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Aventure/Epopée
widjet : Mon chanteur préféré
 Publié le 29/03/09  -  31 commentaires  -  25257 caractères  -  187 lectures    Autres textes du même auteur

Ma vie dans le métro.
Mes galères.
Mes rencontres.
Et Miles.


Mon chanteur préféré


Ça y est, Lucien s’arrête.

Il pose sa guitare cabossée contre le mur, saisit sa bouteille d’eau, prend une gorgée, fait des gargouillis avec puis déglutit dans un bruit de tuyauterie épouvantable. Le petit rituel habituel, quoi. Il sourit aux passants qui ne lèvent même pas les yeux vers nous. Le voilà qu’il sort de sa poche de derrière son canard tout fripé. D’un mouvement sec des poignets, il fait claquer les pages et s’assoit sur la chaise en plastique graffitée près du distributeur de boissons et de barres chocolatées.


C’est la pause.


J’en profite pour me détendre. Faut reconnaître que je fais pas grand-chose, mais bon, j’essaie quand même de tenir mon rôle, alors le Terry a bien droit de se reposer aussi. Terry, c’est moi. C’est mon nom. Ça ne fait pas longtemps que je m’appelle comme ça. Avant, je m’appelais pas. Avant, j’étais rien. J’étais personne.


Comme j’ai un peu de temps devant moi, je peux rêvasser un brin et me retourner sur ces dernières années…


Ah des troubadours, chanteurs, musiciens et autres histrions, j’en ai vu défiler quelques-uns dans ma vie, vous pouvez me croire ! Poivrots ou drogués pour la plupart, et bien sûr, tous fauchés à l’unanimité ! Comme disait en rigolant Maurice Lestrier, le premier gars qui croisa ma route, il y a cinq ans, « Dieu doit aimer les pauvres, sinon, il en aurait pas créé autant ! » (1).


Un chic type que cet ancien peintre en bâtiment même si on causait pas des masses. La cinquantaine bien tassée, grand, plutôt bien bâti avec un joli brin de voix, mais pourvu d’un répertoire trop chiche : Aznavour et Trenet, c’est tout. Personnellement, ça me dérangeait pas trop puisque j’aimais assez les deux Charles. Lestrier et moi avons passé une année ensemble à beugler entre XIe et le XIIe arrondissement que nous connaissions comme notre fouille. Puis, aux premiers jours du printemps, la chance a fini par sourire au brave prolo.


Pendant une de nos errances parisiennes, Lestrier rencontra sur la Place de la Nation, un bouliste communiste au visage rougeaud et au ventre rebondi. Un Roland machin chose. Quelques verres et quelques noix de cajous plus tard, ils étaient cul et chemise. Trinquant à volonté et se donnant de grandes bourrades dans le dos comme de vieux potes de régiment, ils ont carrément ignoré ma présence. Ça m’a fait penser à la chanson d’Aznavour « Et moi dans mon coin ». Je l’aurais bien fredonnée, mais au dernier moment je me suis souvenu que je savais pas chanter. C’est con, mais c’est comme ça.


Enfin, Lestrier, imbibé d’alcool et de joie, s’est vu proposer un boulot dans l’entreprise de maçonnerie de son nouveau compagnon soiffard. Me sentant aussi utile qu’une paire de roubignoles sous une soutane, je me suis éclipsé sans qu’aucun des deux acolytes s’en soit rendu compte.


J’ai plus jamais revu Maurice Lestrier, mais j’espère qu’aujourd’hui sa vie est un peu moins pourrie et que de temps à autre, il continue de pousser la chansonnette.


Peu de temps après, j’ai fait la connaissance d’une autre progéniture déchue de la rue. Un gamin celui-là. Adrien. Je l’avais baptisé « L’ange bleu ». Loqueteux, mais d’un charme assez singulier, Adrien avait une silhouette androgyne et une chevelure blonde ébouriffée. Ses prunelles couleur azur étaient assorties à ses cernes mauves qui allaient bien avec ses deux bras criblés de trous violets. Ah Adrien ! Le petit chanteur improbable, toxico et désœuvré, révolté, mais non-violent. Une sorte de Gavroche des Temps modernes que Prévert n’aurait pas renié. Il était un des nombreux locataires de la Porte des Lilas dont le nom fleuri collait assez mal aux odeurs de pisse qui imprégnaient les murs de la station.


Le problème avec Adrien, c’est qu’il chantait pas vraiment. Il gueulait, il revendiquait, il manifestait. Contre tout. Son exil intérieur, sa famille « putride et embourgeoisée », la société bien pensante et confortable, l’infamie des guerres et toutes les autres saloperies de la planète. Alors, des couloirs aux wagons, on pouvait l’entendre aboyer quelques célèbres succès anarchistes comme « Hexagone » de Renaud, « Paris s’éveille » de Dutronc et naturellement « l’Internationale » qu’il braillait le poing levé.

Peut-être que ses protestations tapageuses étaient le seul moyen pour lui d’exprimer son malheur ou sa douleur. Possible ouais, même si le reste du monde le voyait plutôt comme un insupportable casse-couilles qu’il était de toute façon.


Le môme a eu quelques ennuis avec la populace, les forces de l’ordre et aussi certains de nos « collègues métropolitains » qui étaient prêts à payer de leur poche pour que le garnement arrête d’effrayer la clientèle. Il avait même fini par gonfler Stan, un des plus anciens clodos de Paris que tous les démunis avaient surnommé « l’Abbé » pour sa sagesse et sa patience : « Dis donc, le morveux, tu voudrais pas la fermer ta grande gueule ? » lui avait-il balancé une fois.


Puis à la longue on avait fini par s’habituer à lui et à sa gouaille. Avec moi, Adrien se comportait comme il fallait. Je comprenais pas toujours ce qu’il baragouinait, mais il me parlait bien plus que mon peintre en bâtiment. Même si je me poilais pas beaucoup, les journées passées en sa compagnie me semblaient moins longues. Et question bouffe, le gamin n’était pas rapiat, il partageait avec moi les mêmes « festins » : soupes froides en hiver, sandwiches rassis et fruits rabougris en été. Le seul aliment qu’Adrien consommait en solitaire et en toute saison était cette came infecte qu’il s’enfilait par les sinus ou qu’il envoyait dans ses veines violacées à travers une seringue usée jusqu’à la corde.


Notre collaboration miséreuse dura presque un an puis « L’ange bleu » s’envola un glacial matin de novembre. Il me laissa moi, les usagers et les clochards de la Porte des Lilas. Terrassé par une overdose, le môme mourut le ventre vide et les vaisseaux sanguins blindés. De ce mioche au regard céleste, à la mèche et aux paroles rebelles il me reste guère plus que de vagues citations sur la liberté, deux ou trois chansonnettes de Ferré ou Brassens et par moments l’envie farouche de faire de la politique juste pour témoigner contre ceux qui oublient d’écraser leurs clopes, qui crachent par terre, ou contre les enflures qui taguent sur les murs et les affiches de la S.P.A. Mais, malgré ma grande gueule, je suis pas foutu d’aller manifester ou de prononcer le moindre discours. C’est dommage.


Puis il y a eu ensuite une sale période qui a duré deux ans. La traversée du désert comme on dit. Ça a commencé juste après la mort d’Adrien. J’ai eu le malheur de rencontrer un autre sans domicile fixe qui s’appelait Bogdan. Pas méchant, mais le roi des branleurs, celui-là ! Bogdan manquait d’ambition, mais pas vraiment de scrupules ! C’était un vagabond qui refusait de gagner son pain en fredonnant des airs, en distribuant « le Réverbère » ou en faisant la mendicité comme tout le monde. Il préférait braquer toutes les poubelles huppées de Paris ; et lorsque ses recherches capotaient, il hésitait pas à voler dans les étalages ou à s’en prendre à ses homologues roumains ! Ouais, un bel enfoiré, ce Bogdan. Sans compter que ce salopard indigne de son statut de nécessiteux avait le cul bordé de tagliatelles. Un jour, il est revenu avec un butin inespéré : un carton « Domino’s ». Dedans, il y avait une immense pizza encore tiède et à peine touchée !

Quand on y pense, c’est quand même dingue ce que les gens peuvent gaspiller comme bouffe quand nous autres crevons la dalle. Je me souviens m’être demandé ce qui avait poussé ce consommateur béni à balancer son repas avant d’éclaircir cette énigme : la pizza contenait un nombre incroyable d’anchois. Je déteste les anchois. Je trouve même que c’est l’aliment le plus sournois au monde. On a beau le jeter, on se débarrasse jamais vraiment de son goût. Sournois, je vous dis. Quoi qu'il en soit, pour bâillonner notre estomac, nous avons quand même dévoré cette trouvaille providentielle sans nous faire prier.

Bogdan et moi avons traînassé ensemble encore quelques mois avant que je me lasse pour de bon de ce mendigot sans talent et sans envergure.


Je me retourne vers Lucien qui est encore plongé dans son quotidien. À croire qu’il a senti mon regard posé sur lui, car il tourne la tête dans ma direction. Il me fait un genre de clin d’œil. Il a toujours pas compris que le principe même du clin d’œil est de fermer qu’une seule paupière. Ça fait rien, je lui pardonne. C’est quand même un bon gars, Lucien.


Où j’en étais, moi ? Ah, ouais l’après Bogdan !

Mon errance en solitaire continua pendant plusieurs semaines, les plus rudes de l’hiver 2002. Crevant de faim et de froid, j’ai cru que j’allais caner. Écumant les quais les plus crasseux, les gares les plus dégueulasses où s’entassaient les sans-abri de toutes les couleurs, de toutes les classes sociales et de tous les âges - parce que la misère, elle fait pas de préférences - j’ai marché la tête et la queue basse en attendant un messie qui me sortirait du merdier dans lequel je pataugeais depuis trop longtemps. Le messie en question s’avéra être le diable en personne. Eze Jawaad qu’y s’appelait ce gars au teint foncé. Son prénom africain voulait dire « roi » et le nom de famille signifiait « généreux », je crois. La bonne blague ! Le roi était un putain de tyran qui aurait fait passer Mobutu pour Peter Pan. Toujours à me donner des ordres et à me hurler dessus, il gueulait même plus fort que moi, faut le faire quand même ! Et s’il a fait preuve de générosité, c’est en nombre de coups de lattes qu’il me distribuait pour calmer ses accès de fureur aussi imprévisibles que redoutables.

Depuis ma « collaboration forcée » avec ce pouilleux, mes repas, déjà peu abondants, se sont encore diminués, car Jawaad était un sacré morfal. J’avais beau avoir les crocs, il hésitait pas à me piquer mes rations. Quoi qu'il en soit, en deux mois, j’avais perdu cinq kilos. Je pouvais presque compter mes côtes.


Pour subvenir à ses besoins et quand il y pensait aux miens, Eze chantait. Et plutôt bien d’ailleurs ! Une brute épaisse avec un timbre de voix pas possible. Des fois, je me dis que la nature fait vraiment tout de traviole.

Jawaad exerçait sa profession vocale entre « Belleville » et « Colonel Fabien » où le passage battait son plein surtout entre midi et quatorze heures. Mais c’était pas avec ses chansons qu’il attirait le public, mais plutôt avec ses histoires venues de son pays natal (que j’ignorais) aussi abracadabrantes que poétiques et qu’il racontait - je devais bien l’admettre - avec un fichu talent. Je me rappelle surtout de cette légende qui arrêtait les gens d’ordinaire pressés. Ça parlait de l’histoire d’une jeune fille qui tombe amoureuse d’un arbre. Je m’en souviens mot pour mot encore aujourd’hui.

En tout cas, c’est grâce à cette histoire imaginaire, mais encore plus grâce à ses frappes de mules sur mon ventre que je me souviendrai toujours d’Eze, le sans-logis africain à qui j’ai fini par échapper une nuit de février.


J’ai continué de croiser les chemins de SDF aux talents artistiques assez divers : de l’adolescente orpheline qui miaulait du Lorie le jour et tapinait le soir à l’avocat fissuré du bocal qui récitait en boucle tous les articles du Code pénal en passant par un vieux beatnik qui a massacré les répertoires de Marvin Gaye et un illuminé japonais qui n’a rien trouvé de mieux que d’imiter les croassements des grenouilles pour attirer la galerie, rien, non vraiment rien, m’aura été épargné.


C’est au moment où je me trouvais au plus mal, au fond de la niche comme on dit, que j’ai fait la connaissance de celui qui changea ma vision de la vie. Il disait s’appeler Miles, mais personne le croyait et moi non plus, d’ailleurs. Il avait ni l’allure, et encore moins l’accent américain ou anglais.


J’ai tout de suite vu que Miles était pas un SDF comme les autres. D’ailleurs, il ressemblait à personne, riche ou pauvre. Il avait son propre dialecte - fait de jeux de mots, de calembours, de proverbes… - une démarche unique, légère presque aérienne et un style décontracté inimitable qui donnait à ce va-nu-pieds hors-norme une vraie élégance. Malgré sa misère, Miles semblait s’être juré de jamais sombrer dans la pleurnicherie de bas étage, mais plutôt de prendre la vie du bon côté et d’essayer de tirer du plaisir et de l’amusement dans le plus petit acte du quotidien.


C’était sa philosophie, sa façon à lui de voir le monde, sa richesse personnelle.


On s’est rencontré le 28 juin 2004 sur le quai 7 de la gare Saint-Lazare qui était selon ses propres mots sa résidence secondaire « depuis qu’il avait loué gratuitement celle d’Austerlitz à une famille nombreuse ghanéenne ».

Je déambulais comme une âme en peine quand je lui suis rentré dedans. « Bah alors, mon vieux Terry, on rêvasse ? » a été la première phrase qu’il m’a dite. J’ai levé la tête et je l’ai maté. C’était un homme grand, maigre comme un hareng saur et fringué « à la mode Jean Valjean ». Il avait un large sourire qui affichait une rangée de quenottes d’une blancheur éclatante. J’ai baissé les yeux avant de continuer mon chemin. Il m’a rattrapé. En temps normal, je décampe sans demander mon reste ou je deviens agressif. Mais ce jour-là, j’étais trop vanné pour fuir ou me battre, et puis, je me foutais bien de ce qui pouvait m’arriver.

L’homme m’a suivi pendant plus d’une heure en sifflotant jusqu’à ce que je me retourne et lui jette un regard qui se voulait menaçant. Loin d’être impressionné, il m’a regardé fixement et a fait une drôle de tête avant de me dire : « Je sens qu’on va s’entendre, tous les deux ! »


Lucien vient de lever les yeux. Il esquisse un sourire farceur. Une femme vêtue d’un pantalon en tweed beige et d’un chemisier écru transparent vient de passer devant nous. Elle est vraiment belle. Sa démarche est chaloupée. Elle porte dans ses bras un pékinois qui a une barrette rose au-dessus du front et tire une langue minuscule. D’un hochement de tête, Lucien semble m’inciter à l’aborder. Mais, je fais mine de pas piger. Je suis pas d’humeur à draguer les greluches. Déçu, Lucien hausse les épaules puis se met à agiter les bras en direction de la petite colonie de scouts qui vient tout juste de monter dans le wagon. Les faces rigolardes des mioches sont collées contre les vitres pleines de buée. Avec les enfants, on a pas à se plaindre. Ils nous donnent que dalle, mais au moins ils nous font pas la gueule et ne détournent jamais les yeux.


Mes pensées me rattrapent au pas de course. Je continue de tourner les pages du livre de ma vie…


Depuis ce jour de juin à la gare de Saint-Lazare, Miles et moi, on s’est plus quitté. Méfiant au début, j’ai rapidement baissé ma garde pour me laisser apprivoiser par cet homme toujours content. Pour ce poète de la rue, il existait pas de mauvaises journées. Chaque instant se devait d’être vécu, car « le ravissement est partout » disait-il : « au travers d’un rai de lumière, d’un regard dérobé, d’une robe soulevée par un vent espiègle ou d’un gloussement enfantin, un jour, une heure, une seconde en apparence anodine détient sa part d’imprévu, son originalité, son mystère, sa féerie et donc son utilité ». Il disait qu’il fallait toujours être réceptif, être « à l’affût de la vie ». Dresser les portugaises « pour capturer l’infime craquement d’une feuille d’automne », ouvrir grand les mirettes « pour voir les zébrures ouatées d’un nuage balafré par un avion », inspirer profondément par la goule et la truffe « pour saisir l’arôme d’un poulet à la broche aux devantures des boucheries chevalines ou le goût saucé et vivifiant d’une giboulée de mars ».


Miles était instruit et en connaissait un rayon sur les monuments de Paris. Grâce à lui, je réalisais jour après jour et malgré la précarité de ma vie, la chance que j’avais de survivre dans une si prestigieuse capitale. « Crois-moi, Terry, on est de sacrés veinards d’être ici » me répétait-il. Miles discutait, plaisantait, partageait tout avec moi. Il m’éduquait aussi. Il m’a appris à lire l’existence. Et à l’aimer. Tout ça, c’est à Miles que je le dois. Pour la première fois de ma vie, on me traitait avec dignité et chaleur. Je me sentais aimé et respecté. Dans ses yeux, j’étais presque quelqu’un.


Au contact de cet épicurien, mon moral pansait ses plaies. Je remontais la pente. Mon humeur d’ordinaire massacrante s’améliorait. J’étais pas le seul, d’ailleurs ! La joie de vivre de Miles avait fini par contaminer la plupart de nos frangins démunis. Cet homme avait toujours le mot pour rire, l’esprit vif et affûté comme un rasoir pour sortir des répliques impayables. Ouais, depuis l’apparition de cet énergumène, le malheur avait quelque chose d’honorable. Tous les crève-la-faim, les squatters et autres clodos du quartier le voyaient un peu comme leur héros.

« Malheureux les pays qui ont besoin de héros » (2) leur répondait-il affirmant qu’il préférait largement « les délices de la discrétion que d’être sous les feux des réverbères ». Pour ma part, je me régalais de cette façon de parler aussi succulente qu’un bon morceau de barbaque. « D’ailleurs, clamait-il à son assistance, comme le répétait un camarade israélite, pour vivre heureux, vivons casher ! » avant de s’étouffer dans un fou rire magistral suivi par celui de nos compagnons d’infortune dont la majorité avait, j’en suis sûr, rien compris à la blague.


Miles voulait rien d’autre que vivre sa vie de mendiant bienheureux, peinard et en ma compagnie. Quelques euros glanés çà et là par des mains prodigues suffisaient à son bonheur et donc au mien. Comme mes précédents compagnons de galère, Miles chantait pour gagner sa croûte. Parfois accompagné d’un instrument (une guitare tzigane qu’il empruntait de temps à autre à un ami et squatter algérien), parfois « a capella ». Son registre - cent pour cent francophone - était sacrément costaud, mais il connaissait pas la moitié des chansons en entier ! D'ailleurs, il se gênait pas pour inventer des paroles lorsque sa mémoire foutait le camp !

La voix de Miles était éraillée et grinçait comme une craie sur un tableau noir. L’écouter chanter dans les tunnels du métro ou sur les trottoirs des grandes avenues était un véritable supplice, une vraie purge pour les tympans. Je suis persuadé qu’en d’autres temps, on l’aurait conduit à l’échafaud pour infliger au peuple un tarif pareil. Pourtant, je me lassais jamais de l’entendre, car il était à mes yeux le plus extraordinaire des chansonniers. Il faut me croire lorsque je dis que de tous les artistes de la rue que j’ai croisés, Miles était de loin mon favori. C’était mon chanteur préféré.


Mais, surtout, c’était mon ami.


On pratiquait notre métier dans tout Paris ; en plein air comme dans les bouches souterraines et empestées de la ville. Chaque semaine, nous changions de destinations jonglant de la ligne 1 « Défense/Château de Vincennes » à la ligne 9 « Pont de Sèvres/Mairie de Montreuil » avant de sauter dans les RER A, B ou C pour des destinations inconnues et plus exotiques. Il m’a déclaré un jour : « Tu sais, Terry, avoir une existence de bohémien et ne pas voyager est tout simplement antinomique ! » avant d’ajouter : « Comme le disait un camarade irlandais, changer d’Eire ça fait Dublin ! » (3).


Aujourd’hui, plus j’y pense, plus je me dis que la rencontre avec Miles, c’était comme un cadeau. Peut-être qu’il doit exister un bon dieu, un genre de grand patron pour les itinérants. Alors quand j’ai un coup de spleen, je pense à Lui. Et ça me fait du bien. Miles, lui, était pas croyant. Ou plutôt il l’était plus. « Ni dieu, ni maître » comme chantait Ferré. Je me souviens d’une fois où une bonne sœur qui attendait sur le quai du métro « Havre Caumartin » est venue vers nous et lui a demandé s’il avait une requête ou une prière à porter au Seigneur et qu’elle se ferait une joie d’en être le messager.

« Dieu ? » a-t-il répondu le sourire en coin, ça fait longtemps que j'ai fait une croix dessus ! » Compatissante, la religieuse s’est approchée de mon camarade et a posé la main sur son épaule en lui disant de son air pieux : « Mon fils, il ne faut pas se désespérer. Il n’est jamais trop tard pour découvrir Dieu ». La réplique de Miles fut mémorable : « Ma sœur, à force de le découvrir, on va finir par l’enrhumer ».


Je suis pas prêt d’oublier la tête qu’a faite la nonne.


Lucien vient de reprendre sa bouteille d’eau et termine le contenu d’une traite. Avec sa main, il m’indique le chiffre cinq. Nous allons bientôt reprendre le travail. Telles des fourmis, les gens commencent à arriver de partout, sortant des entrailles de la Terre et inondant le quai. C’est le retour de la marée haute, une marée humaine et grouillante à quelques mètres de nous, une marée qui parfois nous éclabousse de sa générosité et le lendemain nous assomme de sa sécheresse de cœur. Quel drôle de monde vivons-nous là.


J’utilise ces derniers instants de répit pour prolonger ma rêverie qui me renvoie à ce jour extraordinaire où j’ai appris l’origine de mon prénom que Miles m’avait collé dès le premier jour. En fait, cette journée-là, Miles a fait bien plus que ça. Il m’apprit l’histoire, la légende de mes ancêtres.

« Quand on possède une race comme la tienne, m’a-t-il dit, et une épopée aussi riche et exceptionnelle que celle de tes aïeux, on a un vrai devoir envers les autres ».


Je l’ai regardé, un peu couillon. Il me raconta alors en détail ce qu’avait accompli mon peuple pendant les siècles passés ; par exemple le terrible naufrage du 3 novembre 1872.

« Ce 3 novembre, commença Miles, un grand navire fut jeté à la côte sur un banc de roches au sud de l'Irlande. Tous les passagers auraient infailliblement péri sans les hurlements d'un membre de ta famille qui entendait de terre les cris de détresse des naufragés. Les garde-côtes, attirés par ses appels, se dirigèrent vers l'endroit d'où ils partaient. Ils attachèrent ensuite une lanterne au cou de ton parent et, guidés par cette lumière, ils parvinrent enfin à arracher à la mort une femme et son enfant. C'étaient les seuls survivants de cette catastrophe ».

En voyant mon air captivé, mon compagnon a renchéri en me retraçant un autre évènement qui, lui non plus, ne manqua de m’épater : « Sais-tu, Terry, qu’un autre de tes congénères a sauvé la vie de Bonaparte ? Absolument ! Je te raconte… Quand Napoléon décida de fuir l'île d'Elbe, une chaloupe vint le chercher pour le conduire à bord de l'Inconstant, mouillé au large. Funeste présage, car, au moment d'embarquer en pleine nuit, l'Empereur glissa sur un rocher et tomba à l'eau. Il se fut sans doute noyé si un autre de tes semblables - qui, cette nuit-là se promenait avec un vieux marin - n'avait aussitôt plongé pour le ramener sur la berge par le col de son manteau. Sain et sauf ! »


Miles s’est approché de moi et avec beaucoup de tendresse, il a posé son front contre le mien : « Vois-tu, mon ami, l’Histoire a une dette envers les héros de votre race. Nous tous vous devons reconnaissance et respect ».

Il a mis sa main derrière mon cou et plongé son regard dans le mien. Jamais notre complicité n’a été aussi belle qu’à cet instant-là. Je n’oublierai jamais ses paroles qui sont devenues ma règle de vie : « Avec ce que tu sais désormais, la haine, la colère, la violence, tous ces vils sentiments ne doivent jamais avoir d’emprise sur ton cœur. Tu me le promets, Terry ? Jamais. Tout ce que vous avez fait, vous, les Terre-Neuve, ce sont des actes d’amour »


Et j’ai promis. Rien que d’y repenser, putain, j’ai l’échine qui frissonne et les poils qui se dressent.


Puis, une nuit, sur le quai de la station « Bonne Nouvelle », une bande de voyous, le crâne tondu et les bras tatoués ont débarqué avec dans l’idée de se payer des SDF. C’est tombé sur nous. Putain de guigne. Je me souviens que Miles est resté calme et qu’il a essayé de leur parler tout en gardant sa bonne humeur légendaire. Mais, je sais pas, ils ont dû croire qu’il se payait leur tête et avant de comprendre quoi que ce soit, un des types lui a planté un coup de couteau dans le buffet. C’était pas joli à voir.


Je suis resté près de mon copain en attendant les ambulanciers et les cognes. Bien sûr, ils ont mis des plombes à venir et quand ils ont fini par se pointer, c’était déjà plus la peine.


C’était il y a an.


J’ai beau me souvenir de ce que Miles m’a dit sur l’amour, le pardon, et tout ça, y a quand même des fois où j’ai du mal à tenir ma promesse. Mais, pour faire honneur à la mémoire de mon pote, je fais pas d’histoire.


La foule afflue et les usagers attendent le prochain métro. C’est le retour aux affaires. Lucien reprend sa guitare et commence le premier couplet de « Fontenay-aux-Roses », la chanson de Le Forestier. Couché aux pieds de mon nouveau maître, la tête et les oreilles bien droites et le museau en alerte, je suis prêt à accueillir notre futur client. Et à aimer mon prochain. Ou plutôt mon prochien.


Aujourd’hui, je suis là ; malgré tout, je suis encore là.


Demain ?


Je sais pas. On verra bien...




(1) Phrase de Abraham Lincoln

(2) Citation du poète et dramaturge allemand Bertolt Brecht.

(3) Citation de Jean-Paul Grousset, journaliste au “Canard Enchaîné”


 
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   Selenim   
6/4/2009
 a trouvé ce texte 
Bien -
Toujours cette écriture limpide qui enchaine les phrases sans que ne pointe l'ennui.

Les portraits des sdf, empilage de tranches de vie, sont réussis. Le vocabulaire est bien adapté et fait mouche. Les références de temps et autres noms propres renforcent bien l'aspect tragique, car ils ancrent le récit dans la réalité.

Dans la structure et le lexique utilisé, je trouve ce texte trop proche de Totem, ce qui est plutôt une qualité.

A la lecture, j'ai été gêné par l'aspect trop caricatural des "errants".
Le petit jeune et son overdose, la brute tyrannique, le Roumain chapardeur, le clodo philosophe.
On se croirait devant Une époque formidable avec Jugnot et Bohringer.

Le style virtuose n'occulte pas cette sensation que l'auteur a pioché, deci delà, des échantillons éparses de littérature, de films, de musiques, et les a regroupés habillement pour construire son puzzle.

En définitive, un récit d'une grande qualité stylistique mais qui m'apparait en trompe l'œil sur le fond. Un sentiment de puzzle, certes admirablement assemblé, mais avec des pièces empruntées.
Mais, ce n'est que mon "nainble" avis.

P.S
Je suis également grand amateur de Francis Picabia, mais je préfère à Dieu, à force de le découvrir, on va finir par l’enrhumer., cette citation: Le pape est l'avocat de Dieu. Dommage que son client soit mort.

Amicalement.

Selenim.

   Anonyme   
29/3/2009
 a trouvé ce texte 
Très bien
Quel talent!
J'y étais dans le métro, moi le plouc qui ne connait Paris que par les films et les bouquins. J'étais ce clodo (pardon, ce SDF, causons politiquement correct), et je n'ai plus qu'une envie, retrouver ces salopards de skins pour leur faire la peau; en mémoire de mon pote Miles.
Le processus d'identification a parfaitement fonctionné. Bravo et merci Widjet.

   solidane   
29/3/2009
 a trouvé ce texte 
Bien -
Une impresion de catalogue de portraits qui m'a dérangé dans cette lecture. Tous efficaces pourtant, "ciselés" a dit quelqu'un et c'est vrai. Il manquait une histoire et celle-ci a fini par venir tardevment pour moi. Sobre, cete fin" et c'est pour ma ma part ce qui convenait le mieux. Bref impression mélangée. Entre le "oui ???" et le "très bien", alors...

   Sallymara   
29/3/2009
 a trouvé ce texte 
Très bien
C'est un régal, par le langage utilisé, et les nombreuses citations (certaines très spirituelles, que je ne manquerai pas de replacer en société) qui émaillent ce texte.
Un style alerte, vif et plein de surprises humoristiques (humour grinçant): on ne s'ennuie pas une seconde.
Le personnage de Miles est intéressant, voire attachant. Mais ce que je retiendrai surtout de ce récit, c'est le talent de Widjet à dresser sa galerie de portraits (parfois un peu caricaturaux, comme celui d'Adrien) et de créer une atmosphère que tout parisien connait bien.

   xuanvincent   
31/3/2009
 a trouvé ce texte 
Bien
PS : jensairien cite dans son commentaire "Stefan Zweig" (plutôt que "Stéphane Zweig")

L'auteur dans cette nouvelle a pris le temps d'amener son sujet. Ce qui lui laisse le loisir de faire le portrait, plus ou moins détaillé, de plusieurs SDF ayant croisé le chemin du narrateur, au fil de ses errances, sur une durée qui m'a paru assez longue (plusieurs années) .

Le récit m'a davantage intéressée à partir du moment où le sujet principal, le "chanteur préféré" * arrive dans l'histoire.
Ce passage m'a semblé le plus réussi et le plus émouvant (avis personnel et subjectif).
* Dans cette histoire, la lecture du titre a dû influencer ma lecture : j'attendais la venue de ce chanteur préféré et ne le voyais dans aucune des personnes décrites par le narrateur, jusqu'à l'arrivée dudit Miles.

Pas mal, j'ai trouvé, le "baptême" du narrateur par son ami Miles. Par ce nouveau prénom, Terry, c'est en quelque sorte il m'a paru comme s'il se forgeait une identité nouvelle et retrouvait une fierté disparue. Celle d'être quelqu'un, doté d'un passé dont il n'a pas à rougir.

Cette nouvelle, comme les précédentes de l'auteur, m'a paru dans l'ensemble bien écrite.

J'aurais juste une petite interrogation quant à l'identité du narrateur-SDF, avant sa vie de sans domicile fixe. En effet, cet homme m'a paru plutôt bien s'exprimer (malgré l'emploi d'un langage parfois familier). Par exemple, combien de SDF (et de lecteurs) connaissent l'expression "caner" ?

Détail :
"Ou plutôt mon prochien" : l'humour, surtout à quelques mots de la fin, m'a paru un peu forcé, ce passage m'a semblé superflu.
PS : Après précision de l'auteur, cette phrase a bien un sens... qui m'avait totalement échappé ! (l'auteur a pourtant, après relecture, laissé quelques indices allant dans ce sens).

J'ai assez apprécié la fin.

   Menvussa   
29/3/2009
 a trouvé ce texte 
Bien
Avé Maître W !

Je te rassure tout de suite, ça vaut au moins du moyen +.

Bon tout d'abord les trucs qui ont coincé :

Ça y est, Lucien s’arrête. Lucien s'arrête me semble suffisant. Pourquoi en rajouter ? Était-il lancé à pleine vitesse qu'il faille à ce point souligner ce détail ?

comme un insupportable casse-couilles qu’il était de toute façon. Pas d'accord... Comme l'interminable casse-couille... me semble plus approprié. ou alors : comme un insupportable casse-couilles, ce qu’il était de toute façon.

Pas méchant, mais le roi des branleurs, celui-là !... il hésitait pas à voler dans les étalages ou à s’en prendre à ses homologues roumains ! Ouais, un bel enfoiré, ce Bogdan. Sans compter que ce salopard indigne de son statut de nécessiteux avait le cul bordé de tagliatelles. Un jour, il est revenu avec un butin inespéré... une immense pizza encore tiède et à peine touchée ! Il y a, de toute évidence, un manque de cohérence entre ce "pas méchant" et ce qui suit.

Mon errance en solitaire continua pendant plusieurs semaines, les plus rudes de l’hiver 2002. Crevant de faim et de froid, j’ai cru que j’allais caner.
Le messie en question s’avéra être le diable en personne.
Quoi qu'il en soit, en deux mois, j’avais perdu cinq kilos. Je pouvais presque compter mes côtes.


Donc si je comprends bien, il ne mange plus à sa faim, cela semble le moins que l'on puisse dire, et ce pendant plusieurs semaines, il est sur le point de crever, il rencontre ce type, une galère et il arrive encore à perdre cinq kilos. C’est pour le moins étonnant… non ?

… mes repas, déjà peu abondants, se sont encore diminués… C’est pas trop français comme phrase, ça.

… les RER A, B ou C… Si c’est pour tous les nommer, autant n’en nommer aucun, car ça n’apporte rien si ce n’est que ça ne fait pas très « joli »


Des trucs qui m’ont vraiment plu :

… il n’est jamais trop tard pour découvrir Dieu ». La réplique de Miles fut mémorable : « Ma sœur, à force de le découvrir, on va finir par l’enrhumer ».

Une sorte de Gavroche des Temps modernes que Prévert n’aurait pas renié.

Bon, c’est pas la peine que je t’explique pourquoi, ça m’a plu, c’est tout.


Bref l’histoire est plaisante à lire, l’humour est au rendez-vous. Le côté : « je dénonce la société sans en avoir trop l’air » Oui, ça passe parce que c’est un pauvre toutou qui raconte et qu’on ne peut franchement pas lui en vouloir.
Je serais tenté de dire que c’est un peu facile, mais ça aussi c’est un peu facile, alors je m’abstiens… (tu remarqueras que je l’ai dit quand même).

   Kaos   
29/3/2009
 a trouvé ce texte 
Très bien -
Intrinsèquement une excellente histoire. Un style auquel tu ne m'as pas habitué et qui de va comme un gant.

Les personnages, bien qu'un peu archétypaux, sont parfaitement décrits, la narration se suit sans soucis, l'emploi de l'argot est vraiment maitrisé.

Les citations qui ornent le texte sont loin d'être superflues et ajoutent même une dernière touche réaliste.

La chute en elle même me plait beaucoup.

Mais, et là c'est un réel souci pour moi, Thierry Jonquet a écrit un roman nommé "La bête et la belle" qui ressemble beaucoup à cette histoire.
Ce qui a gâché, donc, la savoureuse chute.

Je ne parle pas de plagiat! L'écriture est de toute façon l'éternelle reprise des mêmes thèmes, mais de ma " déception " en lisant la chute.

C'est vraiment dommage, mais je vais passer outre, parce que tu sors de tes sentiers, tu prends un risque avec une histoire longue, et j'ai pris beaucoup de plaisir à te lire.

   Alexandre   
29/3/2009
 a trouvé ce texte 
Très bien
Un véritable régal ! Un "truc" comme je les aime, une page de la "vraie vie" comme on dit aujourd' hui, contée avec beaucoup d'humour et d'humanité... Salut Wid, merci et à la prochienne.

   jensairien   
29/3/2009
 a trouvé ce texte 
Très bien -
très bon opus de VVidget. Un peu étonné et sceptique par moments (en effet des descriptions de personnages assez caricaturales pour certaines) mais qui trouvent tout à fait une cohérence et une justification avec la chute. Après tout, on ne va demander à un chien de brosser des portraits à la Stephane Zweig.
Pas mal de choses drôles, et puis c'est bien écrit, à quelques détails près.

par exemple je n'ai pas trouvé très évident comme image, la seringue "usée jusqu'à la corde".

une phrase me semble proprement mal exprimée, et c'est pourtant un moment de ta nouvelle important :

"sans les hurlements d'un membre de ta famille qui entendait de terre les cris de détresse des naufragés. "

bien sûr si l'on sait que c'est d'un chien qu'on parle, c'est plus clair, mais comme on ne le sait pas encore, on a du mal à cerner la scène de ce personnage qui hurle et qui entend en même temps des cris. En tout cas moi j'ai tiqué. Peut-être que tu t'en serais mieux sorti en faisant deux phrases.

enfin j'aime bien cet humour et une certaine espièglerie dans l'art de promener son lecteur

   victhis0   
31/3/2009
 a trouvé ce texte 
Bien +
moi, plus ça va, moins j'aime faire de l'introspection chirurgicale dans les textes que je lis. D'abord, il y a plein de lecteurs que ça amuse, ensuite, pour moi ce qui compte au final, c'est l'impression qui en reste, sa "trace mentale", les images ou les sentiments qui en découlent...Savoir si je ressors moins con d'un texte après sa lecture qu'avant : voilà mon Graal.
Donc, après ce starter superfétatoire, voici mon point de vue : j'ai voyagé dans un univers peu connu, avec des personnages qui m'ont paru très vraissemblables, sans clichés particuliers : oui il y a des types violents et cons et d'autres qui ont eu moins de chance dans la vie, Widget m'a laissé entrevoir ces deux facettes d'une humanité méprisée. Et il s'en tire bien Widget car il faut une imagination très subtile pour créer des personnages aussi crédibles.
La narration par le chien est une bonne idée, on y croit, on le sent dèsle départ mais ça ne gâche rien.
Une belle parabole sur l'amour et sa volatilité, sur l'existence au temps présent (c'est du reste le temps utilisé à bon escient ; tu aurais pu le traiter au passé ce qui eut été dommage).
Bon. je vais pas embraser le prochain SDF que je croise pour autant ni flatter son clebs mais promis, aujourd'hui, je tâcherai, comme les enfants, de ne pas détourner mon regard, pour une fois...C'est à toi que je le dois

   FredericBruls   
31/3/2009
Du tout bon Widjet, qui brosse un portrait sensible et parfois drôle des éclopés de la vie. Je ne cote pas, je me contente d'admirer.
Ps : les roubignolles sous la soutane peuvent parfois servir aux prostituées et aux femmes mariées. (lol)

   Azurelle   
1/4/2009
 a trouvé ce texte 
Très bien
Tableau émouvant d'une vie parisienne, j'ai bien aimé toutes les références aux misérables. (dommage il manque Causette ^^) La vie dans la rue, la vie la plus rude, mais s'il y a un ami comme Miles elle doit être plus agréable. Le portrait de "l'ange bleu" et celui de Miles restent mes préférés. J'ai bien accroché, merci ( j'ai même eu des chansons en tête quand je lisais ).

   Eminescu   
1/4/2009
 a trouvé ce texte 
Bien -
J'ai plutôt apprécié cette nouvelle assez touchante, sa chute surtout. J'aurais seulement deux trois petites choses à dire, sur trois plans.
Tout d'abord, sur la forme. Je déplore quelques maladresses dans le style de l'auteur. Pour exemple, il y a dans la troisième phrase une vilaine rime ("habituel" "rituel") - l'auteur est très peu sensible à l'euphonie de sa prose - et le "graffitée" qui suit n'est peut-être pas le plus joli mot de notre langue. Enfin, je suis obligé de signaler une série de phrases dont le style parlé ne justifie guère la syntaxe défaillante. Le tout manque cruellement de relief. N'importe quel écrivain amateur aurait pu écrire ce texte.
Pour ce qui est du plan, le sujet, pour être vraiment tragique - tragique au sens fort -, nécessite une intrigue beaucoup plus élaborée. A l'exception de l'extrême fin, il n'y a pas de montée du pathos ou de quoi que ce soit. Les anectodes s'enchainent sans logique. Non, il fallait se contenter de plus court pour ne pas lasser le lecteur. Car je me suis un peu forcé à la terminer cette nouvelle.
Enfin, ce qui me chagrine le plus, c'est le fond. Tous les lieux communs sont réunis sur les clochards. Je me fatiguerai pas à les énumérer, il suffit de voir le moindre film sur le sujet. La remarque sur la bonne soeur est d'un anticléricalisme désuet; elle n'est ni drôle, ni impertinente. Les idées que véhiculent ce texte sont celles d'une gauche bohème, bien pensante. On se croirait par moment dans Marius et Jeannette. Un petit quelque chose de bourgeois dans cette réflexion sur le sens de la vie, une vie dont on doit "goûter chaque instant, comme si c'était le dernier". On le retrouve dans tous les films américains.
Voilà. Sinon, la trouvaille est plutôt intéressante.

   David   
3/4/2009
 a trouvé ce texte 
Bien +
Bonjour Widjet,

J'ai compris avec "j’en ai vu défiler quelques-uns dans ma vie", troisième paragraphe, qu'il s'agissat d'un chien, mais je ne pense pas que ce soit trop tôt, ça suffit pour l'effet. Un petit régal cette galerie de portrait, un fabuleux second rôle ce chien. La petite histoire du Terre Neuve aussi à la fin, à un moment où la nature du narrateur ne fait plus mystère, ça redonne de l'intérêt, c'est un sursaut bien vu.

Mais cette histoire là, avec les petites citations, des moments très précis aussi, nom de rames de métro, de lieux, ça fait peut être un peu trop bossé comme nouvelle, alors que c'est quand même un chien qui cause, il est vachement précis et appliqué. Un défaut de perfectionniste.

   marimay   
3/4/2009
 a trouvé ce texte 
Bien +
Bonjour widjet,
C'est vrai que moi aussi je m'attendais à une toute autre histoire en voyant le titre. Et celle que j'ai lue est bien plus intéressante.
Donner la parole à un chien pour découvrir la vie des sans-logis est vraiment une idée que je trouve originale. Le point de vue est différent et Terry, chien de la rue lui-aussi, est attachant.

   Flupke   
3/4/2009
 a trouvé ce texte 
Bien +
Bonjour Widjet,

Deux petits soucis pour moi dans cette histoire.
Dès la phrase « Terry, c’est moi. C’est mon nom. Ça ne fait pas longtemps que je m’appelle comme ça. », j'ai pensé qu'il s'agissait d'un chien. (J'avais lu une nouvelle d'une structure similaire de Jeffrey Archer où l'on découvre à la fin qu'il s'agissait d'un chat). Ensuite ce qui me gêne dans cette histoire, c'est que le chien se lasse et quitte ses maîtres. Je ne sais pas vraiment si c'est dans la mentalité du chien, que j'imagine très fidèle. Après j'avais pensé à un chat, puis à un ouistiti face à cette inconstance. Curieusement les aptitudes intellectuelles et culturelles du clebs ne m'ont pas du tout gêné. Suggestion : par contre quel coup de marteau cela aurait pu être si l'on découvrait que le chien a connu tous ses pommés car sa maitresse volage a quitté tous ces hommes. La femme étant annoncée à la fin.

Les points positifs dans cette histoire (à chute ?) sont

1) les appels de phare, malgré ma grande gueule, j'avais les crocs, un pékinois. J'adore ce genre d'indices risqués dans les histoires à chute.

2) les widjetismes d'une très bonne qualité et qui m'ont bien fait rire et sourire : aussi utile qu’une paire de roubignoles sous une soutane, Il était un des nombreux locataires de la Porte des Lilas dont le nom fleuri collait assez mal aux odeurs de pisse qui imprégnaient les murs de la station., l’avocat fissuré du bocal qui récitait en boucle tous les articles du Code pénal, « depuis qu’il avait loué gratuitement celle d’Austerlitz à une famille nombreuse ghanéenne ». , changer d’Eire ça fait Dublin !, Ma soeur, à force de le découvrir, on va finir par l’enrhumer.

3) les anecdotes biographiques des SDF, réalistes

Au final, la qualité du contenu rattrape les deux soucis structurels du contenant. Et comme d'hab l'écriture est très agréable à lire.

Amicalement,

Flupke

   Anonyme   
4/4/2009
 a trouvé ce texte 
Bien +
héhéhé je m'en doutais un peu...

Bon, je vais te dire d'abord les choses qui m'ont un peu dérangées:

- Après la citation "...ça fait Dublin"(qui entre nous est sublime...) tu suis le paragraphe suivant avec un "ça fait du bien Miles"... bon ça fait un peu zarb à l'oreille...

- Eze... moi j'ai grandi avec une bande de gars de tous horizons et on appelait le black de l'équipe Eze (à prononcer ézé), parce qu'en patois ça veut dire noir...

- Le voilà qu’il sort de sa poche de derrière son canard tout fripé.
=> j'aime pas cette phrase elle sonne bizarre...

Sinon j'ai aimé l'approche, le style qui te ressemble, le fait qu'on apprenne à la fin seulement (enfin sauf si on lit entre les lignes les petites pistes ponctuant le texte tel le nom qui lui vient depuis peu, les gens qui lui parlent pas...) que ton narrateur est un toutou...

Bref, j'ai aimé mais j'ai aussi un gout de trop peu.
L'histoire de Miles est sympa mais j'ai l'impression (comme je te connais et que je te trouve particulièrement bon) que tu aurais pu faire mieux.
à mon sens le passage Miles est trop court... enfin je veux dire par rapport au corps total du texte... et puis à la fin, l'émotion (et c'est ptêt voulu, je sais pas comment émotifionne un chien) me manque, je trouve que c"est survollé, le manque de Miles, l'affection pour Lucien...

Enfin malgré tout un bon texte.
Un bon Widj de plus...
Merci

   Bidis   
6/4/2009
 a trouvé ce texte 
Moyen
- « Il pose sa guitare cabossée contre le mur, saisit sa bouteille d’eau, prend une gorgée, fait des gargouillis avec puis déglutit dans un bruit de tuyauterie épouvantable. » : Trop de détails, d’adjectifs, de verbes qui tuent l’image.
- « Le petit rituel habituel, quoi. » : je trouve que cela n’ajoute rien au texte.
- « Le voilà qu’il sort de sa poche » : faute de français. « Voilà qu’il » ou « le voilà qui », un pronom (« le ») se met pour un nom (« il »), et dès lors on ne peut pas mettre les deux.
Les personnages sont à peine esquissés que l’on part dans le passé. Je trouve qu’il aurait fallu développer d’abord un peu plus la situation présente et, ces personnages, les détailler d'avantage. Car cette situation et ces personnages n’ont rien de banal. En fait, il y a quelque chose de dramatique dans la vie des clochards et si l’on en met en scène, il s’agit, à mon sens, de donner au lecteur cette impression avant toute chose.
- « Poivrots ou drogués pour la plupart, et bien sûr, tous fauchés à l’unanimité ! » : combien quelque chose de si fort en fait est dit platement ! D’autre part, s’ils avaient de l’argent, ils ne mendieraient pas (ou alors ce sont des professionnels, cela existe, mais ce n’est pas le cas de ceux dont on parle ici), donc « fauchés » est inutile à dire surtout dans un pléonasme (« tous = à l’unanimité »).
- « mais pourvu d’un répertoire trop chiche » : un « répertoire limité » m’aurait semblé moins lourd que « un répertoire trop chiche »
A ce stade de la lecture, je me demande si Lestrier, c’est le personnage du début. J’ai envie de remonter pour vérifier. Et quand arrive « « Roland », comme aucun personnage n’est vraiment bien dessiné, je commence à entrer dans un brouillard.
- « Quelques verres et quelques noix de cajous plus tard » : on mange rarement des noix de cajous assis dans la rue, donc j’en conclus que les personnages sont attablés dans un café. C’est un peu invraisemblable pour des clochards sans le sou…
- « je me suis éclipsé sans qu’aucun des deux acolytes s’en soit rendu compte » : ici, je suis complètement larguée dans l’histoire. Je ne sais plus pourquoi Lestrier et Roland sont venus s’intégrer dans l’intrigue, et d’ailleurs quelle intrigue ? Il n’y a aucune situation dramatique, aucune progression dans une histoire. Et la phrase suivante me donne raison : exit le Lestrier (et sans doute le Roland).
- « d’une autre progéniture déchue de la rue » : ce n’est pas la rue qui crée la déchéance, c’est la déchéance qui mène à la rue. « Une progéniture de la rue » est suffisemment parlant, de toute façon. Cela me ramène à mon impression première, on dirait que l’auteur ne sait pas ce que c’est comme situation. Moi non plus, d’ailleurs. Mais quand je rencontre un de ces personnages dans la réalité, j’ai l’impression d’un accident, et c’est cette impression que j’aimerais retrouver quand je lis un texte qui les met en scène.
- « Je l’avais baptisé « L’ange bleu ». Loqueteux, mais d’un charme assez singulier, Adrien avait une silhouette androgyne et une chevelure blonde ébouriffée. Ses prunelles couleur azur étaient assorties à ses cernes mauves qui allaient bien avec ses deux bras criblés de trous violets » : lourd de chez pesant. Et « ses prunelles », « ses cernes », « ses deux bras » (on se doute d’ailleurs qu’il n’en a pas trois, encore que là, le texte se serait un peu envolé…) : possessifs à la limite fautifs, on sait bien que tous ces attributs sont au personnage.
« Ah Adrien ! Le petit chanteur ... les murs de la station. » : petit passage parfait, enfin une image !
« Alors, des couloirs aux wagons, » : je suppose qu’on est dans une gare ou dans un métro. Ou bien cela n’a pas été bien dessiné plus avant, ou bien on n’a pas situé l’action, encore une fois j’ai envie de revenir en arrière, ce qui n’est jamais bon dans une lecture. La suite du texte indiquera qu’on est bien dans le métro, mais c’est trop tard.
Tout le passage avec Adrien est très bon, mais c’est en analysant le texte que je m’en aperçois, c’était passé inaperçu dans mon impression calamiteuse générale de la première lecture.
- « un autre sans domicile fixe qui s’appelait Bogdan. » : inutile et lourd. On sait tout de suite que c’est un SDF . « de rencontrer Bogdan » suffit.
Tout le passage avec Jawaad me paraît excellent alors que durant la première lecture, je ne l’avais pas remarqué non plus, noyée que j’étais dans tout ce que j’avais trouvé de mauvais dans le texte.
En fait, Adrien, Bogdan et Jawaad sont vraiment vivants, bien dessinés, attachants. Du coup, l’univers de la rue, qui apparaît en arrière plan, semble aussi plus vrai, réel, crédible.
Mais si, à partir de l’arrivée de Miles, je n’ai plus de remarques à faire quant au style qui s’envole, comme cette vision de la vie dans les rues me semble édulcorée, complètement irréaliste et idéalisée ! Pour ce que j’en ai observé comme passante, pour ce que j’ai vu dans les reportages qui sont faits à ce sujet, tout ce qui relève de la « joie de vivre » des SDF m’a paru intimement lié à leur alcoolisation, et à l’inconscience qui en résulte. Dans ce texte, il est question d’une vie de bohème bien plus que d’une vie dans la rue. A mon avis, qui a dormi une seule nuit sur le trottoir ne pourrait lire ce texte sans sourire… amèrement.
- « Chaque semaine, nous changions de destinations jonglant de la ligne 1 « Défense/Château de Vincennes » à la ligne 9 « Pont de Sèvres/Mairie de Montreuil » avant de sauter dans les RER A, B ou C pour des destinations inconnues et plus exotiques » : le détail des lignes du métro me semble un peu superflu et alourdit inutilement le texte.
L’anecdote avec la nonne m’a parue plate et le fait que le narrateur n’est pas prêt d’oublier la tête de la sainte femme ne m’a pas semblé d’une importance capitale.
- « l’origine de mon prénom que Miles m’avait collé dès le premier jour » : je ne sais plus quel est le prénom du narrateur, donc de nouveau envie de remonter dans le texte. Mais, de toutes façons, ce n’est pas Miles qui a baptisé notre héros, donc qu’est-ce que ce « m’avait collé » vient faire là ? Bon, le héros s’appelle Terry. Le fait que je ne comprenne pas ce qui le relie aux légendes et anecdotes rapportées par ce « génie » de Miles fait que mon attention a dérapé et que je les lis sans les lire. Le serment solennel de ne pas réagir par la haine m’a semblé puéril et grandiloquent. Tout cela dans un contexte qui pour moi se devait d’être fort et sans fioritures.
La venue des voyous, le coup de couteau, tout cela est raconté sur le même ton alors que l’on aurait dû sentir une violence extrême
- « le premier couplet de « Fontenay-aux-Roses », la chanson de Le Forestier. » : trop de détails. Il aurait mieux valu le nom d’une chanson plus connue, sans indication de l’auteur, ou le contraire…
La chute est bonne et éclaire beaucoup de mes incompréhensions. C’est toujours ça…

Entre excellent et médiocre = moyen pour le style
Entre excellent et médiocre = moyen pour l’histoire.
L’idée de la chute est très bonne mais il aurait fallu pouvoir l’exploiter sans perdre le lecteur en route. Du moins, la lectrice que je suis, à en croire les autres commentaires...

   Anonyme   
9/4/2009
 a trouvé ce texte 
Moyen +
Bon c'est long, j'ai fait l'effort, aller... J'ai pas lu du tout les autres coms alors j'espère pas faire trop de redites...
Dans l'ensemble j'aime assez le ton du narrateur, Terry. On reste à la lisière du sentimentalisme et ça suffit, y tomber, pas bien.
Alors y a des petits détails que j'ai relevé comme ça, le surnom du jeune Adrien du début, "l'ange bleu", j'aurai bien vu une autre couleur moi. Pour les "succès anarchistes", j'ai déploré l'absence de Ferré (mail il est cité un peu plus tard... Ouf). Sinon, j'ai trouvé tout de même un poil stéréotypé les perso - tous chanteurs ou presque soit dit en passant, à croire que tous les SDF sont des artistes maudits- (bien compris que c'était un peu le sujet de la nouvelle mais quand mêmeuuuuu) Y a le fameux "Ange bleu" avec des bouclettes blondes et junkie au possible, ô combien romantique. le Bogdan, un peu roumain, donc un peu voleur, le méchant Jawaad au nom de tyran des terres d'afrique etc... Et puis Miles, l'idéaliste, le philosophe,le poète... qui m'a fait penser à Richard Borhinger dans un film dont le titre m'échappe, en tout cas je le vois bien en Miles bref...
Voilà sans entrer dans les détails ce qui m'a un peu dérangé à la lecture. Mais c'est l'angle qu'à voulu prendre l'auteur, je respecte ce choix.
Il y a toujours, bien sûr, cette qualité d'écriture. J'ai aimé par exemple le passage où se melangent argot et lyrisme exacerbé quand Miles s'émerveille... Les petites touches d'humour ça et là. Tout cela j'ai apprécié.
Reste un sentiment mitigé, d'autant qu'avec la fin et les skins qui "se paient un SDF", le ciel du cliché a du mal à s'éclaircir.


Edit; oupla en lisant les commentaires, j'ai l'impression que Terry est un clébard... J'avais pô compris désolé... Ah ouais "prochien".... Hummmm; pô un peu léger ça?
Du coup j'ai même pas fait attention. Bref sinon ça change quoi que ce soit un chien au fait? Un alibi pour les stéréotypes? Je taquine, je taquine...

Edit2 Putain, je viens de parcourir les commentaires et le premier de la liste dit la même chose que moi... [notrac ou comment se casser le cul à dire ce qu'on pense alors que ça sert à rien] bien l'bonsoir...

   Xrys   
9/4/2009
 a trouvé ce texte 
Bien
Commentaire au fur et à mesure pour la forme à la fin pour le fonds. J'expérimente (mais je ferais pas cela tous les jours)
Ça y est, Lucien s’arrête. Hum là j'aurais pas mis Ca y est;

Avant, je m’appelais pas. Avant, j’étais rien. J’étais personne. ca ca m'interpelle ... Qui c'ets lui pour n'être rien?

Dieu doit aimer les pauvres, sinon, il en aurait pas créé autant ! » (1). Mouais facile et archiconnu

Peu de temps après, j’ai fait la connaissance d’une autre progéniture déchue de la rue. Ca y est j'ai deviné qui parle Bien joué

« Hexagone » de Renaud, « Paris s’éveille » de Dutronc et naturellement « l’Internationale » qu’il braillait le poing levé. y'en a de bien plus anar des chansons...

’entassaient les sans-abri de toutes les couleurs, de toutes les classes sociales et de tous les âges - parce que la misère, elle fait pas de préférences - aie je co commente pas les idées tant pis

Au contact de cet épicurien, mon moral pansait ses plaies. Bien aimé ca

Bah j suis imperméable complètement à tes traits d'hum(eur)our sur la religion- désolée

bon sur la forme du Widget donc tracé au cordeau, impeccable, j'eusse aimé un voca un peu plus couleur locale mais comme ça tu sais le faire si tu l'as pas fait t'as sans doute de bonnes raisons.

Pour Miles bah oui forcément on apprécie ce héros mais il est trop "blanc" je m'esplique , y'a jamais un moment où il a envie de péter les plombs lui dans sa situation? Comme Eze Jawaad, il est trop noir.

Bah la fin de Miles oui tant pis...

AU final comment dire J'aime l'idée du chien, j'aime bien le monde décrit, j'aime l'écriture mais j'aurais aimé un peu plus de fêlures dans les persos, un peu moins de manichéîsme

Voilà

et surtout ne pas prendre tout à la lettre..

Xrys

   Anonyme   
11/4/2009
 a trouvé ce texte 
Bien +
L'auteur aurait-il par hasard lu "La Bête et la Belle" de Thierry Jonquet ? (pour la chute identique)
Alors que dire ?
A part quelques très légères maladresses (étourderies) "Quelques euros glanés ici et là par des mains prodigues" ???????????
Xrys note le "ça y est" du début, je suis d'accord.
Beaucoup de points très positifs : du lyrisme qui reste sensible (n'en fait pas trop, quoi), de l'humour (la soutane, Mobutu). Et qualité essentielle de l'auteur: il sait raconter une histoire. C'est bien construit et l'écriture est -presque- toujours très bonne. Bon c'est difficile de garder le rythme dans un récit long mais je trouve que tu t'en sors vraiment bien.
C'est du bon W et j'ai aimé.
Merci
PS d'accord avec jensairien pour la seringue
J'ajoute que le lecteur doit tout de même un peu jongler pour s'y retrouver. Mais c'est pas désagréable.

   liryc   
18/4/2009
 a trouvé ce texte 
Bien +
Bravo pour cette galerie de portraits dépeintes avec tact et savoir-faire.
Cela coule et retient l'intérêt du lecteur jusqu'au bout malgré la longueur
où plus d'un pourrait s'essouffler.
Est-ce une nouvelle ou un récit?
La nouvelle, dans ses règles impose notamment une compréhension rapide des enjeux ou conflits en place, un nombre réduit de protagoniste, peu d'analyse psychologique en profondeur, un espace-temps limité, et une chute. Je soulève peut-être un débat.
Cette remarque ne change en rien l'appréciation de la qualité de l'écrit.
exemplaire.

   calouet   
18/4/2009
 a trouvé ce texte 
Bien +
Bon...

J'allais te coller un avis "moyen", puisque si on retrouve bien ici ta limpidité habituelle de propos, je m'étais trouvé désagréablement surpris par le ton hésitant de ton narrateur, à mi-chemin entre un genre d'argot propret et un style beaucoup plus classe et littéraire. Bref le héros se cherchait un registre, tandis que s'accumulaient les personnages, dont je dois dire que l'enfilade promettait de devenir indigeste, un moment donné.

Et puis j'ai pigé que le héros était un chien, pas avant que tu ne vendes la mèche volontairement, je précise. Et du coup, même si les remarques ci-dessus valent toujours (en ce qui me concerne), bah le les trois premiers quarts de récit prennent une toute autre ampleur, un charme nouveau, qui me pousse à revoir mon jugement à la hausse!

Bref, ce n'est pas de top du top, notamment pour un auteur de cette trempe, mais ça vaut son pesant de cacahuètes (comme ces passages sur l'utilité des roubignolles sous une soutane ou l'intérêt d'avoir un cul bordé de tagliatelles...)

   nico84   
21/4/2009
 a trouvé ce texte 
Bien +
J'ai bien aimé l'histoire, Miles fait face à son destin, il construit son destin malgré tout. J'ai bien aimé ton histoire même si j'aurais aimé encore davantage d'anecdotes, d'actions sur ce personnage. Et peut être une fin encore de plus haute qualité, du genre, un avenir en homage de miles ou quelque chose à part sa promesse) qu'il ferait pour se souvenir et le remercier.

A part ça, c'est bien écrit, vraiment !

Edit : Ok je viens de piger pour le chien, bon, j'avais pas trop tilté sur le mot prochien. Mais c'est vrai que ça prend une autre signification. Bravo !

   saintesprit   
7/6/2009
 a trouvé ce texte 
Bien +
le ton est tres agreable, les dialogues credibles, la chute surprenante et inventive, le deroulement fluide on s'ennuie pas , une réussite, cependant un peu trop politiquement correcte dans le traitement: ça manque de crasse et de mechanceté .

   LeopoldPartisan   
17/6/2009
 a trouvé ce texte 
Exceptionnel +
Complètement bluffé. Que dire ? vraiment voilà sans doute la meilleure nouvelle qu'il m' a été donné de lire ici et surtout depuis longtemps. Je sais, je suis bon public, mais il y a dans cette nouvelle tout les ingrédients que j'aime. Widjet fait de nous ces complices en nous laissant des blancs que notre imaginations noircira. Musicien, jusqu'au Naufrage, je me suis imaginé le narrateur en guitariste sans voix. Un terre neuve, putain vous avez déjà regardé un terre-neuve dans les yeux. Cela m'est arrivé et tout ce que widjet vient de raconté y est.
Autre chose, chaque matin (je travaille à Bruxelles à 2 pas de l'entrée de la gare du Nord où finalement nos SDF ne sont pas très différents de ceux de Paris), j'échange un sourire, une ou deux paroles, quelques pièces lorsque j'en ai avec un bon garçon qui mendie mais surtout nous sourit. Quand il est pas là durant plusieurs jours je m'inquiète et à son retour on parle un peu. Moi finalement j'ai tout et lui rien, cela n'empêche que l'on s'apprécie et c'est tout ce qui compte. J'ai retrouvé dans ce magnifique texte toute cette empathie de ceux qui peuvent accepter la, les différences et comme le disait Léo "c'est extra".
L'écriture est limpide, vive et intelligente, jamais larmoyante. C'est digne des meilleurs Djian.

   NICOLE   
20/6/2009
 a trouvé ce texte 
Exceptionnel
C'est mieux qu'une histoire, c'est une tranche de vie, un morceau d'une histoire différente de la mienne, et tellement bien racontée que du coup je peux m'y projeter sans y penser.
C'est tellement rare de se laisser embarquer.
Continue.

   florilange   
8/7/2009
 a trouvé ce texte 
Moyen +
C'est 1 documentaire sur les SDF dans Paris, sauf que le narrateur est 1 chien. Les personnages s'y succèdent, très conformes à ce que s'imagine le brave bourgeois. Le texte est relativement bien écrit, le vocabulaire soigneusement choisi &, si l'on aime l'argot, c'est parfait. "Une vraie vie de chien" serait 1 meilleur titre puisque ce pauvre toutou ne mange pas toujours à sa faim & change souvent de maître. D'ailleurs c'est bizarre, les chiens quittent rarement leur maître, même lorsqu'il est méchant. Une bonne lecture. Merci,
Florilange.

   jaimme   
23/7/2009
 a trouvé ce texte 
Bien
Moi aussi je déteste les anchois!

J'ai préféré Totem, même si on est dans un registre très différent.
Les personnages ne sont pas caricaturaux pour moi car pour survivre mentalement ces hommes se doivent d'être des caricatures.
Ce qui m'a gêné au départ, justement le fait qu'on effleure la psychologie profonde de ces personnes, a laissé place au plaisir de découvrir ces masques. Avec parfois cette touche de désespoir. Puis cet abîme de désespoir.
merci

PS: ces abrutis de Terre-Neuve auraient dû laisser Napo se noyer!

   Colinede   
5/10/2009
Un texte sympathique, qui donne le sourire...J'ai été bernée presque jusqu'au bout, les indices sont pourtant nombreux et habilement dosés !
C'est vrai que les personnages de SDF sont un peu stéréotypés , sauf Maurice et Miles ( et je regrette que tu n'aies pas développé davantage la petite qui chante Lorie : c'est plus rare, les personnages féminins dans ce milieu, ça aurait pu donner un vraiment beau portrait)
Par ailleurs, j'ai noté quelques tournures qui me paraissent...douteuses :
-les quenottes, pour moi évoquent surtout des dents de lait ou d'enfant
-des noix de cajou (plusieurs noix, c'est toujours du cajou)
- pret d'oublier - prêt à oublier
ou
près d'oublier... (faut pas parler comme un chien ! ;-)))
- " et quand il y pensait aux miens" : t'as oublié les virgules, du coup ça fait bizarre
- il préférait largement la discrétion que les feux... - il aimait largement mieux la discrétion que les feux
ou
il préférait largement la discrétion aux feux
Il y a plein de trucs qui m'ont fait sourire, mais le plus beau c'est "indigne de son statut de nécéssiteux, qui est une vraie trpépite, pour moi !

   Colinede   
5/10/2009
Si quelqu'un de compatissant voulait bien me dire où se trouve le bouton " éditer", ça éviterait quelques cafouillages qui choquent mon oeil pudibond ! Merci d'avance



Tiens, j'ai trouvé toute seule !
Suis moins bête que t'en a l'air, finalement !
( euh, je précise que cette phrase n'a rien à voir avec l'auteur, hein !)

 

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