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Réalisme/Historique
Malitorne : L'abandon
 Publié le 01/03/21  -  12 commentaires  -  3566 caractères  -  101 lectures    Autres textes du même auteur

Paléolithique.


L'abandon


Le cri jaillit de la gorge, enfle, monte jusqu’à la voûte caverneuse pour se répercuter en échos saccadés dans les profondeurs de la terre. Quelques secondes de silence, court répit, et de nouveau la plainte déchirante d’un corps soumis à la douleur.

Depuis l’aube, accroupie, des contractions la fouillent et la tenaillent. Deux aidantes sont avec elle, qui la soutiennent pour qu’elle garde au mieux la position. Son visage crispé goutte de sueur, essuyé à intervalles réguliers par une poignée de mousse. Autour le clan vaque à ses occupations, parfois l’un approche pour voir où ça en est, puis repart sans s’intéresser davantage. Seul un groupe d’enfants, très impressionné, ne quitte pas des yeux le trio.

Enfin, la délivrance ! Une petite chose glaireuse et sanglante émerge du bas-ventre, finit par chuter sur la fourrure disposée dessous. La mère s’effondre en arrière, à bout de force. Aussitôt une des femmes tranche le cordon à l’aide d’un fin silex avant de le lier. Elle plonge en suivant sa main dans la matrice béante, en retire le placenta qu’elle jette au loin.

Les pleurs du nouveau-né ont remplacé les affres de l’accouchement mais quelque chose ne va pas, trahi par l’attitude des femmes. Elles se passent et se repassent le petit, le tournent et l’observent dans tous les sens. Une grande confusion se lit sur leurs traits. Alors qu’elles devraient le débarrasser de son enduit elles n’en font rien, indécises. La mère a remarqué leur trouble et s’inquiète, réclame avec insistance son rejeton. Une femme lui dépose dans les bras puis s’écarte. Celle qui a mis au monde découvre l’anomalie, ne peut s’empêcher de pousser un cri de dépit. Juste sous le genou, moignon désolant, la nature a arrêté son travail ! Les enfants ont constaté aussi, certains se pressent pour mieux voir, d’autres s’éparpillent telle une volée d’oiseaux pour répandre la nouvelle.

Il ne faut pas longtemps pour que le clan se bouscule autour de la malheureuse, inquiète, qui serre fort le fruit de ses entrailles contre son sein. Ils essaient de lui retirer pour voir mais elle résiste, d’un bras les frappe tout en crachant des sons rauques. Sous le nombre elle recule, se retrouve adossée à la paroi. Alors un claquement de voix, comme un aboiement. Le clan surexcité se fige, regarde dans une direction. Un homme apparaît, robuste, collier de pierres bleues autour du cou. Jetée sur ses épaules une peau de loup qui le couvre à demi. Il s’approche de la mère terrorisée, sur son passage les individus s’écartent avec respect. Un regard insistant de sa part suffit pour qu’elle lui tende le nouveau-né. L’homme soulève les sourcils de surprise, passe plusieurs fois sa main rugueuse sur la jambe inachevée. Enfin au vu de tous, la difformité provoque un murmure d’étonnement dans l’assemblée.

Après un bref instant de réflexion, l’homme adresse un signe explicite à la mère. Elle baisse la tête, abattue.

L’enfant qui s’époumone dans les bras, il ramasse une cupule de graisse où brûle une mèche. À pas pesants se dirige ensuite vers le fond de la grotte. Grave, le clan se tait et le suit des yeux.

Courbé, l’homme à peau de loup s’engage dans un boyau souterrain, le parcourt jusqu’à ce que celui-ci s’élargisse. Le voilà parvenu dans une vaste salle où l’eau suinte des stalactites. La lumière vacillante dessine des ombres sur la roche humide. Quant à lui, le nouveau-né tremble tellement de froid qu’il n’a plus l'énergie pour pleurer. L’homme le dépose alors à terre, à même la glaise, puis fait demi-tour. L’obscurité se referme derrière lui.


 
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   Dugenou   
2/2/2021
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour,

À une époque où la survie était primordiale, un nouveau né sans jambes avait, en effet, peu de chances de survivre et n'aurait pas pu se montrer utile au clan...

Le texte est hyper réaliste, car cruel, comme l'est la nature. Il est juste de rappeller que celle des humains l'a longtemps été, également, surtout à l'aube de l'humanité.

Je m'avance peut être un peu trop en disant que le temps où on traitait ainsi les handicapés de naissance, ne paraît pas si lointain... la condition principale de progression dans la chose étant de profiter d'eux pour apitoyer et soutirer quelque monnaie. Triste humanité ! Au moins, celle que vous décrivez était encore, à l'époque, nécessité.

   SaulBerenson   
3/2/2021
 a aimé ce texte 
Bien
Eugénisme du fond des âges. Glaçant.

Le mot "rejeton" me choque un peu dans le contexte paléolithique, le "fruit de ses entrailles", quoique plus poétique, semble un cliché évitable.

   maria   
1/3/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Malitorne,

A couper le souffle le sang froid de "l'homme à la peau de loup". Comme s'il suivait la procédure lorsqu'un enfant naissait visiblement handicapé.
J'ignore si "L'abandon" s'appuie sur une réalité historique mais j'ai trouvé le décor, les faits et gestes de chacun très bien décrits.

Merci pour la lecture.

   Corto   
1/3/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
L'histoire est crue mais sans doute réaliste.
Le récit est précis, sans fioritures. On assiste à la scène, on partage même le drame qui se déroule.
Pire: on trouve logique le dénouement, car au fond de soi on se doute qu'on ne s'y serait pas opposé. Au nom de quoi ?

Bravo pour la tension si bien rendue.

   in-flight   
1/3/2021
 a aimé ce texte 
Bien
J'y vois l'opposition entre notre monde anesthésié (péridural, langage euphémisant pour parler du handicap, confort des maisons, multiculturalisme) et le monde paléolithique (accouchement "à la sauvage", patriarcat, grottes, rejet de la tribu de tout ce qui est déviant).

Et ce qui est surprenant, c'est qu'il s'agit bien de la même race d'être humain.
Le texte met ainsi en relief l'importance de la technologie et de la culture dans un génome immuable, une culture qui a permis de bâtir les civilisations passées.

   Cristale   
1/3/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Un récit qui ne laisse pas indifférente la lectrice qui partage la douleur de la mère à qui l'enfant est arraché et qui regarde atterrée le mâle dominant livrant sans hésitation l'enfant infirme au froid ténébreux de la grotte pour une mort certaine.
Cela se passait-il ainsi, dans l'intérêt de la tribu ? C'est plausible.

C'est bien écrit, d'une écriture vivante et d'une grande clarté qui ne s'étire pas dans la longueur. J'ai l'impression de regarder un court-métrage muet sur un instant de vie et de mort au paléolithique. Muet, mais aux images très réalistes.

Merci Malitorne.
Cristale

   papipoete   
2/3/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
bonjour Malitorne
Un récit qui fait froid dans le dos, mais nous sommes à l'âge de la pierre taillée...Le droit des mères et de l'enfant, en étaient à l'état de fumée... Un patriarche que nul ne pouvait contrer, décidait de la vie ou de la mort au sein de sa tribu ! Un nouveau-né handicapé, cela poserait trop de problème ? - la mort ! Une mort sans le sang, mais mourir d'abandon, quelle mort !
NB le cadre est bien installé, dans cette grotte où les curieux sont rares, et s'affairent à leur besogne, alors qu'au milieu une femme accouche...
Ce pourrait être une scène actuelle, dans une forêt inexplorée, où l'homme et la médecine n'ont pas connaissance de ce clan vivant comme voici bien décennies ; mais l'on sait que sur la Terre, des êtres sont capables d'être coupables...
La dernière strophe établit un moment tragique, avec ce bébé si tremblant de froid, qu'il ne peut même plus pleurer.

   Charivari   
2/3/2021
Salut Malitorne.
bon c'est le second texte sur la préhistoire que je lis, et c'est dommage de les avoir par petits bourts, parce qu'il y a un fil conducteur très intéressant derrière tout ça, une réflexion sur l'humanité. Je me souviens que le dernier texte était sur la collaboration, le contact avec l'étranger, et celui-ci, je le trouve très beau. Pas du tout forcé, on imagine parfaitement que cette terrible scène a dû exister des milliers et des milliers de fois, impossible de prendre soin d'un infirme... Nos ancêtres préhistoriques pleurent comme des humains, mais sont encore trop animaux pour faire plier les lois de la nature.

Donc les texte est sobre et nous propose une réflexion éthique, philosophique. parfait. J'aime un peu moins certains termes qui à mon avis jurent un peu : "trio", ou alors quand tu présentes le chef (ou le chamane) -> Un homme apparaît, robuste, collier de pierres bleues autour du cou. Jetée sur ses épaules une peau de loup qui le couvre à demi. je trouve que ça fait un peu... "défilé de mode". Mais je chipote, c'est super. Seulement que j'aimerais bien savoir à quoi peut ressembler la compilation finale, et s'il y en a d'autres sur la préhistoire

   cherbiacuespe   
6/3/2021
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Ben je l'avais manqué en EL celui-là, zut !

Hum ! Je suis perplexe. Le texte est plaisant. Malitorne, égal à vous-même ! C'est bien écrit, l'expression d'injustice est bien rendue ainsi que le pragmatisme du "chef" de clan. On comprend facilement le dilemme de l'une et de l'autre. Je suis plus circonspect sur l'issue de votre histoire. Je ne suis pas certain que les chasseurs-cueilleurs aient pu se débarrasser de cette façon de ce qu'ils considéraient comme des poids morts. Mais c'est une fiction pas un "que sais-je" sur cette période pour lequel il reste tant à découvrir. Belle inspiration, chapeau.

   Myo   
17/3/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un récit qui nous rappelle que la survie de l'homme au début de son histoire a nécessité bien des sacrifices. Mais ce genre de malformation devait certainement être plus rare à l'époque. De nombreuses causes tératogènes étant le fruit de "l'évolution"...et de la fin de cette sélection "naturelle".

Un texte qui nous accroche efficacement sur un thème original.

   hersen   
18/3/2021
 a aimé ce texte 
Un peu
Comme on ne s'aime pas trop, je vais te mettre un com. (c'est de l'humour)

Ecrire sur cette époque offre à la fois une grande liberté, mais en même temps on doit essayer de coller à une réalité... que nous ne connaissons pas !
le défaut de ta nouvelle le plus important pour moi : il y a une supposition gratuite de l'élimination pure et simple de celui qui naît différent.
Je pense que tu rates ici la réaction de la mère, ou de la communauté, et je ne trouve pas vraiment crédible le chef aux turquoises.
Je vais passer, même si pour moi ce n'est pas anodin dans ce que tu recherches dans l'écriture, sur la femme qui va fouiller la parturiente pour en extraire le placenta... qui, de nos jours encore, est expulsé de façon naturelle, après deux-trois contractions un peu fortes, sauf en cas grave traité en maternité, mais ici, nous en sommes loin.
Ce détail indique que tu cherches à mettre de la "sauvagerie", et en fait, c'est ce qui me gêne le plus.
Si le chef décide d'éliminer l'enfant, de façon aussi carrée, c'est que c'est l'habitude ? Y a-t-il eu beaucoup d'autres cas dans ce clan, pour que la communauté soit si grave ? Si ce n'est pas le cas, la réaction du chef est-elle normale, de supprimer un nouveau venu ?

Si le rejet d'un enfant naissant diminué physiquement se défend, dans l'idée que nous pouvons avoir de cette époque (mais quelle idée pourrions-nous en avoir vraiment ?), si le but de la nouvelle est de dire cela et simplement cela, ça ne va pas bien loin.
C'était pourtant une occasion justement d'aller plus loin, d'essayer d'explorer au travers du peu que nous en connaissons.
par exemple, appuyer ta nouvelle sur un vestige concret, une peinture rupestre par exemple montrant une main incomplète, ou des vestiges d'os abîmés, ou je ne sais trop quoi encore, alors on ne serait pas autant parmi des rubans flottants.

En fait, je pense que tu as "oublié" de construire une vraie histoire autour de ce qui finalement n'est qu'un fait dont je ne peux tirer grand-chose, puisque je ne peux adhérer sur parole, étant donné que toi ou moi, on n'en sait rien.
Une histoire autour permettait d'étayer le point de vue que tu présentes.

J'espère ne pas avoir été trop antipathique dans ce com :))

   Ioledane   
4/4/2021
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Un récit que j'aurais tendance à qualifier de réaliste, mais au fond qu'en sais-je ? Nous connaissons si peu de chose de ces temps reculés, de cette humanité à l'état 'brut' ...
Cette histoire correspond bien, en tout cas, aux clichés que l'on peut avoir en tête sur la préhistoire - justifiés ou non : le clan qui vit dans une caverne, la parturiente accroupie sur une peau de bête, le chef au collier distinctif ...
A propos de ce dernier, la mère, qui résiste à la foule, lui obéit néanmoins sur un simple regard : on retrouve ici l'idée de l'autorité incontestée d'un chef de meute. Ce dernier aurait d'ailleurs pu trucider le nouveau-né par lui-même, mais il préfère l'abandonner au fond de la grotte sombre et glacée ; est-ce mieux, est-ce pire ? ...
Ce récit n'explique pas, il se contente de relater, sans jugement. C'est bien fait, dans un style sobre qui laisse de la place au ressenti sans rien surjouer.


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