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Fantastique/Merveilleux
socque : Volonté
 Publié le 24/11/11  -  24 commentaires  -  21039 caractères  -  284 lectures    Autres textes du même auteur

Jusqu'où peut-on aller pour atteindre son but ?


Volonté


Je devais aller à l’horizon. Aucun autre moyen de s’en sortir quand, à douze ans, on habite sur une île misérable entourée de poissons tués par la pollution et qu’on trime sur une chaîne de fabrication de ces mignons jouets exportés dans les pays riches. De tout petits flocons de plastique flottent dans l’atelier, on les respire et ça ne peut pas nous faire du bien. J’en ai connu qui, à vingt-cinq ans, toussaient de plus en plus et un jour ne venaient plus.

La personne à voir, quand on se décide, c’est Gros Dégueu. Alors, je n’avais pas trente-six moyens de le payer. J’ai versé un premier acompte ; enfin, c’est lui qui a déversé ! Dans ma bouche. Après il a bien voulu m’écouter. Il a sifflé.


— Dis donc, toi, t’as pas peur ! L’horizon, carrément. Tu voudrais pas plutôt une place dans une meilleure usine, ou comme larbin ? Parce que là, ça va te coûter…

— Je veux m’en sortir, je lui ai dit. Je ferai ce que vous voudrez.

— Pour ça, oui. Pendant un mois. Ensuite on en reparle.


Il a rigolé.


— Et tu prives tranquillement tes parents de ta paie ? Ils vont te bénir, les vieux !

— Je ne leur ai rien dit. J’habiterai avec vous de toute façon, non ?

— Ouais. Je te veux à ma botte tout le temps.


Mes parents savaient que j’étais intelligent et voulais changer ma vie. Ils se douteraient que j’avais un plan et se montreraient patients. Ou non, c’était leur problème.

J’ai coché les jours. Il y en avait des pires et pas de meilleurs. On a commencé en mars mais Gros Dégueu, à sa manière, il était réglo : il m’a dit à midi du trentième jour que c’était OK et il a sorti une grande carte du monde où les horizons étaient indiqués.


— Bon, il a commencé, je suppose que c’est pas le plus proche qui t’intéresse ? L’Alaska-Pacifique ?


J’ai grommelé, mécontent :


— Qu’est-ce que j’irais ramasser près d’un horizon maritime ? Quand le soleil plonge dans la mer, il la fait bouillir, il crée les nuages et rien d’autre ! J’ai lu des bouquins, vous savez, je ne suis pas ignorant !


J’avais peut-être tort de parler sur ce ton à Gros Dégueu, mais je ne supportais pas qu’il se moque de moi alors que j’avais tout accepté pour gagner ce voyage. Il ne comprenait pas que j’étais sérieux ?


— Allons, monte pas sur tes cavales, on rigole ! il a fait, pas affecté d’un poil. Tu sais pas que, près de l’Alaska-Pacifique, on trouve des mecs spécialisés dans la collecte des poissons bouillis ? Y a des richards qui adorent ça, paraît qu’ils « absorbent la force du soleil »… C’est ce que dit la pub. Mais je crois que t’as raison, les loquedus qui pêchent là-bas ils doivent pas voir tellement la couleur de l’argent que ces trucs rapportent aux importateurs. Et c’est super dangereux ! Ils doivent filer dans leurs coquilles de noix sur la mer encore bouillante pour choper les cadavres avant que les léviathans s’amènent. Eux aussi ils aiment la viande à la vapeur, faut croire. Et un léviathan, tu discutes pas avec, hein. Si elles font pas gaffe, ces bébêtes, elles avalent le gars et son bateau en même temps que les rorquals cuits…


J’avais remarqué que Gros Dégueu aimait bien dégoiser sur n’importe quoi. Il n’avait pas souvent de la compagnie, alors il en profitait. Il se fichait que je l’écoute uniquement parce que je n’avais pas le choix. J’ai pris mon mal en patience.


— Enfin bref, il a soupiré, tu t’en fiches de ce que je raconte. Tu sais ce que tu veux et t’as raison. Faut en mettre un grand coup pour avoir la belle vie ! T’as frappé à la bonne porte, je sais comment tu peux arriver à un horizon terrestre sans te cramer les pieds à cinquante kilomètres à la ronde, pour ramasser ce qui t’intéresse. L’or, hein ?


J’hésitais à révéler mes plans à ce type. Il a ri.


— Qu’est-ce que tu crois ? J’ai ma petite vie peinarde, je vais pas te piquer ton idée ! Trop de boulot à mon goût, tout ça. Bon, qu’est-ce que tu dis de l’horizon Afrique-Moyen-Orient ?

— Le continent autour est trop grand, j’ai peur de trouver du monde dessus. Je ne suis pas de taille à me battre. Celui en Australie est mieux et puis il est plus près, je n’aurai pas à en traverser un autre pour l’atteindre.

— Bien vu. T’as l’Aussie, donc, tout à l’ouest de l’Australie. Pas mal de désert d’un côté, la mer de l’autre.


Quand j’allais encore à l’école, la maîtresse nous a expliqué que les horizons avaient contraint et modelé toute la civilisation humaine. Des fois, si la fatigue me le permettait et si j’étais assez propre pour qu’on m’accepte à l’entrée, je lisais à la bibliothèque.

Les savants s’étonnaient toujours que les premiers hommes aient réussi à traverser les différents horizons pour occuper tous les continents. Ils devaient courir pendant des dizaines de kilomètres entre deux passages du soleil ! Certains supposaient qu’ils avaient utilisé les oiseaux rocs, mais ces animaux ont toujours été très difficiles à apprivoiser.

En tout cas, personne avant l’aviation n’a pu franchir l’horizon Trans-Atlantique. L’humanité, disent les livres, est née en Afrique de l’Est, a migré vers l’est jusqu’au continent Poulet, vers l’ouest jusqu’en France et en Angleterre. Quand les premiers explorateurs européens ont traversé l’Atlantique par avion, la guerre a éclaté sans délai. Encore aujourd’hui, les Poulétides refusent toute relation commerciale avec le reste du monde.

Après ces lectures, j’essayais d’imaginer ce que ça pouvait être, de voir l’horizon de loin sans savoir ce que c’était, de partir à l’aventure, de sentir la chaleur de plus en plus forte et d’arriver à cette immense barrière en feu où plongeait le soleil le soir. Ou bien où il surgissait le matin, ça dépend de quel côté de l’horizon on se trouve.

Ces hommes, au lieu de rentrer chez eux et de reprendre leur vie, risquaient tout pour aller de l’autre côté, dans l’espoir de voir de nouvelles terres, d’avoir de l’espace, de la richesse. Je me sentais de leur trempe, je ne resterais pas comme mes parents dans cette usine minable ! Je méritais mieux, je le savais.


— Avec mon système, m’a assuré Gros Dégueu, tu vas pouvoir rapporter une bonne masse d’or sans te préoccuper des provisions ni du couchage. Tiens, prends ça.


Il m’a jeté trois boudins de tissu roulés serré, un grand muni d’une espèce de harnais et deux petits.


— Il faut qu’on aille sur la colline, il a ajouté. On attendra la nuit, vaut mieux pas se faire repérer. Va falloir qu’on s’occupe… Viens par là.

— Mais on est quittes ! j’ai protesté.

— Pour le moyen de transport, oui, pas l’équipement associé. Et crois-moi, tu en auras besoin. Allez, pas grand-chose, une petite gâterie…


Je me suis dit qu’il n’était pas si réglo, Gros Dégueu. Quel sournois !

Bref, on a attendu et à la nuit tombée on est sortis. Il faisait lourd, le ciel était couvert et on n’y voyait rien dans ce quartier où personne ne se donne la peine de réparer les réverbères. À un moment, j’ai entendu une grosse bête s’ébrouer et il y avait une lueur derrière le coin ; la police montée, je me suis dit. Gros Dégueu m’a mis la main sur la bouche.


— Bouge pas.


Il a tourné le coin de la rue. J’ai entendu vaguement parler, pas fort. Gros Dégueu est revenu.


— Ça colle, il a fait. J’ai promis de la chair fraîche au cogne – il est comme moi, je le connais –, il regardera ailleurs et oubliera le couvre-feu pour nous.


On a traversé la rue où se trouvait le flic. Je n’ai pas pu m’empêcher de jeter un coup d’œil : la licorne me regardait d’un air mauvais, sa corne était toute rouge, des gouttes tombaient. J’ai frissonné. Ces bêtes adorent transpercer les contrevenants, c’est connu. On dit qu’elles les mangent, mais je n’y crois pas. Elles sont comme des chevaux, mais dressées à tuer, c’est tout.

Le cavalier regardait ailleurs, comme promis. Il sifflotait et retenait fermement sa monture. Elle n’aurait pas hésité, foutu bestiau, elle ne demandait que ça !

On a marché, grimpé. J’étais crevé après ce mois chez Gros Dégueu à me faire foutre sans vraiment bouger. Et puis on est arrivés en haut. L’air sentait bon et je voyais les étoiles. Il y en a tant ! Ce sont des soleils comme le nôtre, très loin, avec des mondes aussi peut-être. Gros Dégueu a sifflé très fort.


— Je sais qu’elle est dans le coin en ce moment, il a dit. Elle suit la migration des baleines.


Il y a eu un bruit énorme, comme les ventilateurs géants à l’usine qu’on ne fait marcher que pour les inspections. Un gros corps a caché les étoiles, un cri perçant a aplati les herbes. C’était un roc !

Je n’en revenais pas que Gros Dégueu ait apprivoisé un oiseau roc.


— Apprivoisé, pas vraiment, il a rectifié. Je lui ai sauvé la vie y a longtemps, quand elle venait de sortir de l’œuf, mais ces bêtes-là font ce qu’elles veulent ! Comment tu voudrais les obliger à quelque chose ? Seulement elle m’aime, alors je peux la convaincre pour toi. Écarte-toi, faut qu’on discute, les deux.


Tout autour, j’entendais des bruits de fuite ; les animaux se carapataient. Bien sûr, seuls les gras, les balèzes, ceux avec un minimum de viande sur les os avaient vraiment à craindre d’un roc, mais on ne sait jamais, qu’ils semblaient penser. Moi je voyais où ça allait cette histoire, et je me posais des questions. Est-ce que je pouvais faire confiance à Gros Dégueu pour ne pas me filer en casse-croûte à sa copine ?

J’ai bien failli me tirer aussi ce soir-là, comme toutes les petites bêtes qui devaient avoir plus de bon sens que moi. Ce qui m’a fait rester, c’est la pensée des semaines que je venais de passer. J’aurais subi tout ça pour rien, pour retourner à l’usine et à ma vie de merde ? Si je m’étais fait arnaquer, autant aller jusqu’au bout… Il me transporterait sûrement un peu avant de me bouffer, le roc, j’ai pensé. Qui peut se vanter d’avoir volé à dos d’oiseau géant avant de crever ?

Gros Dégueu m’a fait signe d’approcher.


— Lily, je te présente Fou-Malade, il a dit en rigolant. Fou-Malade, voilà Lily. Je lui ai expliqué où tu voulais aller et pourquoi, elle est d’accord. Alors regarde : pour la bouffe, je te donne ce petit tube ; quand Lily est née, j’étais dans une mauvaise passe moi aussi. On s’est mutuellement sauvé la vie, si tu veux. Quand elle a été assez forte, elle m’a permis de tenir le coup grâce à une canule que je lui ai installée sur le dos. Tu y ajustes le tube et tu prends un peu de sang. Sers-toi à suffisance mais sans abuser. Et puis, si vous vous entendez bien, elle pondra peut-être un œuf par-ci par-là pour toi… Voilà, regarde comment j’ajuste le sac de couchage ! Tu t’allonges là-dedans et tu es peinard, bien au chaud sur son plumage… Les deux autres sacs, ce sont les fontes pour transporter l’or, on les attache de chaque côté. Attends, le cadeau de la maison !


Il a sorti de sous son manteau une espèce de louche.


— Tu vois, c’est pour recueillir l’or. Le manche est télescopique, tu t’entraîneras à manier l’instrument pendant le voyage : tu files un coup de poignet et il s’allonge à cinq mètres ! C’est souple et solide, je me suis procuré ça auprès d’un métallurgiste, si tu veux choper le trésor en fusion. Les fontes sont doublées de carbone aréactif, elles ne brûleront pas. Tu remarques que je pourrais encore te faire raquer pour ça, mais t’es un brave gosse, courageux. Je respecte.


Il avait une drôle de manière de montrer son respect, j’ai pensé, mais j’ai hoché la tête avant de grimper sur le dos de Lily. Peut-être qu’il ne m’envoyait pas à la mort, après tout.

Le roc a poussé un cri à m’arracher la peau du crâne et il a décollé, pouf, comme ça. Un truc aussi lourd ! En un rien de temps je sentais un vent glacial sur mon visage, on filait, vite, loin. J’avais tellement peur que je me suis endormi – évanoui.

Quand j’ai émergé, le jour était levé, le soleil cavalait pour nous rattraper et sûrement il le ferait. J’ai bu un peu de sang du roc et j’ai failli encore une fois perdre connaissance.

Le monde, le monde était mien, sous mes ailes prodigieuses. Je fendais l’air, poussais mon cri et recueillais au vol les petites proies assommées en plein vol par l’onde sonore ; du menu fretin ! Je plongeais vertigineusement, à pleine vitesse et transperçais le cuir épais et gras des baleines, agrandissant leur évent jusqu’à les blesser à mort. Puis je me battais avec les léviathans remontés des profondeurs pour m’arracher mon festin. Mon univers était bleu ciel, blanc nuées, rouge sang, noir nuit, je croyais parfois toucher les étoiles. Un jour j’étais montée haut, si haut, pour le simple plaisir, et j’avais suffoqué quand l’air avait manqué ; j’avais chuté pendant des éternités avant de retrouver mes esprits et de me rétablir en battant fort mes ailes.

J’avais élevé des petits géants après avoir subi en plein ciel l’étreinte du mâle qui avait su me rattraper, déjouer les entrelacs de ma trajectoire. Le premier éclos chez les rocs mange les autres et attend les monstrueux quartiers de viande que lui rapporte sa mère ; elle doit avoir le bon sens, un jour, de l’abandonner quand il peut s’élancer de la montagne et prendre son essor, avant qu’il soit assez fort pour la déchiqueter. J’étais certaine qu’au moins deux de mes six poussins titanesques avaient survécu, je les croisais parfois dans les airs et les reconnaissais à leur cri, à leur odeur, la disposition des taches carmin sur leurs ailes. Les hommes chassaient mon espèce, ils disposaient désormais de ces maudits appareils qui criaient plus fort que les grands rocs quand ils allaient très vite, plus vite que les pires tempêtes, qui les assommaient et les précipitaient à terre où attendaient les dépeceurs.

Moi, dérisoire humain, je savais qu’un roc représentait des mois de viande pour une famille nombreuse, que des villages entiers ont de quoi festoyer sur un seul filet, de petites villes sur une cuisse et son pilon. Un jet peut en effet abattre un roc s’il passe le mur du son suffisamment près de lui. Des gouvernements distribuent les morceaux de l’animal abattu aux agglomérations méritantes – obéissantes –, qui n’en font guère profiter leurs pauvres, ceux qui ont vraiment besoin de chair riche, gorgée de sang et d’énergie. Cette information passait à présent à Lily qui savait tout de moi comme je savais tout d’elle. Je découvrais par la même occasion que du sang de roc librement dispensé crée un indissoluble lien télépathique entre roc et humain, et que Lily serait toujours là pour moi. Pourquoi Gros Dégueu ne s’était-il pas vanté de ce don fabuleux qu’il me faisait ?


Ainsi nous avons volé, volé sans trêve vers le soleil couchant. Lily n’aurait pas vraiment besoin de se nourrir avant des semaines, elle se contentait parfois de happer au prix d’acrobaties flippantes quelques frégates – albatros – perroquets – balbuzards – qu’est-ce que j’en savais ? En tout cas, nous survolions l’Australie depuis déjà un bout de temps. Elle m’a proposé de pondre un œuf que je pourrais faire cuire, mais j’étais trop pressé ; ce que je lui prenais de sang ne l’affaiblissait pas, m’a-t-elle assuré.

L’air se réchauffait, même pendant la nuit, je voyais sous nous la terre brune ou noire, sans plus de vert. Enfin, un soir, j’ai cru que le soleil nous frôlait ! Il nous a dépassés à toute vitesse et a plongé devant nous dans un rugissement incroyable. Je crois que si Lily avait crié à ce moment-là je ne l’aurais pas entendue. J’ai senti un grand souffle chaud contre nous et j’ai fermé les yeux. Je me suis rappelé les histoires que me racontait Mémé quand j’étais tout petit, avant qu’elle meure dans un accident du travail, où le Diable ouvrait la bouche et calcinait les méchants enfants par sa seule haleine. Lily est montée plus haut.

Tu dois réfléchir à la manière de s’y prendre, qu’elle m’a dit. Regarde comment ça se passe.

Je me suis forcé à rouvrir les yeux.

Sous moi, des arcs de roche en fusion dessinaient leurs trajets enflammés, mêlaient leurs couleurs. J’avais lu que les densités différentes des minerais faisaient jaillir les plus lourds moins loin, moins haut ; en effet, je distinguais sous les rouges et jaunes banals de la lave ce que j’étais venu chercher, l’or des fontaines d’or fondu.

D’accord, je n’y connais rien, on pourrait en théorie me vendre de l’aluminium pour du platine que je ne ferais pas la différence… mais l’or, c’est autre chose. On peut trouver plus précieux, d’ailleurs les adultes rassis autour de moi, dans les soirées où je les invite et où ils me regardent de haut parce qu’ils n’ont pas compris que je serai bientôt à leur niveau de roublardise et de méchanceté, ces adultes donc parlent parfois de « terres rares » qui valent beaucoup plus que l’or. J’aurais été infichu de les repérer, ces terres rares, au milieu des jets de feu, du sifflement des bombes volcaniques débloquées soudain par les remous du soleil traversant la terre, tandis que, dans ce chaos, l’or était une évidence.

Plus lourd que la plupart des éléments, il paraissait protégé par les arches brûlantes qui formaient presque un toit au-dessus de lui.

Tu peux t’en approcher ? j’ai demandé à Lily.

Tu n’as pas encore compris ce que peut faire un roc ? elle a répondu. (Et, même si je ne l’entendais que dans ma tête, son dédain m’a transpercé.) Je ferai ce que tu veux, mais c’est à toi de t’accrocher.

Je tremblais. J’ai déroulé une des fontes, je l’ai attachée à la louche que m’avait fournie Gros Dégueu et que Lily, sur ma demande, avait percée de son bec ; elle recueillerait le liquide, le ferait couler dans le sac. Je m’étais entraîné en vol à déplier le manche, à le placer exactement où je voulais, j’avais même pratiqué en demandant au roc de faire des acrobaties… Mais là, on était dans le sérieux, avec des gouttelettes qui pouvaient me percer le bras jusqu’à l’os. Je me demandais si mes yeux n’allaient pas s’évaporer dans la fournaise.

Tu veux faire un essai à vide ? m’a proposé Lily.

Non. Ça passe ou ça casse.

Ça passait ou je cassais, quoi. Je le sentais comme ça.

J’y vais.

Sans autre avertissement, Lily a plongé en vrille.


Je ne peux plus trop dire, maintenant, comment je me suis débrouillé pour remplir mes fontes sans dégringoler du dos du roc. Je tâchais de rester bien enfoncé dans mon sac de couchage, évidemment, mais en même temps je devais avoir le bras dégagé pour déployer la louche, avec assez d’appui pour la soutenir quand elle s’emplissait d’or fondu… Je crois que mon cerveau était trop occupé à garder mon corps en équilibre tout en lui faisant effectuer sa tâche pour en plus enregistrer ce qu’il se passait. Quoi qu’il en soit, en trois passages c’était terminé. D’une fois sur l’autre, Lily dégageait de son bec l’or collé à la paroi de la louche et recreusait le trou au milieu. En quoi donc ces animaux sont-ils faits ?

Et voilà, nous sommes rentrés et je me suis rendu compte que j’étais coincé. Quelle banque prend en dépôt les biens d’un gamin de douze ans ? Je n’avais aucune confiance en mes benêts de parents, ils se seraient fait estamper avec le même brio que moi par les changeurs et autres vautours d’affaires.

Je m’en suis remis à Gros Dégueu, bien sûr. Il sait mener sa barque, celui-là : je lui avais payé le droit de lui ramener une fortune ! Nous sommes tombés d’accord, j’ai fait signer n’importe quoi à mes parents, il m’a adopté et est devenu gestionnaire de mon or. Je dois reconnaître qu’il a fait fructifier la mise de départ, il ne l’a pas employée uniquement à se goinfrer ; je toucherai le pactole à dix-huit ans, d’ici là j’aurai au moins cinq usines qui tournent à plein régime. Je m’initie au commerce, à l’économie, à la finance et je me sens dans mon élément. Je serai bientôt de taille à tous les niquer.

J’ai pu acheter une maison, aussi, j’y emploie mes parents comme intendants. Ils peuvent m’être reconnaissants, fini pour eux de se tuer à la tâche dans les vapeurs chimiques ! Ils sont incapables, je dois passer derrière eux pour tout. Mais je ne leur reproche rien, je les laisse s’imaginer que sans eux je serais tout déboussolé.

Je n’oublie pas d’où je viens, j’ai bataillé avec Gros Dégueu pour établir un plan de promotion par l’éducation proposé aux gosses de mon usine : ceux qui le souhaitent et prouvent leurs capacités lors de tests préliminaires, tous les après-midi suivent des cours. Ma société paie les enseignements et ne retire aux mômes que deux heures de salaire journalier – 20% du total alors qu’ils me devraient quatre heures de boulot. Bien sûr, il faut que les parents soient d’accord. J’ai emporté le morceau en faisant valoir à Gros Dégueu les bénéfices en termes d’image ; voilà du patron moderne et bienveillant ! Lui s’occupe des tests préliminaires et console ceux qui ont paumé par des propositions de son cru, moyennant finances. Tout fonctionne dans l’harmonie.


Dernièrement, Gros Dégueu et moi sommes allés attendre Lily qui suivait ses baleines et repassait dans le coin. Elle m’a emmené faire un tour, et c’était comme avant. Un jour, peut-être, je partirai avec elle, loin, et nous traverserons un horizon… Peut-être, un jour. Qu’est-ce qui m’en empêche ?


 
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   Anonyme   
20/10/2011
 a trouvé ce texte 
Faible
Je ne suis pas parvenu à « entrer » dans cette histoire. Et je crois que ça tient à très peu de choses : l’auteur n’a pas totalement « délocalisé » son décor, les lieux où l’action se déroule. Il nous fait suivre les aventures fantastiques d’un gamin d’une douzaine d’années qui s’envole sur le dos d’un oiseau géant, qui veut « traverser l’horizon » pour aller chercher de l’or en fusion. Il nous parle du Léviathan qui dévore les baleines, d’un continent qui s’appelle les « Poulet », d’un policier qui chevauche une Licorne. Mais il reste sur notre bonne vieille Terre et mélange le tout avec l’Angleterre, la France, l’Afrique, l’Atlantique, etc…
Ce qui enlève toute crédibilité, à mes yeux. Je veux bien entrer dans le jeu du fantastique mais à condition que TOUT le soit, y compris le décor. Mais là, je n’ai pas pu « jouer »… Ça n’a pas fonctionné.
J’ai une remarque très négative à faire au sujet de la « monnaie » avec laquelle le gamin paye le passeur. C’est assez abject, même si c’est dit de façon elliptique. L’auteur, pour s’inscrire dans le droit fil du Merveilleux/Fantastique aurait très facilement pu trouver autre chose et se dispenser de cette obscénité gratuite.
C’est certainement fantastique, mais ce n’est pas merveilleux.
L’écriture est globalement correcte du point de vue de la syntaxe et de l’expression française, même si le style n’éblouit pas.

   Lunar-K   
11/11/2011
 a trouvé ce texte 
Très bien
Un récit assez étrange... Entre fantastique (pour la majorité) et satire sociale (essentiellement sur la fin) : un mélange pour le moins étonnant mais véritablement intéressant, je trouve. Utiliser ainsi à la fois le registre du rêve et de l'humour noir, du cynisme, n'était certainement pas gagné d'avance mais force est de constater que la formule fonctionne plutôt bien, pour moi !

Plus particulièrement, j'ai trouvé fort originale cette façon de reprendre à votre compte, d'une manière tout à fait personnelle, une histoire finalement archi-rebattue, à savoir la trame classique de la ruée vers l'or et de ces chercheurs qui abandonnent tout (même s'ils n'ont pas toujours grand-chose à abandonner, bien sûr...) dans l'espoir de, peut-être, trouver de quoi enfin faire bonne fortune. Cela, évidemment (ce ne serait pas aussi "drôle" sinon), au bout de maintes épreuves et obstacles à contourner, franchir,...

Dans le cas plus précis de ce texte, il me semble que c'est surtout sur ces obstacles que vous vous attardez. C'est-à-dire que votre personnage n'a pas abandonné grand-chose et que, par conséquent, c'est faire face à ces diverses épreuves qui constitue pour lui le véritable "test". Ce par quoi il parviendra, en les dépassant, à démontrer l'insubmersibilité de sa volonté et, au final, son mérite. En l'occurrence, ces obstacles sont ici totalement décalés, voire carrément grotesques (satisfaire Gros Dégueu, se nourrir en plein vol du sang de son moyen de transport,...).

Vous n'épargnez guère à votre héros l'avilissement de ces tâches ! J'ai d'abord cru à une pure gratuité de votre part, simple sadisme (je n'ai d'ailleurs rien contre cela), mais il me semble désormais que tout cela prépare, à sa manière quelque peu "détournée", ce qui sera finalement la "morale" de cette histoire.

En effet, si (bien sûr) ces épreuves absurdes permettent d'autant mieux de tester la volonté et la détermination infaillible de votre héros, il me semble qu'en lui faisant ainsi subir ces différentes "humiliations", vous préparer à la fois le lecteur et le héros lui-même à ce renversement final, déjà préfiguré, il me semble, au cours du récit par cette réflexion que fait le narrateur : "ils me regardent de haut parce qu’ils n’ont pas compris que je serai bientôt à leur niveau de roublardise et de méchanceté". Comme si la "volonté" véritable de votre personnage n'était pas tant la volonté de s'échapper de sa condition initiale misérable mais de se "venger" de ceux qui lui firent cette condition.

Or, si toutes ces épreuves dont je parlais préparent ce renversement, ce n'est pas en tant qu'elles victimisent le héros afin d'en justifier la position finale. Bien plutôt (et c'est là, il me semble, une grande subtilité de ce texte), elles normalisent la cruauté dans la mesure où le héros lui-même, lorsqu'il la subit, l'accepte sans rechigner à aucun moment (ou si peu). Tout ce passe comme si, afin de s'échapper de la société, le héros devait l'affronter dans toute son intensité et ainsi, peu à peu, apprendre à l'accepter et à l'incarner...

Un récit, une morale, qui me paraît donc bien pessimiste. Une satire sociale disais-je. Je pense que c'est à ce niveau qu'il faut la chercher. Dans le retournement dialectique du maître et de l'esclave qui est, je trouve, particulièrement bien amené, avec beaucoup de finesse et de subtilité malgré la cruauté et la grossièreté apparentes de certains passages...

Concernant l'écriture, maintenant, je la trouve elle-aussi plutôt bien menée. Notamment grâce à cette humour délicieusement noir et cette fantaisie débridée qui parviennent à maintenir l'intérêt du lecteur même dans les passages les plus descriptifs et, donc, les plus lents du texte. Cela dit, ici encore, l'humour et, parfois, la grossièreté n'empêche nullement quelques élans beaucoup plus lyriques et poétiques. Je pense tout particulièrement à ce monologue magnifique de l'oiseau roc (qui n'est pas sans me rappeler certaines des plus belles allégories animalières de Lautréamont, c'est vous dire combien j'ai apprécié ce passage) !

Bref, ce texte m'a vraiment beaucoup plu. Le mélange des genres (fantastique, absurde, satire,...) sonne parfaitement juste pour moi. Et l'écriture me paraît également tout à fait maîtrisée dans ses différents registres.

Bravo et merci à vous !

   Perle-Hingaud   
13/11/2011
 a trouvé ce texte 
Très bien
J’aime cette première phrase : « Je devais aller à l’horizon. » : elle résonne, bravo !
« Mes parents savaient que j’étais intelligent et voulais changer ma vie » : le « et voulais », n’est pas fluide pour moi à la lecture. J’aurais préféré un banal « et que je voulais », ou une autre tournure pour éviter la répétition de « que ».
J’aime découvrir peu à peu que ce monde qui aurait pu être le nôtre dans le premier paragraphe s’éloigne vers le fantastique (le soleil qui fait bouillir l’eau, les Léviathans).
Le développement sur le thème de l’horizon est très bien trouvé. Original, poétique.
Le continent Poulet ! Je me demande si ce n’est pas inutile, ce changement de registre… ou alors je n’ai pas compris.
Le décalage entre la poésie de la nouvelle et le langage/situation des personnages me plait. Cette crudité me permet de me ramener à une certaine réalité, je crois, et du coup j’accepte mieux le reste.
« Les fontes sont doublées de carbone {aréactif}, elles ne brûleront pas. » : précisions à mon avis inutiles. Je trouve étonnant, tout de même, qu’un homme soi-disant sans velléité de changement tel que gros dégueu possède ce matériel.
Enfin, la chute, cynique à souhait, est fidèle à l’esprit du texte. Du beau travail.

   horizons   
15/11/2011
 a trouvé ce texte 
Bien
Un univers entre SF et fantastique très bien rendu, à la fois original, étrange, envoûtant et qui sert bien l'histoire. Les personnages (le garçon,gros dégueu et le roc) sont bien campés. Tous les ingrédients sont là pour faire une excellente nouvelle autour de cette quête initiatique de l'or.
Mais à partir de "Et voilà nous sommes rentrés" la fin est trop précipitée. En quelques lignes le garçon devient un riche mécène, ses problèmes sont résolus, il s' associe avec Gros dégue (qui a quand même abusé de lui pendant des mois!). Cette avalanche de détails pour clore l'histoire façon "tout est bien qui finit bien" est artificielle.
Il aurait été plus judicieux d'arrêter la nouvelle au moment où le garçon trouve l'or, en insistant plus, auparavant, sur la difficulté à l'extraire. La nouvelle s'appelle Volonté, ne l'oublions pas, donc autant décrire les épreuves traversées plutôt que la réussite finale.

   widjet   
18/11/2011
 a trouvé ce texte 
Moyen +
J'avoue ne pas être client de la catégorie "Fantastique/Merveilleux", il est très rare que ça me plaise, moi qui suis très "terre à terre". Pour autant, ici, même si je suis resté en retrait, si ce genre de littérature ne me parle pas, j'ai trouvé l'écriture plus que correct, ça se lit bien, sans rien qui accroche vraiment. Le personnage principal est bien brossé et assez dense pour qu'on ressente quelque chose à son égard. En revanche, je trouve que les passages sexuels sous entendus (fellation) font un peu désordre et n'apportent pas grand chose.
L'ensemble témoigne d'un travail sérieux.

W

   monlokiana   
18/11/2011
 a trouvé ce texte 
Faible -
un texte attrayant au tout début mais fort ennuyant à la longue. J'ai apprécié ma lecture au début mais ensuite, c'est devenu trop descriptifs, trop inutilement allongé et détaillé, trop de dialogues, trop bavard...
La phrase de présentation quant à elle m'a beaucoup plu et j'aurai aimé trouvé la réponse à cette interrogation dans l'histoire:
Jusqu'où peut-on aller pour atteindre son but ?
Sur l'écriture, je dirais que c'est plutôt bien écrit mais trop de "ça"

Mes parents savaient que j’étais intelligent et voulais changer ma vie. Ils se douteraient que j’avais un plan et se montreraient patients. Ou non, c’était leur problème.

Pourquoi ils se douteraient? J'aurais mis cela à l'imparfait de l'indicatif: ils se doutaient.

Dans l'ensemble, une histoire passionnante mais ennuyante à certain niveau surtout vers la fin. C'est bien écrit, le début est acceptable mais à mon avis, l'auteur n'a pas su tout le long de son texte, accroché le lecteur à continuer de lire son histoire.

Merci quand même, ce fut un plaisir!

   brabant   
24/11/2011
 a trouvé ce texte 
Faible
Bonjour Socque,


Incrédule, me dis-je, tout bonnement incrédule... Comment, me dis-je, peut-on écrire des fables pareilles ?

Le texte n'est pas "merveilleux" quand on voit que le prix à payer pour accomplir le voyage touche au sordide, car je n'y ai pas vu qu'une fellation, mais un voyage au coeur de l'intime. Et c'est un enfant de douze ans, un prépubère qui est mis au centre de cela ? Insupportable !...
Il agit et raisonne en vieux beau, vieille belle. Inconcevable!...
Je ne relève pas les passages en question, pour moi c'est du Gilles de Rais !... Et l'on sait qu'il fut brûlé en tant que sorcier pédophile !

Le texte est-il fantastique avec son Léviathan ? (Figure du Diable, on reste dans la démonologie) Etant donné qu'il nous rattache à une réalité (exploitation des enfants et quart monde quant à des tâches pseudo industrielles) je le classerais plutôt en science-fiction... avec toutes les invraisemblances et la part de caricature que cela comporte (on peut concevoir Nils Hogersson voyageant sur le dos d'une oie pour survoler la Norvège et parfaire son éducation) je ne conçois pas un oiseau-roc magique traversant des éclaboussures de lave, ni un garçonnet muni d'une louche (même télescopique) se nourrissant du sang dudit volatile et capable d'écoper de l'or en fusion dont il remplit des fontes en allongeant un bras maigre soudain devenu herculéen ; par ailleurs ça n'est pas avec deux sacoches d'or qu'on pourra reconstruire les magasins Boucicaut.

Non, décidément non, je ne peux pas souscrire à ce type de conte-là, où le violeur pédophile devient confident et banquier fidèle et honnête, où un oiseau blessé devient une sorte de ptérodactyle reconnaissant, où la plume soulève le roc en un vaisseau aérodynamique, ou un gamin nubile devient un redoutable aventurier puis un génie du commerce et de la finance.

Au Moyen Age, et à la Renaissance, peut-être, où l'on se figurait qu'il existait des eldorados et des contrées fabuleuses semés d'or et peuplés d'hommes-troncs, d'hommes-pieds et de créatures anthropomorphes... et même de licornes...

Descartes nous est venu, fort heureusement, et avec lui l'âge de raison ; Freud aussi, et avec lui la raison des rêves !...

Et la déraison des cauchemars !

   gaelie   
24/11/2011
 a trouvé ce texte 
Faible
Ce que je retiens de ce texte me laisse perplexe: la volonté d'arriver à quelque chose à laquelle on veut doit passer par n'importe lequel moyen
--Alors, je n’avais pas trente-six moyens de le payer. J’ai versé un premier acompte ; enfin, c’est lui qui a déversé ! Dans ma bouche. (ET LE GARCON EST UN ENFANT)

--Je veux m’en sortir, je lui ai dit. Je ferai ce que vous voudrez.
--Et tu prives tranquillement tes parents de ta paie
--Je te veux à ma botte tout le temps
--Faut en mettre un grand coup pour avoir la belle vie !

Il est vrai que nous sommes dans le fantastique mais pas dans le fabuleux. En un mot je n'ai guère aimé et en suis désolée car ce texte ne m'apporte pas grand chose...et je dois le dire m'a choquée.

   rmfl   
24/11/2011
 a trouvé ce texte 
Faible -
Je me suis forcée à terminer ma lecture par respect pour celui qui a écrit ce texte...je l'ai trouvé insuportable, cela me fait mal de devoir le dire: Et l'idée aurait pu être si belle...!
Le vocabulaire appartient pour moi au monde du parler et non de l'écrit "soigné"!
Je suis désolée mais je suis décue.

   alvinabec   
25/11/2011
Bonjour,
Il est bien volontaire votre petit héros!
Le traitement de l'histoire est original.
L'ensemble du texte est assez fluide, cpdt il me semble que l'équilibre fait défaut à certains passages. Il y a des ruptures de ton, un vocabulaire qui n'est pas homogène dans le discours du garçon, comme un mélange de lagage parlé et des termes bcp plus érudits ( pas si réglo...quel sournois). Qqes ellipses aussi.
Le récit est très bon jusqu'à "don fabuleux", un plus pour le passage où gros D convainc l'oiseau-roc.
Des broutilles: "Moi je voyais...questions." Phrase surnuméraire, un peu gratuite et plate ici. "méritants"/ "obéissants", redondant, il me semble.
La fin du récit serait pt-être à retravailler un petit peu pour être plus efficace.
A vous lire...

   souchys   
26/11/2011
 a trouvé ce texte 
Faible -
Bonjour,
Désolé d'être aussi direct, mais j'ai trouvé ce texte ennuyeux et abject.

"Alors, je n’avais pas trente-six moyens de le payer. J’ai versé un premier acompte ; enfin, c’est lui qui a déversé ! Dans ma bouche. "


"— Pour le moyen de transport, oui, pas l’équipement associé. Et crois-moi, tu en auras besoin. Allez, pas grand-chose, une petite gâterie… "

C'est un enfant !
Enfin, bon, si l'auteur voulait cela, c'est son choix...
Mais, pour tout dire, je m'endormais sur place. L'écriture est pas mal seulement, l'histoire ne m'a guère plus.

   toc-art   
26/11/2011
bonjour,

j'aime bien l'atmosphère à la fois fantastique et glauque du récit, ce côté récit d'aventures perverti. Mais en fait, je m'interroge sur l'argument de départ. Cette fameuse volonté mise en exergue dans le titre et tout au long du texte.

Hormis le tribut payé par le gosse pour avoir droit au départ, je trouve qu'il n'est pas l'initiateur de grand-chose, finalement,que tout lui est apporté sur un plateau. Il a beau être intelligent, il n'a pas grande capacité d'action, à chaque étape de son aventure, c'est Gros Dégueu qui apporte la solution : les cartes, l'équipement, le passage de la licorne, le moyen de transport, les fontes... jusqu'au placement des fonds... En fait, le môme n'a pas grande initiative dans tout ça, et ce qui me gêne c'est que je me dis qu'il a pas dû être le premier à vouloir se sortir de sa vie misérable. Le récit semble le présenter comme un personnage différent des autres, doté d'une volonté hors du commun, mais pour voir comment les gens -et même les enfants- réagissent dans des situations très difficiles pour parvenir à survivre et améliorer leur condition, je me dis que ce qu'il accepte n'a rien de si étonnant (des enfants se prostituent de nos jours pour simplement pouvoir manger, donc...).

Du coup, le personnage de Gros Dégueu me parait trop "gentil" finalement, trop "honnête". Je l'aurais plus vu exploiter le môme comme il a dû le faire avec d'autres candidats avant celui-ci.

Par ailleurs, je trouve la quête de l'or trop facile, pas vraiment de mésaventures pendant le voyage, on ne tremble pas assez pour lui. Il récupère l'or trop facilement à mon goût (il aurait pu au moins se brûler un peu ou se faire roussir les cheveux, un minimum de crédibilité, quoi ! :-) )
Dans ce côté "manque de suspense", le retour au présent, quand le garçon évoque les amis qu'il invite chez lui, brise tout le mystère de cette aventure. Avant même qu'il tente de récupérer l'or, on sait qu'il y est arrivé, je trouve ça dommage.

Ah oui, un dernier détail : l'histoire se situant dans l'avenir, je doute que l'âge de la majorité reste bloqué à 18 ans.

Voilà donc mes petites remarques. J'ai aimé l'univers évoqué mais j'ai trouvé que la quête manquait de frissons pour mon goût.

   caillouq   
26/11/2011
 a trouvé ce texte 
Très bien
C'est rare que je rentre dans un texte d'Oniris au point d'oublier que je le lis sur un ordinateur et que je m'apprête à faire un comm dessus ...
Ca m'a fait ça dans toute la première partie - l'interaction entre le narrateur et son ... ben, micheton, hein. Les échanges sonnent vrai - pour autant qu'on puisse se projeter dans une situation aussi dure. On s'y croit. Rien à redire sur l'équilibre entre dialogues et narration, la scène s'impose d'elle-même.
La partie proprement science-fiction, ou anticipation, où le narrateur nous dépeint son monde par petites touches, est moins évidente, à cause des questions qu'elle génère. Je n'ai pas vraiment réussi à me faire une idée nette de l'univers décrit; les hypothèses se succédaient et s'invalidaient au cours de la lecture (monde noyé sous les eaux ? Monde désertique ? Habité ou dépeuplé ? Quelle est la signification de ces horizons ? Faut-il en chercher une, d'ailleurs ?). J'ai eu du mal à me faire une idée de ce fameux soleil, qui court et n'a pas l'air bien gros. Difficile de déconnecter le module Rationalité, forgé évidemment par la représentation de notre monde à nous. Mais peu importe finalement qu'on ne comprenne pas très bien si l'univers de "Volonté" peut être décrit par la mécanique newtonienne ou non, ou comment le bras du héros peut sortir indemne des nécessaires échanges de température par rayonnement ...
Ca fonctionne et c'est l'essentiel.
La situation est forte, les descriptions sont frappantes et les personnages ne sont pas monolithiques. Il y a ce côté empathique de l'enfant envers son bourreau, qui rappelle certaines descriptions de ce qu'a vécu Natascha Kampusch. Ca sonne très vraisemblable, hélas. Il n'y a peut-être pas de morale au sens strict dans cette nouvelle, mais elle est humaine.
Et j'ai trouvé très beaux les passages plus oniriques liés à l'oiseau roc - alors qu'il y avait un gros risque de ne pas réussir à tenir l'équilibre délicat entre understatement incompris et emphase ou excès de lyrisme.
Une chouette histoire.

   Palimpseste   
26/11/2011
 a trouvé ce texte 
Bien
J'aime bien cette histoire onirique, à mi-chemin entre le réel et des choses complètement barrées...

Juste une petite chose: les pourcentages dans un texte littéraire sont rarement esthétiques. Parler du quart d'un salaire serait plus agréable à la lecture.

Je peux comprendre que quelques lecteurs aient pu être choqués, vous avez pris un risque, mais pour ma part je ne m'en offusque pas et l'histoire ne fonctionnerait pas autrement.

   Jano   
26/11/2011
 a trouvé ce texte 
Bien +
On reconnait bien là votre univers Socque, mélange de fantastique et de noirceur. Il n'y a jamais de légèreté dans vos écrits. L'atmosphère est pesante, les héros sont toujours esclaves d'un processus qu'ils ne peuvent défaire ou surpasser qu'au prix de sacrifices. Je repense à cette Nouvelle de l'être-plante qui brise les normes, qui va jusqu'à la mort pour goûter un ressenti inconnu.

J'ai du mal à visualiser l'environnement de l'histoire, baroque, qui entasse pêle-mêle des références diverses et variées (licorne, léviathan, Trans-Atlantique, etc.) Il en ressort une impression de fourre-tout totalement irréaliste.

J'aime le fantastique ou la science-fiction quand le monde décrit est rigoureux, tellement homogène qu'il en devient crédible. Ce n'est pas le cas ici, nous évoluons dans un registre merveilleux entre rêve et cauchemar.

Mais votre écriture rend néanmoins l'intrigue intéressante si ce n'est une petite déception sur la fin. Vous clôturez définitivement l'histoire, l'enfant rentre dans le rang des adultes alors que je l'aurais bien vu resté en suspens sur les ailes de l'oiseau roc.

Il aurait continué à voguer dans nos esprits ...

   Damy   
29/11/2011
Commentaire modéré

   manchaballe   
27/11/2011
 a trouvé ce texte 
Très bien
Allez, pas de pudibonderie : voilà un texte qui crache (de l'or) et qui commence bien : "Je devais aller à l'horizon". Très belle image ainsi que cette carte du monde "où les horizons étaient indiqués" et qui fait rêver (ou cauchemarder, ce qui est aussi du domaine du rêve).
Ensuite "dans la collecte des poissons bouillis ? Y a des richards qui adorent ça, paraît qu’ils « absorbent la force du soleil »… " m'a fait penser à ces abrutis qui pensent que les ailerons de requin, etc. D'ailleurs, la "chaîne de fabrication" se trouve là-bas. Quant à Gros Dégueu il m'a évoqué une BD de Reiser dont le graphisme très évocateur a le don de me faire rire au-delà du possible (mais la comparaison s'arrête au nom).
Enfin, j'y ai vu une parodie du monde dans lequel on vit. Une parodie sinistre certes, mais quand même, celle du monde dans lequel nous vivons ne l'est-elle pas ? Finalement, un récit qui se veut fantastique, mais pas tant que cela. Une phrase, qui sous-tend le récit, m'a particulièrement interpellé : "ils me regardent de haut parce qu’ils n’ont pas compris que je serai bientôt à leur niveau de roublardise et de méchanceté" et me fait dire que le héros est cynique et réaliste. Elle laisse à penser que ceux qui le regardent de haut ne sont que roublards et méchants alors que lui a pleinement conscience qu'il lui revient de l'être pour s'en sortir. Et c'est en cela qu'il diffère des autres : cette conscience et cette lucidité qui lui donnent une once d'humanité, laquelle se traduit par "un plan de promotion" dont on pourrait penser qu'il laisse la porte ouverte à des horizons, par nature inatteignables, plus radieux. Et bien sur, fidèle au genre, ce renversement final se doit de passer au tamis d'épreuves, pour certaine humiliantes, et pour d'autres conduisant au dépassement de soi.
Bravo et merci pour cette lecture.

   Charivari   
27/11/2011
 a trouvé ce texte 
Bien -
Bonjour.
J'avoue que j'ai eu un peu de mal à plonger dans l'ambiance. Au début, ça va vite, trop vite, et on a du mal à comprendre où on se trouve.

Après, on commence à entrer dedans, et à partir du passage en italique, j'ai vraiment apprécié. Mais je trouve que le premier paragraphe est trop rapide. J'aurais aimé de la description, ou au moins sentir le côté pénible de la situation sur cette île. Mise en situation qui dure juste... Trois phrases. Dommage.

Ce que j'ai assez apprécié aussi, c'est le mélange réaliste - merveilleux, qui fonctionne bien au niveau des concepts - mais pas forcément au niveau du décor qu'on a du mal à imaginer, mais je ne reviens pas là-dessus. D'un côté on a la réalité abjecte de l'exploitation infantile, Gros Dégueu, les poissons morts, la pollution, et d'un autre, un grand oiseau, le roc, emprunté à Simbad et aux mille et une nuits, ce clin d'oeil à Nils Holgerson aussi, les horizons, le rêve, le merveilleux.

C'est tout un jeu entre rêve et réalité, ce texte, qui retrace symboliquement le passage de l'enfance et de l'innocence vers l'âge adulte. j'ai particulièrement aimé l'idée de l'enfant qui s'alimente du sang de l'oiseau, comme si on devait saigner nos rêves pour s'alimenter et grandir dans la vie adulte. Beaucoup aimé aussi les licornes, et la fin, qui nous livre une morale amibigüe, propre du roman picaresque.

Bref, j'ai beaucoup apprécié le fond, le message, mais j'ai regretté que ce ne soit pas un peu plus long. Ça doit être un bon signe, j'imagine.

   BGDE   
27/11/2011
 a trouvé ce texte 
Très bien
C'est formidablement et agréablement dépaysant.
Sacrément déroutant.
Á coup sûr, l'auteur est à fond dans son imaginaire. Mais il faut que le lecteur puisse suivre. Quoi qu'il en soit, il y a un prodigieux potentiel de puissance dans cette forme de littératue.

   Anonyme   
29/11/2011
 a trouvé ce texte 
Très bien -
Je vous préviens tout de suite que je suis un lecteur particulier, en ce moment où tout se rapporte à ce qui me ronge. Vous voudrez donc me pardonner de faire de votre texte ce que j'ai envie d'en faire, et tant pis si c'est à mille lieues de votre intention.
J'ai en ce moment, autour de moi, des dizaines de gugusses qui "sucent" leur patron, notre patron, en regardant avec mépris ceux qui se refusent à cet exercice, en sachant pertinamment que ce seront eux, les gagnants. Ce faisant, ils démolissent leur moyen de transport, c'est-à-dire la Société qui leur donne les moyens de vivre. Ils avaient sans doute leurs rêves d'enfants, ces gugusses, mais il ont choisi de "sucer" pour mieux se faire "sucer", plus tard. Malheur à ceux qui refusent cette prostitution !
Cette lecture n'a peut-être rien à voir du tout avec votre intention d'écriture, mais elle colle merveilleusement avec mon diagnostique de la société qui m'emploie et, je le crains, de la Société dans laquelle je vis.
Votre texte est à l'image de la société dans laquelle nous vivons : elle n'a aucune morale. Votre texte est révoltant, et c'est bien ainsi qu'il devait être.

J'aime bien le style. C'est beaucoup, déjà. C'est énorme, même.

Tant pis si je suis passé complètement à côté de votre texte, mais selon la lecture que j'en ai faite, il exprime plutôt bien ce que j'ai moi-même envie d'en écrire.

   Melilot   
28/11/2011
 a trouvé ce texte 
Bien +
Texte étrange, inclassable, unique en son genre. Très bien écrit. Une espèce de "Voyage de Nils Holgersson" un peu spécial.
On passe du terre à terre le plus trivial au fantastique et tout cela, sauf erreur, de ma part, sans but précis ni morale de l'histoire, mais qu'importe ?
Beau travail de transposition de l'imaginaire de l'auteur qui permet au lecteur de visualiser l'aventure d'une manière très précise.
Un seul petit reproche, un peu de longueur par moments.

   karimu   
6/12/2011
 a trouvé ce texte 
Bien +
C'est le second texte que je lis de vous (après 'Force des idées') et l'impression est identique. Comme regarder quelque chose en équilibre précaire, sans que l'on sache de quel côté cela va basculer.
J'ai beaucoup aimé la phrase de début, "Je devais aller à l'horizon", début rêvé, idéal et laissant ouverte toutes les possibilités pour ce qui va suivre. Et je n'ai pas été déçu. Je ne m'attendais pas aux directions qu'a pris le texte. Ce passage d'un genre à l'autre. D'une critique sociale (où pourtant on ne sens aucun jugement de l'auteur, seulement peut-être à travers la clairvoyance et la maturité que montre l'enfant) au fantastique.
Deux choses me sont venues en tête pendant ma lecture, le 'Dogville' de L.Von Trier et la pochette de 'Zuma' de Neil Young...
J'ai également aimé le monologue de l'oiseau. Tout d'abord parce que cela m'a surpris et que j'en ai appréciée davantage l'écriture, mais également parce qu'il résumait bien la dureté du reste du récit d'une façon qui m'a davantage plu.

   socque   
9/12/2011

   Bidis   
11/12/2011
 a trouvé ce texte 
Très bien -
L’écriture « naturaliste » du texte ne me déplaît pas du tout, bien au contraire.

Une petite chose : - « Qu’est-ce que j’irais ramasser près d’un horizon maritime ? »
« près d’un horizon » : bizarre, même dans un parler d’enfant.

« Quand le soleil plonge dans la mer, il la fait bouillir, il crée les nuages et rien d’autre ! »
Par contre, là c’est très joli, imagé, j’aime beaucoup. Et d'une manière générale l'écriture reflète bien ce côté du texte que personnellement je vois onirique.

Car, pour le fond, je n’aurais pas lu ce texte sans la polémique qu’il a suscitée, la catégorie « fantastique » ne m’attirant pas du tout. Mais en prenant cela comme une évasion dans l’imaginaire d’un gosse trop éprouvé pour son âge et qui finit par mal tourner, ce qui serait plus que normal avec ce qui lui arrive, cette histoire me plaît beaucoup. Je ressens néanmoins que quelque chose est perfectible, mais même après avoir lu deux fois la nouvelle, je suis incapable de dire quoi.

   andadia   
13/3/2012
 a trouvé ce texte 
Bien -
A nouveau difficile de rester impassible à la lecture de cette nouvelle S/F...
Je commence par le positif, une imagination galopante, un monde vite recréé avec des idées magnifiques, malgré quelques petits éléments qui m'ont stoppé dans ma lecture. (France, Angleterre, Poulet, la guerre) un passage qui est beaucoup trop court et n'apporte rien. Les personnages et l'ambiance sont bien dépeint.
Le sujet des horizons est plaisant avec le soleil qui fait bouillir l'eau, mais contraste avec les usines, avions (qui pourraient facilement si rendre) qui laisse penser à un monde développé (paradoxe avec l'or fondu à l'horizon).
Le trop tue; vous avez tellement d'idées qui pourraient être développées séparément dans ce texte, qu'il en devient confus. A vouloir trop être original et vouloir trop en faire, on fait des erreurs et c'est dommage (Gro Degueu va parler à lily alors qu'ils ont le lien télépathe, pour avoir bu son sang)
Second point où je n'accroche pas trop, c'est le moyen de paiement, certes vous pouvez être cynique, mais le visage de ce bourreau et pour beaucoup trop sympathique et dénote avec ses agissements, ça ne passe pas.
Bien pour les nombreuses idées et l'écriture agréable (j'ai aimé le passage ou le roc livre son histoire) et moins pour ce que j'ai signalé.


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