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Policier/Noir/Thriller
PierrickBatello : Degas assassin
 Publié le 27/06/17  -  11 commentaires  -  17336 caractères  -  115 lectures    Autres textes du même auteur

À Robert D.


Degas assassin


La cour de la caserne bruissait du crissement feutré du gravier. C'était pourtant l'heure de la première permission après un mois de formation. Au lieu d'un joyeux brouhaha, les recrues défilaient devant l'inscription dans un piétinement de cortège funèbre. En lettres rouges malhabiles, les mots « Degas assassin » balafraient le mur intérieur ouest de la caserne. De la fenêtre de son bureau, au quatrième étage, le colonel Degas observait la scène. Le corps engourdi par une nuit blanche, le regard fixe, il tenait du bout des doigts un verre à whisky, vide. On frappa à sa porte.


— Entrez.


La jeune recrue Pantin était arrivée tout en sueur, à bout de souffle, après avoir gravi les quatre étages de la caserne. L'air empestait le tabac froid. Pantin ignorait tout des motifs de sa convocation. Elle se mit au garde-à-vous, salua le colonel et récita :


— Mes respects, mon colonel. Soldat Pantin, fantassin de Dole, à vos ordres !


Sans lui rendre le salut, le colonel répondit d'une voix fatiguée :


— Repos Pantin, repos.


Le colonel Degas n'était pas rasé. Lui, d'habitude toujours impeccable, se tenait debout dans son uniforme froissé et contemplait le rassemblement dans la cour. Pris dans ses réflexions, il s'interrogeait sur la réputation qu'il avait rapidement acquise au sein de l'état-major. Ses supérieurs pourraient-ils penser qu'il était capable d'un tel crime ? Avait-il jamais montré de la cruauté, été injuste envers ses recrues ? Les esprits faibles et les corps indolents n'avaient pas leur place au sein de son corps d'élite. À coups de phrases tranchantes, mais sans jamais hausser le ton, il avait renvoyé vers d'autres horizons une quantité impressionnante d'aspirants à la DGSE.

Croyant que le colonel l'ignorait à dessein, Pantin s'était affalée sur la banquette en velours rouge à côté de la porte. En quatre pas qui firent grincer le plancher, le colonel Degas s'approcha de Pantin et lui chuchota d'une voix glaçante :


— Je ne vous ai pas dit de vous asseoir.


Pantin, très mal à l'aise, se redressa avec peine. Elle portait un uniforme beige qui boudinait ses kilos superflus. Elle respirait fort par la bouche. Ses mains moites cherchaient un appui, elle les essuya à son pantalon. Degas, maintenant face à elle, la dépassait facilement d'une tête. Il la toisait en silence. Après une minute interminable, Degas retourna à la fenêtre et demanda à Pantin :


— Que savez-vous de l'accident ?


Pantin était désorientée. On l'avait mandée d'urgence dans le bureau du colonel recruteur Degas, dit Guillotine ou Iceberg, selon les patronymes inventés par chaque nouvelle promotion. Et maintenant Assassin ! En trois ans seulement, Degas s'était fait une réputation aussi noire que le café qu'il buvait à longueur de journée. Pantin s'égarait dans ses pensées. Elle avait perdu toute envie de bien faire. Il émanait d'elle autant de bonhomie due à son surpoids, qu'une vive intelligence dans le regard. Degas avait très vite décelé chez elle les qualités d'une négociatrice : empathie, intelligence émotionnelle et sang-froid.


— Permission de parler mon colonel ?

— Permission accordée. Évitons le protocole dans la suite de notre entretien je vous prie.

— Je sais que vous ne m'estimez pas mon colonel. Vous avez failli me faire renvoyer après les trois jours de tests aux aptitudes physiques. Mais je vous jure que ce n'est pas moi l'inscription sur le mur !


À présent, Pantin tremblait intérieurement. Elle attendait la réplique de Degas, cinglante. Mais Degas restait de dos, face à la fenêtre.


— Arrêtez de vociférer Pantin, je déteste ça, vous le savez. Je vous ai demandé ce que vous saviez de l'accident. J'attends.


Pantin fut surprise par le terme « accident » dans la bouche de Degas. Comment croire à un accident dans de telles circonstances ?


— Ce qu'on m'en a raconté, mon colonel.

— Qui ça, on ?

— Les autres recrues.

— Ils n'étaient pas présents. Que pourraient-ils bien savoir…


Le colonel avait lâché ces derniers mots en caressant le tissu en velours épais des rideaux. Pantin était gênée par sa présence. C'était la première fois qu'ils se retrouvaient seuls, à deux dans la même pièce.


— … Soit. Dites-moi quand même.

— Permission de… ?


Degas l'interrompit sèchement :


— Je vous ai dit d'oublier le protocole, non ? Alors ?

— Excusez-moi mon colonel. On dit que Brignoles est monté vous voir, que vous avez eu une très vive altercation et qu'après cela, il a couru dans les couloirs comme un fou en lançant des mots incompréhensibles. On l'a retrouvé une heure plus tard dans l'état que vous savez.

— La mère de Brignoles était finlandaise. C'est dans cette langue qu'il piquait ses colères.


Pantin fut très étonnée que Degas connaisse ce détail. Pantin savait que c'était exact car elle avait eu une conversation en finlandais avec Brignoles, son binôme durant les travaux pratiques de décryptage. Pantin avait appris des rudiments de cette langue si exotique lors d'une liaison amoureuse qui dura six mois. Elle se risqua à une question.


— Il y a une chose que je ne comprends pas, mon colonel : pourquoi m'avez-vous fait demander, moi ? J'étais en permission ces derniers jours, je rentre à l'instant.

— Parce que vous êtes la seule que je crois incapable d'avoir écrit cela.


À présent, Degas la dévisageait carrément. Il la fixait avec une intensité gênante comme pour chercher dans le regard de Pantin la confirmation de ce qu'il venait d'avouer.

Soudain, le silence feutré dans lequel baignait le bureau du colonel fut brisé par les éclats de voix de l'attroupement dans la cour. Quelques bleus criaient « Degas démission » tandis que le directeur de l'établissement arrivait pour faire évacuer la cour.


— Que pensez-vous de moi ?


Cette question fit l'effet d'une bombe sur Pantin. Elle tressaillit. Un sabre sous la gorge l'aurait plongée dans la même torpeur. Elle ne savait comment répondre. Prudemment, elle avança :


— Je ne vous connais pas vraiment, mon colonel. Je viens d'arriver.

— Vous êtes fine, Pantin. Vous esquivez. Vous avez certainement eu vent de ma réputation.

— Non, je n'ai pas assez d'éléments pour…

— Pas assez d'éléments ? Je vais être plus direct. Pensez-vous que j'aie pu tuer Brignoles ?

— Je ne comprends pas. Vous n'êtes tout de même pas accusé.

— Pas encore Pantin, pas encore. Pour le moment, c'est la bleusaille qui gueule. Et cette lâche inscription dehors… Mais très vite, la police militaire s'en mêlera.

— Et quels éléments pourront-ils retenir contre vous ?

— Ceux que vous avez cités. Et puis, il y a ces dossiers de harcèlement moral toujours en cours, lancés par des crétins qui n'ont pas compris que je leur épargnais bien des souffrances futures. Et puis… ils fouilleront.


Degas s'était détaché du regard de Pantin et avait repris son cigarillo. Il s'assit tout en rallumant le cigare avec un briquet doré.


— Vous fumez ?

— Non.

— Dommage. Asseyez-vous. J'ai un service à vous demander.


Pantin n'avait plus bougé depuis qu'elle s'était relevée. Degas lui fit signe de s'asseoir dans le siège en face de lui, de l'autre côté du bureau en merisier marqueté.


— Dans moins d'une heure, la police militaire va sans doute faire irruption dans cette pièce et venir me questionner ou m'arrêter. Ils voudront savoir quels étaient mes rapports avec Brignoles. Ils auront déjà eu vent de ma réputation que vous et vos congénères aurez tôt fait de noircir davantage.

— Mon colonel, je ne crois pas que…

— Ne m'interrompez pas Pantin. C'est déjà assez humiliant comme cela. Je vais être direct : j'ai tué Brignoles, involontairement. Il m'a laissé une lettre. Je l'ai ici. Il explique à peine les motifs de son geste. Il était…


Degas tira un papier de la poche gauche de sa vareuse. Il lissait à présent la lettre de la main droite sur le cuir de son bureau. Il répéta ce geste plusieurs fois jusqu'à ce que le papier reprenne sa forme initiale. Il l'avait manifestement chiffonnée. Pantin se demandait si c'était de rage ou de mépris. Elle n'osait dire un mot, de peur que Degas n'arrête ses confidences et ne revienne à son état normal, un glaçon silencieux.


— Tenez, lisez-la.


C'était bien l'écriture de Brignoles. Pantin put la comparer avec un billet de courses que Brignoles lui avait remis il y a deux jours. « Tu me ramènes ça de ta perm' et tu auras ma gratitude éternelle », lui avait lancé Brignoles. Elle se souvint maintenant de cette étrange liste : des bougies bleues, un bloc de foie gras, une bouteille de whisky single malt et un briquet doré, le même modèle que Degas venait de ranger dans le tiroir central de son bureau. Pantin lut la lettre sans un bruit.


« Degas, vous êtes un monstre froid. Vous vous cachez, vous êtes un lâche. Vous avez choisi la fuite dans cet univers où tout est impossible pour nous. Moi, je choisis une autre vie. Adieu. »


Silence. Degas ne laissait rien paraître, il serrait les dents, détourna le regard vers la cour. Il ne voulait pas voir à ce moment précis les yeux de Pantin, cette femme à qui il avait décidé de se confier. Pantin était troublée. Elle n'osait pas quitter la lettre des yeux, de peur de croiser le regard de Degas. Elle la relut plusieurs fois. Sans relever la tête, elle osa :


— Brignoles vous l'a donnée en mains propres ?

— Non. Il l'a glissée sous ma porte.


Ainsi, Brignoles avait laissé un mot à Degas avant de commettre l'irréparable. À cet instant, Degas semblait capable de parler ouvertement, de s'ouvrir à des confidences. Les idées se bousculaient dans la tête de Pantin. Le plus inquiétant, c'était de recevoir cette confidence. Que pourrait-elle bien en faire ? Degas semblait considérer Pantin comme digne de confiance. Pantin était là, assise dans le bureau étonnamment chaleureux de Degas qu'elle découvrait, ahurie, ses formes épaisses débordant du fauteuil. Il y avait la bouteille de whisky vide sur le bureau, la reproduction d'une sculpture de Raphaël en marbre de Carrare, le cendrier en étain, autant d'objets raffinés parfaitement à leur place. Pantin sentait un poids lourd sur ses épaules. La posture de Degas était toujours celle d'un homme autoritaire, cassant et pourtant Pantin sentait qu'une brèche s'était ouverte. En voyant le portrait de Degas père trôner sur le mur derrière le bureau, elle chercha une échappatoire.


— Pourquoi ne feriez-vous pas intervenir votre père ? Que voulez-vous que moi…

— Mon… père.


Il avait broyé ces deux mots sans desserrer la mâchoire. Degas enrageait d'avoir pour père un vice-amiral à la retraite, adulé par ses pairs. Il secoua la bouteille de whisky devant lui. Il se releva d'un bond et lut à nouveau l'inscription en lettres rouges depuis sa fenêtre. De voir le nom de son père ainsi étalé et associé au mot assassin, la confusion grandit dans son esprit. Mais non, c'était bien de lui qu'il était question sur ce mur de la honte. Il lui semblait qu'à une autre époque, en d'autres lieux, personne n'aurait eu l'audace de ce graffiti calomnieux. Debout devant un miroir aux stucs dorés, il observait l'homme devant lui, cet étranger. Il lui sembla un moment que cet homme n'avait pas sa place ici, dans ce bureau. Que c'était un usurpateur.


— Laissez mon père en dehors de cette affaire. Je ne veux surtout pas qu'il l'apprenne. Son nom doit rester sans tache. Vous comprenez, j'en suis sûr.


Pantin était-elle allée trop loin ? Avait-elle fait preuve de trop de familiarité ? Qu'attendait Degas au juste d'elle, une recrue anonyme qu'il n'avait jamais sollicitée jusqu'ici ? C'était maintenant qu'on atteignait au plus brûlant du sujet que Degas retrouvait sa froideur intransigeante.

Pantin pensait soudain à son propre père. Elle l'avait peu connu. Les rares souvenirs qu'elle en avait se dispersaient lentement dans sa mémoire. Sa mère l'avait élevée seule, prétextant une mort accidentelle pour expliquer l'absence paternelle.


— Je voudrais que vous conserviez cette lettre. Comprenez-moi, il ne s'est jamais rien passé entre Brignoles et moi. Il délirait le pauvre. Jamais, vous m'entendez, jamais je n'ai eu de penchant de ce genre. Ce serait tout bonnement extraordinaire !


Pour la première fois, Degas s'était emporté, il avait haussé le ton de la voix. Pas vers Pantin, non, son discours était dirigé contre l'homme dans la glace, Iceberg.

Pantin ne bronchait pas. Sertie dans le fauteuil, elle paraissait plus massive qu'elle ne l'était réellement, mais plus concentrée encore. Elle sentait une vérité affleurer, que Degas n'osait pas encore lui avouer.


— Je comprends, dit Pantin à voix basse. Que voulez-vous que je fasse de cette lettre ? Pourquoi ne pas l'utiliser pour votre défense ?

— Je refuse qu'elle soit rendue publique. Le nom de Degas ne pourrait en aucun cas y être associé. Ce serait infamant !

— Alors, pourquoi m'en faire part ? Pourquoi ne l'avez-vous pas brûlée ?

— J'y ai pensé cette nuit. Longuement. J'aimerais, après le procès, que vous alliez voir la mère de Brignoles, la Finlandaise, que vous lui donniez la lettre et lui expliquiez la situation.


Incroyable. Tapi dans ce corps froid, il y avait donc un cœur qui battait pour d'autres considérations que la droiture, la rigueur militaire et l'honneur du patriarche.


— Mon colonel, si je peux me permettre, pourquoi ne le feriez-vous pas vous-même ?

— Je ne connais pas l'issue du procès. Je serai peut-être incarcéré. Qui sait ? Et puis, vous parlez finlandais à ce que l'on m'a dit.

— Mais c'est absurde. Si c'est vrai, si Brignoles s'est suicidé par dépit amoureux, vous devez utiliser cette lettre pour votre défense. Vous n'allez pas vous laisser mettre en prison pour une histoire de…

— Une histoire de quoi, Pantin ?

— Une histoire de réputation !


Ce dernier mot figea le silence dans la pièce. Degas pensa un moment qu'il s'était trompé sur Pantin, sur Brignoles, sa réputation, sa carrière, l'aura de son père. Il se raidit une fois de plus devant la fenêtre, se demandait s'il n'avait pas tort de tant se confier. La nuit durant, il avait pensé bien plus à lui-même qu'à Brignoles, son père et les autres. Il confondait tout, comme si les événements d'aujourd'hui étaient étroitement liés à son passé.


Aucun rapport ! Aucune ressemblance ! Lui était intègre. Il avait su forger sa carrière dans l'ombre omniprésente du père. Un père pourtant bienveillant qui ne l'avait pas poussé dans cette voie. Entre lui et son père, il n'y avait pas seulement l'écart d'une génération. Lui, c'était un pur ! Voilà la vérité qu'il cherchait ! Tout jeune, il était déjà un pur, par orgueil. Il avait cru qu'on pouvait être pur à l'armée ! Puis, un jour, il avait surpris son père en flagrant délit d'adultère.


Pourquoi donc cela le gênait-il tellement de sentir sa barbe rêche sous ses doigts ? Allait-il s'avouer qu'il était en proie à un sentiment qui ressemblait terriblement à de l'humiliation ? Parce qu'il était négligé, presque sale à ses yeux ? Parce qu'il avait bu toute la nuit ?


Son existence lui parut tout à coup d'un vide sidéral. Tout ce qu'il avait fait, il l'avait fait par principes, des principes moraux et éthiques dont peu de gens s'encombraient encore aujourd'hui.


La vérité…


Eh bien ! oui, la vérité, il était forcé de l'admettre, ce qui le gênait, ce qui, depuis tout à l'heure, peut-être depuis le matin, peut-être depuis longtemps, ce qui finissait par créer une sorte d'angoisse et par avoir la fade saveur de la honte, c'était d'être impur !


Impur en pensées mais en actes aussi ! Il avait trahi ses promesses de pureté d'adolescent ! Ses pensées avaient fini par rancir. Il s'en purifiait avec du whisky qui toujours le dévastait. Quand il se retourna vers Pantin, il avait son œil mauvais. Ses pensées tournoyaient et le firent presque vaciller. Degas reprit le contrôle en posant à plat les deux mains sur son bureau.

— Écoutez, Pantin. Je vous ai fait venir ici car j'ai confiance en vous. Je vois en vous une femme à l'intelligence vive, capable de comprendre une situation aussi… délicate. Mais si vous ne voulez pas vous charger de cette mission, eh bien soit, je ne vous en tiendrai pas rigueur.


On entendit le pas lourd de la police militaire résonner dans la cage d'escalier.


— Ils ont fait vite. Pour être franc, Pantin, je ne suis pas certain d'avoir le courage d'aller voir cette femme.


Degas tendit la lettre à Pantin, qui hésita un moment avant de la saisir et de la glisser dans sa poche.


— À vos ordres, mon colonel.


Avant de quitter les lieux, Pantin observa au fond d'un chandelier la cire bleue d'une bougie presque entièrement consumée. La liste de courses dont Brignoles l'avait chargée deux jours auparavant lui revint en tête. Une bouteille de whisky, un briquet doré, un bloc de foie gras… et des bougies bleues. Elle fit alors un geste absolument inconvenant dans ces murs. Elle serra Degas dans ses bras et lui murmura « je suis désolée, colonel ». Degas se dégagea mollement de l'étreinte. Pour tout remerciement, il haussa les épaules et évacua Pantin par l'issue de secours pour lui éviter la confrontation avec la police militaire. La porte s'ouvrit brusquement : c'était la justice qui entrait sans frapper. Degas n'y prêta aucune attention. Ils n'avaient pas fait trois pas dans le bureau que Degas goûtait pour la dernière fois le métal froid du canon dans sa bouche.


 
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   socque   
5/6/2017
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Ce détail me paraît de trop :
ses formes épaisses débordant du fauteuil
D'accord, Pantin est en surpoids, mais c'est tout de même une militaire, qui a passé (quoique de justesse) les épreuves d'aptitude physique... Qu'elle déborde d'un fauteuil dans un bureau de colonel, non, c'est trop. Je me dis que c'est le mot "fauteuil" qui déséquilibre ; ce serait une simple chaise, encore, ça passerait mieux peut-être.

Un détail, certes, mais symptomatique de ce qui à mon avis ne va pas dans votre texte : une espèce d'outrance. L'écriture me paraît trop dramatique. L'histoire est intéressante, la révélation plutôt bien amenée, mais le tout, à mon avis, n'est guère crédible à notre époque. L'inflexible meneur d'hommes qui se flingue parce qu'il ne peut supporter que son homosexualité soit révélée au grand jour et le nom de sa famille déshonoré, oh hé ho ! Placez cela dans l'armée impériale austro-hongroise, genre à l'époque du suicide de l'archiduc Rodolphe à Mayerling, et là je pourrai y croire.

Ce décalage étonnant de la mentalité des personnages avec notre époque m'a gênée ; selon moi, elle rend quasiment burlesque tout le texte, et je ne crois pas que ce soit votre but.

   plumette   
12/6/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
un univers que je connais mal: celui de l'armée où règne encore des valeurs qui peuvent parfois paraître désuètes comme un certain sens l'honneur qui conduit à l'hypocrisie, au mensonge et finalement à la mort!

un homme froid, implacable, déstabilisé par quelque chose qui se dévoile lentement au fil de la nouvelle

Un moment de faiblesse où cet homme rompt le silence ( de la
grande muette) pour se confier à mots couverts à une jeune recrue. pourquoi elle? Elle aussi se le demande et moi aussi lectrice, je me le suis demandé! Un moment d'humanité chez cet homme, muré dans son intransigeant personnage, une petite lueur pour laisser de lui une trace un peu différente de ce rôle endossé depuis tant d'années! La trace ténue d'une vérité impossible à dire.

J'ai passé un bon moment car je suis de ces lecteurs qui aiment deviner autant que lire.


Plumette

   Grange   
28/6/2017
Commentaire supprimé par son auteur

   Alexandre   
27/6/2017
Bonjour PierrickBatello... Le milieu militaire est un milieu que je connais bien pour avoir porté durant 32 ans l'uniforme de l'Armée de l'Air mais je ne le retrouve pas dans cette nouvelle.
Certes, l'homosexualité est aussi présente dans cette institution qui n'est que le reflet de la société mais les problèmes de tous ordres ne se règlent pas de cette manière entre officiers et jeunes recrues, et plus particulièrement quand l'officier en question est colonel chef de corps (sans jeu de mots !). J'ai donc beaucoup de mal à envisager l'entrevue que vous décrivez ici. Hormis cet avis tout à fait personnel, votre nouvelle manque cruellement d'épaisseur et la chute me parait assez peu crédible.
Pas d'appréciation de ma part, le commentaire me semble suffisant.
Au plaisir !

   widjet   
27/6/2017
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Un sujet jamais abordé sur le site (du moins dans ce corps de métier là). Je trouve les commentaires un poil sévères même si je suis globalement d'accord sur ce qui est reproché. Certes, je suis pas à même de juger de la crédibilité du récit notamment dans le rapport entre les deux gradés ou sur des précisions dans le domaine militaire, mais l'écriture n'est pas mauvaise (je passe outre quelques formulations mille fois entendues "Cette question fit l'effet d'une bombe ...", ou "Son existence lui parut tout à coup d'un vide sidéral"...), l'ensemble est assez fluide et surtout l'auteur prend tout de même le temps de donner des détails sur le décorum. Enfin par petites touches et sans effet outrancier, de dévoiler le tourment intérieur de son héros et cette dualité entre le fait de vouloir s'épancher et celui de tenir son rang et sa réputation froide et tranchante comme le mentionnent ses deux surnoms (iceberg et guillotine).

Bancale l'histoire ? Oui, peut-être, mais parfois dans le trouble, on agit pas forcément de façon crédible ou logique.
(Je sais, aujourd'hui, je suis particulièrement tolérant :))
Mais c'est vrai que ça manque d'intensité.

En revanche, les dialogues peuvent clairement être améliorés (notamment ceux de Pantin) et l'auteur a tendance à surexpliquer une situation qu'on avait compris (la requête de Brignoles à Pantin et la présence des cadeaux dans le bureau du colonel), y avait largement moyen d'être plus subtil. Idem pour le geste affectif de la jeune femme, c'est trop soudain et mal amené (pour cela il aurait fallu travailler davantage l'intériorité du personnage féminin pour qu'on adhère à cette empathie car finalement on sait trop peu de choses sur elle - une ligne sur son père - alors que y'avait moyen de développer ce personnage, son humanité - ses propres complexes - son poids - son passé, son choix de s'enrôler dans l'armée...).

La nouvelle est peut-être trop courte.

W

   zorglub12   
28/6/2017
Commentaire modéré

   PierrickBatello   
28/6/2017
Remerciements, c'est ici. C'est en fin de fil car avant, ça cause surtout sur la méta-communication...

http://www.oniris.be/forum/on-cause-sur-degas-assassin-t24238s20.html#forumpost323116

   David   
28/6/2017
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour PierrickBatello,

J'ai bien aimé le suspens, la tension qui monte en attendant de connaitre le dénouement de cette histoire. j'ai dû comprendre à peu près au niveau de la lettre, le temps que ça se décante, mais tout s'est bien mis en place après, à rebours, pour dépeindre le drame d'une relation homosexuelle, ou plutôt une relation de désirs mais bon, c'était le truc quoi. J'ai trouvé le vertige du colonel, la succession de ses pensées douloureuses, très pertinent pour aller vers cette fin funeste. Ça psychologise pas trop, ce que je craignais quand débutait "l'image du père".

Pour les défauts, c'est un peu du théâtre chinois, je veux dire un jeu de contraste à présenter cette histoire à l'armée, bien que ce soit marrant qu'il s'agisse de la DGSE. Le colonel fils de vice-amiral, qui fait un peu comme "amiral de ses vices" fantasmées, son "impureté" je veux dire, c'est quand même mettre un cadenas sur des menottes. Après ce sont des choix dont l'absence aurait pu affadir le propos, et qui n'ont pas vraiment nuit au déroulement de ma lecture.

   Isdanitov   
29/6/2017
 a aimé ce texte 
Un peu
A la liste déjà longue des pièges que je cherche à éviter je rajouterai ceux mis en évidence au travers de ce texte, il y en a d'autres contenant les mêmes écueils, et qui consistent en une sorte de bienveillance moralisatrice dont l'auteur serait le dépositaire. Le texte à beau aborder des thèmes plus ou moins polémiques, l'auteur se révèle être le gardien moral de l'orthodoxie. A quand un texte amoral au dénouement inattendu, que l'on sorte du ron-ron des convenances? Il en résulte, malheureusement, une impression de déjà lu car le traitement de l'intrigue est identique d'une nouvelle à l'autre.

A ceci, je rajouterai encore le travers explicatif, qui est le plus gros défaut que nous, auteurs amateurs ayons à combattre. Cela se traduit par des phrase du style : il fait ceci ou cela parce que, et alors... apportant un complément d'informations circonstanciées là où le texte devrait évoquer.

   Bidis   
29/6/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Un texte que j'ai trouvé poignant, sobre et fort bien écrit, à part quelques répétitions que j'ai relevées ci-après :
"Pris dans ses réflexions, il s'interrogeait sur la réputation qu'il avait rapidement acquise au sein de l'état-major. " : Je trouve que cette phrase a un effet de répétition. Dans la phrase même, s’il s’interroge c’est qu’il est « pris dans ses réflexions ». Et quand il se demande ce que ses supérieurs pourraient penser, que fait-il d’autre que s’interroger sur sa réputation au sein de l’état major.
"Elle respirait fort par la bouche. », pour éviter la répétition du pronom, j’aurais préféré une seule phrase : « Elle portait etc et repirait fort par la bouche », d’autant que le pronom revient deux fois dans les phrases suivantes.
"Pantin était gênée par sa présence. " On vient de parler du tissu en velours, de sorte qu’on y relie instinctivement l’adjectif possessif. Il ne s’agit pas non plus de la présence du colonel. Je trouve qu’il aurait fallu écrire « par sa propre présence ».
"Pantin fut très étonnée que Degas connaisse ce détail. Pantin savait... " : répétition du prénom. D'autant qu'il revient dans la phrase suivante. 
De « Ainsi, Brigode » jusqu’à « elle chercha une échappatoire », on a six fois le patronyme « Degas » pour 154 mots. Il vaudrait mieux utiliser quelquefois le pronom « il » et on a aussi la possibilité de dire « le colonel ».

   YvanDemandeul   
13/7/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Vous avez un style remarquable ! Alerte et fluide. Les phrases sont bien tournées, le vocabulaire d'une richesse exceptionnelle et les expressions parfaitement bien choisies. Vous maîtrisez très habilement , tel un Alfred Hitchcock, l'art du suspens. Votre nouvelle pourrait d'ailleurs sans doute faire l'objet d'une adaptation filmée. Le lecteur ne sait pas tout de suite où l'on va mais, petit à petit, des indices délivrés au compte-goutte permettent de comprendre ce qu'est peut-être cet homme et l'angoisse qu'il ressent jusqu'au probable suicide final, rien que pour l'honneur ! Bravo ! Vous êtes un maître et vous avez toute mon admiration !

   Tadiou   
16/7/2017
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour PierrickBatello.

J'arrive tard avec mon commentaire. Sans avoir lu les autres. Seulement avoir constaté quelques "agitations" que j'ai ignorées.

C'est une peinture d'une situation sordide avec un personnage repoussant. On reste largement dans le surréaliste et l'artificiel pour les deux personnages.

L'écriture est trop en retrait pour me toucher. Cela me semble caricatural, à peine esquissé, comme si c'étaient des marionnettes qui laissent indifférent.

Le sujet est difficile et il me semble que tu as voulu placer la barre très haut.

A te relire avec intérêt. (Pardon, j'ai tendance à tutoyer...)

Tadiou


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