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Réalisme/Historique
Dupark : Voyage au centre d'une profiterole
 Publié le 29/09/17  -  18 commentaires  -  9960 caractères  -  181 lectures    Autres textes du même auteur

− Tu cries mais tu n'es pas inquiet… Tu es vraiment bizarre comme mec.
Le mec est-il si bizarre ? Et si c'était le narrateur ? Ou le lecteur… Non, je plaisante. JE PLAI-SAN-TE !
C'est l'auteur, voilà. L'auteur.


Voyage au centre d'une profiterole


Laurent conduit. Je peux me détendre.

Engourdi par les kilomètres de notre sortie vélo, je m’abandonne maintenant à l’illusion d’avoir fait un effort de demi-dieu et à la satisfaction d’en avoir fini avec cette épreuve de légende. L’Izoard par la Casse Déserte, c’est pas rien. J’ai failli abandonner dans la côte de Brunissard. Je suis demi-mort. Faut dire que je me suis levé tôt pour venir dans les Alpes. J’avais prévu d’arriver hier soir, mais mon hôte était avec une maîtresse. Merci, Lolo. Je somnole déjà quand mon ami évoque le programme à venir, rejoindre Briançon, manger au self de l’hypermarché, faire les courses pour tenir le week-end. Il se penche pour atteindre la boîte à gants, et hurle :


− Merde ! J’ai perdu ma sacoche !


Il n’a pas besoin de sa sacoche pour conduire, mais il a sans doute besoin de hurler. Mon ami théâtralise tout. C’est l’Italie, la commedia dell’arte. Je propose :


− Fais demi-tour, on va la retrouver là où on a chargé les vélos. Elle a dû tomber.

− Non, je m’en serais rendu compte.

− Tu cries mais tu n’es pas inquiet… T’es vraiment bizarre comme mec. Il y a ta carte bancaire dedans ?

− Ben oui. Et mes papiers. Mais ça va, je sais où elle est.


Sa réponse me sidère. Je prends l’attitude de celui qui garde son sang-froid mais en réalité mon système d’exploitation vient de planter. La phrase qui me vient est « tu ne serais pas en train de me prendre pour un con, des fois ? ». Je me retiens.


− Et elle est où ?

− T’inquiète ! Je la retrouverai. Pour les courses, tu me fais l’avance, je te rembourserai.


Nous y sommes. Le félon ! Je pense « arrête tes conneries, tu m’emmerdes, là ! T’es pas drôle ». Mais je dis, avec la juste distance soignant-soigné :


− Je peux te faire l’avance si tu veux, mais tu ne m’as pas répondu. Elle est où ? Tu l’as oubliée au chalet ? Si c’est ça, on ferait mieux d’y passer avant de faire les courses, histoire de se rassurer.


Il va me sortir une réplique cohérente et changer de sujet. Mais il va s’en sortir. C’est un artiste.


− Non, elle n’est pas à la maison. Je l’ai oubliée au resto hier soir.

− Tu étais au resto avec ta maîtresse ?

− Et toi, au fait, ta maîtresse ?


Refus d’obstacle. Il ment. Ne pas l’énerver. Il a le volant ! Je brûle ma dernière cartouche :


− Il va être midi. C’est le moment idéal pour récupérer ta sacoche. Si on traîne, le resto va fermer et il faudra retourner en ville ce soir…


Dans moins de deux secondes, le virtuose me dira. Il ne bafouillera pas, c’est sa première règle.

Laurent ment depuis que je le connais. Au début, c’était seulement de l’exagération dans le récit, juste assez pour faire gonfler sa récolte d’oursins de dix à cinquante, ou pour réduire d’une bonne heure son temps de montée au lac ; du Tartarin, de l’esbroufe, du folklore en somme, comme de tricher aux cartes, ce qu’il fait, et aux boules. En Provence, cela fait partie du paysage. C’est pittoresque. Et puis enfin, si le mensonge et la tricherie nichent sur l’ubac de sa personnalité, son adret n’en est pas moins lumineux. Il séduit, fait tout pour être agréable, amuse ou impressionne. Ce qui est pénible est qu’il ne laisse pas le choix. Il se met sous les projecteurs, bien en face de la caméra, plein cadre, et ne laisse de place à personne d’autre, pas même au décor. Sinon il doute, il n’existe plus, c’est lui ou rien, on est pour ou contre, ami ou ennemi, sans nuance. On l’admire ou bien tout s’écroule. C’est pénible, mais gérable. Ce matin, c’est différent, il tente de m’arnaquer. Un ami de vingt ans. C’est inconfortable, déstabilisant, insupportable.


− Je l’ai retrouvée ! crie Laurent en brandissant la sacoche. Elle était sous le siège !


Je devrais me réjouir d’avoir déjoué une stratégie malveillante, ou du moins devrais-je me satisfaire d’avoir calmé un vampire à la petite semaine sur la route du cannibalisme pur et dur, mais il me reste une journée à passer avec cet homme, que je ne reconnais pas.


*------*


Le repas au self se déroule normalement. Laurent paye sa part. Il pousse maintenant son chariot dans les travées de la zone des biscuits, des caramels, des confitures. Je lui demande pourquoi il n’achète que du sucre. Sa réponse est prête. Il me déclare que tout ça est pour son épouse, Sylvie. Elle est à Marseille, Sylvie, chez leur fille, le temps de se remettre d’une séance de chimio. Que répondre ? Vas-y, Laurent, achète-lui du sucre… avec les huiles essentielles, y a rien de tel contre le cancer… Nous passons à la caisse, sans que rien dans le chariot ne me parle des menus à venir. Il paye.

Une fois rentrés, Laurent entame un long monologue dont j’ignore encore qu’il durera le reste du week-end. Rien n’empêche ce garçon de parler, ni la cueillette de deux kilos de champignons, qui en pèseront neuf quand son frère téléphonera, pas plus que le rangement au sec de quatre stères de bois. Son père le battait parce qu’il volait dans les boutiques, malgré ça il a pardonné à son père − sinon, je serais en prison −, sa mère ne l’aime pas elle préfère son cadet − Éric par-ci Éric par-là − et il attend qu’elle crève pour hériter et celui qu’il a aimé c’est l’oncle qui le gardait et qui lui a tout appris des oursins à la pétanque en passant par les putes et la belote. Il me passe en revue toutes ses maîtresses pour la ixième fois, pour une ixième étude comparée, sa prof d’italien, la femme du colonel, l’instit, […], sa voisine, l’employée de banque, la monitrice de ski, la châtelaine, la psychiatre et maintenant l’infirmière. Le tout agrémenté de détails. « L’employée de banque était super bien gaulée, tu vois, mais scolaire dans la baise, sans folie. Non, la meilleure c’était l’instit. Pas scolaire l’instit − un comble non ? − créative… » Quarante-huit heures d’allers-retours entre sa Sibérie intérieure et son carnaval de surface. Faut-il aimer la pâtisserie pour passer des week-ends entiers avec une profiterole.

Il voulait absolument que je la voie, ce matin, son infirmière. C’était important. Elle est restée jusqu’à mon arrivée au chalet. Avant de rejoindre en voiture le pied du col, nous sommes allés ensemble au parking d’un bled paumé, là où elle cache sa voiture quand elle passe du temps dans un chalet qui n’est pas le sien, avec un homme qui est un peu à tout le monde.

Laurent continue sur le cancer de sa femme :


− Si je la perds, je vais la chercher partout dans la maison.


Avoir quelqu’un à perdre, c’est ça l’amour. Du vrai, du beau, du grand, du nécessaire. Pas du contingent. Pas de la chimie. Même s’il n’y a plus de désir depuis longtemps entre ces deux-là, le lien est puissant. Laurent est comme un enfant qui disjoncte dès qu’il ne voit plus sa maman. Et il me parle de la culpabilité qu’il a de tromper sa femme actuellement. Il ne me demande pas directement de l’approuver, mais il le fait par le regard, le rythme de ses phrases, le silence bien placé. Un artiste. « Je suis une merde, non ? »

Je cède :


− Si ça te fait du bien…

− Ah ! Tu crois ? Mon frère m’a fait la même réponse.


Tu m’étonnes. Il n’a pas eu le choix non plus.

En attendant, ce soir, c’est jambon-coquillettes.


*------*


Le lendemain, nous retournons en ville pour faire les courses. Au moment de payer un poulet et quelques bricoles chez un traiteur, Laurent se tient à l’écart, étonnement silencieux. Bon, d’accord, je paye, mais j’échange ma faiblesse contre la décision de ne plus me retrouver dans ce genre de situation. À partir de lundi, je ne verrai plus le copain. Reddition immédiate contre sédition différée.

Ma décision se renforce pendant le temps qui nous sépare du retour. Du poulet que j’ai payé, je n’ai droit qu’à une seule cuisse, le reste étant pour Sylvie, avec les sucreries. Pareil pour les champignons. On les lave et on les apporte à Sylvie. Je me voyais bien partager ma cueillette avec ma fille, moi. Elle aurait été contente de les manger avec son papounet qui s’est fatigué plié en deux dans la nature humide pour lui faire plaisir. Eh bien non. Pas question. Là encore, je dois payer.

Payer quoi ? Je suis coupable, moi ? C’est moi qui baise l’infirmière ?


*------*


Le lundi matin, nous prenons ma voiture pour rejoindre Marseille. Trois heures de route nous séparent de la sérénité ; pour Laurent parce qu’il va vers une femme qui le rassure et pour moi parce que je ne le verrai plus. Plus que trois heures de logorrhée. Je n’écoute plus. Je cherche en silence un prétexte pour annoncer à Sylvie que je ne monterai plus à Briançon. Il me faudra trouver une diversion pour ne pas évoquer l’inconfort de me retrouver avec son mari. Elle a assez de contrariétés en ce moment. J’imagine alors des bouts de phrases bien sournoises tournant autour de mon extrême anxiété à l’évocation du cancer. Elle me trouvera chochotte mais je suis prêt à vendre une tonne de ma réputation pour quelques grammes de tranquillité.

Sylvie et sa fille me gardent pour le repas. Elles m’aiment. J’espère que ce n’est pas parce que je suis le seul à supporter Laurent, je ne voudrais pas les décevoir. Nous sommes six avec le gendre et le petit-fils. Je goûte les champignons. C’est le gamin qui mange le reste de poulet. On n’entend pas Laurent, plus calme qu’un bébé après la tétée. L’air est encore assez doux pour rester sous le tilleul. Le gendre traque les verres vides.

Au moment de quitter cette famille, Laurent m’accompagne jusqu’à la voiture.


− Je t’ai dit que le mari de l’infirmière s’est suicidé la semaine dernière ?

− Ah non. C’est quoi cett…

− Tu remontes le week-end prochain, hein. On fera le Galibier. Allez, ciao.

− Ciao.


 
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   Mistinguette   
30/8/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Réalisme, subtilité, drôlerie : trois ingrédients parfaitement dosés pour cette savoureuse recette de profiterole.
Le titre m’a accrochée tout de suite. L’incipit aussi harponne bien le lecteur. Par contre, dans un premier temps, je n’ai pas saisi le rapport avec la pâtisserie. Ce n’est qu’en 2ème lecture que j’ai eu l’illumination : profiterole, profiteur.

Les traits de caractère de Laurent peuvent sembler forcés, caricaturaux. Pour avoir côtoyé ce genre d’individu, je les trouve tout à fait réalistes et très bien observés. L’auteur a dû s’inspirer de quelqu’un de son entourage car, pour être aussi juste, je ne pense pas que l’imagination soit suffisante.
Perso, c’est sous les traits de Benoît Poelvoorde que je me suis imaginé Lolo.

Deux passages qui m’ont fait pouffer de rire :
« Que répondre ? Vas-y, Laurent, achète-lui du sucre… avec les huiles essentielles, y’a rien de tel contre le cancer... »
« L'employée de banque était super bien gaulée, tu vois, mais scolaire dans la baise, sans folie. Non, la meilleure c'était l'instit. Pas scolaire l'instit - un comble non ? - créative… »
S’il y a deux mots que j’aurais été à mille lieux d’associer, c’est bien « scolaire » et « baise » :-)

Un grand MERCI à l’auteur pour cette histoire très bien écrite qui m’a beaucoup amusée.
Au plaisir de le relire.

   Asrya   
30/8/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Un texte qui ne se prend pas à la tête, tout en légèreté sur la mythomanie d'un homme ; et son ami.
Une belle histoire d'amitié au final, sur l'acceptation des défauts de chacun (c'est comme cela que je l'ai pris) ; à moins que ce ne soit une critique sur l'hypocrisie constante entretenue lors d'une relation d'amitié ? Non...
J'ai bien aimé, le style est percutant, vif, drôle.
Il y a suffisamment de folie pour ce genre de nouvelle. Plus encore ne m'aurait pas déplu puisque vous le maniez avec brio.
Merci pour la lecture,
J'ai passé un bon moment,
Au plaisir de vous lire à nouveau,
Asrya.

   PierrickBatello   
2/9/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Le plus: l'humour exquis et quelques phrases bien tournées.

"Faut-il aimer la pâtisserie pour passer des week-ends entiers avec une profiterole." Celle-là, c'est une perle.

Le moins: je dois être un peu fatigué mais je n'ai pas saisi le dernier paragraphe. Le gendre?

La fin est faible par rapport au ton très enlevé de tout le reste.

En tout cas, le titre, c'est un pur bonheur!

   plumette   
4/9/2017
 a aimé ce texte 
Bien
récit d'un week-end qui devrait être décisif. Le narrateur ne supporte absolument plus son pote qu'il considère comme une "profiterole" . Cette désignation est-elle une invention de l'auteur ou est-ce un terme utilisé dans la région de Marseille pour profiteur? Je ne connaissais pas cette appellation et cette dénaturation d'un de mes desserts préférés m'a contrariée !!
Le narrateur essaye de nous démontrer qui est Laurent en évoquant le déroulement du week-end.
Laurent est radin, il est menteur, il trompe sa femme et atteinte d'un cancer, n'a pas beaucoup de considérations pour ses maîtresses, il est saoulant et complètement égocentrique.

J'aime le ton assez distancié de la nouvelle, j'aime aussi que le narrateur ne soit pas dupe et se laisse duper, par fatigue? par lâcheté? par fidélité à une vieille amitié?

Voilà une petite tranche de vie ( j'aime bien ce genre) qui nous parle des relations qu'on a avec nos semblables.

un moment de lecture sympa!

Plumette

   Tadiou   
4/9/2017
 a aimé ce texte 
Un peu
(Lu et commenté en EL)

Ecriture simple, trop linéaire à mon goût, trop descriptive. On a l’impression que le narrateur, malgré quelques mots ou pensées, est d’une faiblesse étonnante. Tout a l’air de glisser sereinement sur lui comme l'eau sur les plumes d’un canard. Les maîtresses de Laurent, le cancer de sa femme, tout cela ne semble être que des anecdotes. Et les anecdotes, c’est parfois bien ennuyeux… Le manque d’émotion est ennuyeux, tout comme le « ciao » de la fin qui indique que rien ne change.

Pour résumer, ce récit me semble terne. Il pourrait ne pas l’être avec une écriture et un point de vue différents.

« Profiterole » fait apparemment référence au verbe « profiter » et au nom « profiteur »… Bon, dont acte.

Je suis étonné par la catégorie choisie "Réalisme/Historique"

Tadiou

   Donaldo75   
5/9/2017
 a aimé ce texte 
Bien
(Lu et commenté en EL)

Bonjour,

J'ai plutôt bien aimé cette histoire, même si j'ai trouvé le démarrage poussif au niveau narratif. Le personnage de Laurent est agaçant dès le départ mais il prend de l'ampleur au fur et à mesure que le narrateur décrit sa mesquinerie et sa mythomanie. Les formules employées sont bien tournées, parfois marrantes. La référence à la profiterole reste obscure -est-ce le verbe profiter ou le gâteau creux ? - et n'apporte rien.

Au final, c'est une analyse sur l'amitié, à travers une histoire du quotidien pas très glorieux de deux adultes dont le courage n'illumine pas le récit. Elle est bien racontée, dans un style agréable.

   Bidis   
29/9/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Je n'ai pas bien compris la chute. On dirait que le narrateur va tout de même revoir son insupportable ami et que ce qui se passe dans cette nouvelle est destiné à se répéter à l'infini, mais il peut tout de même encore se désister. J'aurais préféré que ce soit plus net.
Sinon, j'ai été empoignée par le texte de bout en bout. Les personnages ont beaucoup de consistance et on reste encore avec eux un petit moment après lecture.

   Cat   
29/9/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Dupark,

Le titre intrigue au départ, puis lorsque l’on comprend, se nimbe d’un beau sourire amusé.

Je suis fan de ton style Dupark, de la truculence qui émaille tes tranches de vies.

Ici, une tranche bien vivante, avec des personnages finement campés sur un décor, une ambiance, qui se laissent deviner avec aisance, grâce à une écriture fluide, leste et savamment ponctuée.

Je n’ai pas de jugement à porter sur les agissements des uns et des autres. Je n’ai pas l’impression que l’auteur soit dans cette demande. Donc j’ai pris les choses telles qu’elles me sont rapportées, juste curieuse de voir vivre des gens autrement. Même si cet ami Tartarin, je ne le supporterais pas une minute dans mon existence.

Cela a été un réel plaisir de suivre ce week end à forte odeur de vécu.

Allez, zou ! Repars au charbon ! Il me tarde de te relire… :))

Merci pour le partage.


Cat

   Jean-Claude   
29/9/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Dupark.

Un cruel mais amusant tableau.
Dur de fréquenter une profiterole.
Mon appréciation dit le reste.

Une petite remarque, je trouve l'élision initiale un peu excessive : "Une fois rentrés, Laurent entame un long monologue dont j’ignore encore qu’il durera le reste du week-end." (Laurent et je comme sujets distincts, donc élision du nous).

Au plaisir de vous (re)lire

   hersen   
29/9/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément
C'est à la fois la vérité toute crue, la vie qui va, les faiblesses. c'est profondément humain, il n'y a besoin de rien de spécial pour écrire une bonne histoire, on a tout sous la main;
Ces personnages, nous les connaissons tous, en fait. C'est l'alchimie de l'humain et je pense qu'il est très difficile de le rendre dans un texte sans avoir besoin de chercher midi à quatorze heures.

le style, l'écriture, sont à l'image du texte, auquel je trouve un arrière-goût de fatalisme, je ne sais quoi exactement qui me ferait dire qu'on est comme ça, est-ce dommage qu'on soit comme ça ?

Mais il me semble bien qu'il y a autre chose. c'est quoi, déjà ? Ah oui, l'incipit !

Pourquoi je mets "passionnément" ? Parce que c'est un beau mot, un beau mot humain qui résume de quoi nous sommes faits. Un mot qui dit qu'on est comme on est : magnifiques ! (bon, pas tout le temps, mais c'est ça le truc, justement...)

Merci de cette lecture.

   Ludi   
29/9/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Salut Dupark,

Quand je viens te lire, c’est sûr qu’au point de vue déconne et bons mots, j’en attends pas moins. Je m’en fous de ce que tu racontes, je te lis parce que tu me fais marrer et que c’est de ça dont j’ai besoin. En plus, je pense être pas mal en phase avec ton humour, donc ça roule.

Passons au sujet. Des profiteroles, j’en ai connues plus que j’en ai bouffées. Pour moi c’est rédhibitoire, donc Laurent, y’a longtemps que je lui ai mis la honte devant son infirmière et que je suis parti avec (avec elle, hein). Moi, le type qui a perdu son portefeuille, il me regarde manger, il dort sur le parking de l’hôtel et il pousse la bagnole si elle tombe en panne. Par contre, si c’est une nana, je peux me ruiner, vu que j’en ai jamais laissé aucune ouvrir son porte-monnaie devant moi. Si elle a choisi un bijou, je peux essayer de feinter en allant aux toilettes, mais bon, le prénom Laurence est aussi répandu que Laurent, et je me retrouve souvent avec des trucs en plus que du coup j’avais pas vus. Donc chez Zara, je me pisse dessus, mais je m’en sors avec un bracelet en fer blanc.

T’es un vrai écrivain, Dupark, tu sais te retenir, tu sais faire des phrases autour de tes blagues. Moi je sais pas faire, faut que tout parte en vrille tout le temps, c’est lassant et c’est pour ça que j’écris pas de prose. En te lisant je me dis que là ou là j’aurais sans doute chargé la mule, parce que la crédibilité je m’en tape, quand on parle d’humains on est toujours en dessous du possible.
C’est tellement rédhibitoire la pingrerie, que j’ai même pas été sensible aux autres défauts de Laurent. Le cancer de sa femme, c’est comme si tu m’avais annoncé qu’il avait touché le gros lot. Non je déconne, c’est moins grave.

J’étais mort de rire à la fin, t’as créé trois personnages pour dix secondes, la fille, le gendre, le petit-fils, juste pour leur faire bouffer ta part de champignons. Un balèze, ce Laurent, un rat qui ramène de la bouffe à sa portée (je t’autorise à y mettre un double sens).

Bon ben, je vais m’incliner une nouvelle fois.

Ludi
Plié (en deux)

   Cristale   
29/9/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Le rôle du profiteur...

Quand je lis du "Dupark" je voyage au centre d'une autre planète où les personnages ressemblent à ceux de la nôtre mais ni tout-à-fait pareils et ni tout-à-fait autres.

Je ne décortiquerai pas, je prends tout dans son entier tant j'ai l'impression de connaître ces acteurs de vie.

Une révérence et m'en vais doucement sans faire de bruit.
Cristale

   widjet   
30/9/2017
 a aimé ce texte 
Bien
C'est un voyage bien court, un road trip un poil rapide, mais assez truculent et finement observé : des "pinces" (radins) doublées de baratineurs, il en existe beaucoup.

C'est enlevé, même si l'humour ne fonctionne pas toujours efficacement (ça manque de fluidité parfois ce qui casse le ressort humoristique, il faut parfois se reprendre à deux fois pour bien saisir le propos).

On le sait désormais, l'auteur n'a pas son pareil pour emballer une histoire....surtout quand y'en a pas (d'histoire). De la verve, de l'engouement, une jouissance rédactionnelle (on sent que l'auteur s'amuse et c'est contagieux) assez palpable font que bien souvent, on lit Dupark car c'est juste agréable à lire. Et surtout parce que ça suffit. L'intrigue....bah...On s'en fout un peu, c'est en bonus (ce que je dis est un compliment, même si ça y ressemble pas).

Un texte à l'image de son auteur : frais.

W


PS : Dupark doit être assez compétent pour raconter des blagues en public....non ?

   Plumo   
30/9/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
bon globalement tout a déjà à peu près été dis pour ce petit texte,
il est bon, très bon même, simple, sans grande prétention (mise à part la fin peut être que je n'ai toujours pas compris, mais ça c'est un détail.)
donc je tenais quand même à ajouter une mention spéciale, pour te remercier, pour une phrase en particulier, parce-que rarement en plein milieu d'une lecture, je ne me suis tapé une aussi grosse barre de rire;
"Je prends l’attitude de celui qui garde son sang-froid mais en réalité mon système d’exploitation vient de planter."
imaginer la scène avec le bruit de Windows en tête, juste magique!


Plumo meter: 8/10

   moschen   
30/9/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
C'est l'histoire d'une amitié envahissante.
Je suis intimement persuadé qu'il ne peut pas s'en passer de son Laurent.
C'est bien connu, les gens qui ne cessent de clamer haut et fort ce qu'ils vont faire, ne mettent jamais leurs menaces à exécution.

Un instant, j'ai imaginé que lui-même avait eu une relation avec Sylvie.

Sans Laurent, il ne serait rien, il ne ferait rien.
C'est cette dépendance à l'autre qui le met dans tous ses états.
Chercher à se débarrasser de Laurent, c'est comme couper le cordon. Il n'y est pas prêt.

L'événement, le seul, se produit quand Laurent se tient à l'écart chez le traiteur. Mais aucun piste n'est fournie. Puis ultérieurement, pendant le repas, Laurent est muet. Il doit agacer son entourage.

   vendularge   
2/10/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonsoir dupark,

Je commente tardivement parce que j'ai relu ce texte; je m'amuse parce que j'avais bien compris la "profiterole". Le texte est agréable à lire, bien construit. Beaucoup de chose sont dans ce qui n'est pas dit explicitement.
Tu écris bien mais je te l'ai déjà dit.
Bref, merci du partage; le commentaire n'est pas très utile; j'en conviens..

vendularge

   in-flight   
3/10/2017
 a aimé ce texte 
Un peu
Une lecture globalement agréable mais j'en sors dans le même état qu'en y entrant. Chacun connait autour de lui un personnage tel que Laurent qui gravite autour de vous en prenant une place phénoménale, tout en étant touchant (il se confie sans fard et s'interroge sur sa morale). Bien, mais après...

Arrive, cette rapacité (calculée ou non) auquel le narrateur n'est pas coutumier. Puis vient le cancer de la femme de Laurent et on finit sur son silence en présence des siens. Le texte nous montre par là que la logorrhée de Laurent est une catharsis face à la situation dans la cellule familiale. Et que l'amitié peut être salvatrice dans les situations critiques. Voilà ce que j'ai compris.

Mais pour le coup, je n'ai accroché à aucun personnage (narrateur ou auteur). Sans rentrer dans quelque chose d'extraordinaire (on est en réalisme), il manque pour moi un événement ou une intrigue plus fournie qui révélerait la nature profonde de chacun.

Quelques remarques:

"si le mensonge et la tricherie nichent sur l’ubac de sa personnalité, son adret n’en est pas moins lumineux." --> métaphore montagnarde, accrochez-vous.

"− Si je la perds, je vais la chercher partout dans la maison." --> très chouette

   Cairote   
7/10/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonne évocation d’une amitié encombrante, faisandée (mais acceptée, ou même voulue ?), mais pas si rare finalement, à un degré ou à un autre. J’ai beaucoup aimé le style, léger et assez vif, émaillé de remarques justes et souvent très drôles. Et aussi ces petites phrases qui signalent quelque chose d’autre, sur lequel le lecteur peut choisir (ou non) de s’arrêter ; comme ce « On n’entend pas Laurent, plus calme qu’un bébé après la tétée » en présence de Sylvie et de sa famille.
En cherchant bien pour trouver du négatif (pardon, du constructif) à ajouter, il me semble qu’il manque quelque indication de ce qui aurait provoqué ce retournement chez Laurent, ou cette soudaine aggravation de ses travers : son ami le connait depuis longtemps, lui et ses défauts, mais il ne le reconnait plus, nous dit-il. Ai-je manqué quelque allusion ? Ou bien est-ce que, à chaque fois, le narrateur se laisse surprendre et n’en revient pas ? Est-ce pour cela qu’on nous suggère, à la toute fin, qu’ils vont se revoir ?

Au (grand) plaisir de vous relire !


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