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Réalisme/Historique
Jano : Sable rouge
 Publié le 31/03/17  -  25 commentaires  -  4760 caractères  -  176 lectures    Autres textes du même auteur

Opération Barkhane au Mali.


Sable rouge


Nuit froide du Sahel. Les serpents glissent sur le sable, arabesques menaçantes à la recherche de proies. Au loin, des glapissements de fennecs troublent le silence des dunes. Dans cette obscurité glacée, une lumière, comme un phare au cœur d'un océan. Blotti contre de hautes falaises de grès, un campement soninké. Des tentes, un enclos à chèvres, quelques dromadaires attachés aux piquets ruminent l'air placide.

Entourant un feu vigoureux qui propulse des nuées de flammèches vers les étoiles, hommes, femmes, enfants, claquent des mains en cadence pour accompagner un joueur de kora. Les notes légères s'envolent, tournoient dans l'espace, entraînent l'humeur joyeuse de la petite assemblée. La fraîcheur nocturne stimule des corps éprouvés par la fournaise du jour.

Et puis… quelque chose interrompt l'insouciance. Les visages des adultes se figent, deviennent graves, tous les regards se braquent vers le sud. Prudente, la musique se tait.

Des phares puissants perforent la nuit en leur direction. Une procession de phares qui annoncent un convoi de véhicules. Les hommes se redressent, lentement, mains crispées sur leurs dagues.

Trois pick-up recouverts de poussière, bruyants, fumants, stoppent devant le camp qui suspend maintenant sa respiration. Ce n'est pas la première fois que les combattants du Prophète s'arrêtent ici. Toujours sans hostilité mais on reste néanmoins sur ses gardes. Leur chef, foulard enserrant la tête, descend du premier véhicule, suivi d'une dizaine d'hommes Kalachnikovs en bandoulière. D'un pas lourd, il s'approche du plus ancien des Soninkés. Formules de politesse, longues accolades ; jamais peuples du désert ne refusent l'hospitalité. L'ancien désigne le feu et tout le monde s'assoit. Discrètement, le musicien dissimule son instrument sous une peau. Les mains relâchent les dagues, les fusils sont déposés à terre. Muettes, les femmes s'engouffrent dans la tente puis ressortent peu après avec le thé de bienvenue. Le liquide chaud, odorant, coule de verres en verres.

Les traits des combattants sont tirés, leurs gestes las. On devine une grande fatigue sur leurs épaules, l'épuisement de bêtes traquées. Avant de boire, une prière, murmure collectif. Les enfants en profitent pour dévisager avec de grands yeux curieux ces créatures de la nuit surgies de nulle part. Puis le chef commence à parler, demande des renseignements. Les hommes du campement montrent une direction, plusieurs fois. Des indications qui semblent préoccuper leur interlocuteur, devenu nerveux. Un vif échange s'instaure alors entre les visiteurs. Soudain, le chef lève brusquement la main pour réclamer le silence. Son visage est levé vers les étoiles, attentif. Tout le monde tend l'oreille. Un bourdonnement, d'abord faible, puis de plus en plus audible, comme le vol d'un gros hanneton.


أزيز ! أزيز !


Quelqu'un a hurlé la menace. Aussitôt les combattants bondissent de leurs places, récupèrent leurs armes et se précipitent vers les pick-up devant l'assistance médusée. Problème, le troisième pick-up refuse de démarrer ! Cris, confusion. Ses occupants s'en arrachent pour se disperser sur les deux autres véhicules qui partent en trombe.

Les Soninkés n'ont pas le temps de s'interroger que déjà la mort s'abat sur eux, de toute sa violence. Des obus de mortier, d'abord, qui déchiquètent les chairs sans faire de distinction, éparpillent les corps aux quatre vents. Puis les balles des fusils d'assaut, méthodiques, fauchant les individus les uns après les autres.


– Halte au feu nom de Dieu, halte au feu !


Le capitaine Maupas, abrité derrière des rochers, jumelles à vision nocturne, blêmit. Quelque chose ne va pas. Aucune riposte, un seul pick-up au lieu de trois, et ces gens qui courent dans tous les sens. Par radio, son lieutenant :


– Qu'est-ce qui se passe mon capitaine ?

– Où sont les terroristes ? C'est quoi ce bordel ?

– Je… heu… c'est bien la cible. Le drone de reconnaissance les a formellement identifiés.

– Mais alors ils sont où putain ? Ils sont où ?


Sa vie entière d'officier il a redouté ce moment. La bavure, irréparable, celle qui poursuit d'un remords coupable jusqu'à la tombe. Il serre les dents avant de lancer l'ordre :


– Section, déployez-vous ! Droit sur l'objectif !


Émergeant de l'ombre, sur le qui-vive, les militaires s'approchent du campement, leurs armes prêtes à recracher du plomb. Une tente en flammes s'effondre. Dans leur enclos, les chèvres paniquées tournent en rond, bêlent à fendre l'âme.

La troupe avance toujours, enjambe quelques formes étendues. Près du pick-up constellé d'impacts, une femme recroquevillée, en pleurs. Elle tient dans ses bras un petit garçon à qui il manque une jambe.


 
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   Anonyme   
22/4/2017
Commentaire modéré

   Tadiou   
31/3/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
(Lu et commenté en EL)

« Nuit froide du Sahel. Les serpents glissent sur le sable, arabesques menaçantes à la recherche de proies. Au loin, des glapissements de fennecs troublent le silence des dunes. Dans cette obscurité glacée, une lumière, comme un phare au cœur d'un océan. Blotti contre de hautes falaises de grès, un campement Soninké. Des tentes, un enclos à chêvres, quelques dromadaires attachés aux piquets ruminent l'air placide.
Entourant un feu vigoureux qui propulse des nuées de flammèches vers les étoiles, hommes, femmes, enfants, claquent des mains en cadence pour accompagner un joueur de kora. Les notes légères s'envolent, tournoient dans l'espace, entrainent l'humeur joyeuse de la petite assemblée. La fraîcheur nocturne stimule des corps éprouvés par la fournaise du jour. » : Le décor est bien planté, avec des sons, le monde animal, le froid…

L’arrivée des hommes sur leurs pick-ups, leur accueil sont décrits de manière crédible avec une écriture correcte et soignée, qui permet de visualiser la scène.

La chute, inattendue, est également bien décrite.

Texte d’un cruel réalisme.

Quelques petites remarques :

« Prudente, la musique se tait. » : A revoir. Ce n’est pas la musique qui est prudente, mais le(la) musicien(ne).

«Trois pick-ups recouverts de poussière » : Comment le voit-on ? C’est la nuit !!!

« Toujours sans hostilité mais on reste néanmoins sur ses gardes." : qui est ce « on » ? les gens du campement ou les arrivants ou les deux ???

   vendularge   
13/3/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonsoir,

Très belle écriture dans la première partie, je suis happée par ce style désertique. Puis le dialogue, le seul; le Capitaine "Maupas" a un doute. La mort inutile d'humains, la guerre que nos dirigeants mènent du haut de leur trône. Ici des morts innocents, inadmissibles.

Je me souviens aussi de cette peine immense, réelle, qui m'envahit quand je lis les noms de nos jeunes gens morts pour un combat inutile et vain. Moyenne d'âge 30 ans.

Merci du partage
vendularge



Tous étaient des fils, des filles, des épouses de quelqu'un.

   PierrickBatello   
13/3/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Le scénario est original, très bon même. Mais qui est le personnage principal? Le capitaine Maupas je présume? Or, il n'arrive qu'à la fin. Du coup, j'ai du mal à rentrer en empathie avec lui ou avec les Soninkés. C'est trop court que pour adhérer complètement, dommage. Voilà un thème qui mériterait largement plus d'efforts! J'aimerais suivre l'évolution psychologique du capitaine Maupas, avant, après l'attaque. Ou de l'un des Soninkés. Il faudrait choisir un angle et le développer car le style est bon. Voilà une belle promesse de nouvelle résolument contemporaine, au style châtié.

   Dupark   
15/3/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
La forme :
L'écriture est appliquée, sobre comme le décor, précise.
J'ai buté sur "comme un phare au cœur d'un océan." et "gros hanneton". Ces comparants m'ont sorti du contexte. D'autant que la présence d'un phare au cœur de l'océan m'apparaît peu probable.
Aimé :
- Le thé qui coule de verre en verre. Bien vu. Il y a du vécu ou un travail de documentation appréciable.
- "Prudente, la musique se tait."/"Quelqu'un a hurlé la menace." C'est compact, efficace.

Le fond :
L'histoire va vers la bavure, vers une chute "plombante".
Il fallait que le début nous montre du paisible, de l'harmonieux et c'est bien fait : feu/étoiles/kora/humeur joyeuse.

Ma lecture a été un bon moment.

   silvieta   
16/3/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Le parti pris derrière cette nouvelle, ou plutôt cette tranche de mort, peut faire polémique mais ce que j'aime c'est la force évocatrice d'un bout à l'autre. On s'y trouve complètement transporté pour le meilleur de l'existence ( les animaux sauvages et domestiques du désert, le thé brûlant servi dans des verres ) et le pire ( la méfiance, la peur, la tragédie, l'erreur fatale ).

Une nouvelle très émouvante qui nous donne à voir et éprouver, comme si nous y étions, ce que l'on voit et éprouve rarement.

Le style est parfait, qui se coule avec aisance dans toutes les situations.

   Leverbal   
21/3/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
La construction, une dominante d'action, et le style avec quelques élisions où manquent une virgule m'ont fait penser à Jano, mais je me trompe sûrement.
Le décor est magnifiquement planté, l'histoire se construit en passant de l'insouciance à l'horreur avec une progression parfaite.
J'en aurai bien repris un peu à la fin! Un zoom arrière, pour boucler avec l'intro, aurait à mon sens parachevé l'ensemble.

Leverbal

   Anonyme   
31/3/2017
 a aimé ce texte 
Pas
L'écriture n'est pas laide en soi mais le traitement du sujet me fait penser à ces documentaires ou à ces fictions réalistes comme on en voit un peu partout à la télévision qui relatent les tristes épisodes de la guerre en Afrique ou au Moyen-Orient.

Je n'ai pas accroché du tout !

   Ludi   
31/3/2017
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Jano,

D’abord, félicitations pour le style. Je ne suis pourtant pas fan des récits de guerre, ou plutôt des bruits de bombes, des rafales d’armes lourdes et autres péripéties militaires. Ici on s’intéresse d’abord à l’humain, et donc je suis preneur quelque soit le contexte.

Je disais donc que le style et la qualité narrative ont su me pousser vers l’avant. Ce contraste entre le calme apparent du début et la tragédie finale était déjà un bon ressort narratif. L’équilibre originel est détruit, laissant place à un nouvel équilibre, et probablement un débat moral que le capitaine Maupas devra résoudre avec sa conscience. Il est important pour moi qu’une nouvelle ne fasse pas l’économie de ce procès intime.

J’ai malgré tout quelques réserves, dues davantage à mon goût personnel qu’à des faiblesses éventuelles de l’auteur. D’abord côté style, le premier paragraphe est trop écrit en style cursif, voire télégraphique. Le décor est posé comme le ferait un scénariste. C’est un peu l’équivalent de la didascalie au théâtre. La première phrase, nominale (Nuit froide du Sahel), même si on pourrait penser qu’elle rend bien l’atmosphère, m’évoque plus dans sa forme une sorte de paresse de l’auteur, comme s’il avait voulu s’en débarrasser vite avant de passer aux choses sérieuses. On ne retrouve d’ailleurs que progressivement un style plus lié. Il faut attendre en fait l’arrivée des pick-up au troisième paragraphe. A partir de là le texte trouve sa vraie respiration, son vrai souffle.

L’autre réserve tient au concept même de la nouvelle. D’ailleurs je vais finir par croire que je ne l’ai pas assimilé, ou peut-être que je suis trop attaché à celui qui me sert de référence et qui n’est probablement pas le seul envisageable.
Pour moi ce texte correspond mieux à un chapitre de roman, dans lequel les personnages auraient déjà leur place et se retrouveraient à un moment précis de la dynamique du récit.

Mais ici, qui est le héros ? Au secours, sans lui je suis perdu. Pour moi il n’y a pas de nouvelle sans héros pour la porter, sans son portrait moral du début, même rapide, et sa transformation finale, même ténue, voire absente. Ici je ne vois personne d’autre que Maupas pour tenir ce rôle. Or il n’est qu’un personnage secondaire, en tout cas dans l’épaisseur que l’auteur veut bien lui donner.
Doit-on se contenter sinon de cette simple absolution : « Sa vie entière d’officier il a redouté ce moment. La bavure, irréparable… » ? Ça me paraît un peu court.

Et enfin, sans parler spécialement de vos écrits, une fois encore je n’accroche pas vraiment à la chute. Déjà la trame du récit est plus un reportage de guerre qu’une histoire romanesque. En effet, il ne se passe rien qui ne soit vraiment attendu. Des épisodes comme ceux-là, on peut en lire chaque semaine dans les hebdomadaires un peu sérieux, souvent même photos à l’appui. Mais surtout, la chute est trop universellement morale, là où elle devrait passer par le filtre du capitaine Maupas. Car bien sûr que tout le monde trouve abominable le sort de cette femme et de son fils, comme de toutes les victimes précédentes, mais moi c’était la voix de Maupas que je voulais entendre, et pas seulement son évident remords.

Ludi
styliste en temps de guerre

   Somnium   
31/3/2017
 a aimé ce texte 
Vraiment pas ↓
J'ai lu cette nouvelle deux fois mais rien à faire, je ne l'aime pas, mais pas du tout. Ce n'est pas une nouvelle, c'est un morceau d'histoire qui n'amène rien, à mon sens. Cela n'a déclenché en moi ni émotion ni rien, à part ce petit garçon à qui il manque une jambe, car personne ne peut rester insensible à ça. Mais pour le reste, non.

   Alexandre   
31/3/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Jano... Le présent récit est tout à fait plausible. Je connais la région, certains peuples nomades ainsi que leurs us et coutumes et j'ai participé à la Force Epervier. A cette époque les "rebelles" n'étaient pas les mêmes et on ne parlait pas de drone mais ça n'empêchait pas les "dommages collatéraux".

Votre nouvelle, au style journalistique, est bien documentée... Je n'y ai pas trouvé d'anachronisme et l'ambiance est bien restituée.
Pour info les pick-up utilisés par les rebelles de tout poil sont depuis toujours des Toyota, véhicules particulièrement robustes hors pistes.

La chute, avec ce petit innocent à l'agonie, vient renforcer ce que Prévert nous a transmis et qu'il faut toujours garder à l'esprit...
Quelle connerie la guerre !

   FabDo   
31/3/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Texte coup-de-poing, qui décrit une scène que l'on connait, mais d'un point de vue qui en restitue particulièrement bien l'effroi et la complexité. Une forme dramatique efficace pour un fond qui en vaut vraiment la peine.

   Anonyme   
1/4/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Voilà une nouvelle comme je les aimes. Courte, percutante, interréssante, on ne s'ennuie pas une seconde, et je l'ai trouvé très bien écrite.
Il me semble avoir entendu cette histoire quelque part, et de par ce fait, je vous ai trouvé vraiment plausible, en décrivant ce drame.
Quand le musicien cache son instrument de musique, il faut savoir, en effet, que les combattants du prophète, comme vous les nommez, interdisent drastiquement musiques, danses, chants, etc.

Sinon j'ai apprécié l'action, et on s'imagine très bien le déroulement de la situation, avec ce début de fête, l'irruption des terroristes, qui sont bien reçus, et encore une fois, des civils, qui patissent de la barbarie, même si parfois, la mort n'arrive pas nécéssairement, par ceux qui, au départ, n'avaient pas l'intention, de la donner.
Mais le mal est fait, et la responsabilité du capitaine, qui se rend compte de l'énorme méprise, mais évidemment trop tard. Et il est vrai que l'après doit être terrible, à la pensée d'avoir des morts innocents sur la conscience.
Sable rouge, joli titre.

   papipoete   
1/4/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
bonjour Jano,
Dommage collatéral peut-on lire dans une dépêche, un flash aux infos pour évoquer des morts par ricochet .
On a tiré sur l'ennemi, mais sur sa famille aussi et une rescapée tenant dans ses bras son enfant à l'agonie, témoigne de la bavure ...
NB récit court comme une rafale d'arme automatique, mais qui en dit si long au bout du compte, avec ce silence assourdissant !

   aldenor   
1/4/2017
Les descriptions sont soignées. La finalité me manque pourtant dans ce triste récit : si les terroristes n’avaient pas fui à temps, les bombes auraient quand même aussi frappé les Soninkés. Dès lors, je ne comprend plus les remords du capitaine.
Autre obscurité : Quelqu’un hurle en arabe « L’avion ! L’avion ! ». Ensuite ce sont des obus de mortier et des balles de fusils qui s’abattent sur la tribu et non pas des bombes ou des tirs d’aviation...

   jfmoods   
1/4/2017
La première partie de la nouvelle ("Nuit froide du Sahel." -> "Un vif échange s'instaure alors entre les visiteurs.") est marquée par le flux et le reflux d'une menace. La tension s'accroît au gré de ces va-et-vient.

Au fil du texte, la mort prépare le terrain, avançant ses pions, aveugle, impitoyable (image d'une prédation à venir : "Les serpents", "des glapissements de fennecs" / "les combattants du Prophète", "une dizaine d'hommes Kalachnikovs en bandoulière" / "Des obus de mortier... qui déchiquètent les chairs sans faire de distinction, éparpillent les corps aux quatre vents.", "... les balles des fusils d'assaut... fauchant les individus les uns après les autres").

Merci pour ce partage !

   Cat   
2/4/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Derrière le titre, déjà vrombit la menace, le drame. Et puis, dans une écriture fluide et concise, tout s’enchaîne.

Dans la nuit qui adoucit les brûlures du soleil, qui apaise les fatigues du jour, je ressens bien le calme d’avant la tempête chez vos habitants du désert. Certainement grâce « aux arabesques menaçantes des serpents qui glissent sur le sable » dans « une nuit froide du Sahel », qui introduisent savamment la menace.

Vous avez réussi à installer une ambiance dans cette tranche de vie tragique, à allumer toutes ces images qui me traînent dans la tête, emmagasinées au fil de l’actualité barbare, grâce aux touches menaçantes distillées crescendo dans l’histoire. Par exemple, le musicien qui cache subrepticement son instrument de musique, en dit long sur le quotidien simple et ancestral entaché de peur instinctive face au sombre qui plombe son horizon.

A mon sens, la dimension dramatique aurait gagné davantage, si vous aviez mis le point final sur la mère en pleurs recroquevillée sur son enfant, sans préciser plus. Après le déluge des armes, l’horreur à son comble fait assez de dégâts dans mon imagination en feu, sans qu’il soit nécessaire de me montrer du doigt l’enfant meurtri.

Merci pour ce bon moment de lecture.

Cat

   Jano   
2/4/2017

   Robot   
2/4/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Jano,
Je ne cherche pas de second degré dans votre nouvelle. La guerre résout rarement les conflits. Je crois même qu'elle les exacerbe. Je ne crois guère aux militaires qui apportent la paix même avec la meilleure bonne volonté et le souci d'humanité. Tout au plus font ils un travail de police. J'en veux pour preuve le conflit israélo-palestinien ou 80 ans de guerre n'ont rien résolu. Je crois que le fond de votre récit c'est la notion bien réelle que les victimes ne sont pas les hommes en arme mais les populations civiles et ce malgré toute l'humanité dont voudrait faire preuve les soldats engagés dans des opérations de "rétablissement de la paix" euphémisme qui vise bien souvent à maintenir l'équilibre des forces belligérantes sans résoudre le fond des problèmes.

   Velias   
2/4/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Jano,

Dès les 1res lignes j'ai été happée par le récit. "Nuit froide du Sahel. Les serpents glissent sur le sable, arabesques..." Le décor est planté, l'ambiance dramatique est suggérée d'emblée.

La guerre au Mali avec ce qu'elle a de plus cruel et de plus banal si je puis m'exprimer ainsi : des innocents tués, un militaire qui vient d'accomplir le pire de ses cauchemars, des terroristes qui s'en tirent à bon compte.

la Deuxième partie aurait méritée d'être un peu plus étoffée mais cela reste un très bon texte.

PS : "à qui il manque une jambe" est de trop à mon avis.

Merci pour ce moment de lecture.

   Anonyme   
3/4/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonsoir,
Waoohh, traiter un tel sujet en nouvelle: bravo !
La réalité dépasse la fiction , mais la fiction emmène très loin , notamment grace à l'intensité que vous avez posée dans tant de mots ! J'ai par ailleurs beaucoup aimé votre mise en place du "décor" où je me suis très bien projetée: j'y étais.
Trois petits points notés:
Et puis… quelque chose interrompt l'insouciance
Il me semble que cette transition pourrait s'appuyer sur un seul mot, être moins explicative car ce que vous écrivez ensuite rend évidente l'insouciance massacrée.
De même "problème", un peu plus loin, la suite de la nouvelle montre très bien qu'il y a problème.
"manque une jambe" peut-être garder une idée approchante autre que la jambe qui manque...
Le capitaine Maupas est un personnage au fort potentiel: je me demande si son point de vue présenté dès le début et évoluant au fil de la nouvelle par touches n'aurait pas ajouté un éclairage intéressant.
Bravo encore pour ce thème et pour vos mots !
Nadine

   Cox   
3/4/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Très bonne nouvelle, elle marche très bien pour moi. L'ambiance est là du début à la fin. La chute est violente, efficace, elle interpelle. Je n'ai pas grand chose de plus à dire de plus sur le texte en lui même; je le trouve simplement bon. Mais je vais me faire engueuler si je ne donne pas l'impression d'étayer plus.

Du coup, je vais commenter vos commentaires. Faut bien s'occuper. J'en ai lu quelques-uns qui m'ont laissé perplexe. Entre des accusations d'immaturité un peu hors-sujet, et des critiques sur la prudente musique qui se tait (et qui me paraissait si bien tournée...), je relève surtout que tout le monde vous réclame un personnage principal. Je n'en ai pas trouvé non plus mais je m'en tape.
Pour moi, le personnage est plus nécessaire dans un roman. Dans une nouvelle, c'est l'histoire, me paraît plus importante que le type qui la vit. En cinq pages, je n'ai guère le temps de m'attacher beaucoup à un héros de toute façon.
De plus, le détachement est pour moi une des qualités essentielles de cette nouvelle. On n'est pas dans une de ces pubs un peu trop démagos où on vous présente Othman, 7 ans, qui a perdu son cher papa (sob, sob) dans un bombardement, sa délicieuse maman (ouin, ouin,) dans une fusillade, et qui vit avec un éclat d'obus dans le dos (snif, snif) dans la crainte permanente, etc, etc... Tristes européens, qui exigent qu'on leur présente un cv complet avant de condescendre à accorder leur Grande Pitié...
Non, ici, on s'affranchit de ça. On montre l'horreur, mais on ne la reluque pas. On la dénonce, mais on ne joue pas avec. On nous la fait toucher du doigt. Mais pas tripoter. C'est important ce genre de nuances. Ce côté extérieur, sans racolage me plaît (quel dommage d'avoir craqué à la dernière ligne ceci dit !). Et le texte n'en reste pas moins une vraie gifle, prouvant qu'on peut montrer habilement l'horreur sans avoir recours à tous ces pleurnichements si télégéniques

   plumette   
4/4/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Un texte court, dense, qui m'a attrapée et tenue jusqu'au bout grâce à son thème et une écriture efficace.
J'ai aimé la façon dont le narrateur nous propulse dans ce désert.
La première scène est très visuelle, elle m'a rappelé des sensations que j'ai connue lors de voyages.
J'ai aimé retrouver ce sens de l'hospitalité immémorial .
La tension créée par l'arrivée des hommes armés est bien rendue et la chute tragique, réaliste fait froid dans le dos.
Un texte qui raisonne avec l'actualité sans être manichéen.

Plumette

   matcauth   
6/4/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Jano,

Vous aimez expérimenter les genres, vous voici dans un genre particulier, entre nouvelle et reportage. C'est réaliste et écrit de façon ciselée, efficace, comme un reportage, donc. Mais il y a un parfum de nouvelle, l'introduction en est l'exemple. Et le fait de ne pas avoir choisi entre les deux donne un texte un peu trop hybride à mon goût.

Toutefois, il n'y a pas un mot de trop, l'efficacité donc je parlais plus haut. On ne perd pas de temps en tergiversations. D'autant qu'écrire sur ce genre de sujet est plus délicat qu'on peut croire, entre danger d'une indélicatesse ou d'une incohérence, puisqu'on parle d'une culture et d'un contexte lointain. vous faites en sorte de nous en approcher un peu, c'est pour le mieux.

C'est ce que je retiendrai avant tout, de cette lecture sur un sujet qui a besoin d'être abordé, même sous cette forme, littéraire.

   lilas1   
8/5/2017
Modéré : commentaire trop peu argumenté

   Thimul   
11/5/2017
 a aimé ce texte 
Bien
Un texte bien construit et percutant.
Le tout début décrit une sorte de microsociété heureuse, en harmonie.
Puis la tension monte avec l'arrivée des pick-up. On pense spontanément que l'agression va venir de ces intrus, mais on est surpris par le fait que l'enfer est déclenché par ceux qui sont du bon côté.
C'est très habile, très juste et en même temps dérangeant car ça nous impose une réalité que nous n'aimons pas voir ; les "gentils" tuent aussi les innocents.
Seule restriction : la toute dernière phrase du texte. Le parti pris de signifier qu'il manque une jambe à l'enfant enlève curieusement pour moi de la force à cette fin. J'aurais préféré quelque chose de moins "chirurgical" laissant plus de place à l'interprétation et à l'empathie.
En tout cas merci pour ce texte.


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