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Aventure/Epopée
PierrickBatello : Oblivion
 Publié le 26/04/17  -  10 commentaires  -  16013 caractères  -  69 lectures    Autres textes du même auteur

Avertissement : les noms utilisés dans le récit sont des noms d’emprunt. Cette histoire est une fiction. Le lac Oblivion n’existe pas, les révolutions successives d’Amérique du Sud l’ont balayé du territoire. C’est ainsi qu’a survécu ce récit.


Oblivion


Assis sur le perron de ma cabane, je contemple la vue sur le lac Oblivion. C'est une oasis oubliée du monde à trois mille mètres d'altitude. Des flamants roses font des ronds dans l'eau, quelques vers font respirer la terre, l'humus dégage cette odeur oubliée dans les villes. Aucun écran ni haut-parleur ne viennent perturber cette atmosphère. Je ne fais rien. Je suis bien. C'est mon royaume.


Je suis le dictateur d'un monde que je garde jalousement secret. J'ai construit la cabane avec les débris d'une mine d'argent désaffectée. Miracle des imbroglios de l'administration : l'électricité est encore disponible à la borne qui alimente l'ascenseur du puits de la mine. C'est du triphasé mais ma formation d'ingénieur électricien à l'armée m'a permis de tirer du 220 volts jusqu'à la cabane. J'y alimente une ampoule, un réchaud électrique et un chauffage pour les jours de cafard. Tous ces appareils en état ont été abandonnés probablement le jour où la révolution a éclaté, ce funeste douze octobre.


Carlos, c'est le nom que j'ai donné au plus gros flamant rose de la bande, fait encore des siennes. Il tourne autour de quelque Rosita qui fait le pied de grue dans l'eau. Après deux heures de contemplation passive, voilà des échanges amoureux qui égaient ma journée. Je décide de capturer ces moments d'érotisme animalier avec mon appareil photo. Je rentre chercher mon boîtier argentique avant que le mâle Carlos ne fatigue.


Cabrón !!! Je me suis encore fracassé le crâne à la poutre trop basse qui soutient le toit. Je saigne un peu. J'ai épuisé ma réserve de pansements après un combat au couteau avec un guanaco rebelle égaré, le cerf local. Il m'a nourri pendant deux semaines. En fait, le sang coule assez abondamment. Je n'avais pas vu le clou qui dépasse et qui m'a fait une forte entaille sur le cuir chevelu. J'applique sur la plaie une compresse réalisée avec des feuilles de plantain et je fais le tour de ma tête avec un torchon. J'ai maintenant une allure de moudjahidine. Les flamants roses ne s'en émeuvent guère.


Un bruit ! Un bruit qui ne m'est pas familier. Ou en tout cas qui ne me l'est plus. Au début, on sursaute au moindre cactus qui éclate, au choc du caillou qui trouve une autre place dans le lit asséché de la rivière, au clapotis soudain d'une vaguelette faite par un poisson boga, au cri d'un alpaga qui appelle à l'amour. La nuit, c'est encore pire. Même les insectes semblent éructer des sons assourdissants. Et puis, on s'habitue. On finit par connaître la musique de l'Altiplano, la mélodie des oiseaux et les tambours de la pluie.


Mais là, c'est autre chose. Un engin mécanique. Une voiture ? Une tronçonneuse ? Le bruit vient de loin, je commence à l'entendre plus précisément. C'est trop aigu pour une voiture, et puis la route la plus proche est à trente kilomètres. Une moto. Une putain de moto. Et par conséquent, un putain de motard ! Je n'ai rien en particulier contre les motards, mais cette arrivée signifie une putain d'intrusion humaine dans mon royaume !


Je prends mon manteau, mes jumelles et mon Beretta calibre 12 superposé : un fusil de chasse hérité de mon oncle Luis, qui en avait fait bon usage pendant trente ans de bons et loyaux services sur les terres de ses ancêtres. La moto se rapproche, c'est sûr, elle vient dans ma direction. Je me cache derrière une immense cantuta de trois mètres de haut. Son massif de fleurs orange en forme de trompettes fait un excellent point d'observation. Je scrute les environs.


J'entends le vrombissement plus distinct du moteur. Les coups d'accélérateur sont nombreux, l'accès n'est pas facile dans ces collines. Un vieux sentier de contrebande est la seule trace qui reste d'une activité humaine sur ces flancs. Mais que diable vient faire ce motard par ici ?


La moto franchit le passage de la Vittelia : c'est ainsi que j'ai surnommé la minuscule source qui vient se jeter dans le lac Oblivion. Je peux voir qu'il a un sac à dos, une combinaison noire et sur la selle arrière, une malle grise en métal. Ouf ! Il s'écarte, il ne vient pas vers la cabane. J'ai compris, il va vers la mine. Je décide de le suivre. Je prends le raccourci par les rochers où j'ai failli me fracasser la nuque la première fois que je me suis perdu ici. Je ne le vois plus mais je peux deviner son chemin rien qu'en écoutant les sons du moteur. Tous les flamants roses se sont envolés. Les vers de terre se cachent en profondeur. Le silence est déchiré par une stridence métallique.


Je commence à trembler, je deviens nerveux, la courroie du fusil me glisse constamment de l'épaule, je glisse sur un rocher et me rattrape de justesse avant l'entorse. J'arrive presque à la mine. J'ai oublié les cartouches ! J'entends la moto qui ralentit. Ma respiration devient courte. Je transpire. Je me cache à deux mètres en contre-bas de l'accès à la mine. Le motard est-il seul ?


J'ai construit cet empire il y a deux ans et je suis décidé à le défendre. En guise d'empire, il s'agit d'une cabane d'environ douze mètres carrés, avec un plafonnier, une gamelle, trois cuillères en inox, une trousse de secours déjà entamée et une maigre collection de livres de poche que j'ai dû lire chacun trois fois. Mais surtout, un bien inestimable : la tranquillité et l'isolement. J'ai fui l'armée il y a deux ans. Je ne me considère pas déserteur, mais victime.


— Je n'ai vu personne jusqu'ici. Ça fait trois heures que je roule et je n'ai rencontré aucune activité. Il n'y a rien je vous dis, rien, personne !


Une femme ! Au téléphone. Je ne savais pas qu'il y avait du réseau jusqu'ici. Je n'ai jamais pensé à vérifier puisque j'ai laissé tous mes appareils électroniques dans mon casier quand j'ai fui le fort le soir où…


— Quoi ? Répétez, ça ne passe pas très bien. Oui… je vais chercher le boîtier électrique, mais c'est la jungle ici. Je ne comprends pas, vous êtes sûr que ce n'est pas une erreur du compteur ? D'accord, OK. Je vous rappelle.


La seule chose qui pouvait me révéler au monde : le courant électrique. Ils avaient fini par se rendre compte que quelque chose pompait encore du courant dans cette mine. Deux ans quand même. Vite, réfléchir. J'y avais déjà réfléchi mille fois à vrai dire, à l'éventualité de me faire repérer. Tous les scénarios m'étaient passés par la tête : quelqu'un m'aurait vu via Google Earth, un entrepreneur mégalomaniaque aurait acheté le lac et ses abords pour y construire un nouveau Parador, l'armée entière ratisserait le pays depuis deux ans à ma recherche… Mais enfin, qu'avais-je fait de si grave si ce n'est refuser d'exécuter un ordre abject ? Je ne suis pas un assassin. Tuer sur commande un homme sans défense, même en temps de guerre, j'appelle cela un meurtre. Il ne fait pas bon avoir des idées à l'armée. Alors j'ai fui. J'ai tout fui, l'armée, ma carrière d'ingénieur et le monde civilisé. Et voilà qu'une ampoule électrique et un pauvre radiateur m'y ramènent pour quelques watts consommés.


Je ne l'entends plus. Je sors du creux des rochers d'où je pouvais l'espionner. Je vois sa moto avec la malle grise dessus. Elle est certainement rentrée dans la mine à la recherche des installations électriques.


Bien sûr j'étais rentré à l'armée de mon propre gré, mais c'était surtout pour y suivre un cursus d'ingénieur. Le prix à payer était ensuite de travailler le temps équivalent des études pour l'armée. Pourquoi pas ? Ce que je n'avais pas prévu c'est que trois ans après avoir obtenu mon diplôme, le pays rentrerait en guerre.


Elle ressort, elle a trouvé le boîtier c'est sûr. Et moi qu'est-ce que je fais ? J'ai le fusil, mais pas de cartouches. Elle ne fait pas partie de l'armée, il y aurait eu du "ayudante" ou du "sí Corporales !" toutes les deux phrases. Je me montre ou j'espère qu'elle s'en aille sans m'avoir vu ?


— Oui, c'est moi… Susana ! J'ai trouvé. Il y a bien un boîtier électrique, près de la cage d'ascenseur du puits. Mais l'ascenseur ne fonctionne plus, toute la cage s'est écroulée. Vous auriez pu nous envoyer à deux ici, ce n'est pas sans risque cette mission. Je travaille chez ERF, pas pour la DINA !


C'est trop tard. Ils connaissent sa position. Elle va faire un rapport.


— Ce qui pompe le courant ? Je n'en sais rien moi. C'est peut-être juste un court-circuit. Je vous dis qu'il n'y a rien ici… Attendez… Attendez. Qu'est-ce que… ?


MIERDA ! Elle l'a vue, la cabane en contre-bas. J'ai laissé l'ampoule allumée. ¡Qué cabrón!


— Je crois que j'ai compris. Je vois une espèce d'abri en bas de la colline. Il me semble… Oui, il y a de la lumière. En tout cas, moi je ne descends pas voir toute seule. Je rentre, je fais mon rapport et vous envoyez qui vous voulez, mais je ne suis pas payée pour me retrouver face à Che Guevara junior ou je ne sais quel repaire de contrebande. Je n'aurais jamais dû accepter ! Cette histoire commence à me foutre la trouille. Non, je ne me calme pas, je vous dis qu'il y a du monde ici, ils m'ont probablement déjà repérée ! Je suis complètement folle d'être venue seule ici. Adiós.


Elle va s'en aller. Elle va s'en aller. Mais d'autres personnes vont venir… Plus nombreuses, peut-être armées. Je vais finir au tribunal militaire, dix ans, quinze ans de tôle. Putain de pays ! Putain de dictature !


— Bonjour ! lui dis-je en prenant le ton le plus neutre possible.

— Aaargh ! Qui êtes-vous ? Je m'appelle Susana Andrade, je suis juste venue…

— Relever les compteurs ?

— Oui.

— Hmm…


Elle devient blanche, ses mains tremblent, elle laisse tomber son portable qu'elle n'a pas l'idée de ramasser. Je profite un peu de son état de choc pour réfléchir, je n'ai pas encore établi de stratégie. Je sais déjà que la vue d'un moudjahidine au turban ensanglanté avec un Beretta calibre 12 au bord d'une mine désaffectée ne lui présage rien de bon. J'hésite entre intimidation et apaisement. En même temps, elle a déjà signalé ma présence à sa hiérarchie. En tout cas, une présence.


— N'ayez pas peur. Le fusil c'est uniquement pour la chasse. Tenez, je le mets derrière moi, là, comme ça.

— Je m'appelle Susana Andrade, je suis juste venue…

— Relever les compteurs, je sais, vous me l'avez déjà dit. Je vous ai entendue au téléphone.

— Vous m'avez suivie ? C'est vous qui habitez dans l'abri en bas ?

— L'abri ? Mais c'est mon royaume madame. Un palace, un havre de paix que je pensais inviolable.

— Vous habitez là ? C'est vous, le courant dans la mine ?

— Oui. J'ai fait une dérivation sur le tableau. Un fusible de six ampères. J'ai dû bidouiller pour le triphasé mais…

— Vous êtes électricien ou chasseur ?

— Chasseur grâce à mon oncle, électricien grâce à l'armée.

— Je ne comprends pas. Pourquoi vivez-vous ici ? C'est une base militaire ?

— Ah non, je n'y avais pas pensé. Original comme raisonnement. J'aime la solitude, c'est tout.


Un ange passe. Par réflexe, je reprends le fusil en mains. Elle a peur, elle recule d'un pas et tombe en arrière. Elle est étendue de tout son long. Il y a tellement longtemps que je n'ai plus vu une femme couchée devant moi. Ma libido se rappelle subitement à moi. Elle m'observe le souffle court. Elle ne dit rien. Je remarque ses formes athlétiques que sa combinaison noire dissimulait. Visage aux pommettes saillantes. Seules ses mains de technicienne semblent échapper à sa féminité.


— Qu'est-ce que vous me voulez ? Pourquoi m'avez-vous suivie ?

— Excusez-moi. C'est vous qui êtes venue me chercher. Moi je ne vous voulais rien, absolument rien. C'est vous qui avez suivi le fil jusqu'à moi.

— Je n'ai suivi aucun fil monsieur… Vous ne m'avez pas dit votre nom.

— Non. Je préfère rester anonyme. Appelez-moi Vittel dans votre rapport si vous y tenez.

— Monsieur Vittel, je suis une représentante de l'État au département des ressources énergétiques. On m'a chargée d'une mission. Sachez d'ailleurs que ma position est connue et que je suis censée faire un rapport dès ce soir sur les causes de ces fuites de courant.

— Vous parlez comme une speakerine dites donc. Calmez-vous. Écoutez-moi…


En 2024, j'ai commencé des études d'ingénieur électricien à l'armée. Tout allait bien… Après les événements du douze octobre, je me suis retrouvé sur le front. J'avais vingt-six ans et déjà une piètre idée de l'armée, leur enseignement théorique est bien loin de la pratique. Lors de la prise de Bachado, le commandement a installé un centre d'interrogatoire au fort de Samaipata. J'y ai été nommé directeur technique des opérations. Titre pompeux qui cache une bien triste misère : j'étais en charge avec une équipe de trois hommes de maintenir les installations électriques. Cela comprenait les nombreux appareils dits de "renseignements contraints". Avant, on appelait ces pratiques de la torture. J'étais assez bon dans mon domaine. Je ne m'étais pas rendu compte tout de suite que les appareils étaient souvent utilisés jusqu'à leur extrême limite. Quand j'ai compris que moi et mon équipe d'intello-techniciens donnions les outils nécessaires pour torturer et bien souvent tuer les prisonniers, j'ai voulu saborder l'ensemble des équipements. Après une coupure de courant générale, un de mes collègues m'a surpris près du générateur principal et est allé directement prévenir le commandement. Après, ce fut sa parole contre la mienne. Dans un tribunal normal, j'aurais gagné, j'étais son supérieur hiérarchique. Mais la guerre implique d'autres coutumes plus directes : comme le doute subsistait, le colonel Malata, mon supérieur, m'a demandé pour prouver mon attachement aux valeurs de l'armée de "finir" un prisonnier qui avait déjà subi trois jours d'interrogatoire. J'ai donné le change : j'ai dit qu'il fallait d'abord que je répare le générateur. Je suis allé dans le hangar à pièces de rechange. Profitant d'un moment de relâchement du garde qu'on m'avait collé, j'ai juste eu le temps de prendre un kit de survie, une gamelle et j'ai disparu dans la nature. J'ai marché pendant trois jours jusqu'au repaire de chasse de mon oncle. J'ai pu y rester pendant deux semaines ; il y avait des vivres et quelques livres. Mais un jour, j'ai vu un escadron de soldats passer à vue d'homme. J'ai pris peur, j'ai emmené tout ce que je pouvais avec moi et j'ai cherché l'endroit le plus isolé au monde. C'est ainsi que je suis arrivé ici.


— Pfiouh… Vous ne savez pas alors, que la guerre est finie depuis six mois ? Les révolutionnaires ont gagné : vous êtes maintenant en République Libre del Alma !

— On n'est jamais libre nulle part, Susana Andrade. J'ai eu le temps d'y réfléchir, croyez-moi. Quel que soit le côté qui aurait gagné, j'étais un traître pour les uns, un assassin pour les autres. En tout cas, vous êtes libre de partir. Je vous ai tout raconté.

— Qu'allez-vous faire ? Vous avez de la famille, des amis ?

— Non. J'avais mon oncle Luis seulement. Il est mort il y a cinq ans victime d'un attentat, ou d'un acte de résistance, c'est selon le point de vue. Je ne saurais pas où aller. Et puis n'oubliez pas que pour ce nouveau gouvernement, je suis un ancien ennemi du peuple, responsable du centre de "renseignements contraints" du fort de Samaipata ! Je n'ai pas très envie de goûter aux tribunaux de la République Libre del Alma.


Elle a eu l'air de me croire. Il faut dire que j'ai tout déballé d'une traite. Cela faisait tellement longtemps que je n'avais plus parlé à personne. Elle est partie en faisant vrombir sa moto. C'est la dernière personne que j'ai vue en quinze ans.


Elle est souvent revenue par la suite. Dans des rêves érotiques où se mêlaient la révolution, sa combinaison noire au pied du lit et un étrange oiseau qui venait interrompre nos ébats en criant : "¡Libertad!" Les vers de terre ont repris leurs trous dans l'humus, Carlos a fait des petits : je m'étais trompé, je sais maintenant que c'est la femelle la plus grosse chez les flamants roses. Personne n'est jamais revenu relever les compteurs et l'électricité a continué de fonctionner dans la mine.


D'une révolution à l'autre, on peut toujours compter sur la lenteur de l'administration.


 
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   Tadiou   
26/4/2017
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
(Lu et commenté en EL)

Petite histoire qui m’apparaît douceâtre et un peu ennuyeuse.

C’est raconté de manière fluide, mais je cherche les émotions. J’ai l’impression que tout est survolé, que tout est anecdotique. Même les horreurs du centre de tortures avec l’aide de l’électricité, même l’acte courageux du narrateur, me semblent être racontés comme des banalités.

Un bref éclair de minuscule parfum d’érotisme ; il est dit que Susana Andrade reviendra souvent : et alors ? Changement de régime : et alors ? Tout est uniforme.

Tout cela pour se terminer par les « lenteurs de l’administration »….

Bref, je n’ai pas accroché. Tout me semble gratuit et sans âme : c’est mon ressenti.

   socque   
3/4/2017
 a aimé ce texte 
Bien
Une nouvelle désabusée, qui finit bien finalement. Je ne vois pas la nécessité de la situer précisément dans le temps, à part la présence de l'électricité elle me paraît intemporelle... Oui, il y a une révolution, une guerre, le rétablissement de la démocratie au... Chili (l'Altiplano) ? J'ai la flemme de vérifier. En tout cas, avec ces éléments on la situe facilement dans un avenir proche, ajouter l'année ne me semble pas utile.

J'ai en tout cas trouvé la balade dépaysante, j'ai aimé la manière dont le narrateur "gère" sa solitude et les considérations sur les flamants roses (que d'ailleurs je m'étonne de rencontrer en Amérique du Sud, Wikipédia me confirme que leur aire de distribution c'est l'Afrique, l'Asie et l'Europe, mais enfin c'est l'avenir, on va dire qu'il s'agit d'une colonie échappée à l'origine d'un zoo pendant les troubles politiques ; allez c'est vendu).

Une lecture agréable, donc, mais pas étourdissante pour moi ; plutôt anecdotique, je dirais.

   hersen   
26/4/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Cette nouvelle n'a peut-être pas la profondeur souhaitée pour me séduire tout à fait.

En effet, si l'auteur insiste et décrit (très bien) la vie du Robinson déserteur, le point de départ de tout cela est son refus d'achever un prisonnier torturé.
En tant qu'ingénieur électricien, il a été amené à mettre au point des machines dont il ignorait la finalité. Qu'il va refuser lorsqu'il saura.

Ce point est très intéressant et justement, j'aurais aimé qu'il soit développé davantage. Car là réside à mon avis l'intérêt de l'histoire.

Je trouve de plus fort peu crédible que la compagnie d'électricité envoie un agent, homme ou femme, seul pour faire ce contrôle. Je pense aussi qu'en tant qu'ingénieur, d'abord il aurait dû prévoir ce sursaut de l'administration à l'encontre de ce compteur oublié, mais surtout, prévoyant cela, il aurait pu développer son propre système pour générer de l'électricité.

Nous sommes en 2024. Je ne comprends pas l'intérêt de ce détail, qu'est-ce que cette date est censée nous apporter ? C'est dans 7 ans, mais pourquoi ?

La phrase finale ne me plaît pas beaucoup dans ce contexte, elle signifie que le déserteur, ou victime comme il s'auto-nomme, au lieu de construire une vie sur un autre mode idéologique, reste dans ce même système. Il compte simplement sur les défaillances du-dit système.

Sinon, l'histoire est agréable à lire, mais ce côté un peu "léger" ne me séduit pas suffisamment. Je suis en attente.

merci de cette lecture,

hersen

   Anonyme   
26/4/2017
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,

J'ai été partagée à la lecture de votre nouvelle.

D'un côté elle porte en elle une grande humanité , le courage de ne pas achever un homme torturé, de l'autre, l'inhumanité de la guerre, de la torture ( votre description m'a fait penser aux travaux de Milgram), l'horreur de toutes ces morts. Il y a aussi ce royaume où Vittel a fait de ses compagnons animaliers des sources de joie et humanité de Susana. Oblivion, c'est proche d'oublier.

Par ailleurs, je n'ai pas, tout en le comprenant, ressenti ce récit . J'ai cherché pourquoi, je vous donne les éléments dégagès.
La narrateur est "Je" ce qui est totalement adapté à ce style de nouvelles. De mon point de vue il y a tout de même beaucoup d'utilisation du "Je" en début de phrases, à propos pour accélérer certains moments, mais qui à d'autres donnent une impression de phrases juxtaposées.
Il y a aussi beaucoup de "Elle" pour Susana en début de phrase. Ce qui rajoute à cette juxtaposition qui me semble ne pas aller avec tout ce qui est exprimé dans votre texte.

Le monologue de Vittel permet de comprendre comment il est devenu le roi d'Oblivion. Le mot dictateur (même si cela peut-être de l'humour) m'a paru étrange, non pas en première lecture, mais après avoir fini ma lecture. Il ne va pas très bien avec le personnage. Ce monologue long, justifié par Vittel: "Il faut dire que j'ai tout déballé d'une traite. Cela faisait tellement longtemps que je n'avais plus parlé à personne." est un peu long. Peut-être aurait-il pu être être allégé deux ou trois fois par des tentatives d'interruption de Susana ou de questionnement de sa part...

Je me suis demandée si après avoir appris le prénom de la jeune femme, le narrateur seul depuis longtemps n'aurait pas pu introduire ce prénom quelques fois à la place du "elle".

Quant à la chute, humoristique, je me demande si elle ne gagnerait pas à être doublée de quelque chose d'autre à "humer".
"D'une révolution à l'autre, on peut toujours compter sur la lenteur de l'administration parfois avec un zeste d'hamanité..." Car c'est bien grâce à cela, à Susana, qu'il n'y a pas d'invasion à Oblivion après le passage de la jeune femme. "Personne n'est jamais revenu relever les compteurs et l'électricité a continué de fonctionner dans la mine." Je l'aurais plutôt vu avec la chute ou juste avant, mais pas en fin de paragraphe après flamants roses.

Pour moi, il y a un fond dense dans votre nouvelle, mais il me semble que la forme un peu retravaillée, sans aller dans la sensiblerie, lui offrirait un peu plus l'émotion qu'elle porte dans ses idées.
Mais liberté, bien sûr ;-).

Merci pour ce partage.

Nadine

   plumette   
26/4/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Jusqu'au démarrage du dialogue entre Susana et Vittel, j'ai bien aimé ce récit.

c'est assez dépaysant , on peut imaginer de hauts plateaux en Amérique du Sud, pays non clairement identifié, cette vie recluse semble bien convenir au narrateur et j'ai apprécié de découvrir peu à peu les raisons de son retrait du monde.

je me suis juste étonnée que cet homme dispose d'un appareil photo argentique et veuille immortaliser les flamands roses qu'il a sous les yeux!

La tension liée à l'intrusion dans son monde d'un élément étranger est bien rendue, le fait que ce soit une femme est une surprise , autant d'éléments prometteurs mais finalement délaissés par l'auteur pour un fin assez plate.

l'homme ne sera finalement pas dérangé dans son refuge. Il faut croire que le récit qu'il a fait à Susana a incité celle ci à le protéger en faisant un rapport édulcoré à son administration.

En fait, je n'ai pas été convaincue par toute la partie entre le narrateur et Susana. Bizarre que son premier réflexe ait été de se présenter! Et bizarre aussi que Vittel fasse un récit par le menu des raisons de sa présence dans cette cabane perdue.Je trouve que son récit très structuré n'est pas crédible dans un tel contexte.

il y a un décor et un personnage mais pas vraiment d'intrigue alors que le début du texte laisse entendre qu'on est dans une nouvelle où il va se passer quelque chose.

Vous auriez pu choisir d'écrire simplement l'histoire de Vittel, de sa retraite loin du monde, de son évolution dans ce contexte, de ses trouvailles de robinson pour organiser sa nouvelle vie.

un peu mitigée donc sur ce texte hybride, dont l'écriture est plaisante.

Plumette

   vendularge   
26/4/2017
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Bonsoir PierrickBatello,

L'histoire démarre plutôt bien, on est porté ailleurs. L'histoire est assez intemporelle; ensuite la partie dialogue ne m'apparaît pas très aboutie, on y croit pas à cette conversation, le monologue est trop imposant, la conclusion arrive trop vite, les révolutionnaires ont gagné. Cela pourrait tout à fait s'arrêter là ou presque et ce ne serait pas si mal. Restent les rêves érotiques pour meubler la longue méditation. Mais les lenteurs de l'administration sont une chute fluette sur tant d'années d'isolement.

Bref, l'idée est intéressante, sa réalisation demande à mon avis un petit remaniement de forme.

merci

vendularge

   Anonyme   
27/4/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
La façon dont vous racontez votre histoire m'interpelle vivement, de par sa simplicité, peut-être, mais au-delà de cette apparence, il y a une profondeur plus subtile qu'il n'y paraît.
C'est dû, je crois, à la foison d'images qui émanent de vos phrases, et qui rend intéressant chacun des sujets qui jalonne votre texte. Et c'est à la fin de la lecture que se met en place, très naturellement, tous les ingrédients que vous avez mis bout à bout, et rend cohérent chaque élément énoncé.
Pour terminer, je dirai qu'il est très difficile de sublimer la banalité ( du moins faire penser que s'en soit une ), et vous le faites d'une manière admirable.
Je me suis régalé en vous lisant, et est été tenu en haleine par votre plume, et par le vrai faux plat qui ressort de votre nouvelle.

   PierrickBatello   
29/4/2017

   Thimul   
6/5/2017
 a aimé ce texte 
Bien
Une nouvelle agréable lire.
Je suis un peu réservé sur la fin de la nouvelle.
tout d'abord le monologue : je trouve qu'il brise le rythme. Une explication progressive (avec flash black par exemple m'aurait mieux convenu). On s'en sortait ensuite avec : "je lui ai tout raconté" ou quelque chose de similaire.
Le plus dommage c'est la façon dont vous terminez la nouvelle. Pour moi il est clair que s'il a encore de l'électricité ce n'est pas à cause de la lenteur administrative mais grâce à la jeune femme. Un petit merci et une fin en forme d'attente ou d'espoir de la revoir un jour aurait été plus juste mais ce n'est que mon avis.
En tout cas merci pour cette lecture.

   Donaldo75   
27/5/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Pierrick,

J'ai beaucoup aimé cette histoire.

La narration est subtile, avec des passages en arrière, des accélérations, ce qui amène le lecteur à ne pas tout considérer au même niveau, à prendre du recul, à se mettre parfois dans les chaussures du personnage principal.

J'aime certains détails, comme ceux des vers de terre ou des flamands roses; c'est une caractéristique de ton style qui m'a toujours frappé, d'ailleurs.

Bref, c'est bon, sobre, humble et vraiment littéraire.

Merci pour la lecture,

Donaldo


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