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Réalisme/Historique
vendularge : Là-haut
 Publié le 30/12/15  -  16 commentaires  -  9822 caractères  -  98 lectures    Autres textes du même auteur

Je pense que j’ai mal à ce foutoir, je pense mais je ne fais rien, c’est ce qui rend la douleur insoutenable.


Là-haut


9 heures


La vie est un fleuve sur lequel on rame sans savoir précisément où on va. J’ai décidé d’arrêter de ramer à 17 heures. Aujourd’hui. J’aurais pu attendre le soir, peinard, le conscient embué d’un ou deux whiskies dix euros d’âge, achetés à l’Intermarché du coin. J’aurais pu choisir de mater une dernière fois ma série préférée, le cul enfoncé dans mon canapé en cuir brun qui fleure bon le cosy et le confort à crédit ou regarder défiler le millier de photographies qui retracent ma vie et celle d’un certain nombre d’individus qui de près ou de loin furent les acteurs d’un navet que même moi, je ne regarderais que par défaut. Il en est ainsi d’un certain nombre de destinées, elles ne laissent pas l’ombre d’une trace. Comme c’est prétentieux de vouloir mettre sa rime au monde quand on a du mal à courber sa propre ligne avec élégance. La classe, c’est que j’aurais aimé avoir ce maintien qui inspire le respect quoiqu’il arrive. Axel le demi-dieu de la cour de récré pouvait rater dix fois le panier de basket, les salves d’applaudissements esbaudis suivaient immanquablement le moindre de ses mouvements comme un écho à cette allure spectaculaire. Je regardais ce bruissement de jeunes filles défaillantes en me disant que si la beauté n’est qu’un état, elle sait bien vriller les intellects les plus sophistiqués. Je bouillonnais sous mon acné tenace à la recherche d’un corps qui comprendrait mon statut hormonal tout autant que mon désarroi mais l’adolescence a ses codes et j’ai très vite compris qu’il me faudrait recourir à de la femme en promo vers les cinq heures du matin dans le fond d’un chemin crasseux d’une forêt anonyme, le regard honteux et la queue sans panache. Ce fut mon premier voyage au pays de l’ennui.

17 heures, c’est l’heure de la madeleine de Proust que je n’ai jamais pu lire sans avoir le sentiment d’un film de science-fiction, de gouvernantes en chambres luxueuses, d’états d’âmes en descriptions chirurgicales des faits et gestes d’une société bourgeoise, pliée et repliée sur sa caste comme un feuilleté précieux qu’on ne mange qu’avec les yeux. J’en ai conçu une passion immodérée pour les artistes de rue et les saltimbanques. Il paraît qu’on a tous le souvenir d’un goût de notre enfance, d’une odeur qui déclenche une suite ininterrompue d’images rassurantes. De la mienne me revient surtout celle de l’huile de friture qui embaumait l’escalier le dimanche matin, le jour des frites. De fait, j’aime les frites et son cortège d’insultes jetées à travers les murs de placo du quatrième étage. Il faut croire que le jour du Seigneur est aussi celui des règlements de comptes entre époux discordants. Je souriais en montant les marches, heureux de me dire que moi, je serais différent. Je fumais ma clope interdite en regardant les bites dessinées sur les murs, les mots doux laissés par quelques génies de la plume pensant que « salope de Susie, je te niquerai un jour » est le summum de la poésie au pays du cube.

Il me reste sept heures avant le grand plongeon, je vais aller voir dehors si je me trouve, histoire de bien comprendre pourquoi partir vraiment est une victoire.


10 heures


Dehors, les vêtements sont clean et les portables allumés. Je croise deux trois canons de beauté plastique pure, j’hésite entre le désir factice et l’envie de leur dire qu’elles ne sont qu’une fiction servie par le consortium des pourvoyeurs de fantasmes, ceux qui ne sont pas les nôtres et qu’on nous enfonce dans le crâne à coups de déhanchements et de fesses parfaites. Elles penseraient sûrement que je suis un taré, frustré de la braguette. Les vitrines brillent de leurs accroches à moins 50% le jean à 200 euros, le prix de vingt kebabs et autres dépenses indispensables. Le troc a cette vertu unique, me donner un vêtement déjà porté contre dix minutes de mon temps, je répare les humiliations de la classe de ceux qui ne savent pas écrire leur nom, un courrier par-ci par-là, rien de glorieux, une réclamation, une demande d’étalement de paiement, jamais de lettre personnelle, jamais, je ne saurais pas, j’aurais peur de ne pas savoir jusqu’où il est licite de mentir. Je craindrais d’entrer dans ces vies qui ne sont pas les miennes, d’en modifier le cours inéluctable. Non, moi je fais dans l’indispensable, le basique, la nécessité du pragmatisme cohérent. Cette idée m’est venue le jour de mes dix-huit ans. Je traînais mon deuxième échec au bac au premier étage du café de la gare, je sillonnais tranquille entre deux bières et cette interrogation précise « ? », quand je l’ai vu, la tête penchée sur la table, la main affublée d’un stylo qui restait suspendu à la recherche d’une fin de phrase. Je le connaissais depuis toujours. Kevin était de ceux qu’on reconnaît à la capuche qui leur sert de cheveux, le Baggy sur les genoux et l’allure d’une grande sauterelle qui avancerait au ralenti, les yeux au ras du sol et l’esprit rangé dans le tiroir du bas. Je ne l’avais jamais vu en compagnie d’une feuille de papier même sale. Il devait rédiger un mot d’absence pour s’excuser de sa énième escapade au royaume du frère cannabe pendant le cours d’histoire. Il faut croire qu’il ne voulait pas savoir où et quand nos ancêtres cannibales s’étaient redressés pour faire debout ce qu’ils faisaient parfaitement bien à quatre pattes, il faut croire que pour lui l’idée même que des événements majeurs aient pu avoir lieu avant la naissance du Coca zéro ne pouvait naître que dans l’esprit de grands intellectuels azimutés du carafon. Des mutants préhistoriques. C’est en tant que reptile responsable que je me suis glissé près de lui, l’œil amical et l’orthographe au point. L’idée de payer mes bières en échange de ma prose ne lui semblait pas saugrenue, il faut dire que l’idée est en soi une abstraction à laquelle Kevin n’avait accès que ponctuellement et de manière extrêmement fugace. Aujourd’hui, il est peut-être à la terrasse d’un café en train de siroter un café avec sa femme en regardant tranquillement passer les gens, rasé de près et propre sur lui, un sourire apaisé aux lèvres. Est-il nécessaire de savoir pour devenir ? Je n’en suis pas convaincu mais je suis devenu écriveur public ce jour-là.

La rue est le lieu de toutes les apparences, celui des masques et des paraître sûrs, le terminus des claquemurés de la vie qui se retrouvent assis, le regard en enfer, rivé sur les mollets habillés de chaussures, bouffis d’alcool parce que boire c’est oublier quelques heures qu’on a raté le train. Il paraît qu’il faut leur parler. La jeune femme qui est là doit avoir vingt ans, elle a ramené autour d’elle la totalité de ses sacs et me demande un euro. Sur son visage, je vois des traces de carences et d’insomnie, dans ses yeux plus rien n’évoque la vie même de loin ; je passe en silence, son regard s’accroche à moi quelques instants puis elle se détourne vers d’autres ombres. Je pense que j’ai mal à ce foutoir, je pense mais je ne fais rien, c’est ce qui rend la douleur insoutenable. Je dois absolument trouver de la beauté et de la grâce, de l’insolite merveilleux qui me ferait écarquiller les yeux, je veux m’évanouir d’émoi, me pâmer de stupeur pour que cesse le bruit du chaos.

Le temps passe et j’ai comme un sentiment d’urgence. Je dois me calmer et reprendre le cours des choses puisqu’elles sont écrites.



16 heures


Je relis quelques lignes du bouquin de Silvia Avallone, quel talent ! Vingt-cinq ans, un premier roman dont on voudrait avoir écrit seulement quelques lignes, histoire d’être en phase avec ce rêve qu’on a tous : dire sans éblouir, semer du vrai, sans parabole, de la vie qui peine à éclore et se fracasse mais existe et nous parle en direct comme un coup bien porté à l’endroit de nos ralentis. J’aurais bien voulu mais je n’ai que dix doigts et pas beaucoup plus de vocabulaire. Je suis un besogneux du mot, un apprenti de la narration, un insecte au royaume des oiseaux. Il y a ceux qui demandent un étalement de paiement grâce à ma plume et le reste de l’humanité que je voudrais peindre pour l’éclairer de mes colères. Je serais là et peut-être même que j'aimerais me « lire-écrire », me repaître de mes fulgurances et jouir de la grâce d’être. En attendant les minutes pèsent trois tonnes, j’ai les guibolles en papier de verre et l’estomac situé très exactement à deux secondes du reflux acide qui va débouler sans prévenir sur le lino. C’est une peur viscérale, primitive qui me vrille sur le lit et me propulse très loin dans le creux du matelas. Je tente la pensée positive, l’image rassurante, le souvenir éthéré d’un matin lumineux mais rien n’y fait, je me tasse lamentablement. Y a pas de lumière au royaume de la trouille, seulement le bruit de mes dents qui claquent. Je m’arc-boute autour de cette idée simple, je dois me ramasser, quitter cette pièce, prendre les escaliers et monter sur ce toit. Là-haut, le ciel sera clair, les hommes petits et le bruit lointain. Il y aura le vent qui fait vibrer les antennes, le béton en pains de sucre, la ville pantagruelle et son périf hurlant. Il faudra que je prenne le temps de la démesure avant de voler, que je plante mes deux pieds droits dans le tableau et si je ne suis pas un dieu, je ne serai plus multitude. C’est là que je suis né, c’est là que je suis resté et c’est de là que je dois partir. Plus tard, il y aura des prairies lumineuses et des roseaux chatouillés par le fleuve, le soleil prendra l’horizon et je me poserai là, le cerveau lavé de tout ce fatras.

Lentement, mon corps se déploie et ma carcasse s’apaise, je voudrais savoir quelle heure il est exactement. J’ai les paupières soudées et les narines pleines de l’odeur du café :


« Salut le scribe, je te rappelle que c’est le moment des déclarations d’impôts et qu’il y a la queue au troisième. Faut pas mollir mon prince, avale le kawa et bouge ton cul. »



 
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   Mauron   
8/12/2015
 a aimé ce texte 
Bien
Une belle écriture du désespoir. Je pense à "Extension du domaine de la lutte" de Houellebecq. La lecture de cette nouvelle me conforte dans l'idée que le nihilisme contemporain est liée à cette absence de sol fertile, au macadam et aux pavés contre lesquels le narrateur voudrait bien finir par s'écraser. Mais il ne s'écrase que contre une feuille d'impôt. Cette fin est décevante. S'il y a feuille d'impôt, c'est qu'il y a "revenus" déclarés et que le déréliction n'est que de façade... Une déréliction de petit bourgeois en somme. Pourtant on n'était pas loin de la lettre du Voyant que Rimbaud avait écrit à son prof Izambard. En voici un extrait: "je me fais cyniquement entretenir ; je déterre d’anciens imbéciles de collège : tout ce que je puis inventer de bête, de sale, de mauvais, en action et en parole, je le leur livre : on me paie en bocks et en filles. Stat mater dolorosa, dum pendet filius. —" C'est envoyé tout de même. Vous n'êtes pas loin de ça, à votre façon dans votre style, mais encore un effort camarade!

Quelques maladresses: ramer sur un fleuve, c'est forcément savoir où on va! On finit par descendre le fleuve quand on s'arrête de ramer. Là, même si votre texte en est aux antipodes, j'ai pensé au "Rameur" de Paul Valéry. Le connaissez-vous? Il vous réjouira...

Penché contre un grand fleuve, infiniment mes rames
M’arrachent à regret aux riants environs;
Âme aux pesantes mains, pleines des avirons,
Il faut que le ciel cède au glas des lentes lames.

Le coeur dur, l’oeil distrait des beautés que je bats,
Laissant autour de moi mûrir des cercles d’onde,
Je veux à larges coups rompre l’illustre monde
De feuilles et de feu que je chante tout bas.

Arbres sur qui je passe, ample et naïve moire,
Eau de ramages peinte, et paix de l’accompli,
Déchire-les, ma barque, impose-leur un pli
Qui coure du grand calme abolir la mémoire.

Jamais, charmes du jour, jamais vos grâces n’ont
Tant souffert d’un rebelle essayant sa défense:
Mais, comme les soleils m’ont tiré de l’enfance,
Je remonte à la source où cesse même un nom.

En vain, toute la nymphe énorme et continue
Empêche de bras purs mes membres harassés;
Je romprai lentement mille liens glacés
Et les barbes d’argent de sa puissance nue.

Ce bruit secret des eaux, ce fleuve étrangement
Place mes jours dorés sous un bandeau de soie;
Rien plus aveuglément n’use l’antique joie
Qu’un bruit de fuite égale et de nul changement.

Sous les ponts annelés, l’eau profonde me porte,
Voûtes pleines de vent, de murmure et de nuit,
Ils courent sur un front qu’ils écrasent d’ennui,
Mais dont l’os orgueilleux est plus dur que leur porte.

Leur nuit passe longtemps. L’âme baisse sous eux
Ses sensibles soleils et ses promptes paupières,
Quand, par le mouvement qui me revêt de pierres,
Je m’enfonce au mépris de tant d’azur oiseux.


CQFD... Quand on rame sur un fleuve, il n'y a que quatre solutions. C'est ou bien la source, ou l'embouchure ou l'une des deux rives... Non, pour ramer sans savoir où on va, il n'y a pas quatre chemins. Il faut une mer ou un océan...

   carbona   
16/12/2015
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour,

Il est fatiguant ce texte... Fatiguant parce qu'il ne nous laisse pas respirer une seconde, le suicidaire est un gros bavard ! Un petit peu d'air dans la mise en page faciliterait la lecture peut-être. Et il nous raconte tellement de choses d'un coup avec tellement de jeux de mots que j'avoue à la fin j'en ai oublié la moitié. Je l'ai trouvé saoulant ce bonhomme et pourtant il a des choses intéressantes à dire mais il faut qu'il gère son débit ;)

Je n'aime pas du tout l'idée du suicidaire, c'est lourd, pathétique et glauque mais on peut facilement en faire abstraction et s'intéresser au récit de sa vie. Le monsieur n'est pas obligé de vouloir en venir à bout pour qu'on l'écoute. Pas besoin de nous mettre le couteau sous la gorge, il peut être intéressant sans avoir envie de se foutre en l'air. Dans la même idée je n'aime pas la chute, le rêve du suicide, duo de choc, je pars en courant !

J'ai bien aimé :

- le joli souvenir d'enfance à l'huile de friture et les règlements de compte du dimanche < amusant

- Kevin qui ne sait pas trop ce qu'est une idée

- écriveur public, c'est chouette

Donc j'enlèverais le suicide, le rêve, et la frustration de l'écrivain raté, arrrggh et il reste pas mal de petites choses plutôt sympas et savoureuses à servir avec parcimonie.

Merci.

Carbona

   alvinabec   
30/12/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour vendularge,

J'ai beaucoup apprécié le rythme imprimé au monologue intérieur du héros. Ça a du nerf, une cadence 'inferno', j'ai tout gobé d'un trait entre saillies drolatiques et coups de gueule du narrateur.
Le scribe est révolté, vénère, colère, râleur, bien vivant, doté d'une énergie qu'il déverse en cascade au lecteur.
De là à attribuer une pareille logorrhée à un candidat de la dernière clope...même en rêve, un doute m'habite.
A vous lire...
PS L'écriture proustienne qualifiée de chirurgicale, mince, j'en ai le bistouri qui tombe dans le haricot.

   Anonyme   
30/12/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Alors moi je trouve pas du tout que ce soit bavard, je trouve pas non plus de maladresse et peut-être parce que je n'ai pas le sens de l'orientation, je pense qu'on peut ramer sans but.

Vous écrivez super bien, vous maîtrisez le rythme, vous auriez même pu torcher ce texte en une seule phrase. Si, si, on peut.

J'ai aimé la structure, le parti pris et le tourbillon un peu sarcastique. Ne changez rien.

   Perle-Hingaud   
1/1/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour,
Je trouve qu'il y a une atmosphère tenace et très "réelle" qui se dégage de ce texte.

La mention de Silvia Avallone, dont j'ai également adoré "D'acier", le premier roman, donne de l'épaisseur et de l'étrangeté au narrateur.

Quelques points qui "gratouillent:
- les hommes préhistoriques cannibales : c'est le genre de détail qui, selon moi, fait tiquer le lecteur sans apporter une plus-value au texte. Je ne suis pas historienne et j'étais persuadée que le cannibalisme n'était pas pratiqué. On m'a expliqué depuis que si, dans des rites sans doute religieux, pour le reste ce serait plus incertain. Mais toujours est-il que ça stoppe mon élan de lectrice.

Je trouve que vous chargez parfois la barque: là, par exemple:
"je répare les humiliations de la classe de ceux qui ne savent pas écrire leur nom": de la classe ? on parle de classe sociale ? c'est lourd, dans ce cas.
Autre phrase dont je crois percevoir l'intention, mais pas assez clairement pour moi: "je vais aller voir dehors si je me trouve, histoire de bien comprendre pourquoi partir vraiment est une victoire."

Malgré ces broutilles d'écriture, il y a bien des choses que je trouve très bonnes: une certaine façon de tourner les mots, le rythme, l'humour désabusé, le mélange entre un vocabulaire parfois soutenu et un autre très basique.

Merci pour cette lecture

   caillouq   
2/1/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Je ne sais pas ce qui se passe, je trouve tout trop court en ce moment, et ce texte-ci encore plus. Parce que dès le début j'ai été happée par le rythme des phrases et la profondeur du gris, j'aurais bien suivi ce scribe plus longtemps, genre tous les quarts d'heure jusqu'à 17h. Certainement il avait encore plein de trucs à nous raconter, et nous lecteurs plein de choses à apprendre de lui. Seul bémol : la phrase "...qu’elles ne sont qu’une fiction servie par le consortium des pourvoyeurs de fantasmes, ceux qui ne sont pas les nôtres et qu’on nous enfonce dans le crâne à coups de déhanchements et de fesses parfaites" quand même un peu longue, et "...il faut croire que pour lui l’idée même que des événements majeurs aient pu avoir lieu avant la naissance du Coca zéro ne pouvait naître que dans l’esprit de grands intellectuels azimutés du carafon" pas très efficace. J'aime beaucoup "la queue en panache", "j’aurais peur de ne pas savoir jusqu’où il est licite de mentir", et "pas de lumière au royaume de la trouille".

   Donaldo75   
2/1/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour vendularge,

J'ai beaucoup aimé ce texte, autant le dire de suite. Pourtant, les écritures riches en images, longues et bardées d'anecdotes ne sont pas ma tasse de thé. Eh bien là ça a fonctionné !

Le décalage avec la chute est savoureux et inattendu. La satire sociale est bien venue, cela d'autant plus que ce n'est pas vraiment le sujet apparent, bref il y a beaucoup à lire, des multitudes de pistes et un regard acéré sur la condition humaine telle que perçue par le scribe.

Bravo, c'est une belle prouesse !

Merci,

Donald

   hersen   
3/1/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Une écriture que j'aime !

L'ambiance et l'état d'esprit courent tout seuls, on a à peine le temps de reprendre son souffle.

J'aime beaucoup en plus l'idée de l'écrivain public car comme il est dit dans la nouvelle, tant de gens ne maîtrisent pas suffisamment la langue écrite, alors que dire de la langue administrative. Par contre, le mot" classe" dans ce contexte ne correspond pas, selon moi. Et ça m'a fait tiquer.

Il y a quelque chose d'intéressant dans l'opposition entre l'état d'esprit du personnage et le style dynamique ( enfin, je le perçois ainsi). Cela laisse à entrevoir la fin. Mais c'est bien comme ça.

Merci de cette lecture

   Pepito   
4/1/2016
Bonjour Vendularge [gaffe ou on coupe le pseudo ;=]

Forme : belle ecriture, un poil surpeuplee d'adjectifs.
‘pragmatisme cohérent’ coherent ?
‘ancêtres cannibales’ cannibales ?
'guibolles en papier de verre' verre ????
'je veux m’évanouir d’émoi, me pâmer de stupeur pour que cesse le bruit du chaos.' on se regarde ecrire ? ;=]

Fond : 'ce rêve qu’on a tous' haaa ?
Bon, il bavarde, il bavarde, il finit par m'ennuyer et par pas sauter [si j'ai bien compris] . Meme pas de tache ecarlate finale.
Les suicides bavards mennuient, je prefere ceux dont je n'ai jamais entendu parle.
Je suis arrive sans peine jusqu'a la fin.

Merci pour la lecture.

Pepito

   Epitete   
7/1/2016
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,

J'ai beaucoup apprécié votre texte. J'aime beaucoup le style de l'écriture, c'est fluide, ça se lit rapidement.
J'ai cependant trouvé certaines phrases trop longues, et comme cela a déjà été signalé, on retrouve trop d'adjectifs par moment. De plus, en tant qu'étudiante en histoire, nos "ancêtres cannibales" m'ont un peu gênée.

J'aime aussi le fait que ça ait l'air tellement réel, on se croirait presque dans sa tête. Un suicidaire qui pense beaucoup, ça me parle. Je considère qu'il doit nous passer toutes sortes de choses en tête lorsque l'on a pris cette décision.
Toutefois, j'ai été déçue par la chute, que je ne suis même pas sûre d'avoir compris. Je pense qu'il faudrait que je relise cette nouvelle deux ou trois fois pour pouvoir bien la comprendre.

Ce fut en tout cas une agréable lecture.

   stony   
12/1/2016
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour, Vendularge,

J’ai pris votre texte un peu par hasard. Ou peut-être pour la brièveté de son titre. J’aime bien les titres très courts. Ensuite, j’ai lu l’incipit et je me suis dit que, bien écrit ou non, le truc pouvait m’intéresser, parce que je me sens concerné.

Ensuite, j’ai lu la première phrase. Et là, je me suis dit que c’était mal parti, qu’il s’agirait peut-être d’une litanie de phrases philosophiques à deux balles. Mais je n’ai pas dû attendre. Dès la deuxième phrase, je comprends que cette crainte était infondée. Une phrase courte qui semble, avec la dérision de la précision de l’heure, se moquer déjà de la première. Encore mieux avec la troisième. Ça va : le style me botte et je me sens embarqué. Du bon boulot, donc, déjà, du titre à la troisième phrase.

Un « whisky de deux euros d’âge » : sympa, je peux continuer sans peur, je me sens de plus en plus en confiance.

« un navet que même moi, je ne regarderais que par défaut » : ça fleure bon l’anti-héros ; j’espère juste que ce ne sera pas trop appuyé. C’est un peu comme le whisky, c’est une question de dosage.

« La classe, c’est que j’aurais aimé avoir ce maintien qui inspire le respect quoiqu’il arrive. » : bon, là, c’est peut-être moi, mais, même si je comprends le contenu, la syntaxe m’a quand même fait mal aux dents ».

Evidemment, j’ai parcouru ce premier paragraphe avec son titre à l’esprit. 9 heures versus 17 heures : où est l’erreur ? Je suppose qu’il n’y en a pas, mais j’ai envie de savoir pourquoi, je fais gaffe aux temps de narration pour essayer de trouver déjà une clef. Un petit suspense, quoi.

« Il me reste sept heures avant le grand plongeon » : et vous en remettez une couche, en plus !

« le consortium des pourvoyeurs de fantasme » : ça, pour moi, ça sent trop l’affectation de la critique pour la critique. Je ne dis pas que le propos soit faux, mais je trouve le style trop lourd, trop maniéré.

« d’en modifier le cours inéluctable » : bien pris en mains, l’oxymore, c’est chouette, mais sur ce coup-là, je le trouve quand même un peu sévère, votre oxymore.

« pragmatisme cohérent » : je suppose que, là aussi, il y a volonté de figure de style, mais je ne vois pas laquelle et je ne comprends pas vraiment le fond non plus.

« s’étaient redressés pour faire debout ce qu’ils faisaient parfaitement bien à quatre pattes » : marrant. Pour les ancêtres cannibales, en revanche, j’ai un doute.

« le terminus des claquemurés » : Oh, le fripon ! Ça sent quand même vachement « Les Tontons Flingueurs », ça, non ? On dirait un croisement entre le « terminus des prétentieux » de Blier et le « claque-merde » de Francis Blanche.

« Je dois absolument trouver de la beauté et de la grâce, de l’insolite merveilleux qui me ferait écarquiller les yeux, je veux m’évanouir d’émoi, me pâmer de stupeur pour que cesse le bruit du chaos. » : eh ben, mon vieux, vous êtes pas sorti du « C’était mieux avant ? », c’est moi qui vous le dis :-)

Le faux suicide, pourquoi pas, mais la chute en forme « ce n’était qu’un rêve », c’est vraiment trop courant pour engendrer la moindre surprise. Du coup, l’effet est exactement inverse : la déception.

L’écriveur professionnel, c’est intéressant, mais pas tellement exploité, je trouve.

Eh bien, finalement, j’ai pas pigé les titres de paragraphes. C’est le temps de narration ? Y a un truc que j’aurais dû capter et que j’ai pas capté du tout. Je suis sans doute pas en forme.

Il faut me pardonner, Vendularge : il y a longtemps que je n’ai plus commenté et je ne sais plus très bien comment on fait. Lorsque c’est génial, c’est facile. Lorsque c’est nul, aussi. Là, ce n’est ni l’un ni l’autre. J’ai cru à quelque chose de mauvais, au départ, et j’ai été agréablement surpris que ce ne soit pas le cas. Mais en final, je suis tout de même déçu. Pour moi, je dirais que ce texte est une promesse. Tout est là pour faire du bon. Peut-être simplement enlever le mauvais et remettre tout ça dans le bon ordre ? Avec une intrigue un peu plus épaisse ou ramassée. Avec une autre chute que celle-ci, tellement décevante. Ou pas de chute du tout, ça me dérange pas.

   Blitz   
26/1/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Quel style! On se laisse totalement happé par le rythme. C'est riche en vocabulaire et touche là où ça fait mal. Et pourtant, je n'aime pas ce type de sujet, mais là j'ai été bluffé...

   plumette   
29/9/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Vendularge,

après "Lise", je m'étais promis de lire vos autres nouvelles.
c'est chose faite pour celle ci dont la forme narrative me plait beaucoup. Un texte sans respiration, dense, où nous sommes dans la tête du personnage qui veut nous embarquer dans son mal de vivre et son projet suicidaire.
Je n'ai pas vraiment cru à ce projet de suicide à cause justement de la richesse des pensées de cet homme qui porte sur l'existence un regard caustique. Ceux qui sont capables de manier la dérision et de rire d'eux- mêmes ne sont pas encore tout à fait au fond du trou me semble-t-il.
Et d'ailleurs, il lâche très vite ce projet à la première occasion, détourné semble-t-il par ses obligations professionnelles, si j'ai bien compris?

l'écriture alerte et imagée est un vrai régal, globalement! Je n'ai pas envie d'entrer dans le détail, même si parfois, l'auteur entraîné par sa plume en fait un poil trop.

A vous relire

Plumette

   Leverbal   
12/12/2016
Allez vendularge, cette "douleur insoutenable", il faut en faire quelque chose! Je sais que vous avez tout ce qu'il faut pour nous la décrire, alors on se retrousse les manches et on y va. Un suicidaire qui a trop de pudeur pour parler de ce qu'il ressent... quand est-ce qu'il osera alors? Jamais? Allez, montrez-nous ce qu'il a dans le ventre cet ecriveur public!

   LaFelix   
18/2/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonsoir,

J’ai aimé le style, imagé à souhait. La longueur des phrases ne m’a pas ennuyée. Au contraire, j’ai trouvé qu’elle correspondait bien à l’état d’esprit du personnage : il semble remplir le temps qu’il sait lui rester pour éviter de mesurer son amplitude. Sept heures à vivre, ça doit être court, mais sept heures à compter, c’est très certainement long. Ici, les phrases longues permettent aussi aux quelques phrases courtes intercalées de claquer (“il paraît qu’il faut leur parler”, par exemple). Certaines expressions m’ont fait sourire (“dix euros d’âge” pour n’en citer qu’une), et ça, c’est toujours un bonus lors d’une lecture.

Sur le fond, le thème du suicidaire ne me dérange pas. Il permet peut-être même de faire dire à un narrateur certaines choses qu’il n’aurait pas dites s’il n’avait pas cru en une impunité pour cause d’absence. Les sujets abordés au cours de ce texte sont nombreux et poussent à la réflexion sans moraliser, donc le fond m’a séduite.

Par contre, j’avoue que la chute m’a déçue. Il m’aurait été plus sympathique s’il avait mené à bout son projet cet écriveur public. Là, il me semble un peu “je cause, je cause, mais je fais pas grand-chose”, même si son cynisme – ou est-ce de la lucidité ? :-) – le rend attachant. Étant donné le résumé du texte, je suppose que le fait qu’il soit condamné à une douleur insoutenable à cause de son inaction est “la morale de l’histoire”, mais je l'aurais préféré mort (ça fait bizarre d’écrire ça !).

Bref, j’ai beaucoup aimé, fond et forme :-)

   Muscadet   
19/2/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
La troisième partie manque de panache, elle couine de façon convenue et a gâté mon plaisir : j'espérais un final à la hauteur du règlement de compte. Ce n'est pas vraiment une fin d'ailleurs. Houellebecq n'aurait jamais osé.
Certaines phrases sont un peu mièvres, à commencer par la première, et ce malgré de bons enchaînements.
Je suis partial sur le thème abordé, et solidaire envers les narrateurs aigris et anachroniques, je vais donc faire comme si de rien n'était.

"Une feuille de papier même sale" m'a fait souffler du nez.


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