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Poésie en prose
HadrienM : Dante et Virgile
 Publié le 27/11/16  -  14 commentaires  -  1907 caractères  -  336 lectures    Autres textes du même auteur

Dante et Virgile, 2016.


Dante et Virgile



Le poison agit. Les heures passent, et je ne me relèverai pas. Je suis tombé fou d’elle. Le pont brûlera : je n’y ferai rien. Les hommes mourront : j’écrirai. Les lacs dévoreront mes
larmes : j’irai l’aimer.
Je ne sais où je vais. Elle est un asile, un air embaumé d’horreur, une carrière de la lune. L’angoisse ne provoque rien chez moi, — j’ai appris à aimer les guerriers et le mal endormi. J’applaudis les filles nues. Je rêve de Vierges folles.

Séraphine, — dans son lit, nue :
commence ma vie immorale !
J’abandonne le père et le frère ;
Je vais mendier ses lèvres.

Je vais prier d’atroces nuits.

On me reproche d’être bon nageur : j’aime gravir assez son corps pour m’y sentir roi.

Le poison agit. Les heures passent, et je ne me relèverai plus. Je suis tombé d’elle. Le port brûlera : je serai incendié, — oh ! ma beauté rira. Les femmes mourront : j’écrirai. Les cimetières lourds dévoreront mon tribunal, — j’ai peur d'elle, — : j’irai l’aimer.
Je ne sais où je vais. Elle est mon collège, mon tribunal, mon avenue éperdument vide, mon roman. Ma confession solitaire et noire !

La chaleur n’y fera rien. L’esprit charmant, — seul, j’en suis, — j’irai l’aimer.

Je suis fou.
Je suis somnambule.
Je suis funambule.

L’écume ! l’écume ! — acculée de regards, elle s’en va dans les grands canyons desséchés.

J’attends. L’église n’ouvrira jamais ses portes. Fugue de mort.


 
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   Proseuse   
11/11/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Personnellement j' aime beaucoup, on sent ici, un poème éperdu à la limite du lyrisme, qui si je ne me trompe pas ( ça m' arrive parfois .. souvent même !) dit l' Amour avec passion et déraison , c' est presqu' un pléonasme d' ailleurs ce que je dis là! et qui par une sorte de fatalité irrépressible et quelqu' en soient les dangers, amènera le narrateur au même destin ... "j' irai l' aimer" !
Votre texte est "prenant" " énigmatique" aussi et demande certainement plusieurs lectures et quelques recherches pour confirmer la compréhension ou avancer vers .. une autre ! ça ne me dérange pas, j' aime les poèmes qui gardent une part de mystère où lectrice, je peux encore et encore .. voyager !
L' écriture en tout les cas est très agréable et très bien maitrisée
Merci pour ce beau partage

   Miguel   
11/11/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un texte un peu fou et déroutant, mais (pourquoi "mais" ? Comme si "fou" et "déroutant" avaient besoin d'être rachetés), plein d'une étrange séduction. Une écriture moderne tout à fait en phase avec le propos. Des phrases inattendues qui font mouche. Du rythme, de la mélodie, des images et du désespoir ; je pense à Lautréamont, rien de moins. Ah, si la poésie contemporaine avait toujours autant de grâce, je ne serais pas un adepte aussi intransigeant du classique.

   hersen   
27/11/2016
 a aimé ce texte 
Passionnément
Je me sens complètement démunie face à ce poème.

je sais que je passe sans doute à côté de beaucoup de choses, par manque de références peut-être, ou bien je ne sais pas quoi, et pourtant il me laisse une boule, là, au creux du ventre.

Il se dégage de ces vers une grande douceur, comme une résignation, une acceptation qui induisent une grande douleur.

Cet amour est à la fois la lumière, l'unique réponse à la question du vivre et pourtant, il est le désespoir.

L'évocation du poison, qui dès le départ ne laisse aucune illusion, donne à ces mots, ces vers, une idée de condamnation. Fugue de mort.

De 'je suis tombé fou d'elle', le narrateur 'est tombé d'elle'

Un amour qui le plonge dans une déchéance mais il attend. Le lecteur ne sait rien d'elle, ou si peu, et le narrateur semble attentif seulement à l'attente. Comme s'il se repaissait de la beauté de cet amour, le fait d'attendre le transcendant. Sans que le narrateur ne veuille se détacher de cette passivité latente. -j'ai peur d'elle-

Dante et Virgile ? L'obscur et la lumière ? Je ne vois pas d'autre explication pour le titre.

Merci de cette lecture.

   Alcirion   
27/11/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Très enthousiaste à la lecture de votre texte, que je vais relire à tête reposée.

Une référence à Rimbaud, une autre à Paul Celan : je suis sans doute mauvais juge parce que c'est pile poil mon univers.

Le texte est souvent bâti en courtes propositions : cette façon de faire comprime le lyrisme qui cherche à jaillir de chaque phrase, les métaphores illustrant des réflexions "paradoxales" à la Lautréamont.

Il y a un style personnel et moderne dans votre texte, malgré les références "décadentes", ce qui est très prometteur.

Curieux de lire d'autres textes !

   Brume   
27/11/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour HadrienM,

Forme: Trop de ponctuations! il y en a tellement que vos vers me semblent étriqués. Cela ne manque pas de nuance, mais il y a des ponctuations qui me posent question comme par exemple ce passage:

"Les cimetières lourds dévoreront mon tribunal, — j’ai peur d'elle, — : j’irai l’aimer."

J'ai un doute sur la présence d'une virgule juste avant le second tiret...d'ailleurs j'ai un doute sur l'utilité du second tiret. Bref.

"j’aime gravir assez son corps pour m’y sentir roi." - je pense que vous devriez supprimer "assez" qui n'apporte rien.

Fond: De la passion qui ne demande qu'à s'exprimer, de l'exaltation qui ne demande qu'à s'emporter, si on l'a libère de toutes ces ponctuations qui l'empêchent de prendre son envole.
Mais finalement est-ce cette retenue qui donne à votre poésie tout son charme?

Les mots sont forts et intéressants. Et il s'en dégage de la sensualité. Votre poème a ce petit quelque chose que je ne sais définir, cela vient du langage. Ça m'enveloppe, fortement.
Le poison agit aussi sur moi à force de lecture.

   Anonyme   
27/11/2016
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour,

J'ai vraiment eu du mal à rentrer dans ce poème. Il est vrai que je ne suis pas un fervant adepte de la prose. Du reste, j'ai trouvé ça un peu trop décousu. Un peu trop d'agencements aussi, si bien que la forme ne m'a pas plu, au-delà de la prose dont j'ai déjà fait référence.

Par exemple : [... les lacs dévoreront mes
larmes : j'irai l'aimer.]

Après "mes", pourquoi finir la phrase à la ligne ? Je trouve cet effet inutile.

Après la strophe suivante :

"Séraphine, — dans son lit, nue :
Là commence ma vie immorale !
J’abandonne le père et le frère ;
Je vais mendier ses lèvres."

Vous terminez par un vers complètement décallé, à savoir :

"Je vais prier d’atroces nuits."

etc.

Je reconnais tout de même un certain travail, c'est indéniable, mais je n'ai été convaincu ni par le fond, ni par la forme.

Wall-E

   Sodapop   
27/11/2016
 a aimé ce texte 
Passionnément
Quel rythme, quelle plume incandescente. Je reste vraiment médusé devant ce poème magnifique. Il est tout ce que j'aime en poésie, cet amour ravagé, cette mort programmée. Et cette liberté dans ton écriture, comme si plus rien ne comptait autour, juste en finir comme un exutoire. J'aime réllement ton style, c'est comme du Kafka. Bravo.

   HadrienM   
27/11/2016
Quelques remerciements et précisions disponibles sur ce lien : http://www.oniris.be/forum/dante-et-virgile-remerciements-et-explications-1-t23002s0.html#forumpost306510

Bien à vous,
Hadrien.

   plumette   
27/11/2016
Bonjour Hadrien M

Ce texte illustre ma limite lorsqu'il s'agit de langage poétique, dont je ne suis pas très familière.
Mon sentiment est que vous écrivez pour des initiés et que si l'on n'a pas vos références, on a toute chance de rester en rade.
J'ai buté sur le sens, n'arrivant pas à me saisir du texte, tout en comprenant qu'il s'agit de passion.
Pas d'image, peu de musique. pourtant la première phrase était pleine de promesses, grâce à la langue.
"Le poison agit. Les heures passent, et je ne me relèverai pas. Je suis tombé fou d’elle. Le pont brûlera : je n’y ferai rien. Les hommes mourront : j’écrirai."
Au final, beaucoup de perplexité pour moi.
Et puis, la présentation ne facilite pas la lecture du texte et
la ponctuation m'a semblée un peu étouffante.

A vous relire toutefois, car j'aime apprendre!

Plumette

   Pouet   
28/11/2016
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bjr,

Ma foi un bien sympathique pouème d'amuuuur.... ou pas car probablement que ce "elle" n'est pas une femme, ou peut-être que si, je sais pas trop. C'est peut-être de l'écriture -ce poison- dont il s'agit... Pas assez calé concernant les références en revanche, désolé cela me passe à côté ayant la culture littéraire d'un bulot... Toutefois on peut penser, toute proportion gardée, à ce bon vieil Isidore Ducasse au niveau du style non?
Une écriture donc un brin hermétique mais bon, ça me gêne pas, je ne cherche pas forcément à tout comprendre n'étant pas un acharné du sens. Je me contente de lire, et en l'occurrence d'apprécier, c'est déjà pas mal.

J'aime bien ce genre d'univers.

(Voilà je n'ai lu ni les commentaires précédents ni le forum explicatif donc désolé pour les éventuelles redites et/ou énormités.)

Allez je vous laisse à vos filles nues et vierges folles... :)

Au plaisir.

   Arsinor   
2/12/2016
 a aimé ce texte 
Vraiment pas
Il y a un ton, une évocation de sens mais trop peu maîtrisée. Le poème croit réussir à faire croire qu'il joue avec les mots en donnant l'impression d'avoir l'air d'avoir dit quelque chose. J'y vois quelques indigences éparses auxquelles donner un titre. L'allusion fait illusion auprès de ceux qui désirent montrer qu'ils sont en intelligence avec Dante et Virgile. Le test de culture général est facile. Mais cette facilité ne fait pas un poème. Comme le disent les ateliers d'écriture, il faut écrire les textes comme un menuisier fait une chaise : avec de la technique et un maximum d'honnêteté.

Analysons le début. Cette incise de style journalistique, dans le genre de la chronique. Un poison qui agit : la concomitance d'un tel nom avec un tel verbe n'est pas recherchée. On peut trouver cette phrase dans un feuilleton policier du lundi après-midi sur le câble, en faisant semblant d'écouter la télévision parce qu'on attend que le four à micro-ondes ait terminé de chauffer un verre de lait sucré.

Pourquoi enchaîner avec "Les heures passent" alors que la notion de temps a déjà été introduite par le verbe agir ?

Pourquoi tant de répétitions du pronom de la première personne du singulier ? Est-ce de votre part une incapacité à vous passer de l'ego ? Une méconnaissance de la dangerosité savonneuse d'un tel pronom dans un poème ? Un effet de style méconnu qui tombe à plat, non porté par un contexte qui en justifierait l'originalité ? Où sont les références à Dante et à Virgile ? Et si c'est un clin d'œil, comment vous passer de l'humour ? Avez-vous lu la Divine Comédie ?

Filles nues, vierges folles... où ça ? Café du commerce ? Plagiat ? Il faut les décrire. Il ne suffit pas d'évoquer les syntagmes connus. Si vous prenez appui sur une expression connue pour en faire quelque chose, je vous suis, mais si vous les alignez, ce n'est pas tout à fait votre travail. Il faut mettre en scène la vierge folle, qu'il y ait une histoire. Je ne parle pas de nouveauté : qui sur Oniris aura ajouté quelque chose à la littérature française ? Je parle de tissage de l'intrigue poétique. Qu'arrive-t-il à la vierge folle ? Perd-elle sa folie grâce au poète libidineux ?

Il faut jongler avec la vie. Rien ne sert de vouloir torturer les mots, surtout s'ils ne le sont pas comme c'est le cas dans la totalité du poème. Il faut les bichonner, les aimer, les adorer, les nourrir, les relier, les magnifier, s'en faire aimer.

Il n'est pas sublime, il n'est plus sublime à notre époque d'étaler la souffrance à la première personne : tout le monde fait ça à la télévision. Les critiques appellent ça "déballer".

Sur Oniris, section poésie, quand ça n'a pas de sens, ça peut fonctionner, ce qui est obscur semble profond, avec deux références super magnifiques de chez la Sorbonne, grâce à un équivalent scriptural de la paréidolie, interprétation des nuages ou des machines à laver. Enfant, on y reconnaît un visage avec les boutons de commande et le hublot qui fait la bouche. Mais un visage humain est tellement plus qu'une machine à laver, Hadrien, tellement plus qu'une machine à laver !

Que dites-vous de "je vais chanter la guerre que dirent les Titans aux maîtres du tonnerre !" ? Vous connaissez ? Ou bien que dites-vous de "Hugo et Ovide" ? Ou de "Picasso, Wagner, Saint Paul, la Chine des royaumes unifiés et le carnaval de Rio de Janeiro au XIXe siècle" ?

Savez-vous que la métaphore poétique doit fonctionner dans le sens propre comme dans le sens figuré ? Un lac ne peut pas dévorer vos larmes, il peut par exemple les liquider, les digérer, les égarer, les noyer. Noyer son chagrin dans le lac plutôt que noyer son chagrin dans l'alcool, cela devrait vous convenir.

Ce pont qui brûle : que ne lui faites-vous pas ? "Je n'appellerai pas les pompiers". Mon téléphone ne fonctionne pas, il n'y a plus de batteries. "Je désire que le pont brûle" : évidemment, vous voulez vous venger. "Je prends une photo avec mon portable "trop moderne pour la "poésie" que vous situez forcément à l'époque de Baudelaire par négligence de la potentialité du genre ?

"Je ne sais où je vais" : en effet. Pourquoi nous le préciser ? Pourquoi n'essayez-vous pas de le faire sentir volontairement. Si vous écrivez ce que le lecteur sait déjà, vous ne pouvez pas le surprendre. Vous utilisez sans le savoir une écriture automatique mal tissée de libres associations mais dont la contrainte oulipienne serait d'aligner les banalités.

"J'ai appris" : montrez au lecteur exigeant à quelle occasion vous avez grandi, sinon vous ne récolterez que le succès de ceux qui applaudissent à "j'ai grandi" comme si c'était "bonjour, je n'ai pas bu une goutte d'alcool depuis deux semaines".

Il faut montrer au lecteur la croissance que le poète subit ou réalise.

Un poème n'est pas une annonce, il doit dire ce qu'il a à dire en gérant ingénieusement les espaces de liberté d'interprétation de sorte que ceux-ci soient riches de sens. Il faut cherchez à mettre le lecteur KO, le laisser sans voix, sans possibilité de répondre, de demander des précisions.

Je ne crois pas que vous aimez pas le "mal endormi", vous seriez alors un mélancolique. Je parle du poète, non pas de l'auteur.
Le mal n'est pas endormi, je ne vous crois pas. Le poème ne montre pas qu'il est endormi parce qu'il y a un pont qui brûle et que le poète ne songe qu'à écrire malgré la mort d'autrui. Et d'où sortez-vous que baiser serait immoral, sinon d'une version étriquée du christianisme que vous ne développez pas ? Vous devez faire sentir que le baiser est immoral, en développant l'idée, en construisant quelque chose qui la justifie, lui confère un intérêt spécial. Pour moi, un baiser immoral, c'est une petite blague d'un mec à sa meuf. Pour que l'immoralité paraisse tragique puisque c'est le ton du poème, il faut une raison spéciale que je n'ai pas vue s'exprimer.

La structure non structurée n'est pas mal parce qu'elle est homogène, il y a une continuité entre les articulations, qui donne un certain ton, un halo nuageux.

Je vous encourage à négliger le marketing pseudo-poétique au sens naïf du terme et de chercher dans vos souvenirs ou "en vous". Lisez bien. Qu'est-ce que ce poème m'apprend sur moi-même ? Qu'est-ce qui est important à vrai dire ? Qu'est-ce qui me touche ? Qu'est-ce que j'ai pris soin de raturer, d'effacer, de refouler ? Ce mot, je l'aime et je l'ai mis parce que je l'aime, je l'ai toujours aimé, je t'aime, c'est toi que j'aime...

Quittez votre œil de correcteur et d'améliorateur pour "voir" l'objet, par exemple par le prisme d'un commentaire que vous aimez bien. Regardez ce mot qui vous plaît et demandez-lui : es-tu le reflet de ce souvenir qui me revient et me fait battre le cœur ? (Musset : ah, frappe-toi le cœur, c'est là qu'est le génie !) Ce mot qui me frappe, cette liaison, ce fil qui me relie, qui relie, cette cloche soudaine, cette pluie de l'enfance, et mon troisième jour d'école... ou bien... vierge folle ? Tiens... Pourquoi ? Dans quel poème classique ? dans quel contexte ? Je l'ai lu et j'ai dit : c'est cela. La vierge folle m'a fait de l'effet et j'ai voulu le partager.

Tout cela qui est autour de la vierge folle, folle d'être vierge ? Pleine de désir ? Fille facile ? Pourquoi moi Hadrien, moi aussi, j'aime bien les filles faciles, chuis un mec comme tout le monde, c'est quand même plus facile quand c'est facile, n'est-ce pas... Une dangereuse ?

Avant de faire un autre poème, regardez bien ce que celui-ci vous dit. Je ne vous dis pas cela sur le ton "va te regarder dans la glace", cherchez plutôt le chemin vers la certitude que ce poème est très important pour vous. Parce qu'il dit ce que vous vouliez dire et parce que vous vouliez le lire.

Car la poésie "poétique" doit venir du cœur, non pas du snobisme. Si elle vient du cœur, elle vous rend poète et c'est cela l'usage de la poésie. La poésie sert à rendre poète.

C'est pourquoi en poésie je fais confiance aux exercices de style où le travail est visible, donne un cadre et conduit la construction du sens comme c'est le cas dans les allitérations virtuoses.

   Lulu   
2/12/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour HadrienM,

en ce qui me concerne, si je n'ai pas lu la référence à Dante et à Virgile, c'est faute de les connaître vraiment...

Cependant, indépendamment du titre, j'ai été profondément touchée par ce texte qui dégage beaucoup d'émotions. J'ai beaucoup aimé la tension du personnage, cette ambivalence qui le caractérise : l'attrait et la peur ; la résignation et la volonté, comme ici "Le pont brûlera : je n'y ferai rien. Les hommes mourront : j'écrirai."

Comme d'autres, j'ai trouvé qu'il y avait trop de ponctuation. Je n'ai pas toujours compris la pertinence des tirets. Je crois qu'il y a matière à faire plus simple de ce côté là, mais cela n'enlève rien à la qualité du texte.

J'ai particulièrement aimé cette phrase :
"Elle est un asile, un air embaumé d'horreur, une carrière de la lune" ; toujours cette ambivalence dans la perception ici.

Tous mes encouragements.

   HadrienM   
2/12/2016
Une deuxième vague de remerciements. Et d'explications.

http://www.oniris.be/forum/dante-et-virgile-remerciements-et-explications-1-t23002s0.html#forumpost306859

Bien à vous,

   jfmoods   
31/1/2017
Les nombreuses occurrences du pronom personnel sujet "je" mettent en avant la tonalité lyrique de ce poème en prose, tandis que certains éléments de ponctuation (deux points, tirets, points d'exclamation) en assurent l'expressivité. La thématique d'un anéantissement inéluctable hante le texte (anaphore : "Le poison agit." x 2, gradation : "Les hommes mourront.", "Les femmes mourront.", forme passive : "je serai incendié", animalisations : "Les lacs dévoreront mes larmes.", "Les cimetières lourds dévoreront mon tribunal."). Le poète, amoureux d'une femme inquiétante, diablement ensorcelante (prénom : "Séraphine", anaphores : "j'irai l'aimer." x 2, "j'écrirai" x 2, "j'ai peur d'elle.", gradation : "Je suis tombé fou d'elle.", "Je suis tombé d'elle.", métonymie : "ma beauté rira.", accumulations : "Elle est un asile, un air embaumé d’horreur, une carrière de la lune.", "Elle est mon collège, mon tribunal, mon avenue éperdument vide, mon roman.", lexique figurant la perte des repères coutumiers : "fou", "somnambule", "funambule"), est au plus haut point conscient du tragique de son existence (titre du poème, intertextualité racinienne : "Je ne sais où je vais." x 2, allusion à la fin du roman "La Peste" d'Albert Camus : "le mal endormi", déclarative : "J'abandonne le père et le frère", "Todesfuge" de Paul Celan clôturant le poème), existence dans laquelle son âme, à présent damnée, ne saurait trouver un quelconque repos ("ma vie immorale", "je vais mendier", "je vais prier", "Ma confession solitaire et noire", "L'église n'ouvrira jamais ses portes."). Celui qui recherche l'eau avec frénésie (anaphore: "L’écume ! l’écume !") errera à tout jamais, poursuivant un mirage dans le désert (" elle s’en va dans les grands canyons desséchés").

Je pose l'hypothèse (une parmi d'autres) que ce poème est librement inspiré de la lecture de l'acte 4, scène 3 de l'Andromaque de Racine. Le mécanisme implacable est à présent enclenché et rien ni personne ne pourra plus l'arrêter. Bientôt, Pyrrhus périra sur l'autel où il devait prendre pour épouse Andromaque. Bientôt, Hermione repoussera avec dégoût le criminel dont elle a armé la main et se suicidera sur le corps de Pyrrhus. Bientôt, Oreste sombrera dans la folie.

Merci pour ce partage !


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