasiment désaffectée ? Ses petits yeux vifs s’agitent dans tous les sens, pendant qu’elle échafaude mille hypothèses dont aucune ne semble la satisfaire. Neuf fois sur dix, j’ai l’impression qu’elle rétorque un non catégorique à l’ardeur de ma demande pour se venger de ce qu’elle n’arrive pas à comprendre. Pourquoi autoriserait-elle l’accès de la chapelle à cette petite qui veut y passer du bon temps ? Bon sang, mais quel bon temps peut-on passer dans une chapelle vide si ce n’est pour y faire les pires bêtises ? Elle n’a qu’à se trouver d’autres amusements, la merdeuse. Je t’en donnerai des chapelles comme cour de récréation ! bafouille-t-elle revêche en me tournant le dos.


Désespérée par ses refus à répétition, j’ai décidé de me débrouiller toute seule. La tentation est trop forte. Elle dépasse l’entendement pour que ma mauvaise conscience vienne longtemps gâcher mon plaisir. Le besoin impérieux et la frénésie qui s’emparent de tout mon être dans de pareils moments ne souffrent aucun obstacle, aucune réticence.




MA CHAPELLE



La chapelle est dédiée à la Vierge Marie et n’ouvre ses portes que durant le mois de mai. Les onze mois restant, son long sommeil devient le royaume qui abrite mon oxygène, où je me réfugie pour échapper au monde étrange et angoissant qui règne dehors.


L’arrivée du mois dédié à Marie sonne en fanfare l’heure du grand nettoyage de printemps prodigué par les dames patronnesses. Après avoir allumé toutes les lumières, ouvert en grand les portes et fenêtres pour faire entrer l’air nouveau avec le soleil et bousculé avec ardeur les poussières accumulées, elles vont fleurir à profusion la chapelle, en vue des réjouissances à venir.


Ainsi parée, magnifiée, elle redevient le saint lieu des autres. Celui qui va se remplir tous les soirs des chants des fidèles du village venus rendre grâce à la mère de leur dieu.


Me tenant en marge des groupes qui se forment par affinités et où je ne tente jamais vraiment de trouver ma place, j’aime unir ma voix au chœur fervent. Tout doucement au début, et de plus en plus fort, jusqu’à toucher les étoiles. Chanter à tue-tête en communion avec le reste de l’univers est un puissant élixir. Du genre à faire reculer la peur. C’est ainsi que je supporte l’intrusion des paroissiens dans "ma" chapelle, gardant l’œil jalousement rivé sur l’objet de tous mes désirs.


Lorsque pointe la fin mai, à la joie immense de m’imaginer reprendre possession des lieux, se mêle inexorablement une pointe de tristesse. Comme lorsque la fête du village se termine et que les forains remballent manèges et flonflons pour aller égayer d’autres ailleurs.


La vie m’a frôlée de son vertige tentant. Elle a failli m’emporter dans son tourbillon. Je n’ai pas résisté bien fort pourtant.


Volets clos, lumières à nouveau éteintes, fleurs fanées jetées aux orties, les ombres mêlées au religieux reprennent possession de l’espace qui retrouve son lugubre impressionnant. À nouveau seule, je vais devoir réapprivoiser le vide, l’obscurité et le silence pour mieux me protéger de leur désolation.




À L'INTÉRIEUR



Malgré le côté périlleux qui consiste à grimper jusqu’à la fenêtre, je préfère nettement cette entrée. En passant par la porte, je suis obligée de traverser la pièce dans toute sa longueur et d’affronter les fantômes inquiétants qui règnent en maîtres dans la pénombre, leurs rires moqueurs, étouffés, leurs gémissements d’outre-tombe. Dans les voûtes du plafond, dans les moindres recoins obscurs nichent des voix qui murmurent sans relâche le repentir de péchés anciens. Je garderai longtemps dans le nez l’odeur des vieux murs chargés d’humidité et d’histoires. Sous mes pas, les souterrains, remplis de hordes de scorpions noirs sortant les jours de plein été dans la cour devant les soupiraux pour nicher sous les pierres chauffées par le soleil, résonnent de légendes antiques, d’échos terrifiants.


Sur l’autel, auréolée par un vitrail ancien léché de mousses, la statue bleue et blanche de la Vierge m’accueille bras ouverts. Dans son regard bienveillant il n’y a aucun reproche. Elle semble comprendre ce qui me pousse à braver le défendu. Cette envie irrépressible de rédemption par la musique des anges, comme si une transformation par l’amour absolu était la seule garantie de me sauver d’un danger imminent dont je ne fais que pressentir l’exacte nature.




LUI ET MON TUMULTE



L’harmonium tant convoité trône juste à côté de la fenêtre laissée ouverte. Magnifique ! Splendide ! Même sa vétusté le sublime à mes yeux. Un instant suffit à balayer le manque flagrant d’entretien depuis des lustres, le feutre abîmé, les tirettes des registres déréglées, la poussière ancienne incrustée dans le bois. D’un coup de baguette magique, on m’a offert le cadeau suprême qui peuple mes rêves les plus fous. Dans la semi-pénombre, il se pare pour moi de mille feux.


C’est lui qui m’offre l’espace infini, où je deviens seul maître à la barre de mon destin. Sans commune mesure avec la vie du dehors. Je vais moduler ma musique à l’envi, faisant monter crescendo une émotion barbare, au rythme de mélodies étranges réveillées par mes doigts qui volettent ou tapent sur le clavier, tout le poids de mon corps porté sur les immenses pédales qui actionnent la soufflerie haletante de l’instrument.


Lorsque je joue ainsi, jusqu’à réinventer le monde et m’oublier dans une fièvre intense, je voudrais de mes forces décuplées délivrer les sanglots qu’une incroyable douceur a fait éclater dans mon cœur. Je voudrais habiller l’espace qui m’entoure d’un velours joyeux mêlé de soies tendres, pour ne plus sentir la morsure violente de l’inconnu qui bouscule mon adolescence. Je voudrais mourir et me dissoudre dans les plis d’un ultime sourire. Devenir bulles légères qui s’envolent plus haut que le ciel. Je voudrais retenir le souffle de la brise qui épouse les nuits où la lune se fait pleine. Je voudrais être la cascade limpide qui nourrit le rire des enfants, le tintement de cristal des douze derniers coups de minuit sonnés par l’horloge imperturbable. Je me voudrais hirondelle en plein vol, mais aussi l’oisillon protégé dans le nid douillet. Je me voudrais houle fleurie le long des côtes sauvages, infime et infinie, danser, poudres légères prises dans un rayon de soleil et me fracasser dans les écumes et le tumulte du torrent pour renaître par le feu et la lave du volcan.


Dans mon havre, où l’extrême douceur se teinte d’une pointe vive de douleur unie à l’extase, je n’ai de cesse de créer ma propre musique pour habiller les ombres qui hantent et collent à ma peau. À rêver ainsi, les heures passent comme des caresses extrêmes. Elles ont le moelleux, le goût évanescent des nuages, et me perdent jusqu’à la nausée lorsque arrive le moment de rouvrir les yeux, de redescendre du dix-septième ciel. Immense chagrin. Je m’y applique pourtant, comme l’enfant raisonnable et sage que je suis.


Par la fenêtre laissée entrouverte sur demain, après une profonde inspiration pour me résigner à revenir dans le monde debout, d’un bond de chat surpris en flagrant délit d’indicibles interdits, je m’enfuis et rentre à la maison, le corps rompu par les frissons de ma peine pour un temps apaisée. Dans le cœur palpite à tout rompre mon si bruyant secret. Son souvenir tout chaud me protégera tant bien que mal jusqu’à ma prochaine escalade.



 
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   Asrya   
19/11/2017
Je ne dois pas être la cible de ce genre d'écrit. Du coup... mon commentaire vaut ce qu'il vaut...

C'est plat.
Rien de passionnant.
Rien d'intrigant, rien d'intéressant.

C'est l'histoire d'un jeune qui trouve la quiétude dans une chapelle ; ouverte sur l'extérieure par une fenêtre qu'il aime atteindre en escaladant.
Et... voilà.

Vous avez une belle écriture, vos phrases sont bien habillées, bien construites ; de belles images parfois. Mais côté émotions, côté partage, je n'ai rien reçu.
C'est propre, c'est tout pour moi.

J'aime rarement mettre des commentaires sur ce type de texte car... je ne sais pas quoi écrire.
Je ne vois pas ce que l'on pourrait écrire en réalité ; il ne m'inspire absolument rien.
Cela aurait pu être une belle aventure ; cette épopée vers la fenêtre, semée d'embûches pourquoi pas. Détailler les prises, l'effort, le vent, les saisons, les senteurs ; comprendre ce qui fait que dans cette chapelle, il est libre de s'imaginer la vie qu'il aimerait avoir face au réel ; comprendre quel exécutoire elle représente pour lui.
Je n'ai pas été convaincu.

Une autre fois peut-être,
Au plaisir de vous lire à nouveau,
Asrya.

Edit : Oups, j'avais dû lire votre texte et le commenter le lendemain, sans me souvenir que votre personnage était une fille "mea culpa". Je ne change ni le commentaire ni l'évaluation ; simple constat.

   plumette   
26/10/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↓
La narratrice est une adolescente, je l'imagine avoir entre 12 et 14 ans et elle parle au présent. On est donc censé entendre la voix de cette presque enfant, dans une époque qui n'est pas tout à fait contemporaine me semble-t-il. Or le texte est vraiment "écrit" avec un vocabulaire recherché et je n'ai pas du tout entendu cette voix de très jeune fille mais plutôt celle de l'auteur qui a une jolie plume!

l'histoire est singulière, les sentiments exprimés sont subtils, il y aune part de mystère, de bonnes choses dans ce texte, s'il n'y avait ce hiatus qui m'a gênée.

Bonne continuation

Plumette

   SQUEEN   
28/10/2017
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Impression d’un puzzle, d’indications disparates, pas d’incohérence, non, mais un texte qui manque de liant à mon avis. On apprend peu de chose sur le personnage principal : la narratrice est adolescente, timide et solitaire, pour moi c’est un peu léger, pas d’empathie donc. La description du lieu, qui pourrait être le personnage principal est un peu plus fouillé mais pas tant que ça. Je ne comprends pas ce que l’on veut me raconter, c’est survolé, ça manque de réalisme (!). Que fabrique cette gamine en-dehors de passer du temps dans cette chapelle? On est en-dehors de tout, de l’espace, du temps, et donc de l’histoire. C’est tiède du début à la fin, pas de chute, pas d’intrigue, pas de profondeur dans les personnages. C’est survolé dans l’écriture et forcément survolé dans la lecture. Vous l’aurez compris je n’ai pas vraiment apprécié, c’est sans doute mon goût de pencher pour des histoires plus contrastées. L’écriture en elle-même est agréable, je pense que l’absence de réel point de vue est pour quelque chose dans cette impression de platitude. Merci, et à un prochain texte peut-être ?

   Alexan   
28/10/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Je trouve que le point fort de cette nouvelle, c’est avant tout l’écriture ; ainsi que l’ambiance et le style qui vont avec.
J’y ai ressenti une atmosphère mystérieuse, gothique, mystique… dans cette chapelle, on pourrait presque s’attendre à découvrir une secte pratiquant des rituels ésotériques !
Quant à cette petite fille pas comme les autres qui fait l’école buissonnière, elle me fait un peu penser à une enfant surdouée. Frustrée de ne pouvoir s’épanouir, ne trouvant pas son compte dans son entourage restreint, elle cherche à compenser, et part en quête d’une étincelle.
La fin m’a fait cogiter :
« Dans le cœur palpite à tout rompre mon si bruyant secret. Son souvenir tout chaud me protègera tant bien que mal jusqu’à ma prochaine escalade. »
C’est une très belle manière de finir la nouvelle et je crois percevoir une insinuation, (volontaire ou pas ?) une symbolique qui pourrait offrir diverses interprétations...
D’autant plus que le titre « A la frange du volcan », ainsi que la première phrase : « J’ai fait beaucoup de bruit, quelques années durant » sont assez énigmatiques et ambiguës.
La seule critique négative que je dirais c’est le manque de sobriété. Beaucoup d’adjectifs, de mots, d’émotions, beaucoup de « voudrais » (dans la dernière partie) …
Mais cela n’empêche pas que c’est un beau texte, qui m’a bien pénétré, et qui me laisse un gout intrigant.

   Jean-Claude   
15/11/2017
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour Cat,

Avant toute chose, j'ai beaucoup de mal avec les mémoires écrites à la première personne au présent.
Pourquoi pas au passé ? À défaut d'être parfait, c'est plus simple, non ?
Plus sérieusement, il y a un côté statique, pesant même, et c'est accentué par l'emploi du présent.
Je trouve certaines descriptions trop cliniques. le début de "Ma chapelle" par exemple. Et les informations données sont externes au ressenti de la narratrice, un peu comme un guide touristique.
Je crains, en tant que lecteur, d'avoir attendu une histoire alors que ce n'était peut-être pas le propos.

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Décorticage d'un paragraphe (désolé)..

"Le curé du village, un saint homme de l’avis unanime, est le gardien du temple."
Cette phrase est trop statique. Est-il utile de mentionner "un saint homme de l’avis unanime" ?
"gardien du temple" Est-ce de l'ironie ? je ne crois pas.

"À ma première demande – celle que mon extrême timidité n’a pas gardée en mémoire, tant cela a dû me coûter d’efforts –"
Il y a contradiction entre le fait de dire "À ma première demande" et dire qu'on l'a oublié.
"Dès ma première demande" peut-être.
S'il y a oubli il faudrait un truc du genre "J'étais si timide que je ne me souviens plus de la première fois - un terrible effort assurément - où j'ai demandé [...]"
Avec un peu d'appui genre "J'ai l'impression d'avoir toujours eu cette clef."

Il pourrait être plus dynamique, genre (à adapter et peaufiner bien sûr) :
"J'étais si timide que je ne me souviens plus de la première fois - un terrible effort assurément - où j'ai demandé au curé du village cette magnifique clef dont la taille était à la mesure de la haute porte en bois à deux battants qui protégeait le lieu. Il y a une confiance instantanée qui s’instaure entre personnes qui n’ont pas encore perdu l’innocence de l’enfance. Ce fut pour cela que le saint homme, sans qu’aucune explication ne fût nécessaire, comprit le désir impérieux qui me pousse à lui réclamer cette faveur. Depuis , il ne me l’a jamais refusée."

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Tu l'auras compris, la forme a, pour moi, étouffé le fond.
Quand on voit un accroc, on a tendance à ne voir que ça, voire à l'agrandir.
Dommage, l'envolée musicale de la fin me plait bien.
Il n'est pas facile de relater des souvenirs en mode impressionniste.

Au plaisir de te relire.
JC

PS je n'ai pas compris les allusions au volcan.

   Vincendix   
15/11/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Cat,
Histoire réelle ou fiction ? Je pense qu’elle est réelle, dans ma jeunesse j’ai également eu cette envie de m’introduire dans l’église pour jouer de l’harmonium mais j’étais trop froussard et je me suis contenté de pianoter de temps en temps en présence et avec l’accord de l’organiste.
C’est dire que ce récit me plait, et j’y retrouve des personnages et des évènements que j’ai connus, le curé débonnaire et sa bonne revêche, les fêtes du mois de mai dédiées à la Vierge Marie.
L’écriture est plaisante, la description très imagée du bonheur de jouer de la musique correspond parfaitement au lieu et à la situation, la clandestinité étant source de fantasmes supplémentaires.
Peut-être que ce texte a un autre message à délivrer ? Je ne cherche pas à le savoir.
Vincent

   hersen   
15/11/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Salut Cat,

Mon impression première, celle que j'ai au sortir de ma lecture sans rien analyser : la forme tue le fond.

C'est une adolescente qui parle. Dirait-elle vraiment "je n'ai eu de cesse" ? c'est un exemple parmi d'autres. Je ne vois pas vraiment cette enfant pétiller d'une musique défendue.

je comprends qu'avec la mère du curé, tu cherches à expliquer l'acharnement de la fille à arriver tout de même à ses fins, tu veux montrer soit qu'elle a de l'entêtement, soit qu'elle ne peut se passer de ceci précisément (j'opte pour cette dernière possibilité). Mais franchement, ce personnage n'est pas vraiment utile, mais surtout, tu lui accordes trop de place dans le texte.

Je peux me tromper, mais le "je" ne me semble pas être le meilleur choix avec l'écriture adoptée; un "elle" aurait permis d'avoir davantage d'empathie et du coup, tu aurais eu plus de place pour la poétique que tu utilises.

Pour moi, un sujet intéressant mais un mauvais angle;

Mais à te relire, bien sûr.

   Mokhtar   
15/11/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Quand à la fin d’une nouvelle on éprouve le besoin de relire, bien que le dénouement soit connu, c’est que le texte en lui-même ne ressort pas vraiment de la catégorie affichée (qui confine à la littérature kleenex). L’attrait et la curiosité pour la chute s’effacent.

Je trouve plutôt ici une montée poétique qui s’épanouit dans la forte scène finale.
Je pense en effet que l’intérêt principal du texte réside dans la description de l’ivresse de la jeune fille quand elle joue.

Comme les enfants de cet âge charnière, elle est en proie aux doutes, aux peurs, aux interrogations, elle se sent faible et désarmée, vulnérable. Et le souffle puissant de l’instrument, qu’elle commande et qui lui obéit, lui donne une force et un pouvoir qui la rassérènent, l’épanouissent et l’apaisent. Fort et doux à la fois, le son de l’harmonium l’enveloppe, la submerge, l’exalte. Elle décroche de la réalité, elle décolle, elle s’envole… Elle vit un rêve, portée par la musique.
La démarche me semble un peu celle de ceux qui, mal dans leur peau, recherchent des paradis artificiels
.
Je me suis bien laissé prendre par ce récit. Je suis donc mal placé pour critiquer la technique. Sinon pour dire que l’emploi du présent, qui dynamise et « emballe » le texte, me semble approprié à la rédaction de la scène finale.

J’aime bien les textes où l’on sent l’auteur qui se lâche, qui s’évade.
Merci et bravo. M.

   Thimul   
16/11/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai beaucoup aimé cette écriture qui donne un ton si particulier à cette histoire. Un ton poétique.
Alors certes il ne se passe pas grand chose, mais là n'est pas l'essentiel.
Je me suis laissé embarquer par la passion de cette gamine surtout par la dernière partie qui est une totale réussite et qui personnellement m'a beaucoup touché.

   Louison   
16/11/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Ce que j'aime dans ce texte, c'est la poésie des mots. Je ne saisis pas tout le sens de l'histoire, mais ça m'est égal, je me laisse emporter par les mots. Et puis ça réveille en moi quelques doux souvenirs d'enfance, quand nous allions, en douce, jouer de l'harmonium dans la petit église du village, pour épater les copains.

   Eccar   
16/11/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Cat,

Dans l'ensemble j'ai beaucoup aimé cette nouvelle. L'écriture est belle, pleine de poésie sur la fin, peut-être même un chouia trop. Je trouve la mère du prêtre bien rendue, elle semble authentique. D'ailleurs c'est l'histoire entière qui semble vraie. Un souvenir d'enfance ?
Un seul bémol: le son de l'harmonium. Comment peut-on jouer de cet harmonium sans que personne n'entende rien, sans faire surgir la cerbère et son balai de sorcière pour chasser de ce lieu sacré le chenapan récidiviste ?
Et comment jouer de cet harmonium sans notion musicale, ce qui n'est pas dit dans le texte ?
J'aurais bien vu autre chose, moi, comme final, un truc qui m'aurait peut-être amener à noter "passionnément" cette nouvelle si riche. La petite fille jouerait de l'harmonium sans faire autre chose qu'effleurer l'instrument, avec la musique dans sa tête uniquement. Une superbe évasion juste imaginaire comme seuls les enfants savent si bien le faire .
A te relire, Cat, avec passion.

   Cat   
16/11/2017

   kreivi   
18/11/2017
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Pat,
En voyant le titre de votre nouvelle, je me suis frotté les mains. Chouette on va grimper l'Aconcagua ou le Kilimandjaro... ou le plus prosaïque Puy de Dôme même si éteint.
Et comme sherpa, ce sera la mère du curé....
les moisissures pour edelweiss
la sacristie pour refuge
et les vitraux pour planétarium...

Le dernier paragraphe avec l'harmonium plein de poussières et de rustines est superbe. Les autres , pourraient être raccourcis (le curé et sa mère n'intéressent pas le lecteur... )
Mais ils auront permis d'épousseter vos souvenirs.
Amicalement.

   Louis   
19/11/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Une expression : « Faire petite chapelle » signifie : « se mettre à part » et c’est bien ce que fait la jeune fille de ce récit, elle se met à part, en coupure avec les autres enfants de son âge, non pas dans une petite communauté, mais solitairement.
Ainsi elle s’échappe, elle. D’une réalité trop dure pour elle.

Elle le fait, dans le sens encore où elle « se fait » chapelle, se transforme en petite chapelle.
La chapelle constitue, pour la jeune fille, un habit nouveau, un manteau protecteur, une nouvelle apparence ( « chapelle » a d’ailleurs une étymologie latine « capella » qui signifie petit manteau à capuchon)

Un passage est significatif à cet égard : « Je voudrais habiller l’espace qui m’entoure d’un velours joyeux mêlé de soies tendres, pour ne plus sentir la morsure violente de l’inconnu qui bouscule mon adolescence ». La jeune fille s’habille de la chapelle pour se donner des vêtements de tendresse, pour s’envelopper d’une gaieté qu’elle ne trouve pas dans son entourage, un entourage « inconnu », effrayant.
L’habit ne fait pas le moine, dit-on, mais un peu tout de même, et la « soie tendre » recherchée est tout autant un « soi ».
La douce soie et le velours joyeux doivent pourtant constituer une carapace solide pour résister aux « morsures violentes de l’inconnu », doivent confectionner une cape (« capella » est un diminutif en latin de « capa »), enveloppe protectrice contre « le monde étrange et angoissant qui règne dehors ».

Une apparence nouvelle, et même une nouvelle peau, et jusqu’à un corps nouveau : voilà ce que semble rechercher cette adolescente mal dans sa peau. Se couvrir, « … habiller les ombres qui hantent et collent à ma peau ».

Sous les murs solides et rassurants du manteau de pierre, et protecteurs d’une vaste capeline, les tissus qui complètent et subliment les habits neufs de la jeune fille sont de texture sonore, musicale, tissés par un harmonium.
Sur cet instrument un peu déglingué, d’un autre âge, surtout d’un autre âge, elle joue la partition de sa vie qu’elle compose et recompose, selon ses désirs et sa volonté, et trouve la maîtrise sur son existence qui lui manquait, ainsi « je deviens le seul maître à la barre de mon destin ».
Enveloppée de « mélodies étranges », qu’elle fait naître sur le clavier du destin qu’elle tient sous ses mains, elle mène plus loin encore son échappée jusqu’à se libérer de toute enveloppe, et en particulier l’enveloppe corporelle. Elle cherche l’ « extase ».

Maître mot du récit : l’extase. « Ex- stase », au sens premier du mot, par laquelle on se tient hors de soi, libéré de soi.
L’adolescente dans la chapelle ne cherche pas seulement à échapper au monde éprouvé hostile, mais aussi s’efforce d’échapper à soi. Elle ne s’accepte pas, n’accepte ni son corps, ni son âme.
Dans le bouillonnement alors de ses notes musicales, et d’une « fièvre intense », elle s’évapore pour « devenir bulles légères qui s’envolent plus haut que le ciel », une vapeur légère, qui finit par « se dissoudre » dans les nuées.
Dans cette extase, elle dilate son être aux dimensions de la nature, au « souffle de la brise qui épouse les nuits » ; s’identifie à « la cascade limpide qui nourrit le rire des enfants », à « l’hirondelle en plein vol »…
Au cœur de la chapelle, par cette extase même, la jeune fille provoque une mort symbolique : « Je voudrais mourir et me dissoudre dans les plis d’un ultime sourire ».
Mourir pour renaître. Mourir pour revenir au monde, à la fois plus protégée, « oisillon protégé dans le nid douillet », plus légère : « hirondelle en plein vol », « poudres légères prises dans un rayon de soleil », et aussi plus forte : « houle fleurie le long des côtes sauvages ». Mourir pour renaître dans les entrailles d’un volcan : « pour renaître par le feu et la lave du volcan ».

Le titre du récit semble se justifier ici, dans l’évocation de cette image symbolique, creuset, foyer, matrice d’une régénérescence.
Les images sont passées de l’évocation du plus haut, de l’aérien, les poudres et les bulles légères, au plus profond de la terre, de la terre mère, où chutent toutes choses pour se fondre en un magma chaotique, en une « lave » incandescente, lave qui lave toutes choses de leurs imperfections ; en un feu créateur où se forgent un monde nouveau, un nouvel être.
La chapelle réalise le lien entre le plus haut et le plus bas, elle unifie la terre et le ciel pour permettre une renaissance.
La jeune fille accomplit en elle un rituel de passage d’une vie à une autre.

Merci Cat pour ce texte qui montre de belle façon, et avec justesse, le remède qu’une jeune fille adolescente a su trouver à son mal-être.

   papipoete   
22/11/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
bonjour Cat,
Souvent, je commence la lecture d'une nouvelle, puis j'abandonne avant la fin qui n'en finit pas de ses faire désirer !
Là, au contraire je marche dans vos pas et grimpe jusqu'à cette petite fenêtre ( j'ai le même âge que vous dans ma lecture ) pour m'introduire dans votre antre secrète . La chapelle " prêtée " aux fidèles pendant le mois de Marie, vite retrouvée et ce durant 11 mois pourquoi ? Pour jouer sur l'harmonium poussiéreux rien que pour l'héroïne !
NB l'ambiance est palpable, surtout quand l'auteure chante " à tue-tête " avec les ouailles pour dépasser sa peur ; et quand enfin elle retrouve sa chapelle, et nous avoue le pourquoi de son " amour secret ", nous remontons jusqu'auprès de l'autel, et le vieil instrument se met à jouer de toute " sa soufflerie haletante " .
J'imagine très bien la scène, me revois au cimetière quand les croque-mort avaient ouvert un immense et vieux caveau qui laissait voir des cercueils verdis ; j'avais si peur ( c'était interdit ) mais que cela me plaisait !
Dans ce texte où l'on voyage sans ennui, je relève de belles envolées telle " je voudrais habiller l'espace qui m'entoure d'un velours joyeux mêlé de soies tendres ... "
J'entends résonner un cantique pour Marie, que le vieil orgue joue ...

   Ithaque   
25/11/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Cat,
Je découvre ta nouvelle . Ma première réaction est "comme toi "! Oui,J'ai, comme toi, connu mes premières émotions musicales en volant à la paroisse la permission d'accéder à l'harmonium de l'église.Tu étais Wagner... moi j'étais tour à tour Percy Sledge, Procol Harum et le Floyd. Au delà de l'histoire que tu rapportes, il me semble qu'en même temps le texte est ethnologique et sociologique. En effet, il témoigne d'une époque, d'une génération . Il évoque une jeune personne de plus en plus à l'étroit dans l'environnement conformiste et oppressant de la ruralité et des valeurs d'après guerre.Versant psychologique, je confirme, à la relecture, l'impression ressentie lors de la première: le texte évoque la puissance du désir corseté dans les interdits familiaux, sociaux, que l'enfant a peu à peu intériorisés mais que l'adolescence met en miettes. J'ai, à ce sujet,( et si je peux me permettre) une bonne nouvelle pour toi : l'imaginaire et la puissance créative se forgent dans l'ennui(souviens toi les loooongues "grandes vacances")et la frustration imposés ,que le sujet désirant transcende , quels que soient les écueils ( Querer es Poder!) .Bravo et Bonne continuation! Ithaque.


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