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Sentimental/Romanesque
ladymuse : Sans Domicile Fixe
 Publié le 18/11/16  -  11 commentaires  -  9239 caractères  -  84 lectures    Autres textes du même auteur

Un homme fait office de souffleur dans un théâtre.


Sans Domicile Fixe


La concierge me claqua la porte au nez : elle avait des ordres. Cela faisait trois mois que je ne payais pas mon loyer, c'était comme ça, la propriétaire avait dit terminé, dehors. Je dus rendre ma clef. De toute façon j'étais un vagabond par excellence et ça m'était plutôt égal d'être ici ou ailleurs. Le problème c'est qu'il faisait froid et je ne voulais pas attraper un rhume à cause d'une gueuse qui me flanquait à la porte. Dans le fond j'étais un petit bourgeois en quête sinon de décence, du moins de dignité. Un bourgeois, petit ou grand, ça a de la classe, ça veut dormir dans un lit. En fait j'avais vieilli, il fallait regarder ça en face. Le reste c'était des mots.


Il me fallait donc un point de chute et je pensais tout de suite à Mario qui jouait dans un théâtre. Rien de très glorieux, mais il accepterait sans doute me loger le temps que les choses s'éclaircissent. Je pourrais toujours trouver des petits boulots sans que ça me prenne tout mon temps. J'étais un bourgeois paresseux. La pire espèce…


J'arrivai au théâtre à vingt heures. Mario m'accueillit chaleureusement : il pouvait m'héberger mais je devais attendre la fin de la répétition. Pour un boulot, faudrait voir. Il se mit à m'expliquer la pièce. À l'entendre c'était un sombre imbroglio qui tenait plus du vaudeville que de la tragédie. Dans l'état de torpeur où j'étais j'aurais applaudi n'importe quelle farce pourvu qu'on me laissât tranquille. Nous nous rendîmes dans la salle où Mario me présenta au reste de la troupe qui se composait d'une dizaine d'acteurs, tous costumés. On aurait pu attribuer l'aspect disparate de ce groupe au scénario, mais j'avais curieusement l'impression que, les aurais-je vus sans déguisement, ils me seraient tout de même apparus dans leur vérité d'hommes et de femmes las de jouer des rôles médiocres, celui de la scène ou celui de leur vie, peu importait. Alors que je les contemplais et qu'ils s'affairaient à régler les derniers détails de leur entrée sur scène, le téléphone sonna. Le régisseur prit le combiné qu'on lui tendait. Il ne tarda pas à froncer les sourcils et à jurer, puis raccrocha brutalement. Le souffleur ne viendrait pas, il était au lit avec une mauvaise grippe. Tout le monde eut l'air consterné et je vis bien que celui-là au moins ne devait pas voler son salaire. Je jetai un coup d'œil à Mario qui me fit comprendre d'un petit geste que je devais saisir ma chance.

Il expliqua au régisseur que je pouvais tenir le rôle, c'était dans mes cordes. De toute façon ils n'avaient pas le choix. Quant au texte, il était détestable, mais étant donné ma passivité naturelle ça ne me gênait pas outre mesure. Il y eut ainsi un certain nombre de répétitions pendant lesquelles, tranquille dans mon trou, je rêvassais à l'infini.


Vint le jour de la première représentation. L'agitation était à son comble. On déplaça les meubles et on arracha aux fauteuils toutes sortes d'oripeaux pour y jeter de grands draps blancs. Les lumières furent tamisées pour donner à la scène une atmosphère froide de départ. Des questions claquaient sur la scène dans l'impatience générale. Qu'est-ce qu'on attendait maintenant ? Où était passé cet abruti d'Ygor qui n'avait cessé de faire le pitre et d'irriter tout le monde en hurlant de sa voix de fausset au moment où on s'y attendait le moins : « Que fait dans mon salon cette femme complètement nue, complètement morte ? » Il glapissait le début de la phrase les mains levées bien haut et les yeux riboulant de terreur, puis sa voix s'étranglait tragiquement sur les mots « nue » et « morte » et faisait alors semblant de tomber en pâmoison, grotesquement articulé sur le sol. C'était en vain qu'on l'avait cajolé d'abord, supplié ensuite, pour finir par menacer de le jeter, selon l'expression consacrée « dans le trou ». Rien à faire, il continuait à trouver ça drôle, et d'ailleurs il y avait longtemps qu'il était leur souffre-douleur à tous, la brute sur laquelle tombaient tous les quolibets, toutes les insultes.


Pour l'heure c'était moi qui y passais des heures dans ce trou, à écouter cette farce idiote avec ses trois cadavres et ses coups de pistolets qui feraient rire le public, des idiots qui n'avaient rien d'autre à faire que de « s'éclater » dans les théâtres de boulevard. J'avais toujours trouvé cette expression particulièrement répugnante, comme si c'était permis enfin de se lâcher ainsi devant tout le monde, de laisser s'exprimer tripes et boyaux en gueulant tant et plus. Cela me semblait même obscène à bien y réfléchir, parce que somme toute si on s'éclatait ainsi en public, qu'est-ce qui vous restait dans la vie privée et qu'est-ce que s'éclater voulait dire ? Est-ce qu'on s'éclatait avec sa femme, avec sa maîtresse ? J'imaginais des météorites traversant la stratosphère et se brisant en mille morceaux impossibles à reconstituer.


Quant à Ygor, il fallait reconnaître que ça ne lui ferait pas de mal de mariner une petite heure dans cet espace si inconfortable. Je m'imaginais parfois creusant un tunnel comme dans le roman de Giovanni, pour remonter ni vu ni connu, le temps de fumer une cigarette. Ce serait drôle d'être là, au milieu des passants, complètement hors du temps, pendant que ces idiots continueraient à déclamer et que le public guetterait le prochain coup de théâtre, inconscient du fait que ça ne tenait qu'à moi de le créer, en les plantant au beau milieu d'une phrase et tiens, pourquoi pas avec cette femme morte sur les bras. C'était là que Mario avait hésité à la première répétition, et ils avaient failli en venir aux mains quand pour se justifier il avait dit que de toute façon c'était idiot cette histoire de femme complètement morte. On était mort ou on ne l'était pas, avait-il fini par s'exclamer, et l'auteur fou de rage lui avait dit de se mêler de ses affaires. Il pouvait encore jouer les jeunes premiers, mais pas pour très longtemps, et si ça ne lui plaisait pas on trouverait facilement à le remplacer. Mario avait failli s'étouffer de rage et il avait fallu aller chercher le régisseur qui avait calmé le jeu. Comme tous les auteurs, celui-là était très susceptible et visiblement ça lui tenait au cœur ce « complètement » morte. Il avait beaucoup travaillé cette phrase justement et il expliquait d'un air pompeux que c'était le contraire d'un zeugma. Ce qu'il entendait par là on ne savait pas trop mais il insistait sur le fait que c'était bien plus dramatique de préciser que morte, elle l'était complètement. C'était définitif et troublant, disait-il, ce parallèle entre la nudité et la mort. Et c'est ainsi que plus tard Ygor s'en était emparé pour en faire des gorges chaudes et énerver tout le monde. L'auteur n'avait pas tout à fait tort, d'ailleurs à propos du zeugma, car il y avait un exemple dans le dictionnaire où on voyait bien qu'il manquait quelque chose au contraire. C'était dans le cas présent la disparition du verbe être dans : « L'air était plein d'encens et les prés de verdure. » Dans ce cas en effet il y avait soustraction. Depuis, je m'étais amusé à en trouver d'autres et même une fois j'avais ri tout seul dans mon trou en pensant à l'expression « prendre la porte ». Était-il possible de dire « Marie prit son manteau et la porte en même temps » ? C'était idiot, mais ça passait le temps surtout pendant les scènes mouvementées où on n'avait pas souvent besoin de moi. En revanche il ne s'agissait pas de rêvasser pendant les monologues. Je m'imaginais parfois lâchant Mario après la découverte du cadavre complètement mort, voilà qui aurait fait du vilain s'il perdait la mémoire à ce passage précis qui avait justement donné lieu à des querelles. Au bout de quelques secondes il n'aurait plus su quoi faire de son corps, ce pauvre Mario, il se serait mis à tourner en rond et qui sait à regarder sous le canapé peut-être, et cela tournerait au fiasco, le public commencerait à tousser puis à rire, certains lanceraient des suggestions, ils lui diraient peut-être d'utiliser un miroir pour voir si elle était bien morte, complètement morte. Et moi, je serais dehors dans la fraîcheur de la nuit.


La pièce eut un succès médiocre mais resta quelque temps à l'affiche. Je retrouvais Mario après chaque représentation et nous passions une bonne partie de la journée ensemble. Son amitié me touchait beaucoup car sous ses airs bravaches il cachait une grande gentillesse. C'était là une qualité dont on faisait peu de cas mais qui en valait bien d'autres pour moi. La plupart des gens avaient besoin de garde-fous comme si le fait de se dévoiler risquait de les conduire au cabanon le plus proche. Et justement dans ce petit théâtre où tout n'était que masques de comédie, je me réchauffais à son humanité faite d'humilité et de candeur.


Et quand le régisseur appelait de la pièce où il était toujours enfermé, je me sentais tout à fait rassuré, car ce trou était ma demeure, mon domicile. Mon rôle de souffleur me retirait tout sentiment d'existence individuelle, et en cela il convenait à mon tempérament rêveur. Ainsi tandis que je prêtais ma voix aux acteurs, je n'avais plus ni nom ni d'adresse, je n'habitais nulle part, je n'étais personne. À l'abri dans mon trou et du fond de mon esprit, je m'évadais, seul, dans l'air libre de la rue.


 
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   Anonyme   
18/11/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai aimé cette histoire simple et partageuse, le goût du décalage est parfaitement rendu, d'ailleurs casser le rythme fait des trouées et ouvre des infinis. C'est un texte authentique avec des pointes d'humour rafraichissantes.
Le style est bien mené, rapide, rythmé je regrette cependant la très galvaudée expression "pour l'heure"
J'ai été ravie de trouver le verbe "glapir".
"Falli-fallu" vaut mieux éviter.
Attention aux : "que, quant à et on" les remplacer libère l'écriture.
Un moment de lecture agréable et un joli travail.

   Annick   
18/11/2016
 a aimé ce texte 
Un peu
La formulation des phrases est à revoir. Le style est lourd : trop de "ça", de "que", une ponctuation défaillante, des phrases trop longues et maladroites, une langue orale familière qui appauvrit le récit... Tout ceci m'a empêché d'apprécier l'histoire.
A mon avis, le texte est à réécrire.
Au plaisir de vous lire à nouveau.

   GillesP   
18/11/2016
 a aimé ce texte 
Un peu
L'histoire tient la route. Je l'ai lue sans déplaisir, mais sans grand enthousiasme non plus. Je pense que c'est en raison de l'écriture: j'ai senti de l'application dans la formulation des phrases, dans le choix du vocabulaire et, paradoxalement, cela m'a empêché d'être totalement emporté par le texte: en effet, j'ai eu l'impression, durant ma lecture, de voir les efforts de l'auteur pour raconter correctement les choses, d'une manière que je trouve un peu scolaire.
Selon moi, il y a trop d'explications, comme si l'auteur voulait absolument être sûr d'être bien compris, comme s'il avait peur, aussi, de ne pas assez bien raconter. Le lecteur est pris par la main, on lui explique tout, bien sagement, et on l'empêche ainsi, à mon avis, d'être pris par le récit. Il me semble, par exemple, que l'on explique ce que le narrateur ressent, au lieu de le faire comprendre au lecteur par des faits racontés.
En bref, pour moi, il y a trop d'explications, et pas assez de narration.

Au plaisir de vous relire.

   toc-art   
11/12/2016
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,

Il y a quelque chose qui me plaît dans ce récit, dans le fait de s'attacher à retranscrire les déambulations spirituelles du narrateur, à la fois un peu désinvoltes, contemplatives et dépressives, avec pour fil rouge le trou, qu'il s'agisse du film, de son nouveau métier ou de son état psychologique.

Cela donne une narration un peu sinueuse au gré des pensées du personnage et ça me paraît assez bien rendu, même si je ne suis pas sûr que cet exercice convienne vraiment pour une nouvelle si courte. Je pense que le texte mériterait d'être envisagé dans une version plus longue.

En tout cas j'ai bien aimé.
J'ai relevé qq coquilles :
"Accepterait sans doute me loger" : il manque un "de"
"Je n'avais plus ni nom ni d'adresse " : supprimer le "d'"
La répétition dans le même paragraphe de "avait failli " mériterait d'être évitée.

Bonne continuation

   plumette   
18/11/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Bonjour Ladymuse,

Je suis un peu mitigée après avoir fini ce texte. On est à la fois dans le récit, et dans les pensées du narrateur qui trouve opportunément un travail grâce à son ami Mario au moment où il est menacé de se retrouver "à la rue".

Si vous avez réussi à créer pour le lecteur une ambiance ( celle des répétitions et de l'effervescence du théâtre) il y a par moment des passages que j'ai trouvé obscurs ou alors destinés à des initiés.Tel est le cas pour moi à partir de " Vint le jour de la représentation", avec tout le récit concernant Ygor.Puis une grande partie de la suite est consacrée à la justification de la réplique " complètement morte". Bon, ce que je comprend, c'est que le "souffleur" malgré sa totale passivité se nourrit de ce qui se passe dans ce théâtre. Il n'y a pas vraiment d'histoire, ni d'intrigue, le texte avance un peu à la va comme je te pousse, ce n'est pas désagréable mais cela fait-il une nouvelle?

Quant à l'écriture, elle est un peu lourde parfois, les phrases pourraient être allégées si plus courtes et moins encombrées de que et de qui.

Je vois que c'est votre première publication sur oniris et vous encourage à poursuivre ! Deux points forts: originalité du sujet et univers bien rendu.

Plumette

   hersen   
18/11/2016
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
c'est grand dommage que l'auteur n'ait pas mieux cerné son sujet. En effet, j'aime beaucoup l'idée initiale et à ce titre, le dernier paragraphe est pour moi très prometteur.

Malheureusement, toutes les explications concernant la pièce me font l'effet d'être un peu hors sujet. Car elles ne sont pas en grande corrélation avec le sujet;

Mais je vous relirai avec plaisir,

hersen

   Cthulhu   
19/11/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Bonsoir,

Je me sens vraiment mitigé par rapport à cette histoire.

J'ai bien aimé l'ambiance générale assez bien rendue, et aussi certaines pointes d'humour plutôt sympathiques (notamment le souffleur "qui ne devait pas voler son salaire")

Cependant, j'ai eu un peu de mal avec la structure de l'histoire. Cet énorme paragraphe qui raconte les discussions entre l'auteur et les autres membres de la troupe à propos de la phrase "complètement morte" m'a semblé vraiment trop long. A moins que je n'aie pas compris son utilité. Mais toutes ces explications auraient, selon moi, mérité d'être condensées. J'ai également du mal à voir comment les éléments s'enchaînent, il manque une certaine fluidité au récit, je trouve. J'ai un petit peu l'impression que les différents éléments ont été lancés sans réelle continuité entre eux.

Au delà des écueils cités ci-dessus c'est, je trouve, un début encourageant.

   Bidis   
21/11/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Le début de l’histoire me semble invraisemblable : on ne peut pas être mis à la porte de son domicile sans préavis. Et même si cela se fait du jour au lendemain, on laisse la personne prendre ses affaires, du moins un minimum dans le cas où l’on en garde une partie en gage, et le lecteur s’attend légitimement à ce que l’on en fasse mention.
Donc, je me dis que je vais m’embarquer dans un tissu d’invraisemblance et puis, pas du tout. Mais le temps de trouver l’histoire intrigante, me voilà partie dans une interminable discussion sur une morte pas tout à fait morte et je commençais à me demander si, tout compte fait, je n’aurais pas préféré de l’invraisemblance.
Ensuite vient la chute et cela me plaît énormément, ce parallèle entre être sans domicile fixe et habiter le trou d’un souffleur au théâtre. Et je me suis dit qu’un sdf, assis sur son trottoir et qui fait la manche, contemple aussi, quoique dans un inconfort infiniment plus grand, les gens qui passent devant lui comme un spectacle dont en même temps il fait et ne fait pas partie. Et comme le souffleur de l'histoire, il s'évade sans doute dans le rêve...
En définitive, un texte bien écrit, dont le fond est un peu chaotique mais qui a le grand mérite de faire réfléchir.

   VALLOIS   
26/11/2016
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour,

L'idée du trou du souffleur comme nouveau domicile me semble bonne malgré quelques imperfections dans la narration et l'absence d'originalité dans la chute .

Je reviendrai vous lire

   MissNeko   
3/12/2016
 a aimé ce texte 
Bien
J'ai beaucoup aimé l'idée originale de la fuite du personnage dans ce "trou" de souffleur. Une manière de disparaître intéressante.
Merci pour ce partage

   thea   
24/2/2017
 a aimé ce texte 
Un peu
J'avoue que l'idée m'a beaucoup plu, par contre pas trop aimé la suite. Je m'attendais à autre chose de plus originale et de plus déroutant.
Le style d'écriture est un peu chargé,. Quelques maladresses avec les que, qui..
je pense qu'il y a là un gros potentiel, et que certainement d'ici quelques temps, après un peu de travail nous pourrions être surpris par votre créativité.

Merci à vous, au plaisir...


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