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Poésie néo-classique
Miguel : Ceux qui dorment en nous
 Publié le 15/05/12  -  12 commentaires  -  1278 caractères  -  231 lectures    Autres textes du même auteur

Quand la douleur appelle la douleur…


Ceux qui dorment en nous



L'homme qui jusqu'au terme a conduit l'un des siens,
S'il ose se pencher, bravant son épouvante,
Vers l'ombre où l'on descend la bière étincelante,
Voit les flancs vermoulus de cercueils anciens.

Et comme la douleur d'un coup que l'on reçoit
Est plus vive à l'endroit d'une vieille blessure,
De même à ce moment la peine qu'il endure
S'augmente dans son cœur des peines d'autrefois.

Il se souvient alors qu'il posséda jadis
Tous les trésors d'amour que renferment ces coffres,
Et le présent de pleurs, qu'au nouveau mort il offre,
S'enfle d'autres encor, qu'il avait crus taris.

Là, sur le seuil obscur du sépulcre béant,
Devant le rire affreux de cette bouche noire,
Le passé qui dormait remonte à sa mémoire,
Comme des galions du fond de l'océan.

Ces lèvres, dont sa joue a reçu maint baiser,
Ces regards où pour lui brillaient mille tendresses,
Sortent du grand silence et de la nuit épaisse
Où la mort et le temps les avaient enfoncés.

Ainsi, l'être de qui les jours sont accomplis,
Lorsque au lit éternel il vient prendre sa place,
Ressuscite un instant, quand lui-même s'efface,
Ceux qui dorment en nous du sommeil de l'oubli.


 
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   socque   
15/5/2012
 a aimé ce texte 
Bien
Ah, de l'allure ! Une déclinison amplement réalisée du chagrin et du deuil... Le poème n'évite hélas (pour moi) pas quelques figures obligées, le seuil obscur du sépulcre béant, le rire affreux de la bouche noire, les galions qui remontent du fond de l'océan... Les trésors d'amour, quant à eux, semblent un ressouvenir de poèmes galants et je les trouve un peu égarés dans le contexte.
Cela m'ennuie, je ne le cache pas, ces associations pour moi convenues ; je trouve qu'elles plombent le poème dont par ailleurs j'apprécie les vers solides, le mouvement et le propos nets.
... Enfin, pour le propos, j'ai une réserve. J'ai du mal à comprendre la structure du dernier quatrain. Je le transforme en prose pour voir.
"Ainsi, l'être de qui les jours sont accomplis, lorsque au lit éternel il vient prendre sa place, ressuscite un instant, quand lui-même s'efface, ceux qui dorment en nous du sommeil de l'oubli." Le sujet de "ressuscite" semble l'être dont les jours sont accomplis (au fait, je déplore ce "de qui" au lieu de "dont", il me donne trop l'impression d'une cheville pour gagner une syllabe), mais alors qui est ce "lui-même" qui s'efface, l'être en question, non ? Et ceux qui dorment, ce ne seraient pas eux qui ressusciteraient, ce qui serait dans le droit fil des quatrains précédents ? Faudrait-il alors comprendre
"Ainsi, l'être de qui les jours sont accomplis,
Lorsque au lit éternel il vient prendre sa place,
Ressuscitent un instant, quand lui-même s'efface,
Ceux qui dorment en nous du sommeil de l'oubli." ?
Dans ce cas, la métrique est blessée, mais passe peut-être en néo-classique...

[Edit : entre-temps j'ai enfin compris que l'être ressuscitait ceux qui dorment en nous, complément du verbe et non sujet surnuméraire. Je n'avais rien pigé à la structure de la phrase, désolée ! Du coup, je réévalue.]

   Anonyme   
15/5/2012
 a aimé ce texte 
Bien
J'aime bien l'idée de mettre une seule phrase par quatrain, même si, par leur égale rythmique, les six phrases bout à bout rendent le texte monotone. C'est peut être voulu. Je me demande aussi d'où (de quand) tu sors ce poème avec des rimes du genre baiser/enfoncés... Mais si leur qualité est faible, leur choix l'est beaucoup moins. Épouvante, anciens, blessure, autrefois, jadis (trop près d'autrefois par contre) coffres , noire, mémoire, s'efface, oubli... rendent bien compte du sujet (parfaitement maitrisé par ailleurs). Les mots sont à leur place.
Mis à part peut-être ce 'il' du dernier quatrain, de qui (pour plaisanter) je doute aussi...

   Anonyme   
16/5/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Michel ! Tout d'abord c'est un poème qui ne laisse pas indifférent car il nous ramène tous, inévitablement, à ces moments douloureux qui jalonnent la vie d'un être humain.
Il y a peut-être ici quelques lieux communs mais il était difficile de les éviter tant ils appartiennent à ces instants difficiles.
S'il me fallait choisir parmi ces vers je m'arrêterais sans doute sur les deux qui suivent...
"Et le présent des pleurs qu'au nouveau mort il offre
S'enfle d'autres encor, qu'il avait crus taris."
J'ai un peu tiqué face à "maint baiser" car maint ne veut-il pas dire "de nombreux" ?
Reste le dernier quatrain dont la tournure n'est pas très claire comme signalé dans les commentaires précédents...
Ca reste malgré tout un poème chargé d'émotions et c'est ce que je retiendrai avant toute chose. Merci Michel....

   Anonyme   
20/5/2012
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour Michel Martinez

En lisant ce poème, j’ai l’impression de voir quelqu’un qui n’arrive pas à faire le deuil. « Naître c’est commencer à mourir », et étant d’un genre fatalisme, ce n’est sans doute que mon ressenti d’une première lecture. A la seconde, le fond de ce poème est clair. Les rires des aïeux, tous ces souvenirs pénibles ou joyeux bien que disparus, vivent toujours quelque part.

En tous cas, cette écriture néo classique est plus qu' agréable à lire. J'ai croire suivre la plume de Lamartine.

   liryc   
15/5/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un texte prenant et que je n'ai plus lacher alors que je ne rafole pas de poésie. En plus je constate, sauf si je me trompe, qu'il s'agit d'alexandrins. Faut-il compter 11 ou 12 pieds dans le dernier vers? "dorment en" en fait deux à mes yeux, question d'école peut-être.

   Marite   
15/5/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Beaucoup d'émotion en terminant ce poème. Tout est si réel que :
" Le passé qui dormait remonte à - ma - mémoire,
Comme des galions du fond de l'océan."
C'est incroyable d'avoir pu ainsi, avec des mots si simples, réveiller " des pleurs qu'on avait cru taris " . Un très beau poème ! Merci à l'auteur.

   merseger   
16/5/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonsoir Michel,

Un beau texte dont la noblesse du rythme, le ton à la fois solennel et baigné de mélancolie, soulignent à merveille la grandeur du propos. Celui-ci n'est certes pas nouveau mais possède la vertu de nous placer face à une réalité inéluctable que nous cherchons le plus souvent à oublier. Cette manière de le traiter exhale un parfum romantique, je dirais lamartinien.
Je regrette un peu une dernière strophe un peu alambiquée qu'il m'a fallu analyser grammaticalement pour saisir qu'elle résume le propos développé antérieurement : chaque nouveau deuil est une remontée à la surface du ressenti des pertes précédentes mais insiste aussi sur une notion de filiation et de fraternité qui nous lie tous et se perd dans le temps.
Merci pour cette belle lecture

   Anonyme   
16/5/2012
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Je relis ce poème pour la... Et je lui trouve toujours autant d'allure. Un classicisme de bon aloi qui convient bien au sujet.
Pas d'images vraiment neuves mais de beaux alexandrins qui coulent bien. Les rimes faibles ne me choquent pas le moins du monde. Faudrait vraiment jamais avoir lu Aragon par exemple ou Supervielle ou etc pour bouder son plaisir.
J'ai enfin compris la dernière strophe grâce aux lumières des précédents commentateurs :o)
Un bon poème. Merci.

   pieralun   
17/5/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
L'écriture de Michel est certainement une des plus accomplies d'Oniris; par moments, certains de ses vers ont la puissance de ceux qu’écrivaient nos grands anciens.
Ici, j'ai particulièrement retenu:
- "Voit les flancs vermoulus de cercueils anciens.
- "Est plus vive à l'endroit d'une vieille blessure,"
- "Là, sur le seuil obscur du sépulcre béant,"
ainsi que le dernier quatrain.
d'autres m'ont moins emballé:
- "bravant son épouvante"......trop fort à mon sens dans le contexte
- "de même à ce moment" .......n'est pas très joli...peut être " de même en cet instant".... mais je n'en suis pas sûr.
- "s’augmente dans son cœur"...moyen
- "le rire affreux"....un peu fort également

Pour le reste, que dire? peut-être éviter le fameux "encor" réellement trop passéiste, puis que le thème bien sûr fort exploité, est ici remarquablement traité dans sa progression, sa démonstration jusqu'au quatrain de chute et qu'avec un minimum de travail sur la ponctuation, on arriverait, dans ce style, à ce qui peut se faire de mieux dans la langue française.

   David   
25/5/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour MichelMartinez,

J'aime bien la mise en abime qui débute le poème et qui restera au cœur des vers, mais passera par de nombreux sens. C'est le vertige, cette même mise en abime, et donc la vue qui anime le premier quatrain ; le toucher avec la blessure mise au supplice animerait le second ; les pleurs qui enflent du troisième ne pourraient laisser des narines indifférentes, une évocation de l'odorat ; le quatrième m'évoquerait le goût, pas par le mot "bouche" mais le "galion qui remonte", un peu "intestin", a bien plus l'apparence du goût de l'amertume et du chemin qu'il emploie ; la sortie du grand silence, bruits de baisers, pourquoi pas des bruits de regards, finiraient avec l'ouïe les cinq sens de ces cinq quatrains.

Le temps de recueillements au moment des enterrements ne seraient pas mieux décrit par de froides introspections, ici elles se démarquent par leurs perceptions j'ai trouvé.

Le dernier quatrain offre une belle image aussi, de fenêtre entr'ouverte, non pas vraiment vers un au-delà, mais vers une histoire et des racines, une certaine forme d'éternité quand même, une idée du grand tout... un sixième sens.

Et il y a une belle alternance de rimes, de sons fermés et de sons ouverts pour chaque strophe. La qualité d'une rime apparait tout juste mais ça reste musical dans l'ensemble.

   Renaud   
26/9/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Miguel,

C'est l'image que je me fais de la poésie classique, tissée de phrases sophistiquées et néanmoins limpides, presque une série de casse-têtes, avec une pudeur rhétorique pleine de tact et de délicatesse qui fait honneur à la complexité de l'âme humaine et au plus douloureux sujet qui existe ; une approche qui ne souffrirait ni facilité ni rectitude, et j'apprécie l'homogénéité stylistique de votre production. Le deuxième et le dernier sont magnifiques, ainsi la peine se charge d'autres peines lorsqu'elle est sollicitée, ainsi une disparition récente rappelle toutes les précédentes, comme pour réaliser une communion. "Au fond frères dans la mort" disait Malraux (je crois) en parlant d'une bataille et de corps dormant ensemble, issus de camps ennemis.
J'ai été étonné de ce que "siens" puisse compter pour une syllabe et "anci/ens" pour trois, je ne savais pas qu'on faire rimer diérèses et synérèses. L'antécédent de "sa" joue n'était pas facile à trouver, car il n'est pas dans le quatrain, il s'agit en fait du poète. On le voit mieux quand on connaît le texte en entier, qui mérite plusieurs relectures. J'ai été moins convaincu par l'adjectif étincelant ni par le rire affreux, un souvenir du romantisme qui n'est pas développé ni vraiment intégré.
Un mot : bravo pour ces réflexions pénétrantes. Je crois même sous-estimer ce texte, j'y reviendrai peut-être plus tard.

   jfmoods   
9/11/2015
La qualité de ce poème tient pour beaucoup à ses rimes souvent riches et à la variété de sa construction (juxtaposition, coordination, subordination). Aux relatives, nombreuses, s'ajoutent des circonstancielles, une complétive et une participiale qui confèrent un caractère virtuose à l'ensemble de l'évocation. Chaque phrase épouse sa strophe et le poète y ménage agréablement, par endroits, l'horizon d'attente du lecteur (« L'homme » du vers 1 ne trouve son verbe qu'au vers 4 : « Voit », « Le passé » ne surgit qu'au troisième vers de la strophe 4, « Sortent » n'apparaît qu'au troisième vers de la strophe 5).

Matérialisée par le chiasme (« Ressuscite un instant, quand lui-même s'efface »), une lame de fond ramène douloureusement à la surface la cohorte des êtres chers qui nous ont quittés (groupes nominaux : « flancs vermoulus de cercueils anciens », « vieille blessure », comparaison assortie d'une diérèse : « Comme des galions du fond de l'océan », métonymies : « ces lèvres », « ces regards », hyperboles : « tous les trésors d'amour », « maint baiser », « mille tendresses », allégories : « la mort et le temps les avaient enfoncés », périphrase : « Ceux qui dorment en nous », métaphore : « du sommeil de l'oubli »).

Merci pour ce partage !


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