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Réalisme/Historique
Palrider : Mon royaume
 Publié le 24/02/18  -  10 commentaires  -  5067 caractères  -  55 lectures    Autres textes du même auteur

Les souvenirs reviennent avec le vent glacial.


Mon royaume


Mon royaume est en effervescence. Le ciel, d’un bleu épuré, est balayé çà et là par des traînées cotonneuses roses et mauves. Le ballet des goélands est plus joyeux que d’habitude. La citadelle, ocre orangée, tranche avec le bleu de la mer et le blanc des falaises. La porte cloutée du pont-levis est encore ouverte, l’ennemi commence à monter par la grimpette pavée, il est à la hauteur de la petite chapelle blanche de Saint-Roch, entre ciel et mer, où est tombé le dernier pestiféré.

Nous entendons chanter et frapper sur les boucliers. Moi, je suis avec les miens, armé d’une lance... ce sera la première salve que nous leur réservons, avec des roches. Les premières lances partent. En haut, les archers tirent sans relâche à travers les meurtrières. L’ennemi est vaillant, il approche, nous refermons les portes du pont.

« Vite en haut » on pourra leur pisser dessus du donjon...

La guerre est terminée, le petit Pascal a reçu une pierre sur le crâne, il saigne, nous déposons lances et couvercles de poubelles pour aller voir... c’est spectaculaire mais ça ne doit pas être grave, en plus, à la marine, ils ont une pharmacie.

Nous, on est de la haute-ville. Un royaume grandeur nature – l’été, on descend par la faille de la falaise et on est à la plage, des rochers lisses, patinés par le vent et les embruns ; les rochers d’où l’on plonge ont tous un nom : la galère, le grain de sable... certains plongent de quinze mètres dans une eau d’un vert profond. Dans les rues aux maisons serrées entre elles, tout le monde est là, même ceux qui sont partis, même ceux qui ne sont plus là aujourd’hui. Quand je passe dans la rue Doria, des œufs dans les poches destinés à être tirés sur des touristes, parfois je hâte le pas tête basse, pour ne pas que ma grand-mère me voie. Souvent ça marche, mais des fois, devant l’insistance de ses appels et ses yeux brillants, je remets à plus tard mes enivrants projets et monte quatre à quatre les escaliers raides comme une échelle. Elle m’accueille avec des beignets aux pommes tellement délicieux, de la limonade, des bisous, elle me donne même un peu de sous, mais moi, je suis pressé :

« Oui oui ! Je repasserai bientôt ! »


Pleine mer, mon majestueux galion laisse dans son sillage des rideaux blancs d’écume. Je me rapproche des terres à découvrir, le soleil fait scintiller autour du navire des facettes d’argent. Au loin, on commence à apercevoir les côtes, successions de criques à l’eau si claire. Nous mettons le cap sur la plus verte, et au sable plus blanc. À l’avant du navire c'est comme si je volais, l’air est frais et iodé. Deux dauphins sautent, comme pour saluer leur nouveau roi. On fera un bon feu sur la plage, pour griller les poissons pêchés par l’équipage (mon père) et moi. Dans la grotte, j’ouvre la bouche et récolte l’eau fraîche filtrant dans la roche calcaire.

Retour vers le royaume, nous mouillons tout d’abord dans la baie de l’écume, nous grimpons par un petit sentier serpentant dans le maquis. Les effluves de romarin sauvage et d’immortelles m’enivrent.

Nous arrivons dans le jardin d'éden, perdu dans le maquis au-dessus de la mer, à des kilomètres des premières habitations.

Il y a d’énormes tomates gorgées de soleil, des laitues larges comme des tables de bistrots, un tapis odorant de basilic, des aubergines petites et rondes, des courgettes avec leurs magnifiques fleurs...

Nous sommes à l’ombre du figuier, près du puits à l’eau fraîche et bleutée (je déguste une belle figue noire bien sucrée). On entend maintenant monsieur Joseph appeler son âne qui s’attarde dans l’abrupte descente.

Monsieur Joseph, que mon père surnomme « Le Raimu bonifacien », est un personnage « une gueule ». Grand, légèrement voûté par le poids des ans, un long visage parcouru de profonds sillons, sa vieille casquette trop petite, un accent marseillais réjouissant. Cet ancien marin, un baroudeur des mers évoquant bien souvent les récits d’épiques trafics « attention, jamais la drogue hein... » s’exclame-t-il en levant sa main droite...

Dans le baracun (sorte d’igloo de pierres sèches) il range ses outils, le pastis qu’il fabrique lui-même « celui-là oui qu’il est bon, et il rend pas aveugle »...


Il y a quelque temps, à la nuit tombante, j’étais près de la petite chapelle Saint-Roch, le vent hurlait sous les falaises, un instant j’ai cru y voir la silhouette de monsieur Joseph sur son âne...


Aujourd’hui, mon château a une beauté froide. J’habite en dehors et quand je m’y promène, je vois les fantômes de ceux qui sont partis, et ceux qui ne sont plus là, mais où sont-ils ?


Quand je passe dans la rue Doria je lève toujours la tête, non, elle n’est plus là ma grand-mère, et elle me manque, j’aurais tant à lui dire. Mais c’est toujours comme ça. Mon royaume existait vraiment, seul le rêve peut m’y ramener, il en reste des parcelles au fond de moi. Parfois, quand le vent souffle fort sous les nuages, que tout est gris, des images colorées et odorantes reviennent en symphonie nostalgique – j’ai perdu mon royaume, je me suis perdu moi ?


 
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   Tadiou   
31/1/2018
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
(Lu et commenté en EL)

Réminiscences enfantines avec quelques belles images de vent, de nuages, de mer. Un côté attendrissant bien sûr.

Mais l’écriture a, à mon sens, un côté plat et descriptif qui ne me crée pas la magie de l’émotion.

Je suis largement resté au-dehors et n’ai pas goûté la nostalgie douce-amère qui est censée se dégager d’un tel texte. A mon sens il aurait fallu plonger au cœur des personnages et leur humanité pour émouvoir le lecteur.

En tout état de cause, merci pour cette lecture et à vous relire.

Tadiou

   hersen   
4/2/2018
 a aimé ce texte 
Bien
C'est un texte que j'ai apprécié pour une certaine poésie mais aussi par une nostalgie positive, en quelque sorte.
L'enfance passe, avec ses rêves, et il en reste ce qu'il en reste, le vent de la vie l'épurant au fil du temps. Et ce qui reste de prégnant de cette enfance n'est pas le sensationnel, mais le relationnel, avec un peu l'impression de n'avoir pas dit assez.

Par contre, on ressent un peu trop une certaine facilité, je trouve que l'auteur ne « monte pas vraiment au créneau », j'aurais bien aimé un peu plus de force.

Où alors est-ce le signe que les ans sont bel et bien passés par là, affadissant les souvenirs ?

Merci de cette lecture,

hersen

   toc-art   
24/2/2018
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour,

En fait, je suis déçu par ce texte. Je trouve que les souvenirs sont très fades, comme passés au glacis, ça ne vit pas du tout. Pour un natif de la ville, le narrateur livre un témoignage impersonnel, passe partout. On ne ressent pas la nostalgie. Monsieur Joseph et son âne font partie de la mémoire locale mais ce qu'on en dit reste très "en surface ". De même, l'aspect très particulier de la haute ville avec ses maisons tout en escaliers très raides et ses ruelles étroites est à peine évoqué. Je trouve vraiment dommage d'avoir une telle matière et de passer à côté. Après, c'est peut être une volonté de l'auteur mais ça ne m'a pas convaincu.

En fait, pour moi, c'est le tout dernier paragraphe qui sauve le récit pour la nostalgie certes très classique qu'il dégage, et la maladresse de la dernière phrase y ajoute peut être une émotion particulière, plus authentique, plus incarnée.

Bonne continuation

   Hananke   
24/2/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour

J'aime bien cette nouvelle de souvenirs racontés un peu à la Pagnol.

Bien qu'enfouis au plus profond de nous, il ne faut pas grand chose
pour les faire refleurir, un vent glacial, une senteur, une situation.

Oui, beaucoup de poésie émane de ce texte, surtout au début
et à la fin.Par contre, je n'arrive pas à situer le lieu avec certitude.

On perd tous un jour un peu de son royaume.

   Vincendix   
24/2/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour,
Des souvenirs d’une enfance heureuse, insouciante dans un petit paradis, celui que l’on construit dans la tête, qu’il soit à la montagne, à la campagne, en ville ou au bord de la mer dans les environs de Bonifacio comme dans ce récit.
Je vous ai suivi sur les sentiers muletiers, dévalé les falaises et plongé dans la grande bleue avec vous, j’ai reconnu Joseph et son âne, la grand-mère et son accent.
Il ne faut pas perdre ce royaume, il est précieux.
Vincent

   Perle-Hingaud   
25/2/2018
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Bonjour,
Je trouve ce texte agréable à parcourir.
L'auteur ne prend pas grand risque, ceci dit, en jouant sur la nostalgie et sur des souvenirs tendres très consensuels. Le style est simple, visuel.
Quelques "facilités": "Les effluves de romarin sauvage et d’immortelles m’enivrent". Dommage, les senteurs enivrantes, trop lu.
Pas fan des précisions entre parenthèses.
La dernière phrase est maladroite, ( je me suis perdu moi ?) c'est dommage également.
Merci pour cette lecture néanmoins sympathique !

   in-flight   
26/2/2018
 a aimé ce texte 
Bien
L'évocation du royaume perdu de l'enfance est une constante en littérature. Pour cette raison, il est bien difficile d'être original.
Cela dit j'ai passé un bon moment, notamment grâce à l'incipit et à quelques formules et images bien amenées (Joseph, les dauphins, la citadelle...). Le texte est trop court en l'état, ce qui donne cet effet "glacis" qu'un commentateur avait noté. D'un autre côté, faire plus loin c'est aller droit devant le risque d'un texte cliché aux souvenirs rebattus. Et la critique n'en sera que plus difficile à accepter car vous, auteur, vous ferez valoir l'aspect authentique (autobiographique?).

   Donaldo75   
26/2/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Palrider,

J'ai beaucoup aimé ces souvenirs d'enfance qui ressemblent parfois à des morceaux de récit épique, comme quand nous étions enfants à nous raconter des histoires médiévales, avec princesses et chevaliers, dragons et ennemis, sorcières et enchanteurs. A ce titre, c'est réussi.

La fin est courte mais sincère. Personnellement, je l'aurais un peu plus développée, peut-être sur un fond poétique car la nostalgie est souvent poétique, et surtout sans question à la fin. Cette question tue un peu le rêve.

Bon, je chipote parce que je suis dans ma période hivernale, où couper les cheveux en mille vingt-quatre permet de combattre le froid.

Bravo !

Don

   plumette   
26/2/2018
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Palrider,

vous voici dans un registre bien différent de celui que vous nous avez déjà offert!

j'ai beaucoup apprécié que ce texte démarre par la mise en scène des jeux de l'enfance. Chouette alternance de descriptions géographiques et d'actions épiques.

il faut dire que le lieu ( Bonifacio) est vraiment propice à cet imaginaire de chevalier.

de la nostalgie pour finir, c'est inévitable!

   Thimul   
4/3/2018
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Un texte sur la nostalgie.
Les images m'ont touché. j'aime assez la description de l'imaginaire enfantin (ce bateau qui devient galion, le village qui devient royaume) c'est vraiment bien vu et bien retranscrit.
Ce point d'interrogation à la fin n'est pas forcément utile je trouve.
J'aurais aimé que ça s'arrête sur "j'ai perdu mon royaume"
Merci pour cette lecture.


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