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Science-fiction
Donaldo75 : Cinq minutes de causette
 Publié le 09/08/15  -  10 commentaires  -  6008 caractères  -  139 lectures    Autres textes du même auteur

Un monde sans guerre ni pauvreté, où plus personne n'a besoin de travailler, ça vous tente ?


Cinq minutes de causette


Joe déambulait dans la grande rue, ne sachant pas quoi faire de sa journée. Le bar de Moe n’ouvrait qu’à cinq heures et les salles de rêverie affichaient déjà complet. Il aperçut un petit bonhomme tout fripé, assis sur un banc public. « Taper la causette m’occupera bien cinq minutes, ce sera mieux que rien », pensa Joe. Il se dirigea vers son futur nouveau copain.


— Salut, moi c’est Joe !

— Bonjour Joe ! Je m’appelle Sigmund.

— Vous faites quoi, là, Sigmund ?

— Je médite, Joe. Et vous ?

— Je m’ennuie, Sigmund, comme des milliards de gars en ce bas monde. C’est d’ailleurs ce que je faisais remarquer à un gars du nom de Bill, quand nous attendions pour une machine à rêves. Quatre heures de queue pour trente minutes de paradis artificiel, ça laisse largement le temps de s’ennuyer.

— Vous auriez pu discuter, non ?

— De quoi ? Il ne se passe rien depuis des lustres. Avant, on avait le chômage, la récession économique, la guerre, les terroristes, les stars de cinéma, enfin plein de sujets de conversation. Maintenant, depuis que Les Yeux Dans Le Ciel nous ont montré la voie, le travail n’existe plus, tout le monde mange à sa faim, il y a suffisamment de ressources pour ne pas se taper dessus.


Sigmund haussa les épaules. Joe exprimait une vérité première : l’être humain avait fait la paix avec lui-même, enterré les religions et autres doctrines nocives, le jour où une puissance surnaturelle lui avait délivré le message ultime, montré le chemin vers un monde sans failles.


— C’est quand même mieux ainsi, non ? Nos ancêtres ont connu la mort par millions, pour des histoires de frontières, de croyances, de pétrole ou de champs de blé. Ils jalousaient leur voisin quand il avait une belle voiture, une jolie femme et une grande maison. Certains dénonçaient même leurs collègues de travail parce qu’ils étaient différents, homosexuels ou pentecôtistes.

— Je sais. C’était la merde. L’homme était con à bouffer du son.

— Nous avons frôlé la catastrophe en ces temps de barbarie. Les Américains jouaient au bras de fer avec les Russes, à coups d’ogives nucléaires, tandis que les musulmans accusaient les chrétiens de décadence en les terrorisant avec des martyrs bardés de dynamite.

— Nous ne nous aimions pas. Tout simplement.

— Et que dire des autres espèces de la Terre ? Nous les condamnions à disparaître, en polluant leur atmosphère ou leur eau, en éradiquant leur nourriture, en brisant la chaîne alimentaire. L’émeu, le casoar, le dugong ou le loup de Tasmanie sont devenus des souvenirs jaunis dans de vieux livres pour les enfants. Nous avons tué plus d’animaux en cent ans que la pluie de météorites du Crétacé, celle fatale aux dinosaures.

— Nous étions persuadés de notre statut de dominant.

— Au point de détruire la planète elle-même. Un être supérieur est-il assez fou pour scier la branche sur laquelle il est assis ? Je ne crois pas. Pourtant, nous avons détérioré notre planète, créé un trou dans la couche d’ozone, réchauffé les mers et les océans, fondu les glaciers et pillé les forêts. Nous avons failli transformer une oasis en désert.


Joe regarda silencieusement Sigmund. « Encore un illuminé ! » se dit-il. Joe avait entendu parler de ces histoires de fin du monde, quand les nations se combattaient pour le moindre grain de riz, quand les industriels pensaient d’abord au profit immédiat, quand il fallait travailler quarante ans pour nourrir ses enfants. « C’est du passé, il ne va pas m’en chier une pendule ! » pensa Joe en maudissant le petit bonhomme fripé.


— C’est bien joli tout ça mais je m’ennuie quand même. Et je ne suis pas le seul dans ce cas sur cette putain de planète, Sigmund. Qu’avez-vous à proposer pour régler mon problème ?

— Lisez-vous, Joe ? Je ne parle pas des magazines commerciaux ou des revues dédiées aux loisirs mais des romans, de la poésie, du théâtre.


Sigmund n’essayait pas d’évangéliser Joe, encore moins de le convaincre. Dans sa trop longue vie, il en avait vu défiler des jeunes insouciants, nés dans un monde sans douleur où les notions de labeur et de souffrance appartenaient désormais au passé. Il avait maintes fois tenté de leur expliquer pourquoi ils étaient chanceux de vivre dans une civilisation avancée et libérée de ses démons.


— Pourquoi je lirais ?

— Parce que ça occupe l’esprit, ce qui semble être votre sujet du moment. De plus, lire permet d’apprendre, de découvrir des contrées inexplorées, celles de votre propre pensée.

— J’ai déjà lu un roman. Une fois. J’ai détesté.

— Lequel ?

— Un truc bizarre intitulé « Demain les chiens ». Je n’ai rien compris et ça m’a gonflé. Je suis allé jusqu’au bout, histoire de ne pas avoir de regrets.

— De quoi ça traitait ?

— De cabots doués de la parole ! Ils se racontaient la vie des Humains, de la civilisation terrienne et de la conquête de l’Espace.

— Et vous prétendez ne pas comprendre cet ouvrage alors que vous pouvez le résumer en quelques mots ?

— L’auteur n’avait pas besoin de faire parler des chiens. Il suffisait de décrire les batailles, les découvertes scientifiques et tout le tremblement.

— Ce n’est pas une notice pour monter des meubles en kit, Joe.

— J’aurais préféré, Sigmund.

— Vous êtes paresseux, Joe. Ne le prenez pas mal. Vous semblez intelligent mais réfléchir ne vous intéresse pas. Vous voulez tout clés en mains, livré avec le manuel.


Joe se leva. Sigmund lui rappelait son grand-père, un ancien professeur de lettres, le genre à couper les cheveux en mille vingt-quatre. Le vieux Ray, c’était son nom, l’avait forcé à lire ce bouquin jusqu’au bout, sous la menace d’une fessée et d’une corvée de jardinage. Plutôt que de ramasser des feuilles et de tailler des haies, Joe avait choisi la lecture. Ses fesses en avaient été préservées mais depuis ce fameux jour, il détestait les livres, les intellectuels et les donneurs de leçons. Il fusilla Sigmund du regard, en regrettant le bon vieux temps des armes en vente libre, du goudron et des plumes, puis se dirigea vers les salles de rêverie.


 
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   in-flight   
30/7/2015
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,

Je trouve bien vu "les salles de rêverie": vous n'avez pas besoin d'en expliquer le concept, le lecteur, je pense, comprend tout de suite de quoi il s'agit. Dans un monde futur privé de tout conflit et de tout problème, le peuple s’ennuie et demande du divertissement virtuel, du "paradis artificiel".

Après, j'aurais aimé plus de clivages dans l'échange entre Joe et Sigmund: on a un partisan du "vieux monde", et un autre défenseur du monde contemporain. Mais les arguments restent en surface car on aborde là des questions profondément philosophiques. Le format "nouvelle" ne se prête sans doute pas à cet exercice.
Sigmund "l'intellectuel" tente de convaincre Joe "le consommateur" des salles de rêveries. Vous montrez bien que le monde idéal n'existe pas, qu'aucun système ne satisfera tout le monde. Et qu'il y aura toujours des révoltés de l'ordre établi.

En bref, j'ai aimé l'idée mais il me semble que ce texte n'est qu'une ébauche et le sujet devrait servir un récit plus long pour que l'on comprenne vraiment votre intention et pour pousser la réflexion plus loin.

Je salue toutefois la performance d'avoir rédigé un texte court duquel émane de nombreuses interrogations sur la soi-disant bonne civilisation vers laquelle nous devrions tendre.

   AlexC   
10/8/2015
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Hello Donaldo75,

Une fois de plus, le sujet me parle bien. Ce zoom hyper précis dans le futur. Un jeune et un vieux qui échangent leurs préoccupations respectives, soulignant au passage les avantages et inconvénients d’une société parfaite.

Quelques petites choses me dérangent un peu cependant.
-Sans conflit, pas de sujets de conversation. Vous dites un "monde sans failles”, mais est-ce à dire qu’il n’y a plus de catastrophes naturelles, que les émotions humaines ont disparus, que les femmes ne font plus de régime et les hommes ne regardent plus le sport ? Etc...
-C’est mon autre petit reproche. Vous nous inonder de clichés, sensés décrire la déchéance de la société contemporaine. Je trouve le trait grossier, les thèmes rabâchés et faciles.
-Joe dit d’abord qu’il s’ennuie, que les sujets de conversation ont disparus, l’air de dire que c’était mieux avant. Sigmund lui explique qu’il devrait se réjouir du Monde dans lequel il vit, tant le Monde d’avant était une horreur. Puis Joe s’énerve et reproche à Sigmund de ressasser le passé. Il y a là pour moi une petite incohérence dans la réaction de Joe. Mais bon, une incohérence qui pourrait, vous me direz, très bien survenir pour de vrai.

Un style un peu trop “brut de décoffrage” à mon goût. Surtout dans les dialogues. La répétition des prénoms, l’utilisation de verbes trop simples...

“Les Yeux Dans Le Ciel” : je ne suis pas fan du nom

Bonne continuation

Alex

   Lulu   
10/8/2015
 a aimé ce texte 
Bien ↑
"Cinq minutes de causette" ou cinq minutes de pause... pour nous, lecteurs, qui sommes ravis de tomber sur un texte aussi reposant que le vôtre. N'est-ce pas un rêve commun et en même temps si exceptionnel que celui d'imaginer un monde de paix, sans guerre, ni pauvreté ? En tout cas, cela fait du bien à lire, à trouver au détour de nos plus complexes actualités.

Personnellement, j'aurais préféré que vous creusiez davantage le dialogue que je trouve trop succinct. En cinq minutes, on a déjà de quoi échanger, même s'il est vrai que c'est un peu court.

En tout cas, votre texte nous donne à réfléchir. Les jeunes ne liraient-ils plus aujourd'hui, au point de s'imaginer un tel futur ? Certes, tout est fiction, mais comme l'on sait, bien souvent, la science-fiction est un miroir grossissant de notre réalité.

Bonne continuation Donaldo, et n'hésitez pas à fournir plus de détails la prochaine fois.

   Blacksad   
23/8/2015
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
J'adore la SF. Et je ne peux qu'être sensible au sujet et aux références. J'ai bien sûr lu Simak et je ne peux m'empêcher de vouloir accrocher Bradbury derrière le prénom de ce professeur...

Mais si j'essaie d'être un peu plus rationnel, je ne suis pas conquis par ce texte.
Une incohérence déjà. Joe s'ennuie donc Joe trouve Sigmund pour papoter... super. Sauf que Joe explique à Sigmund que quand il s'ennuie (genre dans une file d'attente), il trouve débile de papoter puisqu'il n'y a plus de sujet de conversation valable. Pour moi, ça suffit à flinguer la crédibilité de l'histoire.
Pour le reste, ce n'est pas assez travaillé à mon goût. Le dialogue est trop simple, trop prévisible.
Le sujet pourtant est intéressant : si on donne toutes les réponses à l'Humain... que lui restera t'il à faire ?? A rêver. Mais même ça, on lui offre. Le prix de l'effort, de l'individualisme... très bon sujet même. Mais il aurait mérité d'être plus creusé je trouve.

   carbona   
12/9/2015
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Bonjour,

Je ne sais pas trop par où commencer. Déjà une bonne chose à signaler, mon baptême dans la catégorie science-fiction s'est bien passé et me donne envie de renouveler l'expérience.

J'ai aimé l'idée de "salles des rêveries" et aurait apprécié en apprendre plus sur le concept.

Je n'ai pas aimé que le type s'appelle Sigmund.

J'ai trouvé trop de clichés dans les discours de Sigmund, un condensé superficiel du monde.

J'ai ri : "les collègues qui dénoncent les pentecôtistes".

J'ai aimé la formule : "L’émeu, le casoar, le dugong ou le loup de Tasmanie sont devenus des souvenirs jaunis dans de vieux livres pour les enfants.

Et enfin, votre nouvelle m'a donné envie de lire "Demain les chiens".

La chute est sympathique et amusante : elle boucle bien le récit.

En conclusion, une idée sympa, des éléments alléchants, une écriture agréable mais des dialogues qui mériteraient d'être remaniés avec plus de subtilité pour rendre la nouvelle plus atypique et le discours moins attendu.

Merci pour la lecture !

   Pepito   
14/9/2015
Au boulot fainéants, point de salut pour vos âmes en dehors du travail !!!

Bonjour Donaldo, voilà un point de vue marrant. Que faire, quand on a rien à faire justement ? Quand on a tellement la flemme que même pour rêver il faut une aide.

Tout avoir empêcherait de jalouser la femme du voisin ? mmmmmh...

Ha, Demain les chiens, une de mes grandes révélations !

Merci pour la lecture.

Pepito

   Mare   
24/10/2015
 a aimé ce texte 
Bien
Cela se lit tout seul ! Cinq minutes de causette, c'est exactement ça.
Le thème est l'un de mes préférés: si on nous donnait tout. La paix, la prospérité. La santé, sans qu'on ait à se battre pour l'obtenir, cela nous serait-il assez précieux pour qu'on trouve la force de se battre pour le défendre, le garder ? Et la génération suivante qui, elle, aurait tout reçu, se battrait-elle pour le conserver ?
Je ne suis pas sûre d'être d'accord avec la réponse que vous apportez, mais c'est parce que je suis une optimiste. Je ne suis pas sûre que le principe de l'enfant gâté se transpose à l'humanité entière. Je veux croire qu'on pourra faire mieux que ça. Mais, bon, une contre-utopie optimiste ça n'existe pas, me direz-vous ! C'est contraire à l'objectif ! Ah bon ? Et pourquoi ça ?

Un seul bémol à mes yeux: la "désapprobation" silencieuse du jeune homme face aux propos du vieux se manifeste un peu tard, pour moi. Je l'aurais vue survenir plus tôt.

Merci pour cette lecture !
Mare

   Sylvaine   
20/4/2016
 a aimé ce texte 
Bien
Texte dont l'écriture demeure malheureusement plate et banale, mais qui soulève des thèmes intéressants : l'utopie réalisée tourne-t-elle inévitablement à une sorte de cauchemar où l'ennui devient l'ennemi par excellence ? La confrontation des deux points de vue n'offre pas de réponse univoque mais laisse heureusement place à l'ambiguïté, et l'on se demande ce qui vaut mieux, d'un monde, le nôtre, que la démesure de l'Homme et l'exploitation de la planète font courir à sa perte, mais où l'on n'a pas le temps de s'ennuyer, ou d'un monde parvenu à un équilibre écologique et social où tous les besoins sont satisfaits mais où le marasme guette chacun. La force du texte est de ne pas trancher. Reste une esquisse intelligemment pessimiste de la condition humaine, qui rejoint les constats de Pascal : l'Homme est en butte à des tourments de toute sorte, mais lorsque ceux-ci le laissent en paix il est encore plus malheureux car il est alors confronté à sa propre finitude et devient le proie d'un Ennui existentiel.
En bref, ce texte très court fait naître quantité de réflexions. La "forme" laisse à désirer mais le "fond" est excitant pour l'esprit.

   matcauth   
17/2/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Donaldo75,

je continue mon chemin chez vous, ça me permet de me comparer et de m'instruire, car pour moi aussi la science-fiction doit garder ce lien avec le réel, car trop s'en éloigner permet des libertés telles que les histoires ne veulent plus rien dire. Cela m'intéresse de voir la limite réalisme / science-fiction, savoir si cette barrière progresse, fluctue... D'où cet intérêt pour les EMI, la méditation, l'origine des religions.

J'aime bien l'idée de la chute, de l'indécrottable humain qui ne restera jamais qu'un humain avec ses défauts. Mais dans ce cas, si les velléités agressives et guerrières ressortent si facilement, comment, dans votre histoire, en est-on arrivé à un monde si "parfait " ? Pour que ça se tienne, il faut que les mentalités purement humaines se soient effacées au profit d'autre chose, au profit d'un lavage de cerveau et d'un asservissement total à des règles bien établies.

Je comprends bien que l'idée du texte n'est pas de nous mettre des tartines sur comment et pourquoi l'humain en est arrivé là. Mais ça traverse forcément l'esprit du lecteur et du coup on perd un peu l'adhésion au récit.

Donc il manque un peu de quoi entretenir notre réflexion, il manque même quelques indices sur ce que, vraiment, vous voulez passer comme message.

Mais l'ensemble se lit bien et apporte quand même quelque chose, c'est ce que je retiens.

   Leverbal   
4/3/2017
 a aimé ce texte 
Bien
Qu'est-ce qui est le plus ennuyeux? Une vie de labeur où l'homme doit travailler pour subvenir à ses besoins, ou bien une vie où les contingences matérielles ne dépendent plus de l'argent? Je suis plus An 01 que Cinq minutes de causette, philosophiquement parlant, alors j'ai du mal à accrocher à cette uchronie.
Au demeurant, j'ai bien aimé la manière de la dépeindre, par ce dialogue entre générations.


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